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Sortir de l'ombre - Fè yo konnen w!

Category: VOYAGE AU BOUT DU TEXTE

Les hommes qui me parlent- Ananda Devi.

« Je ne puis m’empêcher de me dire qu’un homme qui écrit parvient plus facilement à préserver son centre d’écriture et son aire de liberté, qu’il trouve chez sa femme une compréhension tout autre. Je lui envie cette possibilité de fermer la porte et de dire: ne me dérangez pas, j’écris. Je n’ai jamais pu dire cela »… (extrait page 101)

Publié en 2011 chez Gallimard, le texte titré « Les hommes qui me parlent » de Ananda Devi est ce qu’on pourrait appeler un roman d’introspection. Dans ce texte, l’autrice revient sur son enfance, son expérience de vie en tant que femme, son mariage, son oeuvre littéraire et cette impossibilité qui la hante de concilier les obligations de son genre; c’est-à-dire la maternité et la vie de couple, à ce besoin vital qu’elle a d’écrire.

Dès les premières pages, le lecteur est plongé dans une ambiance sombre et tendue. L’autrice s’est donné pour mission d’être vrai, malgré son utilisation d’une langue recherchée et poétique. Une vérité qui passe parfois par une crudité presque enfantine dans l’énoncé.

Le premier constat établi par l’autrice est que son entourage ne la comprend pas. Elle a longtemps vécu dans les rôles multiples de sa féminité. Elle a été tour à tour une épouse ; mariée à un homme qui, malgré tout n’a pas su éteindre son désir d’écrire et d’être cette bête immonde mais entièrement adaptée à la richesse de la vie, la vie sauvage, la vie abandonnée, la vie mutuelle, la vie abondante et obstinée, la vie qui ne se soumet ni à nos ordres, ni à nos serments(page 97). Puis, elle a été une mère et a eu des enfants, des fils d’ailleurs, égoïstes, qui même grands, même libres du lien ombilical, lui en veulent de se tourner vers une autre priorité qu’eux.

Peut-on être une femme et vivre pour soi, pour quelque chose de plus grand que soi, comme la littérature ?Voilà la question qu’elle pose à travers ce roman.

Tous les hommes qui me parlent dit-elle fils, mari, père, amis, écrivains, morts et vivants. Une litanie de mots, d’heures effacées et revécues de bonheur révolus, de tendresses éclopées. Je suis offerte à la parole des hommes parce que je suis femme. (page 11)

Tout commence par la dépression d’un de ses fils. Sa vie jusque-là partagée dans un équilibre précaire, mais qui semble tenir, part en éclat. Et pour la première fois, elle va en elle-même et se décide à parler de ces choses dont on ne parle pas quand on est une femme bien, ou quand on est une femme tout court. Car ce qu’on découvre dans ce roman qu’elle nous offre, c’est une femme rompue, triste, une femme qui cherche à fuir ce qu’elle a été pendant 40 ans. Alors, elle part se réfugier dans une chambre d’hôtel pas loin de chez elle pour devenir son propre personnage, qu’elle construit, qu’elle regarde grandir et devenir sous sa plume.

Et puis elle se confie sur sa vie, son mariage sans relief, son expérience ratée et sans joie de la maternité, sa carrière littéraire sans génie. Si l’autrice parle de sa double vie de femme et d’écrivaine, sa réflexion sur la littérature et son oeuvre en tant que romancière en particulier, c’est pour proposer des pistes de lecture intéressantes pour comprendre son besoin de solitude. Pour elle, si elle avait été un homme comme Céline ou Faulkner, elle aurait eu le temps, le loisir, le plaisir d’écrire à sa convenance. Elle n’en aurait pas été un écrivain de génie pour autant, elle n’estime pas avoir l’ADN. Mais elle aurait pu dire : ne me dérangez pas, j’écris. De cette oeuvre peut être serait née une chose beaucoup plus grande.

Dans la tradition des romans d’introspection, « Les hommes qui me parlent » tourne autour de son autrice. Le texte raconte une histoire singulière qui n’a aucune prétention de vérité sur l’absolu. C’est un texte qui parle d’une certaine généralité des femmes qui ressentent le besoin de créer, et ce, pas uniquement dans un domaine artistique, mais de créer dans leur travail, dans leur parcours de vie. Si certains tiennent que ce n’est pas le meilleur de Ananda Devi, en référence à sa fiction, je soutiens que celui-ci est le plus vrai, et comme elle le dit elle-même dans ce roman, la vérité n’est-elle pas la blessure que nous cherchons chez les auteur-e-s que nous lisons?

