Jacques Stephen Alexis: une vision, une manière, un Faire selon mon cœur

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Alexis, Cher frère. Me voici assise du haut de mon miroir, je me coiffe. Je me coiffe à la manière de mon chat qui n’est jamais bien loin. Il s’appelle Sultan. Alexis, comme dit l’adage, m lonmen non w m pa detounen w. Et les nouvelles? Comment va le général Stephen? Bien le bonjour de ma part à mon compère Jacques. Ne comptent-ils pas de tracas là-bas, dis-moi?

Je ne sais pas si tu le sais; en réalité, le temps passe par ici sur la terre d’Haïti. Le temps passe et nous oublions… À qui la faute? Je ne sais pas. Pour être fidèle à moi-même, je dirais que c’est notre faute à toustes; et par conséquent, celle de personne.

Georges Castra, je ne sais si vous vous êtes déjà vus. Cela ne fait pas longtemps qu’il est parti. Oui, Georges Castra dit dans son poème Le point d’arrivée: « je suis dans le temps de l’amour Je suis dans le temps des rires pourtant le temps me prend pour sa mangeoire de rides ». Selon ce dernier, Monsieur-le-temps tire; paraît-il, un gros malin plaisir à se rajeunir de la jeunesse même du poète: cet être, aux multiples âges et visages; qui naît, qui vit, qui périt, qui se transforme continuellement au gré du tremblement des torrents de l’existence quotidienne. Le héros du roman, soutient alors Mer libre et d’autres lieux imaginaires de Medhi É. Charlmers. L’homme-sujet de l’histoire, me dis-je; avancerait sûrement le professeur Luc Pierre citant Chomsky, passant par Saussure, bien peut-être Benveniste et pourquoi pas Badiou. _Ô waw! S’exclame le prologue. Le prologue s’exclame ! Qu’est-ce cette fable? L’auteur, le narrateur; qui l’eût dit? Lecteur, lectrice, qui l’eût cru? Pour ceux et celles qui le veulent. Point. Cela dit, toute une somme de théories dise combien nous sommes jeunes et forts! Et pourtant nous n’arrivons pas à rire Hilarion Hilarius; combien nous sommes vieux et fatigués! Nous n’arrivons pas à rire Léonie Osmin. Les disputes, les bagarres, les meurtres, les bruits de cartouches etc. ne nous en donnent pas la chance. Et pourtant nous rions… _ Où est le mal ? Entonne soudain la voix de Cam L. Abrahm, le mystérieux inconnu. Combien de fois, foutre, vais-je devoir te dire qu’il n’y ait ici-bas point de repos pour les malheureux. Chay la atè a se fwenk fout yo k pou ranmase l, combien de fois vais-je te le dire? Et observant mon silence qui désapprouve farouchement son pessimisme, je l’entends qui se reprend et dit: Va-t’en prendre à la bible, va; c’est elle qui le dit, ce n’est pas moi! Personne ne t’a dit jamais qu’ils payent les pots cassés? Ce n’est pas non plus ma faute, insiste-il, si ça pique, sous les tropiques. Sous les tropiques, ça pique; tu sais très bien pourquoi? PARCE CE QUE NOUS AVONS TOUS OUBLIÉ.

Qu’en penses-tu, Alexis? On ne peut pas dire qu’il a tort, l’inconnu. Nous avons effectivement oublié l’Afrique; quoiqu’elle soit, aux dire du narrateur de ton sacré Compère Général Soleil, collé à la peau du nègre comme un sexe surnuméraire. Nous avons par malheur oublié Ubuntu. La grande assemblée générale, le grand coumbite des travailleurs. Tout. Nous avons tout oublié: comment retourner, défricher, enlever, nettoyer. Nous ne savons plus comment ensemencer, planter, faire pousser. Et pourtant, c’est par la terre que nous existons; nous allons vers elle comme des fétiches, nous marchons sur elle comme des bêtes; laissant derrière dyakout-tendre-manchette. Mede zaka mede Zaka! « Nous ne savons pas encore que nous sommes une force », dit Manuel. Qu’est-ce qui se fait, qu’est-ce qui change, qu’est-ce qu’il faut faire? Les graines se mélangent, nous ne savons pas. Je ne sais pas moi-même. Lecteur, lectrice, voyez-le !

