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Sortir de l'ombre - Fè yo konnen w!

Category: RENCONTRES Page 1 of 2

Stefani Tieri GEORGES lutte pour le respect des droits des femmes


Née à Cap-Haitien, politologue et spécialiste en genre, Stefani est une passionnée pour les droits des femmes en Haïti. Ayant fait toutes ses études classiques au Cap-Haitien chez les sœurs Cluny, Stefani est partie à l’étranger peu de temps après pour poursuivre ses études universitaires en science politique. Si Stefani partait étudier à l’étranger, elle laissait son cœur en Haïti où elle souhaitait revenir pour aider dans le combat pour les droits des femmes. C’est d’ailleurs pour cela qu’elle a réalisé son travail de fin d’études sur ‘‘La place des femmes et les rapports de genre en politique’’ en 2014.
Petite, son père, qui a toujours voulu avoir des garçons, les ont élevé comme tels, elle et sa petite sœur en les faisant exercer toutes sortes de tâches que l’on dit destinées aux hommes. On ne baignait pas dans une logique de genre. Mais à l’adolescence, Stefani a été interpellée par des conversations et des comportements différenciés selon le sexe et c’est alors qu’elle a commencé à s’intéresser au genre de manière plus, nous confie-t-elle.
Fille d’un professeur d’université et responsable départemental de l’IHSI et de la juge d’instruction actuelle au tribunal de première instance de Fort-Liberté également professeur d’université, on pouvait prétendre que son avenir était toute lisse, sans encombre aucune mais Stefani a dû, comme tout le monde, se battre pour prendre sa place. Appliquée, elle met un point d’honneur à bien faire tout ce qu’elle fait. Soucieuse de sa représentation, cette passionnée ne ménage jamais rien quand il faut introduire les notions de genre et des droits des femmes. Avec son menton volontaire et son entêtement à faire abandonner le plus tenace, Stefani ne se laisse pas faire et défend jusqu’au bout ses points de vue.
Quand on lui demande ce qui la passionne le plus, sans hésiter, elle répond : « servir, aider les autres ». D’où son choix , par-dessus tout à devenir Avocate. Il faut souligner qu’elle est en 3ème année dans ses études de droit à la Faculté de Droit, de Sciences économiques et de Gestion du Cap-Haitien. A la question si militer pour les droits des femmes lui a toujours paru comme une évidence, elle soutient : « Oui, cela a toujours été évident. Notre société est machiste, les femmes doivent toujours se battre pour se faire valoir et se faire reconnaitre. Car, quand on est une femme, on vous présume l’incompétence et il faut se battre deux fois plus qu’un homme avec les mêmes compétences. Je suis militante dans l’âme. La politique m’a toujours intéressé. Quoi de mieux que de s’impliquer pour faire bouger les choses » nous dit-elle avec un sourire.
Stefani fait partie du Rotary International depuis ses 16 ans en étant membre de l’Interact. L’année dernière, soit en 2019, cette même année où elle a été une des dix femmes les plus influentes du Cap-Haitien, elle a été élue présidente du Rotaract club du Cap-Haitien où elle a pu acquérir, avec l’aide de son équipe, les meilleures places pour le club grâce à leurs nombreuses réalisations. Elle a reçu plusieurs prix avec son équipe pour l’exécution de leurs projets. « Nous avons réalisé une excellente performance au niveau national et même international » se réjouit-elle. Elle soutient que dans le club rien ne se fait selon le sexe mais dans toutes les cellules, il y a toujours un rapport au genre puisqu’il est un construit et qu’on peut le détecter dans les rapports entre hommes et femmes, des tendances à réagir comme ce qu’on leur a appris à la maison, dit-elle.
Comme grandes réalisations, Mademoiselle Georges nous confie que sa course commence à peine mais qu’elle peut considérer comme de grandes réalisations la coordination qu’elle a assurée la 3ème édition de la mission Entrepren’Elle au Cap-Haitien en 2018 et une journée de sensibilisation qu’elle a organisée contre les violences faites aux femmes avec les organisations : OEFE et FECIS.
L’activiste féministe, politologue, spécialiste en genre et future avocate nous avoue que la compétence en genre est intéressante à avoir puisqu’à tous les niveaux maintenant il y a des cellules spéciales genre. Elle conseille aux jeunes filles d’aujourd’hui : « d’OSER ». Ne restez pas paralysées par la peur de l’échec car cette idée vous empêchera d’accomplir vos objectifs dans la vie. Ayez confiance en vous et osez. Prenez votre place ! martèle-t-elle pour finir.

Septembre 2020
Rodeline DOLY

La rentrée au préscolaire à l’épreuve de la Covid 19: entretien avec Valérie Lamy

La gestion de la Covid- 19 pendant la rentrée à la maternelle vient avec son lot de défis et de réaménagements uniques qui méritent d’être pointés du doigt. Sans oublier les différentes difficultés de l’entrée scolaire et les inégalités criantes qui refont surface en contexte haïtien, Mus’Elles a eu l’avantage de réaliser une entrevue avec Valérie Lamy, directrice d’école et enseignante de carrière sur les enjeux de cette rentrée scolaire unique.

Mus’Elles : Aimeriez-vous vous présenter à nos lecteur.trice.s, et présenter votre parcours en tant que spécialiste de la petite enfance ?

Valérie Lamy : Ça va faire bientôt 10 ans depuis que je me suis dédiée à l’éducation de la jeunesse. L’importance pour les enfants d’avoir une bonne base explique dans une certaine mesure, mon attachement à l’éducation des plus petits parce que j’estime et je crois fermement que l’avenir académique ou l’avenir tout court se prépare à ce stade-là. J’ai fondé Frimousses Kindergarten depuis 7 années avec cette même vision de privilégier une éducation de qualité dès les premières années de la vie du jeune élève. A vrai dire, j’ai mis les compétences nécessaires de mon côté pour pouvoir m’ assurer d’offrir avec aisance ce que j’ai en tête : je suis certifiée en Mathématiques visible et tangible et sur les méthodes d’enseignement de Cares sur la petite enfance, aussi ai-je étudié « Autism, promoting the socia communication skills of children with Asds ». Je suis certifiée en Education sexuelle et je termine un diplôme pour devenir une professionnelle des traumatismes chez l’enfant et l’adolescent.

Mus’Elles : Vous dirigez une institution scolaire, Frimousses, comment vivez-vous cette nouvelle rentrée scolaire ?

Valérie Lamy : Cette nouvelle rentrée peu ordinaire éveille notre capacité d’adaptions pendant cette situation épidémiologique qui nous surprend tous.toutes. Pleine de défis, elle nous a forcé.e.s à repenser notre mode de fonctionnement comme les rapports pédagogiques. D’un côté, c’est avec beaucoup d’appréhension que nous débutons cette année scolaire quant aux différents changements qui s’imposent à nous. D’un autre côté, après tout ce temps passé séparé.e.s de nos enfants, c’est avec joie que nous les avons accueilli.e.s. Sans pour autant minimiser les alternances possibles en raison des contextes sanitaire et politique, nous avons pris toutes les dispositions nécessaires afin de garantir la réussite de notre année académique.

Mus’Elles : On sait combien la COVID-19 a mis à l’épreuve les rapports interpersonnels, si indispensables, en particulier pour les enfants et sûrement aura des répercussions sur les relations pédagogiques; avez-vous de ce fait adopté de nouvelles approches pour faciliter ces relations dans votre établissement ?

Valérie Lamy : Au préscolaire, les contacts physiques jouent un rôle important tant dans le développement social qu’intellectuel de l’enfant. Nous avons dû de ce fait penser à de nouvelles techniques d’apprentissage, avec contacts limités, afin d’atténuer , au possible, les impacts négatifs sur les enfants. Ce n’est pas gagné d’avance, par exemple, une astuce que nous utilisons pour éviter qu’il y ait trop de distance ou de froideur dans les relations profs-élèves, c’est que chaque membre du personnel porte sa photo avec un beau sourire chaleureux sur son uniforme. Cela réconforte les élèves de savoir que derrière le masque se cache beaucoup de tendresse, d’amour et d’affection.

Mus’Elles : Quels sont les nouveaux défis par rapport à la gestion des enfants dans ce contexte sanitaire?

Valérie Lamy : L’enjeu majeur auquel nous faisons face est le respect de la distanciation physique. Il est impossible de demander à des enfants en bas âge de comprendre cette consigne, si restrictive dans son essence. Ils ont besoin de bouger et de socialiser. Certains m’ont même demandé de leur garder leurs masques pour aller s’amuser avec leurs camarades. À noter que même si certains parents optent pour cette option, nous ne recommandons pas le port du masque pour cette tranche d’âge.

Mus’Elles : Que recommandez-vous alors pour une gestion des enfants en âge préscolaire pendant la pandémie ?

Valérie Lamy : Mes recommandations s’adressent d’abord aux parents qui ont un travail important à réaliser. L’apprentissage des gestes barrières doit se faire à la maison et leur pratique devrait commencer bien avant la rentrée scolaire. Nous devons aussi développer davantage la communication avec nos enfants ; c’est même un impératif de peaufiner nos rapports avec eux en offrant un meilleur support que l’habituel. Leur expliquer les enjeux de notre nouvelle réalité, prendre le soin de les écouter face à tous ces changements. Face aux visages cachés qu’ils doivent côtoyer chaque jour. Ensuite, la COVID-19 sera là pour encore quelque temps ; il faut apprendre à vivre avec et s’en protéger doit devenir un mode de vie.