Melissa Béralus
Voyage au bout du texte

Port-au-Prince Aller-Retour, de Georgia Makhlouf : un regard intime sur les premières familles syro-libanaises

L’émigration vers les Amériques est en marche dès la fin du XIXe siècle. Port-au-Prince Aller-Retour explore celle, peu connue, des Syro-Libanais qui s’établissent en Haïti et raconte l’histoire hors du commun du jeune Vincent-Mansour qui, à vingt ans, quitte son village de la montagne libanaise sous domination ottomane pour aller vers l’inconnu et s’établir à Port-au-Prince. Le roman s’ouvre sur son second départ pour Haïti, après un mariage au Liban.Extrait du résumé d’Amazon

La première fois que je vis la page de couverture verte de ce livre volumineux en librairie, je fus vivement interpellée. Le titre était plutôt accrocheur, mais c’était le nom de famille qui m’avait attirée comme un aimant ‘’ Makhlouf’’. Je venais en effet à peine de terminer ‘’ Histoire des colonies arabe et juive d’Haïti ‘’ du Dr Joseph Bernard Jr, et le nom Makhlouf figurait dans le registre des noms de famille des premiers syro-libanais qui étaient venus s’installer en Haïti à la fin du 19ème siècle. Le livre du Dr Bernard m’avait permis de faire une analyse sur la situation de ces familles, qui avaient subi une certaine discrimination lors de leur installation.

En effet, la loi anti-syrienne de 1903 et l’article ‘’ L’anti Syrien’’ paru dans l’un des journaux les plus populaires de l’époque m’avaient choquée.  Et ce qui m’avait le plus étonné c’était le fait que l’on n’ait pas appris cette tranche de l’histoire à l’école classique et surtout je n’avais jamais eu le loisir de lire des mémoires ou autobiographies datant de cette époque.  Alors ‘’ Port-au-Prince ‘’ aller-retour tombait à pique. Car bien que ce roman soit une fiction, l’auteure s’est inspirée de l’histoire de son grand-père et de son père pour nous donner un regard très intime des péripéties vécues par les pionniers de la communauté syro-libanaise.

Vincent, Louisa, Edma, Joseph, Fatek, Anis, chacun de ces personnages nous conte selon leur point de vue et de façon fort attachante une histoire de famille.

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Le roman commence avec Vincent, un 25 novembre 1907, sur un paquebot en plein Atlantique, il retourne à Port-au-Prince, 15 ans après ses premiers pas, 15 ans après avoir fait fortune. En effet le protagoniste était loin de ses débuts difficiles, entourés de doute, d’humiliation, et de discrimination. Le jeune adulte de 20 ans qu’il avait jadis été et qui avait été guidé par une haïtienne de souche, Louisa, avait évolué en un grand négociant, qui après son succès en ‘’ Amérique’’ était retourné au Liban pour se lier à Edma. Sur ce Paquebot, Vincent pense au passé et se demande comment Louisa prendra la nouvelle de son mariage avec une femme du pays. Car Louisa a été plus qu’un guide. Elle a été une amante, une aide dans la floraison de ses affaires, et surtout, elle a été un amour.

Vincent n’avait pas amené que sa nouvelle épouse à Port au Prince, mais aussi son beau-frère, Joseph. Jeune homme à l’homosexualité refoulée et qui ne saura jamais s’adapter à cette nouvelle terre d’adoption. Contrairement à Edma, qui bien que d’allure soumise, réservée, saura s’acclimater, prendre son rôle d’épouse à cœur. Et s’accommoder contre vents et marées, à la double vie de Vincent qui ne se résume qu’à un prénom : Louisa.

Georgia Makhlouf est une écrivaine et une critique littéraire libanaise d’expression française. Elle partage sa vie entre Paris et Beyrouth. 

C’est à la rue du Centre, entre le domicile familial des Makhlouf et le magasin Vincent Maklouf ( sans le h) que défileront les années tout au long du roman. Chacun aura son mot à dire, sur les événements à venir : que ce soit le soulèvement des Cacos en 1911, la politique anti-syrienne de Cincinnatus Leconte, l’explosion du Palais National en 1912, l’occupation américaine en 1915. Le regard de chacun constituera un élément important de ce roman dont les chapitres s’emboitent et se miroitent comme dans un Kaléidoscope.

