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« Des résidents qui pratiquent une césarienne dans une maternité publique »

ETAT DES LIEUX DU SYSTEME DE SANTE HAÏTIEN : ENJEUX ET PERSPECTIVES

Sticky post

Le monde connait aujourd’hui une pandémie inédite, appelée le covid-19 par l’OMS. Cette crise sanitaire est présente sur les 5 continents, dont la caraïbe. Au 20 mai 2020, environ 4,9 millions de personnes étaient contaminées à travers le monde. D’un pays à l’autre le nombre de personnes atteintes par le virus varie. Que révèle la pandémie sur les systèmes de santé des pays touchés ? Nous nous intéressons aujourd’hui à Haïti, un pays dont le système de santé est d’ores et déjà fragilisé par un certain nombre d’éléments endogènes, notamment par le séisme du 12 janvier 2010 qui nous servira de point de départ pour l’analyse. Nous aurions pu remonter l’histoire et détailler les causes profondes de la fragilité du système de santé haïtien, mais nous préférons garder un esprit de synthèse et commencer par une date ultime, le séisme de 2010.  Le 12 janvier 2010 Haïti a été frappée par un séisme que les sociologues qualifient de catastrophe socio-naturelle, étant donné qu’une catastrophe naturelle n’entrainent pas les mêmes dégâts en fonction de la capacité du pays à préparer l’urgence et répondre aux besoins pour limiter les dégâts.

Cette catastrophe naturelle qui a ravagé Haïti a causé des pertes en vie humaine et des dégâts matériels importants. Ce séisme dévastateur a fait ” entre 250 000 et 300 000 morts, plus de 300 000 blessés et plus d’un million de sans-abris “, a déclaré M. Mulet, Représentant spécial de l’ONU en Haïti, à l’occasion d’une conférence de presse consacrée aux 100 jours du séisme.[1]Donc ce tremblement de terre a ravagé le pays à tous les niveaux : économique social, sanitaire, etc. Aujourd’hui 10 ans après qu’en est-il du système de santé haïtien ? Comment est-il organisé ? Quels sont les enjeux entre les acteurs ? Quelles sont les perspectives ? Dans quelle mesure le système de santé haitien peut-il assumer la crise du covid-19, et comment permet-il une gestion optimale de cette crise ? Ces questionnements vont guider notre analyse, afin de rédiger une note de synthèse sur les problèmes auxquels est confronté le système de santé haïtien.

Statistiques

Pays : Haïti Capital :         Port-au-Prince                                

                    

Population (palmares :80e) en 2019)11 591 279 habitants
Revenu national brut par habitant ($ internationaux PPA, 2013)1,710
Espérance de vie à la naissance h/f (années, 2016)61/66
Quotient de mortalité infanto-juvénile (pour 1000 naissances vivantes, 2018)65
Quotient de mortalité 15-60 ans h/f (pour 1000, 2016)276/211
Dépenses totales consacrées à la santé par habitant ($ int., 2014)131
Dépenses totales consacrées à la santé en % du PIB (2014)7.6
Source : http://www.who.int/countries/hti/fr/

Structure organisationnelle du système de santé Haïtien

Le système de santé haïtien comprend : le secteur public, le secteur de privé à but lucratif, le secteur privé à but non lucratif et le secteur traditionnel géré par les tradipraticens.

De manière stratégique le MSPP (Ministère de la Santé Publique et de la Population) prend les décisions au niveau national. La déclinaison opérationnelle est assurée par différentes directions centrales et départementales, qui sont chargées de superviser les établissements hospitaliers, les centres de santé, etc. Le secteur privé à but lucratif regroupe les professionnels qui offrent leurs services dans des hôpitaux privés, les cliniques privées, les laboratoires d’analyses médicales,… L’offre apportée par ce secteur est basée sur la rentabilité et le profit. Ce qui fait que beaucoup de patients n’ont pas les moyens d’y accéder. Le secteur privé à but non lucratif, regroupe les organisations non gouvernementales, et /ou confessionnelle qui offrent des services médicaux à la catégorie de la population qui n’a pas les moyens de se faire soigner. Enfin, l’offre de soin traditionnelle, qui est assurée par les tradipraticens (appelés ougan et/ou médecin feuille en créole) qui sont souvent le premier recours des patients ou des malades en fonction de leurs croyances religieuses et leur appartenance sociale.

Gouvernance et financement du système de santé haïtien : enjeux et perspectives.

Le Ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP) est censé être le garant du système de santé haïtien. Pour ce faire, il est chargé d’assurer le suivi et l’évaluation de toutes les structures qui interviennent dans le système. Cette tâche est souvent compliquée à accomplir par manque de moyens financiers. En outre, le budget du ministère dépend en grande partie de l’aide internationale bilatérale et multilatérale liée (aide qu’un ou plusieurs Etats apportent à un autre moyennant certaines conditions que le pays bénéficiaire doit respecter). Le financement de la santé en Haïti dépend en grande partie de l’aide internationale. Dans le budget national, la partie allouée à la santé est minime (voir graphique ci-dessous), comparé aux autres pays qui ont un PIB qui se rapproche de celui d’Haïti.

Evolution de la part du budget national alloué au secteur social en Haïti

Source : direction du budget ministère des finances 2014

En effet, le ministère de la santé est confronté à ce qu’on appelle un problème de fonds propres, pour assurer pleinement sa mission. Après le tremblement de terre, le pays a connu l’arrivée de beaucoup d’ONG, qui interviennent en grande partie dans le domaine de la santé. Donc, cela a diminué le pouvoir de gestion du système par le ministère. Ces ONG qui bénéficient du financement des bailleurs, offrent des soins médicaux à la population. Elles interviennent particulièrement sur le traitement des maladies à transmissions verticales  (la transmission verticale est une expression  utilisée en médecine pour décrire le passage direct d’une maladie, d’un caractère génétique ou d’un état particulier, d’une génération à l’autre, soit par hérédité, soit par transmission de la mère à l’enfant).

Le ministère se confronte souvent à un déficit budgétaire. En 2014 le financement de la santé était assuré à 64% par l’aide internationale (voir graphique ci-dessous). En effet, le manque de ressources humaines qualifiées, est aussi un gros problème auquel est confronté le ministère. Le plus souvent les professionnels qualifiés préfèrent travailler avec les ONG et le secteur privé lucratif, car ils offrent plus d’avantage en matière de rémunération.

Après le tremblement de terre ce sont les ONG qui gèrent les fonds que les bailleurs internationaux allouent à Haïti. Ces derniers ont perdu confiance dans les autorités haïtiennes. Par manque de transparence et de crédibilité liées  en partie à l’histoire de la corruption au sein de l’administration publique haïtienne. D’où la difficulté pour le ministère de faire passer ses priorités. Il devient donc difficile de contrôler et d’évaluer le système sanitaire.

Source : Comptes Nationaux de la Santé, 2011-12, MSPP, Juin 2014

En effet, selon Dussault, « Le système de santé est l’ensemble des facteurs qui influencent l’état de santé et le bien être des individus et des populations et leurs interrelations, ces facteurs sont d’ordre biologiques, comportementaux, environnementaux et ceux liés au système de soins » [2] En effet, l’offre de soin doit être combinée à l’effort de tous les acteurs (le social, l’environnemental, l’économique, etc.) Les ONG aident la population dans le court terme, en cas d’urgence de santé publique et parfois sur le long terme. Leurs actions sur le terrain doivent être évaluées et capitalisées par le ministère de la santé en vue de pérenniser l’aide, pour le bien-être de la population. En rapport à toutes ces contraintes précitées, on comprend que le MSPP n’arrive pas à imposer son leadership aux différents acteurs qui interviennent dans le système de santé. Il n’y a pas vraiment de suivi-évaluation pour faire évoluer le système de santé. Les ONG  apportent une aide nécessaire, mais à la fin du programme elles plient bagages et s’en vont. La population se retrouve à la case départ, ils doivent payer pour se faire soigner.

Il faut noter qu’Haïti dispose d’un certain nombre d’hôpitaux publics et de centres de santé. Cependant, un problème demeure, le manque d’infrastructures routières. En effet, les populations éloignées des centres urbains n’ont pas vraiment accès à ces structures de santé. C’est pour cette raison que la politique de terrain des ONG est de s’installer dans les zones reculées, ce qui justifie souvent leur présence sur le terrain auprès des bailleurs de fonds. En outre, dans les structures publiques et privées, les patients doivent payer directement les consultations, les médicaments et analyses médicales au point des prestations. Donc, à cause de la montée du taux de chômage en Haïti, une grande partie de la population n’a pas accès aux soins de santé, car ils n’ont pas les moyens de se faire soigner. En outre, en Haïti, les modèles de mise en commun des fonds pour la santé ne couvrent qu’une infime partie de la population (voir tableau ci-dessous). Les politiques de protection sociale sont quasi-inexistantes et les individus ne sont pas informés sur les questions de protection sociale.

Modèle de mise en commun des fonds pour la santé en Haïti

Source : MSPP 2015

Dans quelle mesure le système de santé haïtien peut-il assumer la crise du covid-19, et comment permet-il une gestion optimale de cette crise ? 

Les chiffres parlent d’eux-mêmes, le système de santé haïtien est défaillant dans son organisation et dans l’offre de soin. Si on se réfère aux gestes de prévention et les précautions adaptées pour empêcher la propagation du virus, les responsables peuvent arriver à mettre en place facilement des mesures préventives pour informer et protéger la population. Cependant, d’autres éléments viennent pertuber l’application de ces mesures préventives, car la majorité des ménages n’ont pas les ressources économiques nécessaires pour arrêter leurs activités économiques informelles et rester chez eux. Nous ne voulons pas entrer dans les détails concernant les freins économiques en lien à la gestion de la crise. Concentrons-nous sur le cas qui nous intéresse le plus, les situations complexes de personnes contaminées et qui sont en « insuffisance respiratoire ». En terme de soins intensifs (service d’un hôpital qui a pour rôle de traiter une défaillance vitale sur une durée limitée…) les hôpitaux haïtiens sont loin d’être des bons élèves, les soins intensifs sont quasi inexistants dans certains grands hôpitaux de villes. En général, il n’y a pas suffisamment de lits pour accueillir les éventuels patients contaminés par le virus.  On compte aujourd’hui en Haïti, 112 lits pour toute la population,  seulement 5 établissements répondent aux critères de soins intensifs de  niveau 1 établit  par la Fédération Mondiale des Sociétés de Médecine Intensive et de Soins Intensifs (plus d’information sur : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC6565360/).

La crise sanitaire actuelle qui nécessite des mesures urgentes et efficaces vient révéler encore une fois la grande fragilité du système de santé haïtien. Il faut mentionner que le ministère de la santé publique et de la population (MSPP) n’a jamais eu non plus la volonté de développer les soins intensifs en Haïti. Les raisons de ce manque de volonté peuvent être d’ordres économiques ou tout simplement un choix politique. Vu que le budget alloué à la santé en Haïti, n’a jamais été conséquent. Donc, développer les soins intensifs ne saurait être une priorité pour le ministère.

En définitive, en Haïti l’offre de soin est organisée d’une manière qui n’est pas très bénéfique pour la population. Le système de santé est fortement dépendant de l’assistance externe.  Ce qui ne permet pas au ministère de la santé d’avoir l’autonomie nécéssaire, pour réguler le système de santé et assurer correctement sa mission. Il est vrai que les acteurs travaillent parfois en partenariat pour le bien-être de la population, mais ce ne sont que des partenariats à court terme, qui se font surtout dans des situations d’urgences de santé publique. Plusieurs années après le séisme, il y avait des conférences-débats entre les acteurs (la commission santé du cadre de liaison inter-ONG (CLIO), le ministère de la santé, le secteur privé, etc.). Ainsi, il a été décidé d’entreprendre des démarches afin d’adopter un modèle de santé universel adapté à la réalité du pays et en  définir un budget en fonction des priorités. Tant que les autorités n’arrivent pas à chiffrer le cout réel de la santé en Haïti, cette décision restera une intention non concrétisée. Il faut aussi revoir la gouvernance du système afin que le ministère de la santé puisse appliquer un modèle de leadership plus orienté vers le bien-être de la population.