Mus’Elles : Si vous deviez envoyer un message aux directeurs.trice.s d’écoles, qu’est-ce que vous leur diriez?

Valérie Lamy. Je souhaite beaucoup de courage à tous les directeurs et directrices d’écoles. Rien ne nous a préparé.e.s à cette nouvelle manière d’enseigner. Mais je sais que nous avons en nous la capacité de nous adapter. L’essentiel est de ne pas perdre de vue notre objectif premier qui est le bien -être des enfants. Le désir de les voir évoluer et de créer une nouvelle génération qui saura aimer son pays et évidemment le faire avancer.

Propos recueillis par Adlyne Bonhomme.

Carline Sévère, la création comme mode de vie

Carline Sévère fait de la joaillerie un mode de vie. Elle propose depuis bientôt huit ans, une gamme de bijoux, peints, à la fois originaux et raffinés. Les bagues, les colliers et les bracelets font la beauté de sa carte postale. Ses motifs représentent entre autres, des images inspirées du vodou, et certains objets recyclés.
Mus’elles a eu le privilège de rencontrer cette creatrice et entrepreneure extraordinaire.

Mus’Elles : Carline sévère pouvez-vous nous parler un peu de vous ? Avez-vous grandi dans un milieu artistique ?

Carline Sévère : C’est toujours difficile de parler de moi-même, dans la mesure où tout ce qui me constitue, qui fait mon identité, est si évident. Je suis une femme simple qui apprend à rester connectée avec l’essence de la vie, par exemple : la création sous toutes ses formes m’interpelle instamment . Même si je n’ai pas grandi dans un milieu où la creation avait la côte. J’ai été surtout entourée de « madan sara », ces marchandes qui ne connaissent pas la fatigue. Ma grand-mère vendait au marché avant de se lancer dans des voyages à Curaçao et à Panama pour ensuite revendre ses produits en Haïti et assurer un meilleur avenir à sa progéniture . Je n’ai jamais vu un membre de ma famille pratiquer une forme d’art si ce n’est l’art de vendre.

Mus’Elles : Pourquoi vous intéressez- vous autant à la création de bijoux?

Carline Sévère : La creation et moi développons un rapport des plus complices , que je ne saurais dire que j’ai cherché à la faire intentionnellement et consciemment. C’est en moi, on forme une belle symbiose. J’ai appris et j’ai accepté que je suis née avec. J’ai découvert un peu tard que j’avais la création de bijoux sous la peau. Je ne force rien, je vie cette vie d’artiste et d’entrepreneure comme celle qui m’a été destiné.

Mus’Elles : Pensez-vous que l’art, l’artisanat doive tenir d’un certain engagement ?

Carline Sévère : Toute forme de création doit aider à changer le monde, à mieux comprendre, à éduquer, à remettre en question et surtout à sensibiliser l’humanité. Oui, la création est un outil qui doit être utilisé à mieux servir Haïti, à mieux servir le monde.

Mus’Elles : Quelle place occupe le sacré dans votre travail de création?


Carline Sévère : Le sacré détient une place exceptionnelle dans ma vie et mon travail fait partie de ma vie, inévitablement oui, le sacré a une place importante dans mon travail. Je crois que l’humain est sacré, exceptionnellement divin, et pour cela ,je suis toujours à la recherche de la vérité qui me ressemble. Je suis inspirée par tout ce qui se rapproche davantage de l’âme, de l’esprit, par toute information ou symboles qui élèvent la femme et l’homme au rang d’être suprême. Le salut et le divin sont déjà en nous.

Mus’Elles : À bien regarder vos œuvres, on a l’impression que vous vous évertuez à donner une seconde vie aux objets que certains auraient poussés du pied ?


Carline Sévère: Oui, je suis aussi dans la récupération. Je fais surtout du « upcycling » mais de manière efficace pour créer un produit supérieur à celui qui est jetable. J’aime expérimenter, j’aime avoir le plus de matériel que possible lors de mes expériences, je n’aime pas trop jeter non plus et je suis une ancienne âme, j’aime conserver et j’aime bien utiliser tout ce qui est prêt à être jeté pour créer une pièce de valeur. Dans cette même optique le bois recyclé, le cuivre, les morceaux de bronze et autres sont mes meilleurs alliés.
Il importe de souligner que ma technique est juste mon style de vie. Je m’adapte sans pour autant me perdre, cela me permet de garder une certaine essence dans ma création et d’inspiration.

Mus’Elles : Quelle est jusque-là la clientele de Kafedore ?

Carline Sévère: Ma clientèle principale est constituée de femme avec un esprit libre, dont l’esprit ne connait pas la vieillesse, authentique, naturelle dans le sens où, elle ne se fait pas passer dans une machine pour s’aimer. La femme qui peut s’offrir im bijou à un prix raisonable. On a aussi des hommes, qui achètent pour leur femme, leurs amies et qui aiment ce qu’on fait et qui commandent des pièces pour eux-mêmes.

Mus’Elles: Quels sont les principaux endroits où nous pouvons nous procurer vos produits?

Carline Sevère: Kafedore a des produits disponibles et non disponibles. Cela me permet d’avoir une longueur d’avance pour les idées qui me traversent. Les clients peuvent commander des pièces qui ne sont pas en stock pendant que je peaufine de nouvelles pièces. Il y a aussi beaucoup de magasins qui revendent.

Propos recueillis par Adlyne Bonhomme

La SOFEHJ, pour la représentativité des femmes dans les médias haïtiens

Crée en 2008, la Solidarité des Femmes Haïtiennes Journalistes (SOFEHJ) est une initiative d’une quinzaine de femmes issues de différents médias de la capitale ainsi que des représentantes venant de quelques grandes villes de province. Cette structure organisationnelle de travailleuses de presse a pour objectif de favoriser une meilleure représentativité des femmes dans les médias.
Courtoise et très compréhensive, madame Martine Isaac Charles a manifesté un immense intérêt à répondre à toutes nos questions relatives à l’organisation dont elle est l’actuelle coordonatrice. Vu que les sujets liés aux femmes ne sont pas souvent abordés dans les éditions de nouvelles et les émissions à grande écoute, la SOFEHJ entend à tout prix présenter ces problèmes et les mettre au devant de la scène, nous dit madame Charles.
La Solidarité des Femmes Haïtiennes Journalistes se donne pour mission de faire le plaidoyer pour le respect des droits et de la dignité des femmes. Elle s’engage aussi dans la promotion des femmes journalistes haïtiennes, en les encadrant et en les assurant une formation continue : « Les femmes ne peuvent occuper de grandes positions et avoir un meilleur impact dans les médias haïtiens que par la formation » précise la coordonatrice de cette structure féminine.
Interrogée sur la représentativité des femmes par rapport aux hommes dans les medias, madame Charles s’accentue sur le patriarcat, le système social fondé sur l’autorité du père ou sur le genre masculin. Selon elle, le métier de journaliste était devenu un domaine fortement masculin où les hommes ont été les premiers à intégrer ce secteur en Haïti. Elle insiste aussi sur le fait que les femmes sont plus pragmatiques et matérialistes que les hommes, car souvent elles préfèrent s’orienter vers d’autres professions et occupent d’autres fonctions que le journalisme. Par conséquent, dans des salles de nouvelles, les patrons de médias accordent beaucoup plus d’importance aux hommes qu’aux femmes, pourvu qu’elles ne viennent pas nécessairement s’y intégrer pour en faire carrière, explique madame Charles.
Pourquoi les travailleuses de presse victimes de violence ou d’abus de confiance ont tendance à ne pas les dénoncer ?
​Malgré des multiples efforts consentis par les organisations féministes contre les violences faites aux femmes, les victimes de violence sexuelle sont toujours marginalisées en Haïti. La femme ayant été soumise aux actes de violences est contrainte de garder le silence parce qu’il est difficile pour son entourage de comprendre ce qu’elle ressent, et souvent elle est vue comme étant la principale responsable de ce qui lui est arrivé. D’autres facteurs comme l’inapplication du cadre légal, la pression sociale et religieuse dissuadent les femmes à porter plainte après avoir été victime des actes de violence. Toutefois, la SOFEHJ avoue n’avoir jamais reçu de plaintes ou de cas de dénonciations formels à ce sujet.
​La SOFEHJ vient de célébrer ses douze ans d’existence le vendredi 23 août 2020. Pour marquer cette occasion, les responsables ont organisé deux journées de conférences-débats dont la première a eu lieu le 22 Août 2020 autour du thème : « impact de la covid-19 sur les travailleuses de presse ». À travers cette conférence, les femmes journalistes de SOFEHJ ont pu discuter des principales influences de la pandémie tant sur le plan émotionnel, psychologique, social et économique. La deuxième journée d’échange était consacrée sur l’alternative de la numérique pour les travailleuses de presse. Ce samedi 29 août 2020 était l’occasion pour des intervenants comme Jean-Mary ALTEMA, Godson PIERRE et Laura LOUIS, une jeune femme journaliste d’Ayibo Post de partager leurs expériences sur ce domaine.
Les défis sont énormes, mais l’Association des Femmes Haïtiennes Journalistes a de grandes visions : la SOFEHJ souhaite continuer avec les séances de formations, élargir leurs réseaux et faire comprendre aux femmes journalistes la nécessité de se mettre ensemble pour pouvoir mieux exercer la pression sur les autorités afin que les droits des femmes en général et ceux des journalistes en particulier soient respectés.