Nous comprendrons à travers certaines pages, que la grande qualité de rude travailleur -faisant face à toute sorte d’adversité – qui avait favorisé la fortune de Vincent, fera défaut à un des neveux d’Edma, Fatek, qui fraîchement arrivé du Liban causera petit à petit la faillite de la famille. Et à travers le regard innocent de Anis, fils de Vincent, nous assisterons d’un côté au vieillissement de Vincent que les aléas de la vie auront fragilisé, mais aussi, la tentative de ce dernier à faire cohabiter ses deux vies, car le fils de Louisa sera présenté à Anis comme une « sorte de cousin » alors qu’il n’est en vérité que son demi-frère.

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Georgia Makhlouf avec une riche documentation a su écrire un roman historique époustouflant, tout en gardant un rythme bien conduit, à travers la narration des différents personnages. L’émotion se fait sentir à chaque page.

Et surtout, nous nous rendons compte avec quelle adresse l’auteure a su cerner nos us et coutumes, car bien que le roman se situe entre la fin du 19ème et début du 20ème siècle, il y a certains passages qui font quand même écho aujourd’hui. Comme le démontre si bien ce passage:

“L’histoire dans ce coin de monde, cher Moussa, bégaie et se répète. La pièce est inchangée, seuls les acteurs se renouvellent”

Port-au-Prince Aller-Retour, est un roman qui a été écrit avec le cœur, car nous sentons à travers chaque ligne, le désir qu’avait l’auteure de rendre hommage à son grand-père et son père. Mais aussi la grande introspection qu’elle a dû faire sur ses origines, ses liens avec Haïti.

Ce livre est bien plus qu’une simple fiction, ou un roman historique, c’est une lettre d’amour de l’auteure à ses aïeuls.  Je vous le recommande vivement !

Milady Auguste

Et tant pis pour la mort – Kettly Mars

Dans ce recueil de nouvelles, Kettly Mars poursuit l’exploration de ses thèmes favoris comme l’enfermement, l’homosexualité et la transgression des tabous. Avec la maîtrise que confèrent de longues années d’écriture, elle a composé ces quatre histoires qui sont chacune un bijou ciselé et poli avec passion. « Et tant pis pour la mort » : les nouvelles de l’Àge mûre de l’auteure Kettly Mars. Un plaisir de lecture. Du grand art. Ce livre est aussi disponible en version epub sur Amazon.com – résumé de C3 éditions.

Kettly Mars, femme auteure haïtienne dont le travail se passe de présentation aujourd’hui, écrit de la poésie, des nouvelles, des feuilletons et des romans. Nombreux sont ses livres qui ont été traduits en langues étrangères, allemand, italien, néerlandais, anglais, japonais, croate. Et quant à ses prix littéraires, ils sont nombreux égalements.

“Et tant pis pour la mort” est un recueil de nouvelles, publié dans C3 éditions, dans la collection zuit, en avril 2014. Ce petit ouvrage, qui ne fait pas cent pages, présenté en format, réduit, comporte quatre nouvelles. “Et tant pis pour la mort” qui porte le nom du livre, “Damballah aux reins”, “Dans l’antichambre du paradis”, et “Barbies blues”.

En écrivant la nouvelle “Et tant pis pour la mort”, l’écrivaine met clairement en valeur l’appréciation des femmes à l’égard des hommes afro-descendants. Culturellement, les femmes ont majoritairement aimé la fierté de leurs hommes, leur force et leur endurance quand il fallait prouver que ceux qui sont afro-descendants sont les meilleures. Parce qu’ils sont plus résistants aux maladies et sont les plus féconds. Mais en dépit de cet amour vis-à-vis de notre patrimoine génétique, les personnes du type caucasien nous surprennent certaines fois et certains d’entre-nous ont envie de leur soi-disant blancheur de peau.

“Elle le regardait de longues minutes. Elle ne pouvait s’empêcher de le regarder, même si elle sentait l’embaras de l’homme.

Mars, Kettly (2014). Et tant pis pour la mort. Port-au-Prince: C3 Editions, page 25.