En effet, l’OMS (organisation mondiale de la santé) propose six éléments essentiels dans la constitution d’un système de santé : la prestation des services, la main d’œuvre, le système d’information, les produits médicaux, le système de financement et la gouvernance. Si le gouvernement haïtien parvient à déterminer les coûts de ces différentes dimensions, ils arriveront à chiffrer un coût total pour le système de santé. L’idéal serait de réorganiser le système par secteur d’activité (le médico-social, la protection sociale et les établissements sanitaires), laisser le MSPP jouer son rôle de haute autorité de santé et établir un budget en fonction des réalités et des couts, afin de  mieux répondre aux besoins  sanitaires de la population. Aujourd’hui, l’espérance de vie à la naissance homme/femme  en Haïti est de 61/66 ans,  à cause  de plusieurs éléments, dont la fragilité du système de santé. Si les haïtiens veulent vivre plus longtemps et en bonne santé, ils doivent opérer une réforme pour réorganiser leur système de santé. En attendant, nous invitons  la population haïtienne à respecter les gestes barrières dans la mesure du possible, car toute analyse faite, le système de santé haïtien est incapable d’assumer la crise du Covid-19.

Comme dit le vieil adage créole: Prekosyon pa kapon   !

Anachecar Destin (Spécialiste des crises et intervention d’urgence et experte en Santé/médico-social)

[1] Source : notre-planete.info, http://www.notre- planete.info/actualites/actu_2235_seisme_Haiti.php

[2] Dussault, G. (1996), Les besoins de santé : définition et mesure

Le prix d’une vie


Je me suis toujours demandé quel était le prix d’une vie ou si une vie valait plus qu’une autre. Ça n’a rien à voir avec la rançon qu’un kidnappeur demande quand il enlève quelqu’un et fixe un prix estimant – ou pas – la vie de cette personne par la rançon exigée. C’est plutôt une estimation sans pression et qui concerne tout le monde et n’importe qui. Est-ce que toutes les vies se valent ? Ou est-ce qu’il y a certaines qui comptent plus que d’autres ?
Certains iront à se dire qu’on est tous pareils, peu importe la fortune ou l’infortune, on finira tous dans un trou à se désosser, à puanter tout seul, jusqu’à ne devenir qu’un souvenir. Oui mais en étant vivant, qu’en est-il ? Nos vies ont-elles toutes les mêmes valeurs ? Un pasteur, un prêtre, qui prêche ses fidèles qui le fournissent en bien, compte-t-il autant qu’eux ? Le président d’un pays compte-t-il autant qu’un simple citoyen ? Bien sûr que non. C’est le président, c’est le prêtre, c’est untel : on a tous des personnes que l’on met sur un piédestal, qu’il le mérite ou non.
D’autres diront que c’est évident, que la vie d’un pauvre ou d’une personne de la masse, ne vaut en aucune manière la vie d’un riche, à la peau blanche (comme nos « élites » ‘soit-disant’), ou encore d’un riche issu de la masse qui a fait ses preuves. Elles n’ont en aucun cas la même valeur, la preuve on peut enlever celui de l’un sans que cela n’émeute grand monde. A votre avis, lequel des deux meurtres laissera plus de gens indifférents ?
Voyez, un garde du corps qui risque sa vie pour sauver celle de la personne qu’il protège le fait-il forcément pour son travail comme quoi c’est son devoir ou parce que sa vie n’est pas aussi importante que celle de son employeur ? D’ailleurs, les recrutements ne sont pas équitables en termes d’égalité de fortune entre l’employé et son employeur ; autrement dit, j’achète ta vie pour me sauver parce que la mienne est beaucoup plus importante que la tienne ou parce que j’ai une mission à accomplir et toi, la tienne est de me protéger pour que j’y arrive. Prenons un autre exemple, l’assassinat du noir qui a suscité le flot de revendications (Black Lives Matter) au niveau mondial en témoigne : la vie de certains ne vaut pas autant que d’autres et c’est très bien expliqué dans le film « The Hate U Give », le policier (noir) a dit à l’actrice jouant dans le rôle de Starr : ‘‘si c’était un blanc, je lui dirais les mains en l’air d’abord’’, alors que pour un noir il n’hésiterait pas à tirer.
C’est ainsi qu’on nous a forgés : à croire que certains nous sont supérieurs, que certaines vies ne peuvent égaler en rien d’autres. C’est exactement sur cette base que les blancs nous ont asservis. Il faut dire que le colonialisme, le système esclavagiste a réussi son coup. Mais cela ne veut pas dire qu’on ne peut pas renverser les choses, au contraire il nous faut une autre socialisation, une autre base sociétale sur laquelle considérer l’humain : non sur ses avoirs, sur sa position ou sa couleur mais sur la base de l’humanité.
Bourdieu (1998) le dit très bien : « lorsque les dominés appliquent à ce qui les domine des schèmes qui sont le produit de la domination ou en d’autres termes, lorsque leurs pensées et leurs perceptions sont structurées conformément aux structures même de la relation de domination qui leur sont imposée, leurs actes de connaissances sont, inévitablement, des actes de reconnaissances et de soumission, mais il y a une possibilité de révolte si les dominés prennent conscience que leur domination est socialement construite et qu’il est possible de défaire les nœuds ».
Je ne sais pas si vous remarquez dans certains films américains, que des forces spéciales seraient prêtent à faire exploser une sale entière avec un seul coupable et pleins d’innocents mais avorteraient tout et repenseraient une autre stratégie si jamais il y avait un seul américain parmi eux. D’ailleurs ils le disent très bien : “Je suis citoyen des Etats-Unis d’Amérique” et ça, dès qu’ils le disent c’est comme dire : tu t’attaques à moi, tu en paies le prix fort, car leur nation est grande et forte. L’actuel président le dit bien : America first.
Elle domine sur le monde, ils sont dans les coulisses du pouvoir, ont une main mise sur notre justice, notre économie et sont aptes à décider de notre sort, de notre aptitude à vivre malgré tout, à tester notre résistance, à décider ce qu’on peut avoir sous la dent et quand on peut l’avoir, à choisir qui doit vivre ou mourir, quelle zone mériterait d’être effacée sur la carte, à nous armer pour nous entretuer ; et surtout à rire de nous, de notre naïveté à croire qu’ils font partie de nous parce que rester loin de nous n’est pas toujours la meilleure tactique : il faut se rapprocher et voir les réactions de sa proie pour mieux savoir où l’enfourcher et comment.
Ce n’est surement pas moi qui vais vous dire qu’il y aura toujours des subalternes dans ce monde, des dirigeants et des dirigés, des forts et des faibles, des leaders et des suiveurs… Mais ce n’est pas seulement une question d’argent, c’est d’abord une question de perception, de conviction (c’est aussi le cas pour la situation des femmes, tant qu’elles croient que les hommes leur sont supérieurs, elles n’iront nulle part, et le féminisme aura beau faire son chemin le poids lourd de la domination masculine restera ancrée). Tu crois que sa vie est plus importante, il en est convaincu et moi aussi je le crois, donc la machine continue de rouler avec son lot d’inégalités. C’est pour cela que la justice, l’Etat, les médias et tout le monde restent silencieux par rapport aux massacres multiples de Lasaline, aux kidnappings des gens de la masse, au rasage de Shada, et surtout et encore à l’assassinat de Mamoune Régis, de Nancy et de Sébastien. Leurs vies, nos vies ne comptent peut être pas.

Rodeline DOLY

Stefani Tieri GEORGES lutte pour le respect des droits des femmes


Née à Cap-Haitien, politologue et spécialiste en genre, Stefani est une passionnée pour les droits des femmes en Haïti. Ayant fait toutes ses études classiques au Cap-Haitien chez les sœurs Cluny, Stefani est partie à l’étranger peu de temps après pour poursuivre ses études universitaires en science politique. Si Stefani partait étudier à l’étranger, elle laissait son cœur en Haïti où elle souhaitait revenir pour aider dans le combat pour les droits des femmes. C’est d’ailleurs pour cela qu’elle a réalisé son travail de fin d’études sur ‘‘La place des femmes et les rapports de genre en politique’’ en 2014.
Petite, son père, qui a toujours voulu avoir des garçons, les ont élevé comme tels, elle et sa petite sœur en les faisant exercer toutes sortes de tâches que l’on dit destinées aux hommes. On ne baignait pas dans une logique de genre. Mais à l’adolescence, Stefani a été interpellée par des conversations et des comportements différenciés selon le sexe et c’est alors qu’elle a commencé à s’intéresser au genre de manière plus, nous confie-t-elle.
Fille d’un professeur d’université et responsable départemental de l’IHSI et de la juge d’instruction actuelle au tribunal de première instance de Fort-Liberté également professeur d’université, on pouvait prétendre que son avenir était toute lisse, sans encombre aucune mais Stefani a dû, comme tout le monde, se battre pour prendre sa place. Appliquée, elle met un point d’honneur à bien faire tout ce qu’elle fait. Soucieuse de sa représentation, cette passionnée ne ménage jamais rien quand il faut introduire les notions de genre et des droits des femmes. Avec son menton volontaire et son entêtement à faire abandonner le plus tenace, Stefani ne se laisse pas faire et défend jusqu’au bout ses points de vue.
Quand on lui demande ce qui la passionne le plus, sans hésiter, elle répond : « servir, aider les autres ». D’où son choix , par-dessus tout à devenir Avocate. Il faut souligner qu’elle est en 3ème année dans ses études de droit à la Faculté de Droit, de Sciences économiques et de Gestion du Cap-Haitien. A la question si militer pour les droits des femmes lui a toujours paru comme une évidence, elle soutient : « Oui, cela a toujours été évident. Notre société est machiste, les femmes doivent toujours se battre pour se faire valoir et se faire reconnaitre. Car, quand on est une femme, on vous présume l’incompétence et il faut se battre deux fois plus qu’un homme avec les mêmes compétences. Je suis militante dans l’âme. La politique m’a toujours intéressé. Quoi de mieux que de s’impliquer pour faire bouger les choses » nous dit-elle avec un sourire.
Stefani fait partie du Rotary International depuis ses 16 ans en étant membre de l’Interact. L’année dernière, soit en 2019, cette même année où elle a été une des dix femmes les plus influentes du Cap-Haitien, elle a été élue présidente du Rotaract club du Cap-Haitien où elle a pu acquérir, avec l’aide de son équipe, les meilleures places pour le club grâce à leurs nombreuses réalisations. Elle a reçu plusieurs prix avec son équipe pour l’exécution de leurs projets. « Nous avons réalisé une excellente performance au niveau national et même international » se réjouit-elle. Elle soutient que dans le club rien ne se fait selon le sexe mais dans toutes les cellules, il y a toujours un rapport au genre puisqu’il est un construit et qu’on peut le détecter dans les rapports entre hommes et femmes, des tendances à réagir comme ce qu’on leur a appris à la maison, dit-elle.
Comme grandes réalisations, Mademoiselle Georges nous confie que sa course commence à peine mais qu’elle peut considérer comme de grandes réalisations la coordination qu’elle a assurée la 3ème édition de la mission Entrepren’Elle au Cap-Haitien en 2018 et une journée de sensibilisation qu’elle a organisée contre les violences faites aux femmes avec les organisations : OEFE et FECIS.
L’activiste féministe, politologue, spécialiste en genre et future avocate nous avoue que la compétence en genre est intéressante à avoir puisqu’à tous les niveaux maintenant il y a des cellules spéciales genre. Elle conseille aux jeunes filles d’aujourd’hui : « d’OSER ». Ne restez pas paralysées par la peur de l’échec car cette idée vous empêchera d’accomplir vos objectifs dans la vie. Ayez confiance en vous et osez. Prenez votre place ! martèle-t-elle pour finir.