Clairvina DOSSIÉ

Cherlie Rivage crée de nouvelles rives où accoster la parole poétique

C’est une experience nouvelle de la vie en poésie que propose Cherlie Rivage en créant le “Banquet poétique”: une plateforme où sont publiés quotidiennement, sous des formes plus ou moins variées, des poèmes.

La jeune féministe, engagée en poésie et poétesse elle-même, semble parier que des étincelles de poésie peuvent servir à soulever la réalité du quotidien si fragile du monde. C’est d’ailleurs dans ce cadre que Mus’Elles a eu le plaisir de la rencontrer.

Mus’Elles : Cherlie Rivage, quelle est l’ambition du Banquet poétique que vous avez créé récemment ?
Cherlie Rivage: Banquet Poétique est une plateforme chargée de grandes ambitions. Elle se veut à l’avenir une maison d’édition spécialisée dans la poésie mais aussi une structure qui promeut la lecture et l’écriture poétique (notamment la poésie contemporaine) à travers l’organisation d’ateliers dans les écoles de Port-au-Prince et des provinces. Au final, il se pourrait aussi qu’il y ait, dans le futur, une revue consacrée à la critique du corpus poétique haïtien et étranger. Par ailleurs, nous venons d’établir un partenariat avec la BIBLIOTHECOM qui laisse espérer de fructueuses perspectives.

Mus’Elles : Comment fonctionne le banquet poétique?
Cherlie Rivage : Banquet Poétique fonctionne sur Facebook pour le moment et fait des publications au quotidien. Il y a quatre rubriques consacrées à la diffusion et à la promotion de la poésie: Challenge Poème, Les Vendredis de la citation poétique, Mon Poème Incontournable et Extrait Poème. Peut-être que d’autres rubriques suivront, mais pour l’instant il n’y a que ces quatre.

Mus’Elles : La poésie, me semble-t-il, est pour vous un lieu privilégié ?

Cherlie Rivage: Plus qu’un lieu privilégié, c’est pour moi aussi ce lieu de rencontres plurielles, cette passerelle qui nous relie avec nous-mêmes et avec les autres. Car, la poésie est d’abord partages, rencontres et résonances multiples.

Mus’Elles : Pensez-vous qu’il faille toujours un peu plus d’espaces à la poésie ?

Cherlie Rivage: À mon sens, dire qu’il faille toujours plus d’espaces à la poésie, c’est constater qu’elle n’en a pas assez alors qu’elle est partout, car la poésie en tant qu’ “art de vivre” est cette dimension que tout humain porte en soi. Je dirais au contraire qu’il faut plus d’initiatives visant la mise en valeur des actions pour la promotion de la lecture et de la production poétique.

Propos recueillis par Adlyne Bonhomme

TEKNOLOJI AN KREYÒL, INISYATIV YON FANM AYISYÈN NAN DOMÈN TEKNOLOJI!

Teknoloji an Kreyòl se yon espas kote divès pwofesyonèl ak pasyone teknoloji mete ansanm pou pataje konesans ak eksperyans yo epi rive aprann tout sa ki gen rapò ak nouvo teknoloji enfòmasyon ak kominikasyon nan lang kreyòl ayisyen an.

Pou konprann pi byen kisa Teknoloji an Kreyòl la ye, ekip redaksyon « Mus’Elles » la te kontakte responsab inisyativ sila a, Madan Sophia Bruny Jasmin pou yon echanj k ap founi plis detay sou inisyativ li pran pou fè moun pi konprann teknoloji nan lang Kreyòl ayisyen an.

Mus’Elles: Di nou kiyès Sophia Bruny Jasmin ye?

Sophia B. Jasmin: Mwen se Sophia Bruny Jasmin, mwen se yon fanm marye ki gen yon pitit gason senk (5) lane. M ap viv nan eta ‘’ Massachusetts’’ nan peyi Etazini. Mwen etidye syans enfòmatik Ayiti. Mwen kontinye etid mwen nan peyi Etazini nan lane 2010, kote mwen etidye rezo ak administrasyon . Mwen se yon teknisyèn nan konpayi IBM, mwen ranje laptòp, sèvè, dèkstòp, elatriye. Mwen se yon teknisyèn espesyalize nan pwodwi Apple tou.

Mus’Elles: Kisa Teknoloji an Kreyòl la ye?

Sophia B. Jasmin: Teknoloji an kreyòl se yon espas kote nou pataje konesans sou kesyon teknoloji , tout sa moun ta renmen fè, men yo gen difikilte pou yo fè l paske enfòmasyon yo an anglè. Teknoloji an kreyòl la pou l aprann moun kijan yo kapab itilize yon òdinatè ak tout dènye teknoloji ki vini sou mache a nan lang kreyòl. Teknoloji an Kreyòl la tou pou l aprann moun nan lang kreyòl kijan pou yo fè diferans ant plizyè pwodui yo itilize nan domèn teknoloji.

Mus’Elles: Kisa ki pouse w pran inisyativ sila a?

Sophia B. Jasmin: Nan lide pou akonpaye, epi ede lòt moun melanje ak pasyon mwen genyen pou teknoloji. Se nan sans sa a mwen te wè nesesite pou m kreye yon espas kote m ka pataje enfòmasyon yo pi byen konsa plis moun ta kapab benefisye èd sila a. Lè yon moun mande m esplikasyon sou yon bagay, mwen twouve li enpòtan si l sou fòm titoryèl konsa moun nan ka gen bon vizyèl sou kòman pou l fè sa. L ap jwenn plis enfòmasyon epi l ap ka sere videyo sa pou l gade l ankò si l vle epi pataje l ak lòt moun.

Mus’Elles: Èske w genyen lòt teknisyen k ap ede w avanse nan inisyativ sa a? Si wi èske gen fanm ladan yo. Si genyen, konbyen yo ye?


Sophia B. Jasmin: Teknoloji an Kreyòl se yon gwoup dinamik ki ouvè pou fasilite travay lakay jèn, pou kounya a mwen se sèl teknisyèn k ap evolye nan teknoloji an Kreyòl, men nou swete genyen lòt teknisyen –èn toujou ofiramezi n ap avanse. Men gen lòt moun nan ekip la k ap ede nou avanse nan domèn grafik ak konsepsyon. Nou genyen Emmanuella Laventure Israel, sèl fanm ki nan ekip la. Li pa teknisyèn, men li fè pati administrasyon Teknoloji an Kreyòl.

Mus’Elles: Kisa teknoloji an kreyòl kapab pote anplis nan fason ayisyen ap itilize teknoloji Ayiti?

Sophia B. Jasmin: Teknoloji an Kreyòl kapab pote anpil nouvote nan fason moun ap itilize teknoloji a, sitou aparèy elektwonik yo. Nou pran angajman pou n moutre kijan yon moun kapab itize teknoloji ak aparèy elektwonik san li pa mete lavi l ak lavi lòt moun an danje. Nou vle asire pou jenerasyon k ap vini an kapab konn kijan pou yo itilize aparèy elektwonik yo, epi itilize yo byen.

Mus’Elles : Ki pi gwo objektif teknoloji an Kreyòl ta renmen atenn nan yon ti tan ki pi long ak yon tan ki pa twò lwen?

Sophia. B Jasmin: Tout pwojè Teknoloji an Kreyòl genyen nan tan ki pa lwen, pandan peryòd vakans ete a, se fè seminè fòmasyon pou moutre moun kòman pou yo fè koneksyon lakay yo. Se yon seminè bazik, kote n ap aprann moun divès konpozan òdinatè yo, kijan yo kapab itilize yo.
Pwojè nou fikse pou yon tan ki pi long se founi lekòl yo, anpil materyèl enfòmatik, epi mete kèk sant k ap fòme elèv nan domèn nan. Konsa, timoun yo kapab gen kou enfòmatik ki entegre nan pwogram nan lekòl yo. Anplis, teknoloji an Kreyòl swete tounen yon espas k ap founi tout kalte sèvis yon moun kapab bezwen nan domèn teknoloji. Sou fòm klas, dokimantasyon, egzèsis pratik, eksperyans sou teren, grafik, videyo, reparasyon ak enstalsyon materyèl, sipò teknik a distans, elatriye.

Mus’Elles: Yon mesaj pou tout moun k ap itilize teknoloji?

Sophia B. Jasmin: Itilize teknoloji a pou nou fè yon bagay ki efikas, yon bagay k ap anrichi oubyen ogmante konesans nou, konsa n ap edike tèt nou epi enfliyanse lòt moun yon manyè pozitif.

Pwopo antrevi sa a, se Clairvina Dossié ki rapòte yo.

                                                                  

Négresse Colas « Espérance de verre c’est pour pointer du doigt les inégalités et les injustices »

Annoncé depuis mi-juin sur sa page facebook, « Espérance de verre » de Negresse Colas, titre très poétique est soumis à l’appréciation du public. C’est un titre qui sonne bien et suscite la curiosité. Depuis l’annonce, on s’imaginait quelque chose de promettant. Avec d’ailleurs un titre qui offre des possibilités de compréhension et l’image qui sert de cover. C’est un titre pour dire le fragile de notre société, et par ricochet, du monde. Pour dire l’incertitude de demain.