Noire, blanche, métissée, bronzée, et tant d’autres termes pour catégoriser la peau d’un homme. En tant qu’afro-descendant, la peau noire a toujours été et sera encore sujet de débat, tout en abordant la quantité de mélanine, sans négliger l’endurance et la puissance sexuelle des hommes.

Ces derniers, étant populairement reconnus comme des bêtes en matière de sexe, sont très bien considérés par les femmes, surtout les blanches. Et comme des légendes, car rarement insatisfaites de leur performance, elles ont toujours de quoi se vanter. Et c’est ainsi que dans la nouvelle de Kettly Mars intitulée “Et tant pis pour la mort”, une femme de type caucasien nommée Malory qui a toujours été attirée par les hommes, afro-descendants, rêvait d’une progéniture à la peau basanée, des enfants du soleil et de la mer.

Elle aimait leur musique, leurs cheveux crépus, leurs lèvres épaisses, leurs membres durs et leur humour.

Mars, Kettly (2014). Et tant pis pour la mort. Port-au-Prince: C3 Editions, page 13, 14.

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Comme l’a si bien illustré Kettly Mars, la femme blanche étant étrangère sur la terre des noirs, était considérée comme une créature de rêve et la porteuse d’une descendance pure. “Et tant pis pour la mort” pointe le doigt sur ces stéréotypes qui nous détruisent. Ce texte montre comment nos compatriotes sont prompts à porter un jugement d’infériorité sur eux-mêmes et sont également prêts à sacrifier leur propre chaire et leur propre sang pour défendre des étrangers, en raison de leur aveuglante volonté de perpétuer une descendance pure et blanche.


“Et tant pis pour la mort” de Kettly Mars qui sera en vente ce samedi 19 octobre 2019 au Jaden Sanba, à la rue O, à partir de 5 heures, est une occasion pour nous de se rappeler de toutes les fois où nous nous sommes éloignés de nos racines et de toutes les fois où nous avons fantasmés sur nos hommes noirs.

Dorvil Ramphir

24 heures dans la vie d’une femme

« Scandale dans une pension de famille « comme il faut », sur la Côte d’Azur du début du siècle : Mme Henriette, la femme d’un des clients, s’est enfuie avec un jeune homme qui pourtant n’avait passé là qu’une journée… Seul le narrateur tente de comprendre cette « créature sans moralité », avec l’aide inattendue d’une vieille dame anglaise très distinguée, qui lui expliquera quels feux mal éteints cette aventure a ranimés chez elle. Ce récit d’une passion foudroyante, bref et aigu comme les affectionnait l’auteur d’Amok et du Joueur d’échecs, est une de ses plus incontestables réussites. » résumé du Livre de poche

Dans votre quotidien haïtien, n’avez vous jamais noté la critique qui résume une femme à une “vilaine” en ayant plusieurs amants? N’avez vous pas également noté celle qui résume un homme à un “Don Juan” ou à un “gentleman” en étant un “playboy” ou un coureur de jupons?

Quelle que soit votre réponse, il est clair que les individus sont majoritairement toujours prêts à juger les comportements de leurs semblables. Mais ceux des femmes sont largement critiqués en se basant sur des normes, parfois trop stricts, que la société elle-même a construit. Comme par exemple une femme qui couche dès le premier rendez-vous avec un homme, elle femme sera ouvertement jugée comme étant une femme facile. Et s’il faut illustrer d’autres exemples, prenez le cas d’une femme qui ne supporte pas le célibat ou qui s’amuse à éviter les relations stables.

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Évidemment, elles seront critiquées. Faciles? Faibles? Vous en jugerez vous-mêmes. Cependant Stefan Zweig, dans son roman intitulé “Les vingt-quatre heures d’une femme“, il n’a pas seulement décrit les heures et les minutes de la journée d’une femme car en admettant la vraisemblance du récit, nous pouvons affirmer que Stefan a voulu changer la donne, en accordant à la femme la liberté de vivre ses volontés, d’affirmer ses désirs, sa maturité et d’aimer… librement.

“Ne trouvez-vous donc pas méprisable ou odieuse une femme qui abandonne son mari et ses enfants pour suivre un individu quelconque dont elle ne peut pas encore savoir s’il est digne de son amour ? Pouvez-vous réellement excuser une conduite si risquée et si inconsidérée, chez une femme qui, après tout, n’est pas des plus jeunes et qui devrait avoir appris à se respecter, ne fût-ce que par égard pour ses enfants ? “

Zweig, Stefan (1987). Les vingt-quatre heures d’une femme. Allemagne : Insel- Verlag, page 30, 31.