Sans le phare d’hier, quel aujourd’hui; quel avenir? La même rengaine. Sans la mémoire, qui nous sommes? Rien. Sinon, des pieds, des mains; en sommes un corps qui bouge quoi? Sak pase? N ap boule. Et nous accusons le soleil… Sak pase? N’ap bouje. Bouje ? Bouje ? Interrogent rues et ruelles. Je les plains, les pauvres! Je ne les plains pas plus que moi-même…moi qui pensais habiter un monde peuplé de rues et ruelles… il vaut mieux que je me taise. Lecteur, lectrice, jwèt la mare!

Bouje est à considérer comme un acte, un mouvement, un comportement planté et arrosé par ce qu’Althusser appelle les appareils d’État c’est-à-dire l’ensemble FEEPP et ses déclinaisons. Ces appareils sont des instances qui construisent. Qui? Quoi ? Le genre. L’espèce. L’humain dans tous ses états. Comment ? Manuel le dit: l’ignorance. Ils se servent d’elle pour tout conduire. Eh bien, où conduit celle-là exactement ? Vers le bas. Lecteur, lectrice, jwèt la mare! Mais ou est le mal?

Tout ce qui pousse est activé. Tout ce qui est activé bouge. N’est-il pas vrai que je bouge ? Je bouge là. Vous ne voyez pas ? Je bouge depuis mon lieu. Mon chez moi. Où est le mal? Où le mal si J’essaye de voir? Après tout, n’est-ce pas tout à mon compte? Il y a une heure de cela la maison m’a dit: _ si tu bouges en déhors de toi-même tu bouges sans bouger.  Cela vaut pour moi aussi, a-t-elle poursuit, même s’il y en a qui vont penser que tu cherches des ennuis. Voyez donc cette lancée comme une volonté de connaitre par la peau lequel de ces deux mensonges est à privilégier. Celle de la maison ou des “on dit”. Car il est écrit : le moindre petit mouvement possède à la base une légion de pensées aussi bien de directions où éventuellement peut se matérialiser et se diriger ce dernier. Qu’importe bonnes ou mauvaises, la liberté que nous avons d’en choisir une voire de jongler le long de la ligne concerne aussi la manière dont nous déciderons de marcher Et d’appréhender le parcours. Lecteur, lectrice, jwèt la mare !

Il est aussi dit : toutes choses bougent à la quête de quelque chose? Bou lajan! Bou zam! Bou pouvwa! De mon temps, Alexis, ce sont les principales motivations qui font bouger les gens, le pays, le monde entier. Et un ; on presse le bouton, et deux ; on joue la chanson; et trois ; le rythme se propage. Pour le reste; lecteur, lectrice, vous n’avez qu’à regardez ce qui se passe actuellement autour de vous. Mes yeux me font mal, je vous conseille de regarder autour de vous; et vous m’en donnerez des nouvelles. Parce que là, vraiment, j’ai peur. J’ai peur de perdre quelque chose; voilà, j’ai peur d’y regarder!

Alors, pourquoi tu bouges si tu as peur? Vous vous demandez sûrement. Pour ce, franchement, je n’ai pas grand-chose à y répondre. Il est seulement vrai, comme la pluie envoie ses gouttes caresser la terre, mes mains veulent ici créer un atmosphère, un paysage, un monde de mots qui veulent et qui bougent pour eux-mêmes. Il semble que j’aie… C’est de la peur; ce n’est pas de la peur. Qu’est donc ce que je ressens? Alexis, j’ai peur que la situation ne change; j’ai peur que cela ne soit jamais autrement. Ce qui se tisse à Croix-des-missions se passe carrefour-feuille, Martisant, Bel-air, Gran-ravin et j’en passse. Et le pire cest que tout se passe comme si ce qui se fait ici se dit là s’enseigne là-bas, à quelques deux pas. Et ainsi de suite. Donne-moi quelques secondes. Alexis, Je te reviens.