Sur l’Ésperance de verre, sorti officiellement le 1er juillet 2020, avec un beat produit par maestro Lovenson en tapis de fond, la voix de Manicheca Colas est d’une grande sensibilité, qui chante ce refrain « se pa may pou mete se chenn yo k pou kase ».

Ce nouvel opus de Négresse s’adresse à la société, qui met de l’énergie à critiquer sa façon de s’habiller, mais cautionne ces psychopathes qui prostituent nos jeunes diplômés. Aux civilisés sous les genoux desquels on étouffe. C’est un titre qui questionne aussi le bachotage, indexant les écoliers qui n’espèrent que passer les examens.

En effet, l’Espérance de verre doit être vu comme un appel à la révolte.
« Espérance de verre » c’est pour pointer du doigt les inégalités et les injustices qui fragilisent la société. C’est un appel à l’action pour ce lendemain meilleur auquel nous aspirons », dit-elle.

L’auteure de mes « Marques mon histoire » paru aux éditions Plus, reste cohérente et fidèle au combat qu’elle mène de voir la transformation sociale de son pays. À travers ce son, on a affaire avec une jeune femme révoltée, en colère, qui refuse de se perdre et se positionne.

« J’ai choisi mon camp donc mon combat avec. Quand tu es conscient, tout ce qui est injuste t’insupporte. La vie est déjà ce qu’elle est, toute démarche visant à alourdir celle d’un groupe d’humain est classée d’injustice. Ma plume ne se taira pas ». Reprenant ces mots du poète Jean-Pierre Siméon qui dit, je cite :« la poésie sauvera le monde ». Partant de cette parenthèse ouverte sur la poésie, le titre « Espérance de verre » aurait pu être « Espérance de vers » quand on sait que la poésie participe de notre pouvoir à jouir de la vie, plutôt que de la subir. À espérer. À faire prendre conscience. Quand on sait que la poésie participe grandement aux changements des sociétés.

Mais pour la fan de la rappeuse Keny Arkana, l’heure est à l’urgence.« Ça aurait pu être vers mais je trouve que l’urgence de l’heure est d’attirer l’attention de l’humain sur sa fragilité et celle de ce système dans lequel il évolue et ce qu’il a à faire surtout dans le contexte actuel de cette pandémie et de ce soulèvement mondial contre le racisme ».

Rappelons que Négresse Colas a été lauréate du Prix nouvelle de la saison des lettres congolaises en 2019 pour sa nouvelle « Le prix d’une déception », un concours organisé par les éditions Plus.

Adlyne Bonhomme

Nitza Cavalier: “L’écriture me permet de peindre tout ce qui se passe au fond de mon âme”

Wislow Nitza Carmela Cavalier, étudiante en lettres, animatrice de radio et metteure en scène vient de remporter le prix « Jeune Écrivain Guyanais 2020 », un concours tenu tous les deux ans par l’Université de Guyane. Sa nouvelle ,« Le corps d’une amérindienne » qui lui a valu cette distinction ce lundi 22 juin , retrace l’histoire des amérindiens, peuple qui considérait leur corps comme « un langage non-verbal qui leur permet de communiquer avec le monde », pour répéter ses mots. Mus’Elles vous propose de découvrir l’univers enrichissant de celle qui vient d’ajouter des étincelles à la littérature caribéenne.

Mus’Elles :  D’abord, si vous deviez vous présenter, ça donnerait quoi ?

Nitza Cavalier : Ça donnerait une belle phrase nominale pour débuter : « Winslow Nitza Carmela Cavalier » ! S’ajouteront bien entendu, mes études, ma famille, mon entourage, mes passions, etc…Alors, c’est simple, je suis étudiante en Lettres à l’Université de Guyane. Je vis avec ma famille, mes deux sœurs et ma mère. Et pour finir, je dirais que je suis une passionnée de tout ce qui est artistique.

Mus’Elles : « Le corps d’une amérindienne » ça sonne bien. Pourquoi ce titre ?

Nitza Cavalier : La thématique du concours était « mémoire(s) ». Au début, je savais que c’était une nouvelle pimentée d’histoires que je voulais écrire, mais le contenu n’était pas encore clair dans ma tête. Je m’étais dite qu’il me faut un sujet propre à la Guyane et qui pourrait porter un message. Guyane est un pays qui héberge plusieurs communautés ; J’ai laissé défiler toutes les communautés qui s’y trouvent dans mes pensées. Et, en pensant aux amérindiens, j’ai ressenti que c’est de leur histoire que je devrais parler. Une sensation que je ne peux pas expliquer. 

L’histoire fait partie du corps de la personne qui le vit. Ça tombait bien, Les amérindiens/amérindiennes portent une singulière attention à leur corps, parce que surtout tout ce qui se trouve sur ce corps constitue un langage non-verbal qui leur permet de communiquer avec le monde. Cette communauté a dû vivre le pire dans le passé, certainement, leur corps était le premier à être touché, à être affecté.  Leur corps porte en effet toutes les marques de la légende amérindienne. Alors j’ai pensé que ce serait intéressant de transformer le corps d’une jeune femme amérindienne en un bouquin d’histoire pour raconter les mémoires de ce peuple.

Mus’Elles : Que souligne précisément votre texte, le fil de l’histoire qui y est racontée ?

Nitza Cavalier : Le texte parle d’une jeune amérindienne qui porte l’histoire de son peuple sur son corps. Chaque partie de son corps est parsemée de tatouages ou de cicatrices, représentant des douleurs du passé ou certains rituels traditionnels. Elle ne parle jamais et garde ses douleurs enfouies en elle. Le Fleuve du Maroni est son espace intime, un espace qui d’ailleurs est témoin de sa rencontre avec un jeune bushiningué. Ce dernier l’invita à extérioriser son histoire. Comme pour dire que l’histoire est faite pour être racontée…Je souligne que le peuple amérindien a une histoire presqu’étouffée. La jeune femme représente ce peuple, le jeune bushiningué, le partage d’un passé commun et le fleuve du Maroni, une frontière qui a permis la rencontre de ces deux peuples.

Mus’Elles : Qu’est-ce que ce prix révèle en vous, compte tenu de votre rapport privilégié avec la littérature écrite ?

Nitza Cavalier : Je pratique l’écriture depuis un bon moment.  Néanmoins, ce n’est qu’en 2016, que j’ai commencé à rendre public mes écrits…Gagner ce prix, c’est comme une estime, je peux dire. Je suis heureuse, c’est toujours sympa de gagner.  Cependant je sens que je dois faire beaucoup d’efforts pour me perfectionner. Cela devient une responsabilité.

Mus’Elles : Pourquoi écrivez-vous et quels sont les auteurs qui vous inspirent ?

Nitza Cavalier : Je n’ai pas de raison précise. Je le fais parce que je sens que je suis capable de le faire. Si j’en suis capable, autant me perfectionner. D’autant plus, l’écriture me permet de peindre tout ce qui se passe au fond de mon âme. Je ne suis pas peintre. Vaut mieux utiliser les mots comme peinture et mettre des couleurs dans ma vie. Quant aux auteurs, il y a Nietzsche parce qu’il partage avec moi toute son âme. Il a une façon d’entremêler la spiritualité et la raison qui me fascine. Je ne vais pas dire que je veux être comme lui mais il m’inspire beaucoup.  Il est celui qui m’inspire de l’espoir.  Il est celui qui m’a inspiré quand j’écrivais mon monologue « J’écris avec du sang », un texte douloureux mais rempli d’espoir. Des auteurs tels Gary Victor, Lyonel Trouillot, Marie-Vieux Chauvet, m’inspirent également.  

Mus’Elles : Qu’est-ce qu’on peut espérer de vous ?

Nitza Cavalier : Il faut espérer une Nitza qui ne lâchera devant rien. Qui fera tout pour se perfectionner dans tout ce qu’elle fait. Qui fera en sorte que ses créations soient innovatrices et utiles.

Propos recueillis par Adlyne Bonhomme

Youseline Vital, une entrepreuneure en herbe

Youseline Vital, artisane et entrepreneure, vient d’être sélectionnée par l’Académie des Femmes Entrepreneures de Port-au-Prince,(Academy for Women Entrepreneurs: AWA, en anglais), pour son entreprise « Payèt Design » dans le cadre d’un concours visant à autonomiser 35 femmes entrepreneures, toutes catégories confondues, en Haïti. Mus’Elles a rencontré Youseline Vital qui, sacrée « Choix des gens » par les votants, nous a livré ses impressions lors d’une entrevue.

Mus’Elles : Pouvez-vous vous présenter et partager avec nos lectrices et lecteurs votre parcours en tant que artisane?

Youseline Vital : J’ai travaillé tout d’abord pendant deux ans dans la vente dans une entreprise commerciale comme Agent de vente, puis trois ans dans l’administration publique comme Technicienne Senior II, et enfin quatre ans comme assistante administrative et facilitatrice de Programme en Leadership Communautaire dans une organisation locale. Passionnée de l’art, de l’innovation et de l’impact social, je dirige une communauté de femmes entrepreneures « Girlpreneur Ayiti ». Je suis aussi la coordonnatrice de « Programme Involve Haïti », et fondatrice de « Payèt Design », une entreprise qui crée des tableaux artisanaux, empreints d’originalité. Je suis boursière de l’« Academy for Women Entrepreneurs » (AWE), qui soutient les femmes entrepreneures en leur fournissant entre autres des cours de management. 