Septembre 2020
Rodeline DOLY

Marathon Wikipédia sur les Droits humains en Haïti: une initiative pour la vulgarisation de contenus.

Marathon Wikipédia sur les droits humains en Haiti est un projet patronné par la FOKAL qui entend renforcer la capacité de contributions d’au moins dix contributeurs et contributrices à Wikipédia en Haiti. Il se donne aussi pour mission d’intensifier la couverture des sujets liés aux Droits humains sur cette plateforme et par la même occasion, participer à développer l’accès à divers savoirs y relatifs.


Native de Port-au-Prince, Lunie Jules est sociologue de formation et détentrice d’un certificat en Rédaction de projet et en Ingénierie de la culture. Jules est aussi membre de plusieurs associations féministes parmi lesquelles : Les perles d’Haïti, femmes de la terre . Elle colabore aussi avec l’association pour la promotion de la science ouverte en Haïti et en Afrique francophone (APSOHA)depuis 2016 et le Réseau des Jeunes Benevoles des Classiques des Sciences Sociales (REJEBECSS). Elle explique que ce projet consiste à développer des contenus sur des sujets se rapportant aux Droits humains tout en renforçant leur présence et leur accessibilité sur le Web. En utilisant diverses plateformes, dont Wikipédia, la plus populaire, les initiateurs.trices de ce projet entendent faciliter l’accès à tous d’une diversité de savoirs.

Ce projet pourra impacter positivement la société haïtienne, vu qu’il encourage et forme les citoyens à utiliser les outils numériques, tel que Wikipédia pour exprimer leurs savoirs, leurs identités et affirmer leurs cultures de manière plus large sur le web, mais aussi développer ces savoirs dans le langage de leur choix, selon les dires de Lunie. C’est pourquoi, la journaliste haïtienne également correspondante locale pour la Radio Mayouri, Campus Guyane française apporte désormais sa contribution dans le lancement du projet baptisé Marathon Wikipédia sur les droits humains en Haiti. Elle se dévoue à ce procédé qui vise de permettre la visibilité et la vulgarisation des savoirs haïtiens liés aux droits et augmente la compréhension du public sur ces connaissances.


Les activités prévues dans le cadre de ce projet sont multiples. En effet, l’équipe compte créer et diffuser un ensemble d’images sur les organismes et militant-e-s de défense de Droits humains en Haiti. Elle envisage aussi de créer des pages Wikipédia de dix ouvrages haïtiens traitant de la problématique des Droits humains en Haiti.
Les ateliers traitant de la diffusion électronique des ouvrages haïtiens n’étant pas encore commencés, l’élaboration de contenus sur cinq militant-e-s pour autant d’organismes luttant contre la violation des Droits humains est déjà achevé, mais sujette à révision, correction et augmentation, le cas échéant. Pour les militants, on peut citer sans ordre de priorité la fervente Pétro challenger, membre du Collectif de Citoyens Nou P ap Dòmi Pascale Solages, le défenseur des droits humains, Antonald Mortimé, la célèbre journaliste Liliane Pierre Paul, la féministe, ancienne ministre à la condition féminine et au droit des femmes, Marie Laurence Jocelyn Lassègue (Man Lolo). Des contenus vont aussi être disponibles sur l’organisation Solidarite Fanm Ayisyèn (SOFA), la Plateforme des organisations haïtiennes de défense des droits humains (POHDH), le Centre d’analyse et de Recherche en droit de l’homme, (CARDH), le Ministère à la condition féminine et aux droits des femmes (MCFDF), le Ministère de la justice et de la sécurité publique (MJSP), le Bureau haïtien des droits d’auteurs (BHDA).

Sans donner de précision sur le délai, l’équipe s’active de mettre à disposition sur Wikipedia des documents en créole haïtien et en français; ce qui sans aucun doute sera profitable pour les lecteurs et lectrices haïtiens.


Clairvina Dossié

Dossier Dangelo Néard : Des féministes répondent à la défense du Ministre Pradel Henriquez

En Haïti , il arrive parfois que des ministres qui sont supposés faire preuve de culture et de capacité de communication minimale se laissent aller, à l’instar d’un potentiel violeur, incapable de maitriser ses pulsions et bien tenir sa braguette. C’est le cas de dire que plus d’une dizaine d’organisations et personalités féminines s’en prennent au ministre de la Culture et de la Communication, Pradel Henriquez, dans une note titrée: « Nommer les agresseurs, quelle que soit leur position ».
Kay Fanm, Fanm Deside, Réseau des Femmes des radios communautaires haïtiennes (REFRAKA), Fanm Yo la, Nègès Mawon, Solidarite Fanm Ayisyèn (SOFA), Asosyasyon Fanm Solèy d Ayiti (AFASDA) sont parmi les organisations qui sont très remontées contre l’ancien directeur de la Télévision nationale d’Haïti, Pradel Henriquez ; ce, après la publication le 12 septembre 2020 sur sa page facebook, du fameux texte dont il a donné le titre de « Accusation de Viol: Je condamne les attaques contre Dangelo Néard et je dénonce ce nouveau laboratoire de femmes sans scrupule qui fabrique des accusations de viol ».
48 heures après, soit le 14 septembre, les organisations sus-mentionnées appuyées par des personnalités comme les autrices Kettely Mars, Eveline Trouillot, la journaliste féministe Antoinette Duclaire et l’organisation féministe Marijàn, fustigent cette position ministérielle, non sans continuer d’encourager toute femme victime de violence sous toutes ses formes à briser le silence et dénoncer les agresseurs quelle qu’en puisse être leur position.
Dans l’affaire concernant les dénonciations d’agressions sexuelles dont l’actuel directeur général de la Bibliothèque nationale, Dangelo Néard est accusé, les organisations feministes, lit-on dans la note, rappellent au ministre de la Culture, ce principe de la culture administrative et de la séparation des pouvoirs qui veut qu’après avoir instruit une enquête judiciaire, un juge d’Instruction pourrait, auquel cas, arriver à conclure et ordonner à la faveur des faits. Toutefois, « il y aurait un complot ourdi par des délinquantes, des scélérates et la police judiciaire est appellée à démanteler ce gang de faussaires, à propos de ladite affaire ». Cette posture a été plutôt adoptée par Monsieur Henriquez, le ministre, d’après la note.
Dans cette note, également signée par la Fondation Toya et la féministe indépendante Sabine Manigat, on peut lire que Pradel Henriquez ne s’est pas comporté comme un ministre de la Culture et de la Communication, soit dit en passant, en abusant au contraire de son poste sous couvert de machisme et d’antiféminisme, prêtant le flanc à la masculinité toxique, encourageant ainsi les violences sexistes et sexuelles.
La note signée par la porte parole de Kay Fanm, Danièle Magloire pour authentification, a conclu que rompre avec le déni des violences masculines, en particulier les agressions sexuelles, reste et demeure essentiel dans la lutte pour le respect de la dignité des femmes.


Clairvina Dossié

La rentrée au préscolaire à l’épreuve de la Covid 19: entretien avec Valérie Lamy

La gestion de la Covid- 19 pendant la rentrée à la maternelle vient avec son lot de défis et de réaménagements uniques qui méritent d’être pointés du doigt. Sans oublier les différentes difficultés de l’entrée scolaire et les inégalités criantes qui refont surface en contexte haïtien, Mus’Elles a eu l’avantage de réaliser une entrevue avec Valérie Lamy, directrice d’école et enseignante de carrière sur les enjeux de cette rentrée scolaire unique.

Mus’Elles : Aimeriez-vous vous présenter à nos lecteur.trice.s, et présenter votre parcours en tant que spécialiste de la petite enfance ?

Valérie Lamy : Ça va faire bientôt 10 ans depuis que je me suis dédiée à l’éducation de la jeunesse. L’importance pour les enfants d’avoir une bonne base explique dans une certaine mesure, mon attachement à l’éducation des plus petits parce que j’estime et je crois fermement que l’avenir académique ou l’avenir tout court se prépare à ce stade-là. J’ai fondé Frimousses Kindergarten depuis 7 années avec cette même vision de privilégier une éducation de qualité dès les premières années de la vie du jeune élève. A vrai dire, j’ai mis les compétences nécessaires de mon côté pour pouvoir m’ assurer d’offrir avec aisance ce que j’ai en tête : je suis certifiée en Mathématiques visible et tangible et sur les méthodes d’enseignement de Cares sur la petite enfance, aussi ai-je étudié « Autism, promoting the socia communication skills of children with Asds ». Je suis certifiée en Education sexuelle et je termine un diplôme pour devenir une professionnelle des traumatismes chez l’enfant et l’adolescent.

Mus’Elles : Vous dirigez une institution scolaire, Frimousses, comment vivez-vous cette nouvelle rentrée scolaire ?

Valérie Lamy : Cette nouvelle rentrée peu ordinaire éveille notre capacité d’adaptions pendant cette situation épidémiologique qui nous surprend tous.toutes. Pleine de défis, elle nous a forcé.e.s à repenser notre mode de fonctionnement comme les rapports pédagogiques. D’un côté, c’est avec beaucoup d’appréhension que nous débutons cette année scolaire quant aux différents changements qui s’imposent à nous. D’un autre côté, après tout ce temps passé séparé.e.s de nos enfants, c’est avec joie que nous les avons accueilli.e.s. Sans pour autant minimiser les alternances possibles en raison des contextes sanitaire et politique, nous avons pris toutes les dispositions nécessaires afin de garantir la réussite de notre année académique.

Mus’Elles : On sait combien la COVID-19 a mis à l’épreuve les rapports interpersonnels, si indispensables, en particulier pour les enfants et sûrement aura des répercussions sur les relations pédagogiques; avez-vous de ce fait adopté de nouvelles approches pour faciliter ces relations dans votre établissement ?

Valérie Lamy : Au préscolaire, les contacts physiques jouent un rôle important tant dans le développement social qu’intellectuel de l’enfant. Nous avons dû de ce fait penser à de nouvelles techniques d’apprentissage, avec contacts limités, afin d’atténuer , au possible, les impacts négatifs sur les enfants. Ce n’est pas gagné d’avance, par exemple, une astuce que nous utilisons pour éviter qu’il y ait trop de distance ou de froideur dans les relations profs-élèves, c’est que chaque membre du personnel porte sa photo avec un beau sourire chaleureux sur son uniforme. Cela réconforte les élèves de savoir que derrière le masque se cache beaucoup de tendresse, d’amour et d’affection.

Mus’Elles : Quels sont les nouveaux défis par rapport à la gestion des enfants dans ce contexte sanitaire?

Valérie Lamy : L’enjeu majeur auquel nous faisons face est le respect de la distanciation physique. Il est impossible de demander à des enfants en bas âge de comprendre cette consigne, si restrictive dans son essence. Ils ont besoin de bouger et de socialiser. Certains m’ont même demandé de leur garder leurs masques pour aller s’amuser avec leurs camarades. À noter que même si certains parents optent pour cette option, nous ne recommandons pas le port du masque pour cette tranche d’âge.

Mus’Elles : Que recommandez-vous alors pour une gestion des enfants en âge préscolaire pendant la pandémie ?