Lecteur, lectrice, dites-donc, qu’est-ce donc en réalité cela, bouje? Nombreux pensent, s’entendent, l’appellent « travailler ». Oui, mais qu’en est-il si cet acte, ce mouvement, ce comportement n’est qu’une bulle d’illusions, de dispositions, de rêves, de couvertures? Comment fait-on alors pour se réaliser? Dans de pareilles étendues de conditions et de situations, comment? Où est le présent? Et nous nous donnons des airs… voilà! Ô mais où est l’avenir? Croyez-moi, je ne juge pas! À quoi bon? À la vie, à la mort, nous travaillons, nous ignorons, nous rêvons. À quoi bon? Partout on observe partout les hommes et les femmes se prennent pour des rois et reines. Où réside le mal; sinon dans l’interprétation et le jugement? D’un autre côté, sans sujets ni royaumes, imaginez! Imagines Alexis la violence? Pause. Dis-donc quand; quand est-ce Alexis? Lecteur, lectrice, quand? Vous qui avez vécu, dites-moi ce qui reste avec le temps; ce que reste après le temps? Que reste-i-il? Point. Pause. Le lever du soleil, Alexis, c’est pour quand? Je te demande sans aucunement impatience, quand? Y en a quand-même qui espère pouvoir dire un jour plus haut que Paul j’ai combattu de bons combats qui voient venir à grand pas le découragement. Jusqu’où vont-ils tenir? Laisseras-tu sombrer, comme ça, la barque? Alexis, vois, vois ces questions comme de légitimes préoccupations! Eh bien non, non, je ne te mets pas la pression. Pause. Lecteur, lectrice, nous espérons prouver aux autres qu’ils ont tort de chanter depuis le jour qu’ils bougent sous le soleil. Et comment? Puisque nous oublions… Nous avons oublié le devenir des gouverneurs de la rosée initié par Jacques Roumain. Nous avons oublié que nous sommes frères-et-sœurs. Nous avons oublié l’ensemble à faire. Nous avons oublié et nous oublions. Ô Dieu, ô Diable, qui? Qui d’entre vous pourrait me dire quand; quand est-ce qu’elle s’arrête, cette marche machinale?

Cher Alexis, ô que c’est dur de songer! Et combien plus facile de compter!… Les heures, les semaines, les mois qui passent comme s’ils n’ont jamais été. Des années, tu vois, qui ne valent presque pas un centième d’une des tiens Stephen. Une de celles de Jacques, Je ne te même parle pas. Je ne te parle même pas de cette misère: un de tes nombreux tourments, Alexis, à côté de ce vieux paradoxe, oui, ce vieux paradoxe de la vie faite de danses de tambours qui chantent malgré les montagnes qui s’affalent et qui dorment. Je me demande où sont ces tambours? Alexis, où sont-ils passés? Ces tambours qui donnent de la migraine à ces montagnes qu’on accuse grossir, depuis la vallée, l’ombre. Où sont-ils, Alexis? Où sont ces montagnes qui défient les hommes par leurs imposantes formes. De même, où sont-ils; où sont ces bien heureux tambours, dis-moi, qui disent malgré la nuit et l’effroi: montez, montez; et vous verrez! Montez et vous verrez ces obstinés se déplacer? Où sont-ils, Alexis, où sont-ils? Le temps, dit-on, les a emportés. Alors, Alexis, toi qui t’y connaît en médecine, dis-moi? Dis-moi, comment les ranimer? Chose difficile que je sais. Notez-bien, Je n’analyse pas! Cela demande un travail particulier que je ne compte pas! Oh, non, non, je ne compte. Cela demande de changer certaines mentalités qui font que nous sommes plus que 100 multiplié par 100 multiplié par 100 fois derrière. Loin. Si loin derrière. Notez-le bien, je pense pas. Je ne pense pas que nous soyons très très loin. Il nous faut remonter à toi Alexis. Il nous faut arriver à ton soleil. Il est presque Temps d’y arriver…