Mus’Elles : Pouvez-vous nous parler du concours tenu par « Academy for Women Entrepreneurs Haïti » ? Quels ont été les défis?

Youseline Vital : « Academy for Women Entrepreneurs » (AWE) est un programme international qui soutient le développement des femmes entrepreneures dans le monde. Le programme permet à des femmes de créer et de diriger des entreprises prospères avec abilité et certitude. L’AWE promeut la prospérité économique collective et la stabilité mondiale en créant une communauté d’apprentissage holistique et inclusive qui comprend un mentorat entre pairs, des incubateurs et des accélérateurs d’entrepreneuriat, des discussions avec des femmes chefs d’entreprise de premier plan, et bien plus encore. Un programme développé pour soutenir l’Initiative mondiale pour le développement et la prospérité (W-GDP) dirigée par la Maison Blanche, qui est conçue pour donner aux femmes du monde entier les moyens de réaliser leur potentiel économique, créant des conditions pour une stabilité, une sécurité et une prospérité accrues pour tous.  L’objectif est d’atteindre 50 millions de femmes d’ici 2025 en promouvant un environnement propice qui réduit les obstacles et facilite la participation des femmes à l’économie. En 2019, 26 pays ont participé à ce programme dont Haïti. On a eu 12 semaines de cours, et des session en ligne avec « Dreambuilder ». Les participantes de ce programme sont maintenant bénéficiaires  d’un programme international avec des mentors. Les gagnantes recevront des primes financiers pour leur entreprise. Pour le concours; il faut dire que nous avions d’abord suivi un cursus sur l’entreprenariat de l’AWE et après nous étions invitées à présenter nos entreprises et nos discours à travers un Pitch Deck, à un certain nombre de publics, généralement, des investisseurs. À cause de la COVID-19; l’equipe organisatrice a jugé opportun de créer un système de vote en ligne qui a duré une semaine. 

Mus’Elles : Y a t-il eu des personnes qui vous ont encouragée à créer votre propre entreprise ?

Youseline Vital : Je commencais seule à suivre un chemin vers l’entrepreneuriat parce que j’avais déjà mon entreprise « EnpresyonE » (qui réalisait des impressions sur maillot) sans vraiment approfondir mes connaissances dans le domaine. En 2018, quand j’ai intégré Impact Hub à Port-au-Prince comme volontaire, j’ai commencé à suivre des cours et des sessions de formation qui m’a poussé à créer « Girlpreneur Ayiti ».Depuis lors, je vais de projets en projets,  maintenant je ne peux plus m’arrêter.  

Mus’Elles : D’où vous vient l’amour des paillettes dans la confection de vos pièces, notamment vos tableaux?

Youseline Vital : J’ai appris à réaliser ces tableaux avec mon père quand j’étais enfant. Déjà à l’âge de 8 ans, je pouvais déjà confectionner toute seule une pièce. Je pense que c’est à partir de cette époque que mon amour pour l’art a pris forme. Depuis lors, j’ai grandi entre l’odeur de la peinture et les couleurs des paillettes. Quand j’ai arrêté de travailler dans l’atelier de mon père, j’avais peut-être 13 ou 14 ans environ. Depuis, je n’avais jamais mentionné cette partie de moi encore moins ne l’avais-je laissé se révéler. En 2018, l’envie de produire des pièces se faisait sentir de plus en plus et me voilà aujourd’hui avec une entreprise qui crée des tableaux décoratifs en paillettes!

Mus’Elles : Quelles sont les difficultés rencontrées généralement ?

Youseline Vital : Le seul défi auquel moi je fais face c’est de pouvoir  m’approvisionner  en matériaux de travail sur place. Ce n’est pas du tout facile. C’est un risque énorme pour le respect des délais; de plus, cela m’empêche de travailler au rythme voulu.

Mus’Elles : Avez-vous un partenaire commercial qui vous facilite à écouler vos pièces?

Youseline Vital : J’ai un partenariat  international assez intéressant. Ce partenariat est signé depuis Janvier 2020 avec « KayTita » qui fait des mini- expositions de mes pièces à Seattle, aux Etats-Unis.

Mus’Elles : Quels messages adresseriez-vous aux femmes qui souhaitent emprunter une carrière d’entrepreneures ?

Youseline Vital : J’aimerais dire à celles qui s’accrochent à un rêve, n’hésitez pas à épuiser vos forces et votre énergie jusqu’à sa réalisation. 

Propos recueillis par Jeanne-Elsa Chéry

DJ Kémissa, la passion au bout des doigts

Dj Kémissa, de son vrai nom, Kémissa Trécile, est celle qui fait vibrer les sens et les tympans au rythme de ses mixages de son. La figure habituelle aux soirées ambiancées dans les bars et les salles de spectacles à Port-au-Prince, engage une carrière qu’embrassent peu de femmes. Si la DJ développe une rare complicité avec les beats, sa dextérité se met au pas d’une carrière à succès et de ses initiatives.

Les débuts de Kémissa en tant que DJ

Chez l’icône féminine du DJing en Haïti, la musique est une passion longtemps caressée. Cette adulation n’a pas laissé à la jeune femme de se contenter de ses cours de piano, quand elle était petite. Elle se souvient d’avoir consacré de longues heures à écouter de la musique, mais ce n’est pas tout. Elle imaginait les enchaînements harmonieux afin d’en tirer les meilleures rythmiques. Son passe-temps favori consistait à collecter des tubes, pour les mixer avec passion. DJ Kémissa n’osa pas partager ces sessions avec qui que ce soit, par peur de critiques peu bienveillantes. Mais, une fois, alors qu’elle commençait par aller dans des journées récréatives, elle partagea un de ses « mixtapes », devant un public attentionné. L’accueil reçu va susciter un premier déclic et de l’admiration. Tout compte fait, c’est une carrière de DJ qui l’attend. Ce, au grand dam de ses amies qui lui connaissent d’autres aptitudes et plusieurs centres d’intérêts que les platines dont le basketball et le Droit. Plus tard, elle fut invitée à performer à une soirée, elle a pris goût à l’aventure : « J’ai su que je voulais renouveler l’expérience. Même si mises à part mes aptitudes de mixage, je ne connaissais pas grand-chose du monde de l’entrainement », se remémore-t-elle.

DJ Kémissa son talent et ses initiatives  

DJ Kémissa est bourrée d’initiatives ; elle ne manque pas de cordes à son arc non plus. Après des études en sciences juridiques, elle s’est spécialisée dans le domaine du droit commercial international. Elle a pu aussi lancer une plateforme de promotion des droits des femmes qu’elle utilise pour commercialiser sa marque et faire aussi du branding social comme avec la campagne: « Attention je connais mes doigts » qui promeut les droits socio-politiques des femmes et propose notamment des conférences gratuitement sur des sujets y relatifs . Elle a également lancé « Au top Kemissa », nom de la couverture légale de son entreprise, qui s’occupe du divertissement dans le monde musical. Depuis 2017, elle propose « Top Friday », une série de soirées dont la philosophie est de se donner au maximum pour l’atteinte du succès.

Les difficultés et les joies de la carrière de DJ Kémissa

Plusieurs difficultés se sont mises à travers son chemin parce que, son entourage et aussi le public ne l’avaient pas encore totalement acceptée : « J’ai dû travailler pour me tailler ma place dans ce monde majoritairement dominé par des hommes. Et c’est comme ça le côté entrepreneur s’est développé », confie-t-elle. Au commencement, il y a eu plus de difficultés que d’opportunités. Il a fallu du temps pour que le public accepte et comprenne ce qu’elle propose dans le monde de l’Entertainment. Toutefois, autant qu’elle reconnait ne pas être la seule à accomplir de tels exploits, autant elle est satisfaite de pouvoir se tailler une place parmi « les meilleurs Disc-Jockey tous genres confondus en Haïti ».

Confiante envers l’avenir, elle initie beaucoup de collaborations directes avec des femmes dans le domaine artistique. « Accepter de participer avec moi sur la plateforme W.E.M (Women Empowerment Movement) témoigne déjà de la volonté à collaborer. Et certaines des artistes invitées ont déjà posé leur voix sur les musiques que j’ai annoncées». Lancée officiellement le 23 mai 2020, WEM œuvre à la promotion et la visibilité des femmes dans l’industrie créative. Car, selon les dires de DJ Kémissa, trop souvent les femmes artistes encourent des difficultés à s’imposer sur la scène culturelle. Un EP (l’album de musique), un projet en cours va s’inscrire dans le cadre de ces collaborations. Même si la crise sanitaire a empêché la réalisation de sa grande première, elle propose entre temps au public une série de capsules vidéos diffusées en direct avec la collaboration d’autres femmes. Elle compte tout aussi bien continuer, malgré les hauts et les bas : « Entamer une vie de star c’est la partie superficielle mais persévérer et réussir une carrière d’artiste c’est ça le plus difficile, là où le défi est lancé », conclut Dj Kémissa.

 Jeanne-Elsa Chéry

Daana Sthernith Eldime, une jeune Petit-goâvienne qui se distingue

Fougueuse, ambitieuse, passionnée de la vie associative, Daana Sthernith Eldime  est cette jeune très impliquée  dans sa ville natale: Petit- Goâve.  Avec un souci de faire davantage tous les jours, elle y fait bouger,notamment, le domaine de la culture.