Valérie Lamy : Mes recommandations s’adressent d’abord aux parents qui ont un travail important à réaliser. L’apprentissage des gestes barrières doit se faire à la maison et leur pratique devrait commencer bien avant la rentrée scolaire. Nous devons aussi développer davantage la communication avec nos enfants ; c’est même un impératif de peaufiner nos rapports avec eux en offrant un meilleur support que l’habituel. Leur expliquer les enjeux de notre nouvelle réalité, prendre le soin de les écouter face à tous ces changements. Face aux visages cachés qu’ils doivent côtoyer chaque jour. Ensuite, la COVID-19 sera là pour encore quelque temps ; il faut apprendre à vivre avec et s’en protéger doit devenir un mode de vie.

Mus’Elles : Si vous deviez envoyer un message aux directeurs.trice.s d’écoles, qu’est-ce que vous leur diriez?

Valérie Lamy. Je souhaite beaucoup de courage à tous les directeurs et directrices d’écoles. Rien ne nous a préparé.e.s à cette nouvelle manière d’enseigner. Mais je sais que nous avons en nous la capacité de nous adapter. L’essentiel est de ne pas perdre de vue notre objectif premier qui est le bien -être des enfants. Le désir de les voir évoluer et de créer une nouvelle génération qui saura aimer son pays et évidemment le faire avancer.

Propos recueillis par Adlyne Bonhomme.

Carline Sévère, la création comme mode de vie

Carline Sévère fait de la joaillerie un mode de vie. Elle propose depuis bientôt huit ans, une gamme de bijoux, peints, à la fois originaux et raffinés. Les bagues, les colliers et les bracelets font la beauté de sa carte postale. Ses motifs représentent entre autres, des images inspirées du vodou, et certains objets recyclés.
Mus’elles a eu le privilège de rencontrer cette creatrice et entrepreneure extraordinaire.

Mus’Elles : Carline sévère pouvez-vous nous parler un peu de vous ? Avez-vous grandi dans un milieu artistique ?

Carline Sévère : C’est toujours difficile de parler de moi-même, dans la mesure où tout ce qui me constitue, qui fait mon identité, est si évident. Je suis une femme simple qui apprend à rester connectée avec l’essence de la vie, par exemple : la création sous toutes ses formes m’interpelle instamment . Même si je n’ai pas grandi dans un milieu où la creation avait la côte. J’ai été surtout entourée de « madan sara », ces marchandes qui ne connaissent pas la fatigue. Ma grand-mère vendait au marché avant de se lancer dans des voyages à Curaçao et à Panama pour ensuite revendre ses produits en Haïti et assurer un meilleur avenir à sa progéniture . Je n’ai jamais vu un membre de ma famille pratiquer une forme d’art si ce n’est l’art de vendre.

Mus’Elles : Pourquoi vous intéressez- vous autant à la création de bijoux?

Carline Sévère : La creation et moi développons un rapport des plus complices , que je ne saurais dire que j’ai cherché à la faire intentionnellement et consciemment. C’est en moi, on forme une belle symbiose. J’ai appris et j’ai accepté que je suis née avec. J’ai découvert un peu tard que j’avais la création de bijoux sous la peau. Je ne force rien, je vie cette vie d’artiste et d’entrepreneure comme celle qui m’a été destiné.

Mus’Elles : Pensez-vous que l’art, l’artisanat doive tenir d’un certain engagement ?

Carline Sévère : Toute forme de création doit aider à changer le monde, à mieux comprendre, à éduquer, à remettre en question et surtout à sensibiliser l’humanité. Oui, la création est un outil qui doit être utilisé à mieux servir Haïti, à mieux servir le monde.

Mus’Elles : Quelle place occupe le sacré dans votre travail de création?


Carline Sévère : Le sacré détient une place exceptionnelle dans ma vie et mon travail fait partie de ma vie, inévitablement oui, le sacré a une place importante dans mon travail. Je crois que l’humain est sacré, exceptionnellement divin, et pour cela ,je suis toujours à la recherche de la vérité qui me ressemble. Je suis inspirée par tout ce qui se rapproche davantage de l’âme, de l’esprit, par toute information ou symboles qui élèvent la femme et l’homme au rang d’être suprême. Le salut et le divin sont déjà en nous.

Mus’Elles : À bien regarder vos œuvres, on a l’impression que vous vous évertuez à donner une seconde vie aux objets que certains auraient poussés du pied ?


Carline Sévère: Oui, je suis aussi dans la récupération. Je fais surtout du « upcycling » mais de manière efficace pour créer un produit supérieur à celui qui est jetable. J’aime expérimenter, j’aime avoir le plus de matériel que possible lors de mes expériences, je n’aime pas trop jeter non plus et je suis une ancienne âme, j’aime conserver et j’aime bien utiliser tout ce qui est prêt à être jeté pour créer une pièce de valeur. Dans cette même optique le bois recyclé, le cuivre, les morceaux de bronze et autres sont mes meilleurs alliés.
Il importe de souligner que ma technique est juste mon style de vie. Je m’adapte sans pour autant me perdre, cela me permet de garder une certaine essence dans ma création et d’inspiration.

Mus’Elles : Quelle est jusque-là la clientele de Kafedore ?

Carline Sévère: Ma clientèle principale est constituée de femme avec un esprit libre, dont l’esprit ne connait pas la vieillesse, authentique, naturelle dans le sens où, elle ne se fait pas passer dans une machine pour s’aimer. La femme qui peut s’offrir im bijou à un prix raisonable. On a aussi des hommes, qui achètent pour leur femme, leurs amies et qui aiment ce qu’on fait et qui commandent des pièces pour eux-mêmes.

Mus’Elles: Quels sont les principaux endroits où nous pouvons nous procurer vos produits?

Carline Sevère: Kafedore a des produits disponibles et non disponibles. Cela me permet d’avoir une longueur d’avance pour les idées qui me traversent. Les clients peuvent commander des pièces qui ne sont pas en stock pendant que je peaufine de nouvelles pièces. Il y a aussi beaucoup de magasins qui revendent.

Propos recueillis par Adlyne Bonhomme

Petit discours sur le harcèlement

Dans l’histoire de l’humanité peu de choses auront été autant contrôlées, surveillées, bridées et réorientées comme le fut la sexualité de cet être qu’on appelle la femme. Pour cela il n’y qu’à prendre l’exemple des incessantes discussions sur la pornographie, la prostitution, l’avortement ou encore les récents débats sur la majorité sexuelle.
Le corps de la femme n’est pas sa propriété. Il s’agit d’un prêt à la société, maitrisé par tous les moyens, soumis aux pratiques sociales recouvertes d’une bonne couverture de moralité. La moralité a bon dos.
Il serait facile de tomber dans l’amalgame: homme méchant, femme gentille. Mais ce serait non seulement me mentir à moi-même, mais ce serait aussi trahir cette cause à laquelle -comme beaucoup d’autres et spécialement des femmes- je me voue. Oui des femmes, à qui la société comme elle est aujourd’hui profite, participent à marginaliser le corps des femmes. Ne sont-elles pas souvent les premières à condamner les travailleuses du sexe et à inventer des lois, -toutes plus inventives les unes que les autres, il faut le dire,- pour les punir, de prendre de l’argent contre un acte ni plus, ni moins moral qu’un autre?

Encore une fois la moralité a bon dos. Cependant, tout en évitant cet amalgame, il faut rappeler que la société haïtienne, comme beaucoup d’autres sociétés, est construite sur un principe de domination patriarcale. Cette affirmation pouvant être vérifiée à partir de l’exemple le plus banal jusqu’à sa matérialisation la plus brutale ou la plus insidieuse. C’est donc sans étonnement que cette même société trouve comme elle l’a toujours fait, des excuses aux probables agresseurs et harceleurs, tandis qu’elle exige aux victimes de prouver l’acte. Après tout, la domination masculine ne se réduit pas à une somme de discriminations. C’est un système cohérent qui façonne tous les domaines de la vie collective et individuelle.
Il est vrai que la charge morale et psychologique de ce qu’on appelle communément harcèlement rend difficile un jugement social ou juridique qui soit dans la justesse. Une main sur une cuisse n’est en soi pas un crime. À moins qu’il existe une loi quelque part interdisant de poser la main sur la cuisse d’autrui. Le geste nous informe simplement que le propriétaire de la dite main est un ignoble mal-élevé. Cependant, c’est le contexte et l’intention du geste qui en fait un acte de harcèlement. En effet, il ne pose pas le propriétaire de la cuisse comme sujet, avec une sexualité propre et une réaction propre à l’acte posé. De plus, l’absence de consentement illustre le principe de sexage théorisé par la sociologue Colette Guillaumin (1992) tout en ne laissant pas à l’autre la jouissance d’un droit fondamental qui est le droit au refus.

Afin de bien cerner la question du harcèlement, il est important de le definir. Le harcèlement peut être vu comme une forme de discrimination, il peut s’agir d’une sorte de violence répétée qui peut être verbale, physique ou psychologique de nature sexuelle et non voulu. Il peut vous embarrasser, offenser, intimider ou vous faire sentir en danger.

Prenons maintenant le texte paru sur l’agence en ligne Ayibopost en date du 4 août 2020 https://ayibopost.com/tag/dangelo-neard/ . C’est sans étonnement que j’ai reçu les arguments abracadabrentesques expliquant pourquoi les récidives posées par le principal acteur de l’article n’étaient pas du harcèlement. Certes, la plupart de ces discussions se font sur les réseaux sociaux et dans des espaces privés, mais l’histoire ne nous a t-elle pas prouvé que le privé était aussi un espace politique?

Passons rapidement sur les remarques les plus sordides:
Pourquoi est-elle restée amie avec lui: Parce qu’il arrivait même à Hitler d’être agréable et d’aller prendre le thé avec des amis.
Pourquoi attendre aussi longtemps: Pourquoi pas?
Pourquoi ne pas avoir porté plainte: Cet argument est l’un des rares que je serais tenté de prendre au sérieux car beaucoup ne comprennent pas les enjeux pour une femme dans une situation pareille. La police agissant et réagissant à l’image de la société qui l’a produite, renvoie souvent la victime à la violence du déni, qui consiste à lui taper gentiment sur la tête et lui dire qu’il ne s’agissait là que de l’intérêt, un peu lourd ou grossier, d’un admirateur. Et comme me l’a dit un ami: Il faut bien que les femmes se fassent draguer, avec la misère émotionnelle qui court les rues…

Les arguments possiblement sérieux

Le poste de l’accusé: Que serait une nomination sous le mandat de Jovenel Moise s’il n’y avait pas de scandale qui vient avec? Blague appart il est amusant de voir que tous reconnaissent le fort comme tel (directeur général, homme agréable, intellectuel) mais hésitent quant à l’hypothèse que ce même homme fort puisse utiliser sa force à mauvais escient. La réaction aurait-elle été la même si au lieu d’un rapport de genre, cela avait été un rapport de classe? Hesiteriez vous à reconnaitre qu’un riche puisse utiliser sa richesse pour exploiter le pauvre? Disons que cet article vise le poste de l’accusé, n’était-ce pas déjà le même exemple pour Dadou, Rigolo etc.? Il n’y aurait donc que des manipulatrices aigries de la réussite des hommes? Montrez un endroit dans le dit article où la rédactrice demande, ne serait ce qu’a demi mot la destitution de l’accuser ne serais ce qu’une seule fois? Quand bien même l’aurait elle fait, n’est ce pas la moindre des choses de demander qu’un présumé harceleur soit mis à l’écart d’un poste qu’il pourrait (qui sait?) utiliser comme arme de domination à des fins douteuses? Vous n’aviez pas eu autant de scrupule lorsqu’il s’agissait de demander à l’actuel président, présumé voleur, de démissionner de ces fonctions.
Après, demander qu’il perde son poste à RFI en premier lieu est une preuve de l’aliénation de ceux et celles qui sont derrière cette pétition, mais de là à dire que c’était le but de l’article de Ayibopost c’est être d’une mauvaise fois sans limite.