Bien sur, Stefan Zweig, par le biais de son récit n’a pas visiblement pris la défense des femmes, ni juger leurs comportement. Il a cependant encouragé la gente feminine à courageusement suivre librement leur volonté sans pour autant négliger toute conséquence de leurs actes ni leur responsabilité.

Stefan Zweig


“Les vingt-quatre heures d’une femme” est dédié à toutes les celles qui veulent écouter leur coeur pour rencontrer l’amour, la passion, la gratitude, l’émerveillement et bien évidemment l’inconnu et la souffrance puisqu’il est clair qu’on peut se blesser en tombant amoureuse, pleurer en versant des larmes de joie et mourir avec ou sans regrets. Le plus important, Stephan Zweig, nous l’a fait comprendre, on peut bien être blessé aujourd’hui mais on a tout notre temps pour guérir.


“Les vingt-quatre heures d’une femme” est également dédié à nous tous qui sommes si lents à comprendre les autres et prompts à les juger.


“À coup sûr, les tribunaux sont plus sévères que moi en ces matières ; ils ont pour mission de protéger implacablement les mœurs et les conventions générales : cela les oblige à condamner au lieu d’excuser. Mais moi, simple particulier, je ne vois pas pourquoi de mon propre mouvement j’assumerais le rôle du ministère public. Je préfère être défenseur de profession. J’ai personnellement plus de plaisir à comprendre les hommes qu’à les juger. “

Zweig, Stefan (1987). Les vingt-quatre heures d’une femme. Allemagne : Insel- Verlag, page 30.



Malgré nous, nous ne valons pas mieux que les autres. En étant loin de la perfection, nous voulons tous vivre de nos expériences, nous surpasser et nous satisfaire pleinement alors pourquoi ne pas tout simplement comprendre les autres et les accepter?

Ramphir Dorvil

Notre vagin a besoin d’amour, nous avons besoin d’amour

À l’origine d’un one-woman-show joué par l’auteure à Broadway. La pièce « Les monologues du vagin », est le résultat de plus de 200 interviews de femmes, auxquelles l’auteure a demandé de s’exprimer sur leur vagin, sujet tabou. Depuis sa parution aux États-Unis en 1998, “Les Monologues du vagin” a déclenché un véritable phénomène culturel : rarement pièce de théâtre aura été jouée tant de fois, en tant de lieux différents, devant des publics si divers…

S’il faut aborder le sexe féminin, il est particulièrement nécessaire de s’attarder sur la “chatte”, la “chouchoune” ou la “coucounette”. En raison de notre éducation et de notre langage quotidien, le sexe féminin ne se résume parfois qu’à ces termes. Comme quoi, prononcer le vrai mot serait synonyme de manque de pudeur ou une preuve d’indiscrétion. Mais pourquoi ne pas simplement dire “Vagin”? Oui, Vagin! Le terme est si simple et a tout son sens, pourquoi l’éviter et ainsi ignorer le fait qu’il soit l’essence même de la gente féminine?

Mon vagin est un coquillage, un coquillage rond rose et délicat qui s’ouvre et qui se ferme. Mon vagin est une fleur, une tulipe excentrique, son coeur est vif et profond, son parfum est délicat, ses pétales doux et fermes à la fois.”

Ensler Eve 2005(1996). Les Monologues du vagin, page 25.


Les Monologues du Vagin, une pièce écrite par l’américaine Eve Ensler, est connue et jouée dans le monde entier. Dramaturge et féministe, Eve a défendu l’idée que le Vagin doit, non seulement faire partie de la vie des femmes, mais également faire partie de leur vocabulaire. Ainsi, elle a estimé à travers son humour et sa nature féministe, que leur intimité demeurera sacrée et respectée à chaque fois qu’elles n’auront plus peur ni honte d’intégrer leur vagin à un discours féminin plein de puissance et de sagesse.

Eh bien moi, je vais vous dire, vous êtes la première personne à qui je parle de ça, et je me sens un petit peu mieux.”