Ayant bouclé ses études primaires et secondaires à l’école Notre Dame de la sagesse de Petit-Goâve, Daana Sthernith Eldine a fait ses preuves sur le plan académique. La Lauréate du concours d’entrée à la Faculté de Droit et des Sciences économiques (FDSE) et  à l’ École de Droit et des Sciences économiques des Gonaïves (EDSEG) en 2014 n’était  autre qu’elle. Elle ne semble pas faire  dans la demi-mesure quand il s’agit de rythmer ses initiatives socio-culturelles et  celles au service de la cause des femmes. Elle  occupe le poste de secrétaire  générale de la Coordination des  Femmes engagées pour la Coopération  et le Développement d’Haïti (COFECDH), une organisation œuvrant dans la lutte contre les violences sexuelles. Daana se dit déterminée à travailler pour le respect et la dignité des femmes. Elle veut apporter son grain de sel à ce combat pour une meilleure considération des femmes à tous les niveaux de l’échelle sociale.

Diplomée à la FDSE, elle prépare actuellement  son mémoire de sortie en droit. Elle est également étudiante en niveau 2 en philosophie à l’École Normale Supérieure (ENS). Daana Sthernith Eldime se révèle l’exemple d’une jeune femme battante, croyant que les choses dans son pays peuvent changer. Elle se donne en ce sens  entièrement pour que s’ouvrent les chemins.


Daana est aussi à la tête de deux institutions socio-culturelles à Petit-Goâve: Mouvement Littéraire Culturel et Artistique des Jeunes (MOLICAJ) où elle gère entre autres la finance du Marathon du livre; La Production des Arts d’Haïti (PADH) dont elle a eu la commande en 2011 et où elle coordonne des formations en théâtre et en danse.


« C’était une troupe de théâtre, que j’avais transformée en club, quand j’étais arrivée en 2011. J’y introduisais la danse. Et puis la troupe, on en faisait quelque chose de séparé. Nous réalisons des formations sur le théâtre. Nous écrivons et jouons des textes qui mettent en exergue notre histoire et notre culture; qui traduisent nos quotidiens et nous dévoilent ».


Membre de l’Atelier des Apprentis  Narrateurs  (ANA). Daana est actuellement co-directrice exécutive de « Confin’ecole », initiative du MOLICAJ qui dispense des cours  durant le confinement. La grande lectrice de Gary Victor, s’affirme comme une jeune chez qui la disponibilité pour les choses culturelles et humaines est remarquable. Plutôt friande de la musique locale, la native de la ville aux « dous makòs » laisse entendre qu’elle écoute toujours avec bonheur les chansons de compas direct. C’est un passe-temps qu’elle ne peut négliger à côté de la lecture.

La jeune femme passe actuellement ses jours  à Petit-Goâve au rythme des jours assombris par la covid 19, entourée des membres de  sa famille, qui lui est d’un grand soutien dans ses entreprises. Non loin du lieu où a vécu l’écrivain Dany Laferrière avec Da, sa grand-mère. Vivre à quelques mètre d’une maison où un « immortel » a connu l’enfance. On peut ressentir bouger son âme…Dans ses mains. Dans ses pas. La force de toute une ville qui te dit, le futur tu dois le cueillir même au plus profond de la mer.
Daana Sthernith Eldime entre ses engagements, ses passions, ses rêves, trace, petit à petit, son chemin. Et par ces actions, elle risque certainement d’impacter d’ autres jeunes de son entourage. 

Adlyne Bonhomme
b.adlyne@yahoo.com

Evelyne Trouillot : « La littérature pour moi est vivante et au cœur de la vie »

Auteure de « Par la fissure de mes mots » publié aux éditions Bruno Doucey. Prix Carbet (Prix majeur des littératures caraïbes) pour son roman « La mémoire aux abois » chez les éditions Hoëbeke. L’écrivaine Évelyne Trouillot est l’invitée d’honneur de la 26ème édition de Livres en folie qui sera virtuelle, en raison de la COVID-19. Le contact direct avec les lecteurs et lectrices ne pourra pas se faire, regrette l’auteur de « Sans parapluie de retour ». Mus’Elles a rencontré l’auteure autour de sa participation à Livres en folie.

Mus’Elles : Une crise sanitaire frappe le monde de plein fouet et Haïti n’y est pas épargnée, à quelles questions ces genres d’événements font-ils répondre la poétesse en vous?
Evelyne Trouillot : En tant que citoyenne d’un pays dont une grande partie de la population vit en situation économique précaire avec un système sanitaire défectueux, je ne saurais ne pas me sentir préoccupée, inquiète même par la pandémie et les conséquences qu’elle peut avoir ici. Mes préoccupations de citoyenne, ma douleur, mes angoisses, ma colère face à une situation où les plus vulnérables seront une fois de plus les plus touchés, vont habiter mes textes, ma poésie. La littérature pour moi est vivante et au cœur de la vie. Je ne suis pas d’un côté, citoyenne et de l’autre poétesse, écrivaine. Ma poésie est souffle de ce que je vis, mes textes portent mes convictions, mes élans, mes peurs, mes joies, mes espoirs et ma vision de la vie et du monde. Si je suis comme la plupart d’entre nous ébranlée par la pandémie, je suis surtout bouleversée par ce qu’elle confirme ici comme ailleurs : les inégalités sociales, le pouvoir des finances sur le bien-être des êtres humains.

Mus’Elles : La parole littéraire, poétique, plus particulièrement n’a jamais eu autant la côte avant l’épidémie, cela peut-il être vu comme la preuve que la littérature est le lieu par excellence pour avoir l’impression de pouvoir s’échapper ?
Evelyne Trouillot : Je ne sais pas si un quelconque sondage confirme, comme vous le dites, que la parole littéraire, poétique, en particulier, soit beaucoup plus appréciée  depuis la pandémie. On peut par contre imaginer que les gens, confinés chez eux, lisent davantage peut-être. Dans tous les cas, je dirai que la littérature peut en effet aider dans de telles circonstances.  Moyen de se détendre, d’explorer ses émotions, d’aborder des thèmes nouveaux, différents, de regarder autrement les réalités, la littérature peut sans doute constituer un atout pour faire face à des situations stressantes et carrément éprouvantes. Ceci est tout aussi bien valable pour d’autres formes artistiques, comme la musique ou le cinéma par exemple.

Mus’Elles : En raison de la COVID-19 vous êtes l’unique invitée de la 26ème édition de Livres en folie qui sera virtuelle. Y voyez-vous un plus pour l’émancipation des femmes dans la littérature, sachant que cette activité est plutôt dominée par la gent masculine ?
Evelyne Trouillot : Vous dites que la littérature est « plutôt dominée par la gent masculine ». Si vous faites référence au nombre d’auteurs masculins vous avez raison. Le site d’île en île présente 140 auteurs haïtiens, parmi lesquels il y a moins de 40 femmes, donc soit moins de 28%. Plusieurs facteurs peuvent expliquer cet écart assez significatif : les conditions d’existence des femmes constituent souvent des obstacles à la réalisation de leurs rêves individuels.  La société s’attend à ce qu’elles s’occupent de la famille, du père, des frères et cousins, du mari quand elles sont mariées et des enfants en toutes circonstances, et ces responsabilités constituent des handicaps aux projets qu’elles pourraient avoir. Il faut, à une femme, beaucoup de volonté et de détermination pour poursuivre ses rêves. En outre, si la précarité économique affecte hommes et femmes, ces dernières le sont davantage. Salaires moins élevés, emplois moins bien rémunérés, charges familiales plus lourdes car beaucoup de femmes se retrouvent seules à élever leurs enfants. Autant de facteurs qui entravent l’épanouissement de la femme dans plusieurs domaines, pas seulement en littérature. Comme, de plus, le métier d’écrivain, n’est pas une profession « rentable », il est encore plus difficile pour la femme de s’y lancer. Cependant, pour revenir à votre question, il y a seulement trois ou quatre ans depuis que Livres en folie a adopté la formule de deux invités d’honneur. Il y a eu donc des femmes qui ont déjà été les seules invitées d’honneur pour des éditions antérieures. Je ne saurais donc considérer le fait d’être la seule invitée d’honneur comme un quelconque symbole de la reconnaissance de la femme écrivain.
La liste d’île en île que j’ai mentionnée ci-dessous commence avec des auteurs du début du 19ème siècle.  Pour cette période le nombre de femmes écrivains est extrêmement limité, il s’accroit au cours du 20ème siècle, même si le pourcentage est toujours faible par rapport aux hommes. Le nombre s’accroit d’abord parce que plus de femmes écrivains sont maintenant reconnues par la société. Les tabous et préjugés empêchaient aux écrivaines de s’assumer (d’où l’utilisation de noms d’emprunts parfois) et à la société de les voir et de les accepter. Cette progression devrait continuer de s’accélérer. Mais pour ce faire, il faut des actions concrètes. Je dirai qu’au-delà des déclarations d’intention des politiciens lors de la journée du 8 mars, il faut des politiques culturelles et sociales qui soutiennent les activités de création chez les filles et les femmes. L’organisation d’ateliers d’écriture, l’augmentation des bibliothèques de proximité, et autres activités visant à offrir aux femmes un encadrement et un soutien à la création pourraient contribuer à ouvrir le champ littéraire aux femmes. Mais il y aurait encore beaucoup à dire à ce sujet et sur la participation des femmes à la vie publique en général.
Pour revenir aux spécificités de cette édition, elle sera uniquement virtuelle. La pandémie l’exige. Je regrette ce contact qui ne pourra se faire avec les lecteurs et lectrices, mais la sécurité sanitaire demeure prioritaire.