Un scandale médiatique pour salir la réputation d’un honnête homme: Je laisse le bénéfice du doute à ceux qui se réfèrent à cet argument. Peut être ne savent ils pas que s’avouer publiquement victime de harcèlement sexuel (ou de viol) n’est pas une étiquette facile à porte et encore moins dans ce pays. C’est s’entendre dire qu’on aurait du faire attention, prendre ses précautions. C’est se voir dénommer pour devenir la fille que untel a violé, la petite qui a accusé untel. Prenons l’exemple de Metoo, nous nous souvenons tous de la jeune femme qui a fait tomber Weinstein, mais qui se souvient de son prénom? Sans oublier que cet argument ne suppose à la présumer victime ni honnêteté, ni droit à la souffrance et encore moins à la justice.

Dragues lourdes : J’avais mentionné dans un précédent article que les sociétés développent des codes de séduction qui leur sont propres. La phrase, le non d’une femme veut dire oui n’est ni pas complètement faux, sans pour autant être vrai. Un non reste un non, quoique dans une situation de séduction x, quand les protagonistes sont sur le même canal de communication, un non puisse vouloir dire continue je t’écoute. Dans ce cas la communication passe bien et tous ceux impliquer dans le jeu savent à quoi s’en tenir. C’est pourquoi il faut savoir se mettre sur le même canal de communication avec la personne avec laquelle vous rentrez dans un jeu de séduction. Dans ce cas précis, l’appel à séduction a été rejeté par la jeune demoiselle. Disons que le premier appel était de la drague. Cependant la récidive malgré les différentes déclinaisons ne saurait être de la drague, quand bien même la technique du dragueur serait aussi lourde qu’un camion mack.

Pour conclure, les femmes ont longtemps gardé le silence sur leur inconfort face à des pratiques que beaucoup ont trop souvent tendance à catégoriser de: dragues lourdes, de technique d’ours. Ne pas reconnaitre le vécu des femmes et leur traumatisme pour ce qu’il est ne fera qu’empêcher la communication et une avancée vers une sexualité commune pleinement épanouie. Il ne faut pas non plus se jeter sur chaque accusation comme une charogne sur un cadavre en décomposition, cependant, ne serait-il pas plus humain de demander à l’accuser de prouver son innocence qu’à la victime de prouver les causes de sa souffrance? Nous avons laissé les esclaves, les noirs, les arables et les pauvres parler de leurs blessures, pourquoi est-ce si difficile d’en faire de même pour les femmes.

Melissa Béralus

Le crime environnemental

Dans une perspective menant au respect de la planète, la Charte mondiale de la nature affirme que: Toute forme de vie est unique et mérite d’être respectée, quelle que soit son utilité pour l’être humain. Afin de reconnaître aux autres organismes vivants cette valeur intrinsèque, l’homme doit se guider sur un code moral d’action (Neyret, 2009).

La nature c’est le vivant, dit Yan Thomas (1998). Le vivant qui différencie le bios et la zoé. Le bios c’est la vie végétative, le système, la vie, les fluides retrouvés chez les animaux et les êtres vivants. La zoé c’est une dimension spirituelle. C’est la vie au-delà de la biologie. Yan Thomas parle d’une subjectivation de la nature. Il soulève la réflexion en lien à la protection de la nature pour savoir si cette dernière serait mieux protégée si elle était personnifiée au lieu d’être chosifiée. D’autres commentateurs renvoient à regarder la terre et la respecter pour ce qu’elle est. Cette idée qui explique que l’homme doit se placer sur un plan égalitaire au reste des êtres vivants et les respecter sans justification.

L’être humain, être vivant dans la biosphère partage l’espace vital avec d’autres êtres vivants et non vivants. Dans ce cas de figure, la terre devient un patrimoine collectif partagé. Le crime contre l’environnement porte atteinte à l’intégrité face à la nature et aux autres êtres qui y demeurent. Réfléchir sur ce sujet conduit à des questionnements fondamentaux qui cherchent à comprendre comment réfléchir sur ce qu’est le crime contre l’humanité parallèlement au crime contre l’environnement.

Gregory Salle (2017), dans son article réfère la criminalité environnementale à toute action dangereuse pour l’être humain et l’environnement naturel qui pourrait être passible d’une sanction devant la loi. Laurent Neyret présente le crime contre l’environnement comme toute infraction grave à l’environnement naturel. Il souligne que sa gravité aux valeurs environnementales tend à le placer à un très haut niveau pour faire lien au crime contre l’humanité. Cette catégorisation importante est due au fait que le droit international reconnaît la terre comme patrimoine commun de l’humanité qui doit être protégée. Neyret fait un rapprochement du crime contre l’humanité à celui de l’environnement par les valeurs qu’ils partagent. En effet, il est question de la protection du milieu de vie des êtres humains qui vivent en communauté. Neyret présente deux valeurs précises qui tendent à certifier les sanctions en lien aux crimes contre l’environnement. La première des deux approches est celle qui va justifier la criminalisation des comportements destructeurs contre l’environnement. C’est l’idée de l’écologie que soutiennent les humanistes qui visent à protéger la valeur du patrimoine commun de l’humanité (ibidem).

Dans cette première valeur, l’auteur incite à regarder ce patrimoine collectif comme une responsabilité qui tiendrait à réfléchir davantage sur ce qui est visible et évident. Il pousse vers un dépassement du simple, pour cerner le complexe (Neyret, 2009). Dans la deuxième valeur, Neyret présente l’idée que la protection de l’environnement ne devrait pas seulement se baser sur le fait que l’homme profite de l’environnement. En effet, il est vrai et évident que l’environnement sert l’humain, mais cela ne devrait pas le pousser à se placer au-dessus de la biosphère. Il explique dans sa deuxième approche que l’homme se doit de respecter l’environnement au-delà du fait qu’il lui est bénéfique. C’est un devoir pour lui de le faire. Toutefois, l’humain protège la terre seulement parce qu’il a des intérêts à cette dernière ; ou tout simplement parce que sa survie en dépend.

 Légalement, il existe une diversité de sanctions pour les personnes qui agissent allant contre les lois de l’environnement ou qui représentent une menace pour les autres (Neyret, 2009). Le crime environnemental regroupe toute forme d’infraction grave qui possiblement peut détruire la vie, mais aussi peut troubler l’ordre public (ibidem). Parmi ces crimes graves, l’auteur présente le terrorisme écologique comme étant une infraction qui a pour intention de départ la destruction. C’est-à-dire, nuire, intimider, terrifier la collectivité en introduisant dans le sol, des substances capables de nuire à la santé de l’homme et aux bienfaits de la vie sur terre (ibidem). Neyret explique que l’homme dans sa quête de pouvoir utilise la révolution biotechnologique qui le conduit à des activités risquées pour la biosphère. Il stipule que : « La criminalité environnementale est susceptible d’occasionner des atteintes graves et irréversibles à l’environnement naturel au point d’occasionner une dénaturation de la vie non humaine. » (Neyret, 2009). Dans le droit interne, divers pays ont réservé dans le Code pénal une section au crime contre l’environnement. Parmi ces derniers, on y retrouve le Vietnam qui punit l’écocide. Regroupant les termes écologie et génocide, ce crime est la destruction de l’environnement soit en temps de guerre ou non (ibidem). L’auteur précise que pour le Code pénal de la Russie, l’écocide consiste à une destruction massive de la vie végétale ou animale, de l’empoisonnement de l’atmosphère, de l’eau ou tout autre acte pouvant susciter des catastrophes écologiques.

Autant que le droit interne tienne à punir les crimes contre l’environnement, qui atteignent la dignité humaine, il est d’une utilité de souligner les limites du droit face à cette infraction. Neyret veut toutefois montrer certaines faiblesses du droit interne face à la punition en lien au crime contre l’environnement. Il laisse comprendre qu’à ce niveau, il peut avoir des contraintes. Il explique que face à la limite de l’efficacité du droit pénal, il a été proposé de créer un délit spécifique d’atteinte à l’environnement ainsi qu’un délit autonome de mise en danger en lien aux atteintes d’origine environnementale à la santé (ibidem). La Cour Pénal Internationale (CPI) peut avoir le désir de protéger, sécuriser l’environnement au niveau international et punir les crimes contre l’environnement. Toutefois, il est important de regarder dans la pratique si elle est en position d’autorité pour faire exercer la justice. Pour mieux expliquer, Jean-Baptiste Jeangène Vilmer stipule qu’aussi vraie que la CPI pourrait bien faire justice dans des contextes de crime de guerre ou contre l’humanité, mais elle ne le fait pas comme il se doit. La CPI ne saurait dire qu’elle poursuit efficacement les criminels, ni combien elle a arrêté après qu’ils aient commis des crimes contre l’humanité. Elle ne présente pas des signes d’autorité face à certains dirigeants d’États qui commettent des crimes horribles dans divers pays. Elle ne dispose pas non plus d’une force de l’ordre indépendante et efficace capable d’exécuter leurs demandes. Elle dépend entièrement des États. On ne peut pas parler d’efficacité dans cet aspect-là de la question. La justice pénale internationale est bancale et son efficience reste à démontrer dit Jean-Baptiste Jeangène Vilmer. Si pour des crimes contre l’humanité en lien à des situations de guerre pour le respect de la personne humaine, la CPI n’est pas efficace, on douterait bien de ses actions face aux crimes contre l’environnement.

D’après Amissi Manirabona (2014), la criminalité environnementale transnationale est beaucoup trop grave comme enjeux pour la laisser être géré aux seules compétences étatiques. À cela, il propose la création d’un tribunal pénal international spécialisé dans la question de criminalité environnementale transnationale qui pourrait appliquer les standards propres aux questions d’environnement. D’un point de vue allant en lien à l’écocide, Sylvie Paquerot touche la question de la pollution massive de l’eau, comme une contamination du sang de la terre, mais aussi d’un point de vue de valeurs fondamentales de l’humanité. Selon elle, ce crime devrait être sévèrement sanctionné à cause de son importance pour tout l’écosystème et sa capacité à soutenir la vie. L’auteure tient à faire comprendre que toute situation en contexte de crime doit être traitée efficacement dès qu’il a une portée politique (ibidem). Farget Doris, va plus loin pour dire que la pollution environnementale limite les droits d’accès à un territoire et à ses ressources. Elle regarde aussi le fait même que cela peut limiter la transmission de certaines valeurs en lien à la pharmacologie (par l’utilisation des plantes) comme il en est le cas pour les peuples autochtones. Elle regarde aussi l’idée que la pollution environnementale révèle d’une invasion de la société dominante pour brimer les droits d’égalité et de respect des êtres humains et du reste de la biosphère.

Mireille Delmas-Marty soulève des questionnements en lien au droit positif et les droits de l’homme qui présente des contradictions entre l’idéal humaniste et universaliste. D’abord, elle veut faire comprendre que le droit positif se penche sur des approches humanistes pour protéger l’environnement pour le bien-être de l’homme. Tandis que dans la réalité, les situations sont contradictoires. Un exemple à considérer est le contexte des États qui ferment leurs frontières aux humains qui fuient les guerres et la misère. Par contre, ils sont très ouverts aux marchandises et capitaux qui parfois viennent des pays de ces mêmes humains à qui ils ferment leurs frontières. Cette réflexion tend à montrer comment l’homme peut être avare, cupide ne cherchant que ses propres intérêts. Elle veut montrer par-là que le droit positif dans ses dires ne montre pas plus d’intérêt à l’espèce humaine. Ces idées-là qui suivent effectivement à la deuxième contradiction. Elle tend à démontrer que les États dans leur discours de la protection environnementale veulent seulement se protéger du chaos de la nature. Puisque la seule façon d’éviter des catastrophes désastreuses pour l’humain c’est en protégeant la nature. À cela, on observe de très beaux discours sur le sens du devoir envers la protection de l’environnement, des prises de conscience pour la survie de l’être humain. Même si ces idées humanistes ne sont pas construites avec une réelle sensibilité pour tous les êtres humains ou encore la vie durable dans la biosphère.