Ensler Eve 2005(1996). Les Monologues du vagin, page 22.
Première de couverture du livre

Entre discours féminin et intimité, Eve Ensler, a fait témoigner plusieurs femmes de tout âge et sans distinction sur leur relation avec leur Vagin. En parcourant leur histoire, les monologues du Vagin, nous amènent à comprendre le gêne, la honte ou le dégoût que des femmes nourrissent à l’idée de localiser leur vagin, ou de se toucher le clitoris, ou de se masturber et apprendre à connaitre leur corps, à se donner du plaisir qui rimerait, selon Eve Ensler, à être Femme.

Je lui ai demandé si le fait de me raser le vagin empêcherait mon mari d’aller voir ailleurs….

Ensler Eve 2005(1996). Les Monologues du vagin, page 12.

Les témoignages nous conduisent également vers une conclusion qui considère le vagin comme un élément qui pouvant influencer les choix d’une femme en se penchant d’abord sur son besoin de protéger son intimité et d’assurer son confort.


Abordant ainsi le choix de se raser ou pas, les monologues du Vagin, touchent également les divers handicaps que vivent les femmes suite aux mutilations, aux viols et autres violences de tout genre sans négliger de souligner que depuis tant d’années et jusqu’à nos jours, les femmes ne sont point maîtresses de leur liberté, de leurs choix :

La vente des vibromasseurs est interdite par la loi dans les états suivants : Texas, Georgie, Ohio, Akansas. Si vous vous faites prendre, vous risquez une amende de 10 000 dollars et un an de travaux forcés. En revanche, dans ces mêmes états, la vente des armes est parfaitement légale. Et pourtant, on a jamais vu un massacre collectif causé par un vibromasseur. “

Ensler Eve 2005(1996). Les Monologues du vagin, page 53.

Si Eve Ensler nous dicte d’oser parcourir les couloirs de notre vagin, cela rime à daigner parcourir les plus belles profondeurs de notre intimité. De notre moi. De notre féminité. Si les monologues du vagin n’excluent nullement les violences que subissent les femmes, c’est une évidence que les femmes ont encore du chemin à brosser. Les monologues du vagin, constitue à nous éclairer sur notre force, notre pouvoir, notre sagesse qui est notre Vagin. Oui. Il n’est pas nécessaire d’aller le chercher et le trouver car, il réside en nous. Notre vagin est nous.

Le coeur est capable de sacrifice.
Le vagin aussi.
Le coeur est capable de pardonner et de réparer.
Il peut changer sa forme pour nous laisser entrer.
Se dilater pour nous laisser sortir.
Le vagin aussi.
Il peut souffrir pour nous, s’ouvrir pour nous, mourir pour nous.
Et saigner pour nous dans ce monde difficile et merveilleux.
Le vagin aussi…”

Ensler Eve 2005(1996). Les Monologues du vagin, page 65.

Ramphir Dorvil

ramphirdorvil@gmail.com

“Rien n’est jamais acquis à l’homme, ni sa force ni sa faiblesse”

“Rien n’est jamais acquis à l’homme, ni sa force ni sa faiblesse…”. Georges Brassens

« Il n’y a pas d’amour heureux ». Louis Aragon

Elle : Jeune fraîche à peine sortie d’un couvent, convaincue que le but de la vie est de la vivre mais surtout de trouver l’amour.

Lui : Fils de nobles déchus, il n’a de noble que le nom, fidèle à la caricature des hommes de son temps, il aime le temps de l’amour.

Les autres diront que ce texte est la triste peinture des désillusions sur le mariage, l’amour et la vie en famille, mais c’est réducteur.

Les hommes avec un grand H ne sont rien… Rectification, ils ne sont aucun adjectif de vertu dans leur essence. Aucun homme n’est ni bon ni méchant et ce livre le montre bien. Je n’irai pas jusqu’à dire que l’homme naît bon et… vous connaissez la suite. Tout est une question de situation et de point de vue.

La vie est une suite de décisions bonnes et mauvaises (dans le sens premier des mots): une femme triste tend  à attirer de l’empathie, mais cette même femme n’éprouvera aucun remords à garder son mari infidèle dans son lit en jetant dehors sa maîtresse enceinte et pauvre ( Elle en savait assez, maintenant, elle ne voulait plus rien apprendre ; elle cria :” va-t’en va-t’en”, extrait du texte). Ce livre est la peinture d’une facette de la nature humaine qui est égoïste. Nous avons besoin de nos zones de confort et parfois cela nous prend toute une vie.