Mus’Elles : On sait que vous écrivez dans plusieurs genres. Quel est celui qui vous passionne le plus?
Evelyne Trouillot : J’ai en effet publié des romans, des recueils de nouvelles et de poésie, des récits jeunesse et j’ai écrit une pièce de théâtre.  Le choix de travailler sur un texte demande un engagement. Cet engagement chez moi se fait rarement sans passion. L’écriture est un travail qui demande beaucoup de discipline mais qui pour moi prend son élan dans la passion, dans le désir puissant de donner vie à un texte. Maintenant, y a-t-il un genre qui me passionne davantage ? Je ne pense pas. Je dirai que chaque genre vient avec ses exigences, ses critères de création qui dictent le rythme, l’intensité du travail, la durée. Par exemple, pour la poésie, il me faut beaucoup plus de temps. Je lis et relis plusieurs fois, recommence, biffe, efface, supprime avant d’arriver à un texte satisfaisant à mes yeux. Et ce processus peut prendre plus d’une année pour une plaquette. Les nouvelles vont plus vite car le plus souvent je commence l’écriture dans ma tête. Quand je me mets devant l’ordinateur, le texte coule car il était déjà à moitié écrit. Les romans c’est encore une autre approche. Je campe un, deux, trois personnages et élabore le fil de l’histoire parfois sur des bouts de papier, un carnet. C’est une période assez emmêlée, confuse même dans la mesure où je tâtonne, j’essaye de trouver la façon maximale de réaliser mon projet d’écriture. Le choix de la voix du narrateur, par exemple, est fondamental, ainsi que la structure du récit, et tant d’autres choix à faire. Donc, le temps varie selon le texte, selon le genre mais l’enthousiasme, la passion est la même.

Mus’Elles : Que nous prépare votre cuisine littéraire pour bientôt?
Evelyne Trouillot : Dans cette édition de Livres en folie je présente un nouveau roman « Désirée Congo » dont l’action se passe à Saint Domingue juste avant la bataille de Vertières. Je mets en scène une jeune femme fantaisiste et imprévisible dans ses actions. Autour d’elle divers personnages représentant la société d’alors. Ce qui m’intéressait dans ce texte c’est d’évoquer les souffrances psychologiques, les traumatismes que l’esclavage a pu provoquer chez les hommes et femmes, chez les enfants mis en esclavage. Quelles furent certaines des réactions que cette expérience de violence extrême a pu entrainer ? Ce n’est pas un sujet qui est souvent évoqué dans les documents historiques ou dans les livres d’histoire.
Depuis ma première publication, « La chambre interdite », je reste fascinée par les chemins tortueux que peut prendre l’esprit humain pour faire face à une expérience insupportable et survivre à une situation intolérable. Mon prochain livre sur lequel je travaille actuellement, je suis à la phase finale à vrai dire, raconte l’histoire de deux jumelles. Pour échapper aux horreurs d’un quotidien abusif et se venger de leur entourage elles se substituent l’une à l’autre au point d’oublier leur identité respective.  Deux sœurs qui se cherchent, qui se perdent, qui se retrouvent peut-être ( ?) sur fond d’une situation familiale douloureuse et compliquée. J’ai aussi en chantier un nouveau recueil de poésie française. J’ai remarqué que la poésie est toujours là à l’affut chez moi. De même que mes livres de chevet sont souvent des livres de poésie, de même en écriture je me tourne vers la poésie comme point d’ancrage, car c’est elle qui pour moi demeure la forme la plus sublime d’expression.

Propos recueillis par Adlyne Bonhomme
b.adlyne@yahoo.com

Tafa Mi-Soleil vers ses rêves !

Sa vie est peut-être en train de changer. La nouvelle circule depuis mi-avril. Tafa Mi-Soleil, 21 ans, vient de réaliser un exploit remarquable. Sa musique vidéoclipée « Mizik sove vi’m » vient d’accumuler plus d’un million de vues sur la plateforme numérique YouTube. Depuis, cette étudiante finissante en Haute couture fait beaucoup parler d’elle avec sa voix exceptionnelle.

Tafa Mi-Soleil est une artiste dans tous les sens du terme. Elle n’a que 21 ans, et la jeune styliste a du talent. De quoi espérer suivre la voie d’autres chanteuses haïtiennes adulées par le public. Un talent à l’état brut et une star en devenir, Tafa Mi-Soleil s’affiche depuis quelques temps comme l’une des artistes les plus aptes à intégrer le cercle fermé des trésors de la chanson féminine haïtienne.

Des artistes ont un parcours atypique. C’est bien le cas de Tafa Mi-Soleil qui sans nul doute est très apprécié du public. Celle qui fait également de la peinture apprécie le côté social de la musique. Elle est éprise d’un amour profond de l’art comme cela apparaît à chaque qu’on la voit. Le succès qu’on lui prédit ne saurait tenir seulement à cela, mais bien plus à une voix sûre et une singularité musicale.

Tafa portant une robe de sa propre marque: Collection Mi-soleil

Tafa manie aussi bien sa plume que les ciseaux. Et en plus des tissus vers de beaux vêtements. La jeune styliste résonne comme un bel espoir qui taille sa place par sa muse. La chanteuse explore des facettes intimes de son existence. Une voix qui acquiert une popularité.

« Mizik sove Vi’m »

Sa carrière a été officiellement lancée le 1er mars 2020 avec la sortie du single « Mizik sove Vi’m ». Il s’agit d’une nouvelle version, issue d’une première réalisée avec le rappeur D-Fi Powèt Revolte, CEO du label Evazyon Mizik dont elle fait partie. Transmettre des émotions, escalader des notes tantôt hautes, tantôt capricieuses, semble être le cachet de cette deuxième version proposée par Tafa Mi-Soleil.

« Ce morceau, en effet, est très personnel. Il raconte une partie de ma vie que j’ai choisie de mettre en chanson. C’est tout un travail sur moi-même. Et c’est pour cela que la vidéo aussi reflète tout ça, grâce aussi à la touche du réalisateur Réginald Louissaint Junior ».

Le texte se déroule dans un univers poétique d’amour, de tristesse et de tendresse. A-t-elle conscience de tout le glamour et de la passion qui émanent de ce titre qui peut facilement être récupéré, tellement tendance ?

Elle semble n’en avoir cure, trop sincère et franche. Et puis elle s’en remet aux meilleurs auspices en disant :

« J’ai fait usage des sentiments enfouis un peu partout en moi pour raconter mes épreuves dans ce morceau. Ce morceau parle des élans qui me poussent aussi vers mes rêves ».

Ce clip teinté de rage, lancé comme un cri de cœur, fait toute l’originalité de sa vision. Un succès monumental, pour celle qui chantait depuis toute petite à la chorale de son église. Avouant qu’elle évolue sans s’en rendre vraiment compte, elle a toujours aimé chanter, fredonner un air de musique.

En amour avec la musique

Sa musique dévoile une intemporalité troublante. Le résultat est surprenant. Elle chante avec sa voix pure et sans maniérisme. Une mosaïque de rythmes et de mélodies au diapason de sa trajectoire de vie en dent de scie, un mélange de tristesse et de gaieté.

Celle qui adore Nina Simone et Amy Whinehouse utilise l’art davantage pour se muscler le cerveau que le corps prend à cœur sa passion depuis quelques années où elle fait des entrées sur scènes dans des universités et des centres culturels. Le succès fut immédiat.

« M pa toujou kapab kenbe rèv men yo

Lè yo ban m do

san eskize m ».

S’il faut revenir sur son parcours, elle était d’abord adulée dans les milieux universitaires, où son accapela courtisait les oreilles de centaines de curieux, surtout des amants et amantes de la musique traditionnelle haïtienne. Lors de ses nombreuses prestations à l’école normale supérieure et dans d’autres centres universitaires du pays, elle a visiblement captivé le public avec sa voix sûre.

Tafa Mi-soleil sur scène

S’ensuivent les différentes prestations lors de quelques spectacles – scène à l’évocation de laquelle son regard s’éclaire comme celui d’une enfant éblouie- de toutes références, même excellentes. L’artiste roule sa bosse depuis un moment déjà et la reconnaissance est venue crescendo.

Humble et appreciée

Dans la musique, elle avoue se sentir dans un cocon familial tant que les gens lui vouent de l’admiration ; sans compter les ondes positives qui illuminent sa vie, et un gage de persévérance. Une famille qui s’élargit à mesure que des caméras et micros mettent le projecteur sur une promesse d’une musique neuve.

« Toujours progresser, évoluer, vivre un jour de ma passion, donner du plaisir aux autres, faire ressentir tout ce que j’ai à faire partager. Et dans l’immédiat. Me faire connaître, trouver des ouvertures »,

raconte la jeune chanteuse.

Avec sa volonté de réussir et sa voix en or, ses proches ne restent pas de marbre face à son succès. Ses professeurs de design ne sont d’ailleurs pas étonnés de son succès :

« Elle a cette humilité, on ne l’entend pas mais elle travaille constamment. Les résultats sont là. On n’est pas surpris face à la qualité de sa performance musicale »

clame un professeur qui a enseigné cette belle promesse musicale.