        Que ce soit par négligence ou avec pleine conscience, les résultats en lien à ces actes sont néfastes pour la vie humaine et constituent un crime envers la biosphère. En dépit du fait que la qualité de la vie est en dégradation, les États ne se penchent pas sur la question avec vigueur. Ils relatent que la notion de criminalité environnementale se retrouve prise entre les mains des acteurs économiques. En somme, nous comprenons que le crime contre l’humanité est relié au crime contre l’environnement parce que les impacts de la dégradation touchent l’être humain et les autres êtres vivants dans la biosphère. Diverses raisons politiques en liens à leurs intérêts empêchent le droit positif d’agir de façon à faire justice aux victimes touchées par ces crimes et à dédommager les communautés les plus vulnérables qui sont touchées. Le lien entre le crime contre l’humanité et celui de l’environnement est le fait que les deux réclament le respect de la vie humaine. Ils se rapprochent par la demande du respect de la planète comme patrimoine partagé, mais aussi dans un respect de la terre comme étant vivant dans ses particularités. En effet, la vie va au-delà de la conscience humaine. Toutefois, les démarches montrant que la terre comme patrimoine partagé doit être protégée portent à confusion dans le sens que l’action de l’humain envers son semblable porte à désirer. Ce qui explique une forme d’hypocrisie cachée derrière la protection de la planète. Alors qu’en réalité, les actions ne sont pas cohérentes au fait que l’être humain tient à la survie de son semblable, sinon qu’à ses intérêts. Il n’est pas sans savoir que les conflits nourrissent les États. Combien de temps encore pourra-t-on tenir avant d’être écroulée par les effets des crimes de guerre impactant la qualité de vie sur la terre ?

Je me demande si la terre a quelque chose à dire. Je me demande si le sol écoute ce qui se dit. Je me demande si la terre est venue à la vie et ce qu’il y a dessous. J’entends pourtant ce que dit la terre. La terre dit : « C’est le Grand Esprit qui m’a placée ici. Le Grand Esprit me demande de prendre soin des Indiens. » L’eau dit la même chose : « Le Grand Esprit me dirige. Nourris bien les Indiens. » L’herbe dit la même chose : « Nourris bien les Indiens. » La terre, l’eau et l’herbe disent : « Le Grand Esprit nous a donné des noms. »  La terre dit : « Le Grand Esprit m’a placée ici pour produire tout ce qui se pousse sur moi, arbres et fruits. » De même, la terre dit : « C’est de moi que l’homme a été fait. » Le Grand Esprit, en plaçant les hommes sur terre, a voulu qu’ils en prissent bien soin, et qu’ils ne se fissent point de tort l’un à l’autre… »

Ce discours fut prononcé lors d’un conseil indien dans la vallée de Walla-Walla en 1855 par Young Chief de la bande des Cayuses s’opposa au traité en invoquant qu’ils n’avaient pas le droit de vendre la terre que le Grand Esprit leur avait donné pour support (Teresa Carolyn McLuhan).

Emmanuela Robert François

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SALLE, Grégory (2017). « Criminalité environnementale : l’impossible capitalisme vert ». Journal Metropolitis. Récupéré de : https://www.metropolitiques.eu/Criminalite-environnementale-l-impossible-capitalisme-vert.html.

THOMAS, Yan (1998) « le sujet de droit, la personne et la nature ». Sur la critique contemporaine du sujet de droit. Le débat, Vol3, No2, p.85-107.

VILMER, Jean-Baptiste Jeangène (2013). « La justice pénale internationale a-t-elle un effet pacificateur ? » Chroniques Les cahiers de la justice #1 p.115-159.

L’éthique féministe du Care et la femme Poto-mitan en Haïti

En Haïti, le rôle de la femme dans l’espace privé est très valorisé. Au-delà des défis qu’elle rencontre dans la société, des obstacles qui sont sur sa route, la femme haïtienne se perçoit courageuse et s’estime beaucoup pour ses réalisations envers sa famille. Des réalisations qui tendent à brimer son épanouissement personnel au détriment des soins qu’elle apporte au reste de la famille. Elle est sujette à des rapports asymétriques dans sa relation avec son homme au foyer. Partant de l’éthique féministe du care, on affirme l’idée pour dire que toute la valorisation et le renforcement positif que connaît la femme haïtienne par rapport à son rôle de mère ou d’épouse n’est pas efficace à sa personne. Ce qui conclut qu’il existe une mésinterprétation ainsi qu’une dévalorisation de celle-ci par les renforcements positifs en ce qui concerne sa présence constante dans la famille comme femme poto-mitan, au détriment de sa personne.

Origine de la femme Poto-mitan


Culturellement le terme poto-mitan ou poteau-mitan, fait référence au poteau central dans le temple vaudou. Ce poteau qui en fait est une représentation de l’axe du monde allant de la terre au ciel dans le but d’une communication entre l’humain et le divin (Chamoiseau, 2016). Chamoiseau Patrick explique que la dynamique du type de famille matrilocale dans les Antilles, fait référence à l’époque coloniale dans l’univers de plantation, là où l’économie familiale se reposait sur la femme esclave procréatrice (Chamoiseau, 2016). De ce fait, le terme poto-mitan réfère à l’individu qui est au centre du foyer. Celui autour duquel tout s’organise et s’appuie. Et dans le contexte culturel en Haïti, ce sont souvent des mères ou grands-mères monoparentales qui doivent concilier travail et famille pour répondre aux besoins des autres. Elles sont obligées d’être fortes et solides, physiquement et moralement et souvent les seules à éduquer leurs enfants qui sont parfois de pères différents (Ibidem). Mencé-Caster Corinne en questionnant le rôle de la femme comme pilier de sa maison, fait lien aux termes courage et sacrifices. Elle explique que c’est une forme d’attribution qui désigne la femme dans ses qualités d’être toujours forte et courageuse. De là prend place une forme de respectabilité lorsqu’il s’agit de la femme qui prend bien soin de ses enfants. D’autre part, il n’est pas sans savoir que la femme qui manquerait à ses responsabilités de mère au foyer se fera pointer comme étant une mauvaise mère négligeant sa famille, même si elle n’aurait pas les moyens qu’il faut pour s’en sortir. En somme, le terme désigne la femme Antillaise, dynamique, active, indépendante, mère irréprochable et courageuse. Elle est perçue comme un être exceptionnel qui reçoit l’admiration de tous pour son courage et sa force d’affronter les situations socio politiques les plus précaires.

Certaines critiques sont tenues en face de cette femme haïtienne courageuse. Selon Pierre Anderson (2018), il est vrai que le travail de ces femmes est louable, mais il est tout aussi important de considérer les manques que peuvent apporter de telles dispositions. Il faut souligner que les rudes efforts accomplis se font au détriment de leur santé et de leur épanouissement personnel. Dans le souci du bien-être de leurs enfants et dans le nom d’un certain instinct dite maternel, ces femmes se sacrifient. Elles vieillissent beaucoup plus vite dans un pays où l’espérance de vie ne dépasse pas soixante ans. C’est bien d’apprécier leur courage et de les honorer. Mais est-ce qu’elles sont vraiment obligées de se sacrifier pour offrir un mieux-être à leurs enfants? Ces femmes poto-mitan ont souvent été obligées d’abandonner très tôt leurs études pour s’occuper de leurs enfants, si toutefois elles ont eu la chance d’aller à l’école. Pierre Anderson considère qu’à parler de ces femmes comme des poteaux principaux de leurs foyers c’est de les mettre sur un piédestal qui est bancal. Ce faisant, les vrais problèmes sociaux-économiques ne sont pas soulevés dans la société haïtienne au sujet des femmes, parce que ces dernières continuent sans cesse à se tuer pour leur famille. Le mythe de la femme poto-mitan obstruit toute possibilité de réflexions fondamentales sur la question de la condition de la vie en Haïti ainsi que du travail de la femme haïtienne au foyer. Selon lui, c’est d’assumer que les femmes occupent de lourdent responsabilités au détriment de beaucoup d’épanouissement dans leur vie personnelle et de normaliser la situation. Cette place qu’a la femme haïtienne dans son foyer devient un enjeu important pour elle de pouvoir intégrer les autres sphères de fonctionnement public ou décisionnel dans le pays. Elles sont beaucoup trop occupées à prendre soin des autres. Mencé-Caster Corinne fait ressortir le piège de la maternité qui est sacralisée, ainsi que cette survalorisation de la mère au dénigrement de la femme. Elle explique que cette construction de la féminité sociale qui a pour point central un peu partout dans le monde, le gouvernement domestique, les soins aux enfants et aux parents âgés, la satisfaction de la famille se retrouve aussi dans les Antilles. Cette construction prend tellement de place dans l’inconscient collectif, qu’elle entraine avec elle une exclusion de la femme dans les sphères publics et politiques. Selon l’auteure ce sont des valeurs qui tendent à se transmettre de génération en génération. Elle souligne aussi que parler de la gratification de la femme poto-mitan tend à donner un faux pouvoir à la femme à l’intérieur de sa maison, qui lui demande des sacrifices intrinsèques énormes afin de tenir à ce standard. Cette représentation de l’inclusion de la femme dans le domaine privé qui lui assure une forme de prestige inégale au sein du foyer peut la rendre une cible importante dans les situations de violences conjugales. Donc à cela on retrouve des rapports asymétriques dans le couple face aux diverses sphères de vie.

Une approche matérialiste du poto-mitan en Haïti
Sabine Lamour (2017), dans sa thèse explique que les recherches post-esclavagistes de l’Amérique et de la Caraïbe considèrent le rôle économique des femmes dans les familles comme le signe d’un dysfonctionnement social. L’auteure explique que ces rôles se construisent dès le jeune âge par les diverses pratiques de socialisation qui inculquent aux filles une éthique de responsabilité envers les autres, à comparer aux garçons qui se doivent d’avoir une perception totalement différente d’eux-mêmes. Une fois adulte, les hommes se retrouvent dans tous les sphères politiques à se responsabiliser envers la société tandis que les femmes sont à la maison à prendre soin des autres. Mahotière Chantal (2008), fait comprendre dans son travail de recherche comment l’homme haïtien qu’il travail ou non, n’accomplit que rarement les tâches domestiques considérées comme des tâches féminines. Alors qu’en raison des situations socio-économique précaires, la femme haïtienne va effectuer les deux rôles. C’est-à-dire, travailler à l’extérieur de la maison, mais aussi à la maison pour prendre soin de ses enfants et procurer un environnement sain à vivre. C’est ainsi que subtilement prend place dans l’invisibilité, la disqualification, l’oppression, la dévalorisation et la surcharge que le travail de la femme contribue à l’économie nationale. Paradoxalement, les femmes haïtiennes sont les premières victimes de la pauvreté en Haïti. Pour les raisons qu’elles occupent les postes les plus bas de la hiérarchie salariale et qu’elles sont nombreuses à être sans emploi. On pourrait même parler d’une féminisation de la pauvreté en Haïti à cause de son étendu au sein de la société. On peut aussi considérer que les femmes haïtiennes vivent la pression de bien faire. Cette pression qui en dépit de leurs maigres moyens va leur pousser à faire en leur possible de soutenir, prendre soin de leur famille même sans ressources financières ou encore par toutes autres formes d’échanges sexuelles.