Encore quelques heures, 100 ans que tu ne marches plus. On t’a lâchement enlevé la vie; le mouvement avec elle. Oui, Alexis, cher soleil, m lonmen non w mwen pa detounen w, je te dis. Je ne veux tout simplement pas que tu croies que ton souffle soit parti. Ton souffle est là, te dit Tchika. Quand bien même reviens, te dit Miguelita. Reviens, nous avons besoin de toi. Pause. Regardes! Il est ici, tu vois. Dans ces quelques cinq livres que j’ai de toi. Ces quelques livres qui m’offrent un endroit où me poser tranquillement je m’y accroche… Est-ce suffisant ? Je m’en remets à toi, dis-moi? Dis-moi comment l’homme que tu fais pourrait-il passer sans laisser de traces? Par tous les Dieux je ne vois presque pas cela possible! Si sens il y a en cela, je le vois point encore. Tes traces sont tes œuvres qui, sans trop le vouloir, te racontent. Point.

Alexis, l’heure est grave! L’heure est grave; mais, grâce à toi, le pays respire ces jours-ci autrement. Nous respirons au travers de tes œuvres un parfum d’éternité qui tarde à s’appeler commencement. Sois en remercié! Tu as été, étais, es, tu restes exceptionnel. Avec elles, quel que soit le temps, la lecture, les certitudes qui varient; la magie de leurs mots, l’enthousiasme des interventions interprétantes reste et demeure le même. Bonjour poésie, l’âme narrative de l’art Alexien! L’immensité dans le précis. À toute suite!

De retour… Je connais des images de ton visage. Je connais des livres qui te témoigne, et de tes luttes, et de tes combats. Dans les tiens par exemple, je relève des rêves, des lois, quelque cheval de batailles. Je ne dis pas que c’est toi. Mais c’est tout comme… je ne te connais pas.

Je ne te connais pas, Alexis, je ne te connais pas. Je connais Jacques par contre. Il en y a un qui habite par loin de chez moi. Il est médecin comme toi. Il travaille dans un hôpital dont j’oublie le nom. Je connais Stephen également. Nous allons à la fac ensemble. Il a des rêves comme moi. Il écrit des histoires comme toi. Il me les raconte parfois. Et à chaque fois, je sens de l’espoir: la vie qui monte et descend en moi. Tous les trois, nous sommes compères. Non, je n’ai pas baptisé le fils de Jacques. Stephen n’a pas d’enfant. Tous les nègres Alexis… Alexis, nous sommes frères-et-sœurs; tu as oublié. Si je le dis à sor’ Anne, elle n’me croira pas…Par ici, nous sommes tous compères et tu le sais. Qu’il pleut qu’il tonne! Leurs présences à chacun illuminent tous les recoins de ce vieux quartier qui est à lui-même seul un livre ouvert.

Pardon mais je ne dis pas dommage. Il n’y a aucun dommage qui vaille, Alexis; je ne te connais pas. Je te cherche, tu ne t’approches pas. Qu’importe si tu fais l’enteresan pour que j’te regarde, je ne te vois pas. Je ne vois même pas ton reflet. Il n’est même pas, là, dans ces nombreux visages qui passent, qui deviennent très vite familiers. Ces visages qu’il m’est difficile de nommer et que combien j’aime apprécier! Alexis, que veux-tu? Que je dise gloire à cette volte-face qui veille nous mettre face à face. Que faire? Dire gloire à ces souffles qui abandonnent, gloire à ces restes qu’on enveloppe et enterre, gloire à ces tombes qui abritent, les emportent et les portent ! Je n’arrive pas.

Jacques, cher compère, toi le frère, le soutien bien-aimé de mon cœur, le courage de mes bras quand la force s’en va, où est-tu ? Toi qui ne se dérobe jamais, où est-tu; Jacques où es ton épaule ? Où est-il; où est-il passé ?

Stephen, cher général, toi le roi, l’empereur, le gouverneur qui fût jadis simple chèf d’où advienne la rosée, où est ton armée ; Stephen, où est-elle ? Où est ta victoire Stephen; où est ta armée s’il faut au passé écrire le présent pour mieux aller de l’avant ? Où est-elle? La victoire et l’armée, Stephen, où sont-elles passées ?