Sensible et bouleversante de sincérité, Tafa Mi-Soleil garde cependant la tête sur les épaules. Elle a les yeux pleins d’étoiles mais les pieds sur terre. Si la musique ne lui réussit plus, elle continuera sa carrière de styliste :

« Je me pose beaucoup de questions. Est-ce que je continue avec le design ou une carrière musicale ? J’espère que la musique m’ouvrira des portes et me permettra de connaître le succès continu»,

confie la nouvelle coqueluche de la jeunesse haïtienne.

Après d’autres artistes féminines à succès, Tafa Mi-Soleil pourrait bien être une nouvelle révélation d’Haïti. Intimiste et festive, profonde et enivrante Tafa mi porte bien haut le drapeau de la musique haïtienne. Elle espère amener son public dans un voyage, une transe frénétique ou simplement la contemplation. Cette émouvante réception de cette artiste en flèche n’est-elle pas l’assurance que Tafa Mi-Soleil marche à pas de course vers ses rêves ?

Jeanne-Elsa Chery

Entrevue | Carline D. Ostiné apporte son aide aux familles haïtiennes face au COVID-19

Dans le cadre d’une initiative philanthropique visant à faire bénéficier d’un accompagnement alimentaire à 200 familles haïtiennes , MUS’ELLES a interviewé Carline D. Ostiné l’un des instigateurs de cette initiative.

Pouvez-vous vous présenter aux lectrices et lecteurs de MUS’ELLES?

Bonjour aux lecteurs et lectrices de Mus’elles. Je vous remercie de me donner l’opportunité de m’adresser au public très avisé de votre journal. Je suis mère de famille, J’ai eu une carrière en Administration des entreprises avant de laisser Haïti. Maintenant, je travaille dans le domaine médical pour une agence à New York, et Je suis étudiante finissante en « Administration des Services Médicaux. »

A quel moment vous est venue l’idée de lancer cette initiative ?

Vous savez, lors d’une catastrophe (séisme, ouragan, épidémie), il y a parfois une sorte de confusion par rapport à ce que nous ressentons. Toutefois, au-delà de la peur, de l’angoisse et de la solitude, car disons-le, le Covid 19 et les mesures de distanciation sociale et de confinement qui sont préconisés pour éviter la propagation de la maladie, nous imposent un isolement social, au-delà du stress ambiant, j’avais décidé, depuis le jour où les premiers cas ont été enregistrés en Haïti, dans un élan de solidarité, de venir en aide aux plus démunis d’entre nous en Haïti.

Quelle est la motivation derrière ce projet visant à faciliter des denrées alimentaires à 200 familles dans le contexte du Covid-19 ?

En réalité, l’idée initiale c’était de recueillir des fonds pour pouvoir acheter des masques pour que des membres de la population puissent se protéger. Cependant, après avoir présenté le projet à mes ami-e-s. Certains d’entre eux m’ont fait comprendre, considérant la vulnérabilité et la précarité de la population et tenant compte de la malnutrition et de la sous-alimentation auxquelles sont confrontés beaucoup de nos compatriotes, qu’il serait plus opportun de se procurer des kits alimentaires dans le cadre de ce projet.

Qui d’ autre fait partie de l’équipe ?

Les belles âmes attirent les belles âmes. Même si je suis l’initiatrice du mouvement, il faut dire que ce projet ne m’appartient plus. Il y a des personnes extraordinaires qui se sont appropriées du projet. Ils sont partout ces personnes de bonne volonté qui m’accompagnent. Sur les réseaux sociaux, vous pouvez voir qu’il y a toute une dynamique positive qui s’est créée autour de cette collecte de fonds. J’en profite pour remercier tous ceux et celles qui ont mis leur nom, leur réputation et leur réseau au service de cette belle initiative. En résumé, il y a tout un staff, toute une équipe aussi dynamique, dévouée qu’infatigable avec moi. Merci à Stéphanie Madjiny Vital, Cottecheese Pierre ,Yrieno Chery, Raphael Marc Carls, Leinadine Maurice, Stephanie Boucher, Cynthia Kersaint, Richenel Ostine, Jonathan Dorcela, Barbara Bosquet, Valerie Moise… pour ne citer que ceux-là.

Le groupe de Compas, Siromiel apporte son aide à l’initiative

Comment cela progresse? Avez- vous beaucoup d’autres personnes qui souhaitent soutenir le projet ?

Le projet progresse très bien. Vous savez, malgré les coups bas et les abus de confiance concernant les collectes de fonds dans le cadre de la reconstruction du pays après le séisme du 12 janvier, je suis heureuse de constater que le peuple Haïtien n’a pas perdu sa capacité à faire confiance. C’est pour vous dire que nous avons reçu des soutiens et des appuis de la part de tous les milieux et de tous les secteurs.

Quels sont les critères pour qu’une personne puisse bénéficier de cette aide?

C’est une bonne question. Les groupes les plus vulnérables de la population haïtienne, parmi lesquelles figurent les femmes enceintes, les enfants, les personnes âgées et les personnes en situation de handicap risquent d’être plus fragilisées dans un contexte de crises sanitaires et sociales. Ce sont ces catégories, entre autres, que nous voulons toucher particulièrement.

Comment seront acheminés les kits sans risquer une possible propagation du Coronavirus ?

Pour cela, le groupe a décidé de faire une distribution de porte à porte pour éviter à ce qu’on se trouve avec un groupe de personnes comme on sait le voir, c’est justement pour éviter la propagation du virus tout en respectant le principe de la distanciation. On veut aider les gens, et non pas les mettre dans une situation susceptible d’accroître leur vulnérabilité ou de les exposer.

Prévoyez-vous d’autres activités dans le contexte de la pandémie?

Nous voulons créer un effet d’entraînement en termes de solidarité et de partage dans ce contexte de crise. Je suis vraiment heureuse de constater à cet effet que d’autres initiatives ont été prises dans cette perspective. Je salue les initiatives de tous les secteurs. Face à l’urgence, toutes les activités qui peuvent apporter du réconfort et un peu de soutien à la population sont les bienvenues. Il n’est donc pas exclu de faire d’autres activités en ce sens.

Un dernier mot?

Merci de nous avoir accordé cette entrevue. C’est une excellente façon de contribuer à la réussite de la cause. Je tiens à rappeler à tout le monde que nous sommes dans un moment de crise et d’urgence. Il est important de s’entraider tout en essayant de respecter les consignes pour éviter la propagation de la Covid-19. Lavez vos Mains, Respectez la Distance Sociale et surtout Restez à la maison.

Propos recueillis par Jeanne-Elsa Chéry


PS: Pour ceux qui souhaitent apporter leur contribution à ce projet de distribution de kites alimentaires voici les moyens pour le faire :

Via MonCash : +509 44 15 4355

Via CashApp : $CarlineOstine

Via PayPal : cottecheese@yahoo.fr

Lien gofundme : https://www.gofundme.com/f/1t5gin5yuo?sharetype=teams&member=4162086&utm_medium=social&utm_source=facebook&utm_campaign=p_na+share-sheet&pc_code=fb_co_dashboard_a&rcid=90a5466d16434a45bdcfe7c3bad6f730

La militante Marie Isnise Romélus parmi les récipiendaires du prix “Femme Dofen”

La cérémonie de clôture de la première édition du prix “Femme Dofen”, organisée par Dofen News Radio le 18 janvier dernier à l’hôtel Caribe, a honoré 15 femmes qui impactent positivement leurs communautés. Marie Isnise Romélus est l’une des récipiendaires de ce prix dont le slogan: “Honorons les femmes leaders dans leurs accomplissements” fait écho au travail des femmes dans la société haïtienne.

Madame Romélus travaille activement dans la lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles. Elle est connue pour ses prises de position sur la toile et son dévouement dans les organisations de femmes avec lesquelles elle travaille. Ce prix est un symbole de fierté pour elle et renforce du coup sa conviction dans la lutte en faveur des droits de la femme, selon ses dires.

« Je reçois ce prix avec un sentiment de fierté dans la mesure où je sens que le travail que j’effectue auprès des communautés n’est pas en vain. Elle récompense un travail aussi noble qu’est la promotion pour le respect des droits de la femme, que je ne suis pas prête d’abandonner en dépit des risques et périls ».

La récipiendaire dirige une organisation à vocation féministe dénommée Asosiyasyon Zabèt Makandal (AZAMA) qui fait ses premiers pas dans le Sud-est. Sa perspective, après avoir reçu ce prix, est de rendre AZAMA plus active et plus visible dans le département.

« Je vais continuer à poser des actions concrètes dans les différentes communautés pour accompagner les membres des communautés dans le travail de sensibilisation sur les Violences Basées sur le Genre (VBG). Car, c’est plus qu’une nécessité de promouvoir les valeurs des droits humains, spécifiquement celles relatives aux droits de la femme ».

La militante féministe avoue qu’elle constate des progressions en termes de changement de perception à l’égard de la femme ou du rapport de genre dans les communautés qu’elle accompagne.

« Dans pas mal de communautés où je travaille, je constate que leurs membres sont conscientisé-e-s sur les violences sexuelles. Ils commencent non seulement à identifier les problèmes liés aux VBG mais aussi à comprendre ses impacts sur la vie des tous indistinctement ».

D’autres personnalités de divers secteurs d’activités telles que Djenika Mars, Nadine ANILUS, Lunie Joseph et Natacha Daciné sont aussi couronnées “Femme Dofen”. Un sacre réservé uniquement aux femmes âgées de 20 à 55 ans.

La rédaction

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