Techniquement : Une écriture parfaite, un verbe extrêmement riche. Maupassant a cela qu’à aucun moment de son texte on n’a l’impression de lire le dictionnaire des pronoms personnels, parce qu’il n’en abuse pas. Il nomme assez souvent ses personnages pour laisser au lecteur le temps de les connaitre. Des descriptions minutieuses, sans palabres inutiles et sans une certaine froideur qui caractérise beaucoup de romanciers naturalistes.

Il préférait la Suisse à cause des chalets et des lacs. Elle disait:”non, j’aimerais les pays tout neufs comme la Corse, ou les pays très vieux et pleins de souvenirs, comme la Grèce. Ce doit être si doux de retrouver les traces de ces peuples dont nous savons l’histoire depuis notre enfance, de voir les lieux où se sont accomplies les grandes choses”.

L’auteur accorde énormément d’importance  à la psychologie des personnages. Jusqu’aux dernières lignes du livre, nous découvrirons des facettes de chacun et continuerons d’être étonné.e.s par leur capacité tant à être bon que carrément vilain. Tour à tour, ils nous apparaîtrons donc : naïfs, calculateurs et extrêmement antipathiques.

Tout est juste dans ce roman et autant il montre des individus comme des vases pouvant recueillir n’importe lequel d’entre vous chers lecteurs, chères lectrices, autant il dépeint une société assez caractéristique. Une société ou on apprend aux jeunes femmes que la vie se résume à se marier avoir des enfants et vivre heureux jusqu’à la fin (de quoi, je ne sais pas ).

Verdict: La littérature naturaliste cherche à rester dans le vrai de ce qu’elle décrit : la nature. Ce roman ne déroge pas à la règle, il est beau et poignant. Sa place sur le podium des classiques est mérité, bref, lisez le, vraiment, lisez le !

Melissa Béralus

Le Pinguoin

“La révolution soviétique n’a pas fait que du bien.” Cette phrase que beaucoup, pendant très longtemps n’osaient pas dire, sort aujourd’hui avec une facilité déroutante. Les assassinats, les arrestations gratuites, les disparitions mystérieuses, une ambiance politique et sociale proche de la dictature.La naissance d’une société par et pour la révolution… ( A lire: la vie est ailleurs de Milan Kundera).

Si la période soviétique porte son lot de mauvais côtés,  il en va de même pour la période post-soviétique. Et c’est là qu’intervient un certain roman avec pour théâtre une Ukraine au lendemain de la chute de l’Union soviétique.
Victor, écrivain raté de son état, héberge un pingouin dépressif. Pour vivre, il rédige la nécrologie de personnalités encore vivantes.
Techniquement : ce texte entre dans la tradition des romans avec une note d’absurdité. Tous les indices sont là pour laisser comprendre au lecteur/ à la lectrice,  que Victor est embarqué comme bouc-émissaire dans une histoire de nettoyage. Tout le monde comprend, sauf lui.

Avec une écriture fluide et le choix d’un vocabulaire simple, la lecture de ce roman passe d’un divertissement à une presque enquête de police ( presque parce-que l’auteur arrive en grande partie avec le choix de son vocabulaire,  à conserver le côté divertissant du livre).

L’incompréhension du personnage qui passe en grande partie par la description de sa routine jour après jour devient un tantinet lassant sur la fin. Le lecteur sent que quelque chose se trame, mais ce quelque chose refuse d’arriver. Et, quand enfin, on apprend que dans le milieu de la mafia, ce pauvre Victor est considéré comme le plus grand des nettoyeurs de la ville et qu’en plus, il porte le pseudonyme de son pingouin dépressif, c’est l’apothéose, c’est le délire. C’est le plaisir total.

Le livre: ce n’est pas le plus grand roman sur la période post-soviétique, mais il apporte énormément d’éléments pour comprendre cette période.
Il met en scène un personnage intellectuel dans une société changeante où le bling bling prend de plus en plus de place. Où les grosses voitures, les relations et L’ARGENT surtout l’argent (synonyme trop souvent de corruption et de pouvoir) font office de loi.

Verdict : lisez ce livre, vraiment lisez le. Il n’est pas très long et c’est un véritable plaisir de le lire.

Melissa Béralus

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