Alexis, cher soleil, toi le parent qui éclaire humbles et hautaines paupières, où est le pont d’arrivée si ce n’est le soleil lui-même ? Que le soleil soit donc le but de tout mouvement de l’homme; puisqu’il est ce par quoi il est et se manifeste! Cette parole, je le tiens de toi Alexis. Du haut de mon miroir, je m’assois. Mon chat non loin de moi, je me coiffe. J’attends ton retour …Pause

Alexis, cher frère, ce qui m’intéresse; un peu comme toi, c’est la forme, la mécanique de la chose, tu vois. Ce qui m’intéresse, c’est voir de quelle organisation a-t-elle été possible et ce qui peut en ressortir. A ce stade, tout ce que je saisis fil à fil me plaît. D’une toute autre manière. Les heures peuvent bien pleuvoir grêles et orages, je ne suis pas là! Je plane autre part. Quelque part dans le soleil. Et parfois, je me dis que cela me suffise pour mourir bien en paix.

Et franchement, à ce stade pour une deuxième fois, je reviens sur ce que j’ai dit tantôt: dire que je ne te connais pas serait mentir sur toutes les lignes. Je connais Darline Alexis: cette grande dame, m’aurait dit Dossous. Toi-même tu sais solèy je m nan je lavi. Je connais également certains membres d’une famille dont le nom est Alexis. Ils habitent l’Ouest. D’origine, ils sont du Nord. Moi-même, je suis du Sud. Et c’est tout comme… Alexis, je ne te connais pas.

Tu existes pourtant partout. Dans les gestes, les mots, les choses, les visages: parent, voisin, marchand, professeur, passant, révérend, politique et j’en passe. Tu es à toi seul une multitude; nombre de figures y joignent à ce que tu es leurs grains de sel. Dieu, quelle mer tu fais Alexis ! Quelque vaste que me semble-elle; en deux eaux, tu habites qui tu es. Et c’est là une merveille que j’aime! Je savoure en ce quart d’heure son pouvoir qui habite ici et là et un jour… ! Un jour je vous dis il fera bon de s’en souvenir! Il fera bon de voir murir l’éternité de ce grand quart d’heure je le jure. Parce qu’un temps vient où hier et aujourd’hui seront réunis en parfaite harmonie. Quel que soit le contre-courant, il vient. Et tu le sais Alexis…jeter les dés, ç’est jouer le tout…le tout pour le tout; il est vrai, la partie risque de ne pas marcher mais c’est tout comme… Alexis, je ne te connais pas.

Alexis, mon ami, je ne cherche pas d’excuses, mais crois-moi, c’est le temps. J’ai oublié de te dire. Au moment où je t’écris, il est 3h de l’après-midi. Aujourd’hui, c’est jeudi, 21 du quatrième mois de la 2022 année de notre calendrier annuel. C’est la première journée d’une de ces kyrielles commémorations qu’on organise en ton honneur à l’occasion du centenaire de ta mort. Que dis-je? De ta naissance. C’est qu’en réalité il y a cette teigne qu’on appelle la mort qui fait si tellement parler d’elle ces temps-ci…Elle s’invite toute seule. À toute les fêtes. Et me voilà qui rêve, tu imagines, d’un temps que je ne connais pas… un temps où, bah, cela n’en vaut pas la peine. Bref…

…Celle de l’École, je ne me suis pas rendue. Ce devoir de mémoire, comme on dit souvent, je le fais chez moi, avec la famille, les amis; pendant qu’on y est, je l’appelle résurrection. Non, Non, Dieu que non Alexis, ce n’est pas à cause de la pâque passée. Tu me fais rire. Je renais en toi, tu ne vois pas.

Où en étais-je? Oui, je n’ai été nulle part pour cette journée du centenaire. Là, j’écris. Je m’entreprends depuis ce matin à résister contre cette envie, sortir. Aller voir, entendre et je gagne la partie. Je préfère employer l’énergie à cet entretien voilà.  Et là, je continue.

A dire vrai, ma volonté a été de te célébrer moi-même; cette fois, non pas par l’entremise d’une activité qu’on organise et auquel j’assiste. Pas uniquement en tout cas… juges juste que tu mérites mieux de ma part !