Le care
Le terme care désigne une attitude envers autrui qui est traduit en français par : attention, souci, sollicitude ou de soin. Toutes ces traductions renvoient vers un aspect précis et différent de ce qu’est le care. Le terme attention précise une manière de percevoir le monde et les autres. Souci et sollicitude renvoie à la préoccupation pour autrui de façon concrète. Le terme care ou prendre soin de, se retrouve entre la disposition et l’attention envers l’autre qui se développe dans la conscience face à une responsabilité à son égard, venant d’un souci de bien faire. De veiller à son bien-être, à ses activités, l’ensemble des tâches individuelles et collectives visant à favoriser ce bien-être (Garreau, 2010). Les théories du care sont initialement développées dans le champ de la psychologie morale, dans le cadre de recherches visant à mettre en lumière les étapes du moral et la forme du raisonnement moral (Ibidem). Dans une perspective en lien au care, Kittay présente une éthique pratique en lien à l’équité. Elle présente un cas de figure ou un adulte est en position supérieure pour prendre soin d’un enfant. Dans la situation, elle ne fait pas attribution au sexe de l’adulte. L’être humain est porté à s’occuper de n’importe quel autre être qui est vulnérable à ses yeux. Il serait important à dénoncer toute absence de fondement qui tend à séparer les hommes des femmes dans le rôle de prendre soin de. La sollicitude prescrite aux femmes est l’un des éléments fondamentaux qui tend à diviser les sexes.

L’éthique féminine tend à présenter les femmes d’une perspective à être souples, soignantes, caring tout en les attribuant des rôles inégaux à comparer aux hommes. Cette vision tend à subordonner la femme à des rôles de mères, d’aide-soignant. Tandis que l’éthique du care n’est pas féminine en soi. Elle relève des préoccupations humaines et tend à inclure l’être humain comme sensible aux autres et à tout être vivant. Peut-être que nos mères, grand-mères, tantes et marraines auraient été moins frustrées si elles n’avaient pas eu le souci de porter le poteau de la société sur leur dos. Peut-être qu’elles auraient participées à porter leurs visions créatrices dans les sphères publics. Peut-être que nos pères nous auraient aimés et pris soin de nous un peu plus que de trouver l’excuse d’être au travail. Peut-être qu’on aurait déjà réfléchi sur ce que pourraient être l’instinct paternel.
Emmanuela Robert François

Bibliographie

BRUGÈRE, Fabienne (2008). « Le sexe de la sollicitude », éditions de seuil.

CHAMOISEAU, Patrick (2016). « Que veut dire l’expression potomitan? » Blake’s, Le média caribéen, récupéré de : http://blakes.fr/que-veut-dire-lexpression-poto-mitan/

GARREAU, Legoff (2010). « Care, justice et dépendance ».

KITTAY, Eva (2012). « Une éthique pratique de la philosophie ».

LAMOUR, Sabine (2017). « Entre imaginaire et histoire : une approche matérialiste du poto-mitan en Haïti », thèse pour le doctorat de sociologie à l’Université Paris 8, sous la direction de Gail Pheterson.

LONGTIN, David (2010). « La violence faite aux femmes en Haïti : entre le réseau (inter)national d’assistance et la représentation des organisations féministes haïtiennes (1991-2008)». Mémoire de maîtrise en sciences politiques. Université du Québec à Montréal.

MAHOTIÈRE, Chantal (2008). « Luttes Féministes en Haïti, Études exploratoire des enjeux culturels, motivations et projets qui sous-tendent l’engagement féministe », Mémoire présenté à la Faculté des études supérieures, Université Laval, Département d’histoire faculté des lettres Université Laval, Québec.

MENCÉ-CASTER, Corinne (2017). « Dossier : Origine de la « fanm poto-mitan ». Évolutions et limites ». Pluton-Magazine, Paris-Sorbonne.

PIERRE, Anderson (2018). « Femmes Poto-mitan en Haïti, le revers de la médaille », La science ouverte comme outil de développement du pouvoir d’agir et de la justice cognitive en Haïti et en Afrique francophone, Aliénation épistémique et décolonialité

La SOFEHJ, pour la représentativité des femmes dans les médias haïtiens

Crée en 2008, la Solidarité des Femmes Haïtiennes Journalistes (SOFEHJ) est une initiative d’une quinzaine de femmes issues de différents médias de la capitale ainsi que des représentantes venant de quelques grandes villes de province. Cette structure organisationnelle de travailleuses de presse a pour objectif de favoriser une meilleure représentativité des femmes dans les médias.
Courtoise et très compréhensive, madame Martine Isaac Charles a manifesté un immense intérêt à répondre à toutes nos questions relatives à l’organisation dont elle est l’actuelle coordonatrice. Vu que les sujets liés aux femmes ne sont pas souvent abordés dans les éditions de nouvelles et les émissions à grande écoute, la SOFEHJ entend à tout prix présenter ces problèmes et les mettre au devant de la scène, nous dit madame Charles.
La Solidarité des Femmes Haïtiennes Journalistes se donne pour mission de faire le plaidoyer pour le respect des droits et de la dignité des femmes. Elle s’engage aussi dans la promotion des femmes journalistes haïtiennes, en les encadrant et en les assurant une formation continue : « Les femmes ne peuvent occuper de grandes positions et avoir un meilleur impact dans les médias haïtiens que par la formation » précise la coordonatrice de cette structure féminine.
Interrogée sur la représentativité des femmes par rapport aux hommes dans les medias, madame Charles s’accentue sur le patriarcat, le système social fondé sur l’autorité du père ou sur le genre masculin. Selon elle, le métier de journaliste était devenu un domaine fortement masculin où les hommes ont été les premiers à intégrer ce secteur en Haïti. Elle insiste aussi sur le fait que les femmes sont plus pragmatiques et matérialistes que les hommes, car souvent elles préfèrent s’orienter vers d’autres professions et occupent d’autres fonctions que le journalisme. Par conséquent, dans des salles de nouvelles, les patrons de médias accordent beaucoup plus d’importance aux hommes qu’aux femmes, pourvu qu’elles ne viennent pas nécessairement s’y intégrer pour en faire carrière, explique madame Charles.
Pourquoi les travailleuses de presse victimes de violence ou d’abus de confiance ont tendance à ne pas les dénoncer ?
​Malgré des multiples efforts consentis par les organisations féministes contre les violences faites aux femmes, les victimes de violence sexuelle sont toujours marginalisées en Haïti. La femme ayant été soumise aux actes de violences est contrainte de garder le silence parce qu’il est difficile pour son entourage de comprendre ce qu’elle ressent, et souvent elle est vue comme étant la principale responsable de ce qui lui est arrivé. D’autres facteurs comme l’inapplication du cadre légal, la pression sociale et religieuse dissuadent les femmes à porter plainte après avoir été victime des actes de violence. Toutefois, la SOFEHJ avoue n’avoir jamais reçu de plaintes ou de cas de dénonciations formels à ce sujet.
​La SOFEHJ vient de célébrer ses douze ans d’existence le vendredi 23 août 2020. Pour marquer cette occasion, les responsables ont organisé deux journées de conférences-débats dont la première a eu lieu le 22 Août 2020 autour du thème : « impact de la covid-19 sur les travailleuses de presse ». À travers cette conférence, les femmes journalistes de SOFEHJ ont pu discuter des principales influences de la pandémie tant sur le plan émotionnel, psychologique, social et économique. La deuxième journée d’échange était consacrée sur l’alternative de la numérique pour les travailleuses de presse. Ce samedi 29 août 2020 était l’occasion pour des intervenants comme Jean-Mary ALTEMA, Godson PIERRE et Laura LOUIS, une jeune femme journaliste d’Ayibo Post de partager leurs expériences sur ce domaine.
Les défis sont énormes, mais l’Association des Femmes Haïtiennes Journalistes a de grandes visions : la SOFEHJ souhaite continuer avec les séances de formations, élargir leurs réseaux et faire comprendre aux femmes journalistes la nécessité de se mettre ensemble pour pouvoir mieux exercer la pression sur les autorités afin que les droits des femmes en général et ceux des journalistes en particulier soient respectés.

Clairvina DOSSIÉ

Les hommes qui me parlent- Ananda Devi.

« Je ne puis m’empêcher de me dire qu’un homme qui écrit parvient plus facilement à préserver son centre d’écriture et son aire de liberté, qu’il trouve chez sa femme une compréhension tout autre. Je lui envie cette possibilité de fermer la porte et de dire: ne me dérangez pas, j’écris. Je n’ai jamais pu dire cela »… (extrait page 101)

Publié en 2011 chez Gallimard, le texte titré « Les hommes qui me parlent » de Ananda Devi est ce qu’on pourrait appeler un roman d’introspection. Dans ce texte, l’autrice revient sur son enfance, son expérience de vie en tant que femme, son mariage, son oeuvre littéraire et cette impossibilité qui la hante de concilier les obligations de son genre; c’est-à-dire la maternité et la vie de couple, à ce besoin vital qu’elle a d’écrire.

Dès les premières pages, le lecteur est plongé dans une ambiance sombre et tendue. L’autrice s’est donné pour mission d’être vrai, malgré son utilisation d’une langue recherchée et poétique. Une vérité qui passe parfois par une crudité presque enfantine dans l’énoncé.

Le premier constat établi par l’autrice est que son entourage ne la comprend pas. Elle a longtemps vécu dans les rôles multiples de sa féminité. Elle a été tour à tour une épouse ; mariée à un homme qui, malgré tout n’a pas su éteindre son désir d’écrire et d’être cette bête immonde mais entièrement adaptée à la richesse de la vie, la vie sauvage, la vie abandonnée, la vie mutuelle, la vie abondante et obstinée, la vie qui ne se soumet ni à nos ordres, ni à nos serments(page 97). Puis, elle a été une mère et a eu des enfants, des fils d’ailleurs, égoïstes, qui même grands, même libres du lien ombilical, lui en veulent de se tourner vers une autre priorité qu’eux.

Peut-on être une femme et vivre pour soi, pour quelque chose de plus grand que soi, comme la littérature ?Voilà la question qu’elle pose à travers ce roman.

Tous les hommes qui me parlent dit-elle fils, mari, père, amis, écrivains, morts et vivants. Une litanie de mots, d’heures effacées et revécues de bonheur révolus, de tendresses éclopées. Je suis offerte à la parole des hommes parce que je suis femme. (page 11)

Tout commence par la dépression d’un de ses fils. Sa vie jusque-là partagée dans un équilibre précaire, mais qui semble tenir, part en éclat. Et pour la première fois, elle va en elle-même et se décide à parler de ces choses dont on ne parle pas quand on est une femme bien, ou quand on est une femme tout court. Car ce qu’on découvre dans ce roman qu’elle nous offre, c’est une femme rompue, triste, une femme qui cherche à fuir ce qu’elle a été pendant 40 ans. Alors, elle part se réfugier dans une chambre d’hôtel pas loin de chez elle pour devenir son propre personnage, qu’elle construit, qu’elle regarde grandir et devenir sous sa plume.

Et puis elle se confie sur sa vie, son mariage sans relief, son expérience ratée et sans joie de la maternité, sa carrière littéraire sans génie. Si l’autrice parle de sa double vie de femme et d’écrivaine, sa réflexion sur la littérature et son oeuvre en tant que romancière en particulier, c’est pour proposer des pistes de lecture intéressantes pour comprendre son besoin de solitude. Pour elle, si elle avait été un homme comme Céline ou Faulkner, elle aurait eu le temps, le loisir, le plaisir d’écrire à sa convenance. Elle n’en aurait pas été un écrivain de génie pour autant, elle n’estime pas avoir l’ADN. Mais elle aurait pu dire : ne me dérangez pas, j’écris. De cette oeuvre peut être serait née une chose beaucoup plus grande.

Dans la tradition des romans d’introspection, « Les hommes qui me parlent » tourne autour de son autrice. Le texte raconte une histoire singulière qui n’a aucune prétention de vérité sur l’absolu. C’est un texte qui parle d’une certaine généralité des femmes qui ressentent le besoin de créer, et ce, pas uniquement dans un domaine artistique, mais de créer dans leur travail, dans leur parcours de vie. Si certains tiennent que ce n’est pas le meilleur de Ananda Devi, en référence à sa fiction, je soutiens que celui-ci est le plus vrai, et comme elle le dit elle-même dans ce roman, la vérité n’est-elle pas la blessure que nous cherchons chez les auteur-e-s que nous lisons?