Voilà, l’idée de te célébrer moi-même m’est venue il y a peu d’un ami. 6 avril, il m’appelle. 14 août, 8 mois et une semaine sans nouvelle. 8 mois et une semaine depuis ce tremblement terre…10 ou 11 avril, je lui retourne l’appel. On a parlé. Et sitôt qu’il part, elle apparait. On pourrait presque croire que ce petit lézard vert qui sommeille d’habitude au sommet de cette pile de sable qui dort à l’entrée de la maison d’en face se réveille, me saute dessus, me prend par le cou où s’accroche-il comme une mule. Et voilà pendant trois jours; fièvre et angine. Alors, contraint contre moi-même d’oublier le parler et l’avaler au bénéfice de dormir, j’en connais des sens qui s’en sont tordues de rire. Et ce n’est qu’aujourd’hui que j’aie compris que tout cela n’ait été que le soleil le long de l’échange. Eh bien, voilà, maintenant j’espère qu’à la fin de cet entretien; de deux choses l’une, je serai choisie encore une fois. Par qui? Par quoi? L’idée ou le lézard, mon ami ou moi. Peut-être les deux. Pourquoi pas? Et surtout, vous qui lisez ceci, je vous préviens; n’allez pas croire tout ce que je dis: sachez qu’apparemment, je veux dire d’après les dires de Beaugat Hérard, « tout le monde va, par ce temps, à leur insu, mal ». Mal…il y a;  il est vrai, la distance, l’absence, le manque; le corona, la guerre des gangs, l’insécurité et en plus la vie qui accouche toute sorte de choses qui va de pire en pire-pire ! Que dire d’autre? C’est le temps…

Nous pouvons donc ensemble concevoir l’histoire de Ti-kle monte Ti-kle desann, c’est mal! Imaginez un homme. Il s’appelle Ti-Kle. Ti-kle bouge. Ti kle bouge, malgré tout, il reste sur place. Ti-kle  vit. Ti-kle s’en fout. Il s’en fout pas mal des “on dit”. Ce qu’il veut est la seule loi qui dirige sa vie. Ce qu’il dit il le fait. Ce qu’il fait il le dit. C’est ce qu’il veut. Il vit sa vie. Ti-kle, parfois hilarant lui-même, hilarant tout. Et ainsi si w konn son pòv ki fenk gen loto, Ti kle devient fou nan tèt tout moun. Par-ci par-là, la nouvelle se propage. Et bien, imaginez, imaginez la réaction de Ti-kle toutes les fois que cela arrive qu’on le traite de débile. Lecteur, lectrice, rien. Ti-kle rit de plus bel. Et les gens se mettent à s’interroger: comment il est comme ça, Ti-kle? Il n’en a pas marre. Il n’en a pas marre d’être d’une façon que nous ne comprenons pas: comment il est comme ça? ti-kle est bizarre. Et patati et patata. Ti-kle n’a pas bronché. Tout se passe comme s’il était branché  sur le mode rire. Cela fait longtemps qu’il n’aie lieu chez lui que le rire. Ce rire que les gens n’acceptent pas. Ce rire qui semble n’être pour personne une réaction. Un rire si vrai et si pur. Sans aucune de ces couleurs que nous le chargeons d’habitude. Je ne sais pas pour vous, quant à moi, je trouve pareil réagir non seulement drôle mais aussi…Ah, zut! Je ne sais plus.

TI-kle est un langage que j’invente. Il est ce métaphore qui dise comment depuis peu le rire m’habite. C’est un partage. Vous pouvez le réinventer vous même si cela vous chante; puisqu’en réalité, c’est tout comme… Si vous me voyez délirer; sachez encore, je ne m’en excuse pas se kè m k ap debòde. Laissez-moi plutôt chanter: « Pleure mon étoile pleure si pleurer c’est renaître”. Danse, mon cœur, danse, danse l’ivresse de La nuit des terrasses de Mackendy Orcel. Puisque « le temps, qu’est-il si nous choisissons le présent; qu’est-il si nous pouvons encore danser la danse des métamorphoses? Celle qui accouche le soleil. Celle parlent des bienfaits de la nouvelle vie. « Nous avons inventé la folie et quoi d’autre », laissez-moi aussi varier; laissez-moi sur les murs graver; laissez-moi graver le Jazz de cette nuit qui cuisine un bonheur qu’elle seule peut en être le nom.