Melissa Béralus
Voyage au bout du texte

ROSE-LUMANE SAINT-JEAN, LAURÉATE DE LA 5ÈME ÉDITION DU CONCOURS DE PLAIDOIRIE DU BDHH.

Âgée de 23 ans, Rose-Lumane SAINT-JEAN,  licenciée en Gouvernance locale et étudiante en Sciences juridiques à la Faculté de  Droit des Sciences Économiques et de Gestion du Cap-Haitien, est la première lauréate  de la cinquième édition du concours de plaidoirie sur les droits humains organisé par le Bureau des Droits Humains en Haïti (BDHH). Ce concours qui s’est déroulé  de mars à aout 2020 a su révéler au public toutes les potentialités de plaidoirie de la juriste en devenir.

L’abaissement de la majorité sexuelle en Haïti, le droit de déshériter ses enfants, Amnistie, le contrôle étatique des naissances et le régime présidentiel sont entre autres des sujets plaidés par madame SAINT-JEAN tout au long de cette compétition. Lesquels ont été attribués aux postulants afin d’évaluer leur  éloquence et leur capacité à défendre une cause.  En demi-finale, elle a pu se défaire de Caleb Lefèvre, étudiant à la Faculté de Droit de Port-au-Prince, et en Finale de Sterpherly Murielle Paillant, étudiante à l’Université Notre-Dame d’Haïti. 

Par ailleurs, la lauréate du concours de reportage en investigation journalistique (Catégorie audiovisuelle) organisé par l’USAID/JSSP en 2019, Rose Lumane SAINT-JEAN explique avoir beaucoup appris de ce concours. ” C’est une expérience extraordinaire! J’ai beaucoup appris, c’est tout ce qui reste pour moi. Ce pris ne représente pas seulement mes potentialités, mais il met en valeur l’université dans laquelle je me trouve et la ville du Cap-Haïtien” avoue Rose- LumaneSAINT-JEAN jointe au téléphone par Mus ‘ELLES. 

​En remportant le 1er Prixde la 5e édition du concours de plaidoirie sur les droits humains, la  capoise ne fait que collectioner des prix. Ce qui annonce un avenir très prometteur pour elle dans le milieu juridique haïtien.  Elle en a profité pour remercier les organisateurs de ce concours et tous ceux qui l’ont supporté durant ce parcours. Elle tient aussi à encourager tous les étudiants en  Sciences juridiques intéressés à prendre part à cette compétition qu’elle estime être très enrichissante. 

Rappelons que la grande finale dudit concours s’est tenue ce vendredi 14 août 2020 à la Cour de cassation,  Port-au-Prince. 

                                                                                                      Clairvina DOSSIÉ

Cherlie Rivage crée de nouvelles rives où accoster la parole poétique

C’est une experience nouvelle de la vie en poésie que propose Cherlie Rivage en créant le “Banquet poétique”: une plateforme où sont publiés quotidiennement, sous des formes plus ou moins variées, des poèmes.

La jeune féministe, engagée en poésie et poétesse elle-même, semble parier que des étincelles de poésie peuvent servir à soulever la réalité du quotidien si fragile du monde. C’est d’ailleurs dans ce cadre que Mus’Elles a eu le plaisir de la rencontrer.

Mus’Elles : Cherlie Rivage, quelle est l’ambition du Banquet poétique que vous avez créé récemment ?
Cherlie Rivage: Banquet Poétique est une plateforme chargée de grandes ambitions. Elle se veut à l’avenir une maison d’édition spécialisée dans la poésie mais aussi une structure qui promeut la lecture et l’écriture poétique (notamment la poésie contemporaine) à travers l’organisation d’ateliers dans les écoles de Port-au-Prince et des provinces. Au final, il se pourrait aussi qu’il y ait, dans le futur, une revue consacrée à la critique du corpus poétique haïtien et étranger. Par ailleurs, nous venons d’établir un partenariat avec la BIBLIOTHECOM qui laisse espérer de fructueuses perspectives.

Mus’Elles : Comment fonctionne le banquet poétique?
Cherlie Rivage : Banquet Poétique fonctionne sur Facebook pour le moment et fait des publications au quotidien. Il y a quatre rubriques consacrées à la diffusion et à la promotion de la poésie: Challenge Poème, Les Vendredis de la citation poétique, Mon Poème Incontournable et Extrait Poème. Peut-être que d’autres rubriques suivront, mais pour l’instant il n’y a que ces quatre.

Mus’Elles : La poésie, me semble-t-il, est pour vous un lieu privilégié ?

Cherlie Rivage: Plus qu’un lieu privilégié, c’est pour moi aussi ce lieu de rencontres plurielles, cette passerelle qui nous relie avec nous-mêmes et avec les autres. Car, la poésie est d’abord partages, rencontres et résonances multiples.

Mus’Elles : Pensez-vous qu’il faille toujours un peu plus d’espaces à la poésie ?

Cherlie Rivage: À mon sens, dire qu’il faille toujours plus d’espaces à la poésie, c’est constater qu’elle n’en a pas assez alors qu’elle est partout, car la poésie en tant qu’ “art de vivre” est cette dimension que tout humain porte en soi. Je dirais au contraire qu’il faut plus d’initiatives visant la mise en valeur des actions pour la promotion de la lecture et de la production poétique.

Propos recueillis par Adlyne Bonhomme

TEKNOLOJI AN KREYÒL, INISYATIV YON FANM AYISYÈN NAN DOMÈN TEKNOLOJI!

Teknoloji an Kreyòl se yon espas kote divès pwofesyonèl ak pasyone teknoloji mete ansanm pou pataje konesans ak eksperyans yo epi rive aprann tout sa ki gen rapò ak nouvo teknoloji enfòmasyon ak kominikasyon nan lang kreyòl ayisyen an.

Pou konprann pi byen kisa Teknoloji an Kreyòl la ye, ekip redaksyon « Mus’Elles » la te kontakte responsab inisyativ sila a, Madan Sophia Bruny Jasmin pou yon echanj k ap founi plis detay sou inisyativ li pran pou fè moun pi konprann teknoloji nan lang Kreyòl ayisyen an.

Mus’Elles: Di nou kiyès Sophia Bruny Jasmin ye?

Sophia B. Jasmin: Mwen se Sophia Bruny Jasmin, mwen se yon fanm marye ki gen yon pitit gason senk (5) lane. M ap viv nan eta ‘’ Massachusetts’’ nan peyi Etazini. Mwen etidye syans enfòmatik Ayiti. Mwen kontinye etid mwen nan peyi Etazini nan lane 2010, kote mwen etidye rezo ak administrasyon . Mwen se yon teknisyèn nan konpayi IBM, mwen ranje laptòp, sèvè, dèkstòp, elatriye. Mwen se yon teknisyèn espesyalize nan pwodwi Apple tou.

Mus’Elles: Kisa Teknoloji an Kreyòl la ye?

Sophia B. Jasmin: Teknoloji an kreyòl se yon espas kote nou pataje konesans sou kesyon teknoloji , tout sa moun ta renmen fè, men yo gen difikilte pou yo fè l paske enfòmasyon yo an anglè. Teknoloji an kreyòl la pou l aprann moun kijan yo kapab itilize yon òdinatè ak tout dènye teknoloji ki vini sou mache a nan lang kreyòl. Teknoloji an Kreyòl la tou pou l aprann moun nan lang kreyòl kijan pou yo fè diferans ant plizyè pwodui yo itilize nan domèn teknoloji.

Mus’Elles: Kisa ki pouse w pran inisyativ sila a?

Sophia B. Jasmin: Nan lide pou akonpaye, epi ede lòt moun melanje ak pasyon mwen genyen pou teknoloji. Se nan sans sa a mwen te wè nesesite pou m kreye yon espas kote m ka pataje enfòmasyon yo pi byen konsa plis moun ta kapab benefisye èd sila a. Lè yon moun mande m esplikasyon sou yon bagay, mwen twouve li enpòtan si l sou fòm titoryèl konsa moun nan ka gen bon vizyèl sou kòman pou l fè sa. L ap jwenn plis enfòmasyon epi l ap ka sere videyo sa pou l gade l ankò si l vle epi pataje l ak lòt moun.

Mus’Elles: Èske w genyen lòt teknisyen k ap ede w avanse nan inisyativ sa a? Si wi èske gen fanm ladan yo. Si genyen, konbyen yo ye?


Sophia B. Jasmin: Teknoloji an Kreyòl se yon gwoup dinamik ki ouvè pou fasilite travay lakay jèn, pou kounya a mwen se sèl teknisyèn k ap evolye nan teknoloji an Kreyòl, men nou swete genyen lòt teknisyen –èn toujou ofiramezi n ap avanse. Men gen lòt moun nan ekip la k ap ede nou avanse nan domèn grafik ak konsepsyon. Nou genyen Emmanuella Laventure Israel, sèl fanm ki nan ekip la. Li pa teknisyèn, men li fè pati administrasyon Teknoloji an Kreyòl.

Mus’Elles: Kisa teknoloji an kreyòl kapab pote anplis nan fason ayisyen ap itilize teknoloji Ayiti?

Sophia B. Jasmin: Teknoloji an Kreyòl kapab pote anpil nouvote nan fason moun ap itilize teknoloji a, sitou aparèy elektwonik yo. Nou pran angajman pou n moutre kijan yon moun kapab itize teknoloji ak aparèy elektwonik san li pa mete lavi l ak lavi lòt moun an danje. Nou vle asire pou jenerasyon k ap vini an kapab konn kijan pou yo itilize aparèy elektwonik yo, epi itilize yo byen.

Mus’Elles : Ki pi gwo objektif teknoloji an Kreyòl ta renmen atenn nan yon ti tan ki pi long ak yon tan ki pa twò lwen?

Sophia. B Jasmin: Tout pwojè Teknoloji an Kreyòl genyen nan tan ki pa lwen, pandan peryòd vakans ete a, se fè seminè fòmasyon pou moutre moun kòman pou yo fè koneksyon lakay yo. Se yon seminè bazik, kote n ap aprann moun divès konpozan òdinatè yo, kijan yo kapab itilize yo.
Pwojè nou fikse pou yon tan ki pi long se founi lekòl yo, anpil materyèl enfòmatik, epi mete kèk sant k ap fòme elèv nan domèn nan. Konsa, timoun yo kapab gen kou enfòmatik ki entegre nan pwogram nan lekòl yo. Anplis, teknoloji an Kreyòl swete tounen yon espas k ap founi tout kalte sèvis yon moun kapab bezwen nan domèn teknoloji. Sou fòm klas, dokimantasyon, egzèsis pratik, eksperyans sou teren, grafik, videyo, reparasyon ak enstalsyon materyèl, sipò teknik a distans, elatriye.

Mus’Elles: Yon mesaj pou tout moun k ap itilize teknoloji?

Sophia B. Jasmin: Itilize teknoloji a pou nou fè yon bagay ki efikas, yon bagay k ap anrichi oubyen ogmante konesans nou, konsa n ap edike tèt nou epi enfliyanse lòt moun yon manyè pozitif.

Pwopo antrevi sa a, se Clairvina Dossié ki rapòte yo.

                                                                  

Au cœur brisé sans permission

Je vis ta peur
J’ai vécu ta mort seule
Aux redonnés des minuits
A pierre tombale

Trop

Trop de gestes incestes
Semés à chaque coin de rue

Trop

Trop de cris
Pour habiller l’aube sans fleurs

J’entre et Je sors
Cœur pendu
A rebours
Au revers de la mort.

Cherlie Rivage,  Mots d’ailes,  Éditions des Vagues,  2015

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