Cette nuit « de folies d’où tu nous figes, benis-soit “tu” ! Ô toi qui fût un temps dépourvu. Ni nom ni forme te voilà bénis. Par ton saut dans la nuit, y en a qui voit clairement quel chemin prendre… Nous apprenons à aimer la vie, d‘un regard qui semble nous dire bois baise même si le temps est assassin », au delà des dires du retour.« La nuit danse dans le noir pour mieux fixer la mort », n’a-t-elle pas ce droit? Alors danse, mon cœur, danse corps et âme Hilarion. L’ombre bleu-noir qui se sacrifie à l’ombre de la nuit s’appelle Hilarion. Celui-ci se donne à  chaque lecture pour qu’il y ait un phare qui brille quelque part chez chaque lecteur et lectrice. Il est donc Hilarius. Hilarion Hilarius, le fils et le père réunis.Quel sacrifice! Son histoire n’est-il pas beau? Oui, oui, il est beau. Sans parier. D’ailleurs, je ne fais pas de pari. Je n’en fais jamais; croyez-moi. Mais, je parie quand-même ces passages. Contre rien! Contre personne! Alexis, quand je les termine, je te le dis: ce sera Naïm! Ssssttt ! C’est dit! Mais saches bien, c’est un secret. Ne dis à personne si je te demande si : « Le soleil à venir donne froid dans le dos”. Trente-troisième pages, regardez! C’est écrit.

Ouf! Rien que quelques heures… tant que minuit ne sonnent pas, tu n’as pas 100 ans Al! Tant que le temps ne complète pas les heures qui restent, Nah, désolé, je ne pourrais pas te dire ce que disent les clairons de la nature. Donc, Voilà, 99 ans et quelques heures que tu es sorti saluer le soleil. Alexis, Frè m mwen rele w sè w pa detounen w, je te dis pour une troisième fois. Encore un temps, donne! Je vois qu’on te sonne! Rien qu’un temps et je te laisse partir: qu’est-ce que cela fait d’être là-bas alors qu’on te commémore ici, dis-moi? Encore un temps. Je demande un temps: tu es où exactement maintenant que cela fait presque environ 61 ans? Qu’est-ce que tu deviens? Un ver de terre, une fleur, un diamant rare, dis-moi? Je doute fort que tu ne sois encore poussière. Pause.

« Une femme qui parle seule à un être vivant à qui une virgule de temps manque pour qu’il ait 100 ans, dit-elle à Sultan, n’offre-t-elle pas un aussi beau service du centenaire au vieux poète-écrivain qu’elle aime tant, dis-moi?…. »  _Oh, mais bien-sûr! Semble-t-il répondre de ces petits yeux mignons. Il suffit de dire avril pour voir qu’Alexis n’est ni plus ni moins le vent qui applaudit, le temps qui boit, le soleil qui respire en chacun de nous la mémoire d’un homme qui fut un brave de plus, corrobore alors une présence sans nom.

Et Baron qui fumait, par-là, sa pipe de tabac dit à Brigitte la Grande: qui c’est; cette fille qui semble n’en vouloir ni à la vie ni à la terre; qui c’est, oui, oui, cette fille-là qui ne cherche même pas le Vivant parmi les Morts?

Et sa femme un peu dessus répondit: Où voulais-tu, mon cher premier de ceux et celles qu’on appelle mort, où veux-tu qu’elle aille chercher!

Il est maintenant 6h, soit 21 minutes plus exactement.  Chaque seconde qui passe un souffle nouveau se lève. Elle relit, elle défriche, elle nettoie. Elle ne rate pas le temps. Elle doit en avoir pour demain. À demain alors. Alexis s’en est allé. Elle aussi. Chacun de leur côté. « Al, n’oublies pas, n’oublie pas; cultive partout ton Soleil! » Et c’est là le dernier mot.

Aldana Lorve


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