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Sortir de l'ombre - Fè yo konnen w!

Category: COUP D’OEIL Page 1 of 3

Petit discours sur le harcèlement

Dans l’histoire de l’humanité peu de choses auront été autant contrôlées, surveillées, bridées et réorientées comme le fut la sexualité de cet être qu’on appelle la femme. Pour cela il n’y qu’à prendre l’exemple des incessantes discussions sur la pornographie, la prostitution, l’avortement ou encore les récents débats sur la majorité sexuelle.
Le corps de la femme n’est pas sa propriété. Il s’agit d’un prêt à la société, maitrisé par tous les moyens, soumis aux pratiques sociales recouvertes d’une bonne couverture de moralité. La moralité a bon dos.
Il serait facile de tomber dans l’amalgame: homme méchant, femme gentille. Mais ce serait non seulement me mentir à moi-même, mais ce serait aussi trahir cette cause à laquelle -comme beaucoup d’autres et spécialement des femmes- je me voue. Oui des femmes, à qui la société comme elle est aujourd’hui profite, participent à marginaliser le corps des femmes. Ne sont-elles pas souvent les premières à condamner les travailleuses du sexe et à inventer des lois, -toutes plus inventives les unes que les autres, il faut le dire,- pour les punir, de prendre de l’argent contre un acte ni plus, ni moins moral qu’un autre?

Encore une fois la moralité a bon dos. Cependant, tout en évitant cet amalgame, il faut rappeler que la société haïtienne, comme beaucoup d’autres sociétés, est construite sur un principe de domination patriarcale. Cette affirmation pouvant être vérifiée à partir de l’exemple le plus banal jusqu’à sa matérialisation la plus brutale ou la plus insidieuse. C’est donc sans étonnement que cette même société trouve comme elle l’a toujours fait, des excuses aux probables agresseurs et harceleurs, tandis qu’elle exige aux victimes de prouver l’acte. Après tout, la domination masculine ne se réduit pas à une somme de discriminations. C’est un système cohérent qui façonne tous les domaines de la vie collective et individuelle.
Il est vrai que la charge morale et psychologique de ce qu’on appelle communément harcèlement rend difficile un jugement social ou juridique qui soit dans la justesse. Une main sur une cuisse n’est en soi pas un crime. À moins qu’il existe une loi quelque part interdisant de poser la main sur la cuisse d’autrui. Le geste nous informe simplement que le propriétaire de la dite main est un ignoble mal-élevé. Cependant, c’est le contexte et l’intention du geste qui en fait un acte de harcèlement. En effet, il ne pose pas le propriétaire de la cuisse comme sujet, avec une sexualité propre et une réaction propre à l’acte posé. De plus, l’absence de consentement illustre le principe de sexage théorisé par la sociologue Colette Guillaumin (1992) tout en ne laissant pas à l’autre la jouissance d’un droit fondamental qui est le droit au refus.

Afin de bien cerner la question du harcèlement, il est important de le definir. Le harcèlement peut être vu comme une forme de discrimination, il peut s’agir d’une sorte de violence répétée qui peut être verbale, physique ou psychologique de nature sexuelle et non voulu. Il peut vous embarrasser, offenser, intimider ou vous faire sentir en danger.

Prenons maintenant le texte paru sur l’agence en ligne Ayibopost en date du 4 août 2020 https://ayibopost.com/tag/dangelo-neard/ . C’est sans étonnement que j’ai reçu les arguments abracadabrentesques expliquant pourquoi les récidives posées par le principal acteur de l’article n’étaient pas du harcèlement. Certes, la plupart de ces discussions se font sur les réseaux sociaux et dans des espaces privés, mais l’histoire ne nous a t-elle pas prouvé que le privé était aussi un espace politique?

Passons rapidement sur les remarques les plus sordides:
Pourquoi est-elle restée amie avec lui: Parce qu’il arrivait même à Hitler d’être agréable et d’aller prendre le thé avec des amis.
Pourquoi attendre aussi longtemps: Pourquoi pas?
Pourquoi ne pas avoir porté plainte: Cet argument est l’un des rares que je serais tenté de prendre au sérieux car beaucoup ne comprennent pas les enjeux pour une femme dans une situation pareille. La police agissant et réagissant à l’image de la société qui l’a produite, renvoie souvent la victime à la violence du déni, qui consiste à lui taper gentiment sur la tête et lui dire qu’il ne s’agissait là que de l’intérêt, un peu lourd ou grossier, d’un admirateur. Et comme me l’a dit un ami: Il faut bien que les femmes se fassent draguer, avec la misère émotionnelle qui court les rues…

Les arguments possiblement sérieux

Le poste de l’accusé: Que serait une nomination sous le mandat de Jovenel Moise s’il n’y avait pas de scandale qui vient avec? Blague appart il est amusant de voir que tous reconnaissent le fort comme tel (directeur général, homme agréable, intellectuel) mais hésitent quant à l’hypothèse que ce même homme fort puisse utiliser sa force à mauvais escient. La réaction aurait-elle été la même si au lieu d’un rapport de genre, cela avait été un rapport de classe? Hesiteriez vous à reconnaitre qu’un riche puisse utiliser sa richesse pour exploiter le pauvre? Disons que cet article vise le poste de l’accusé, n’était-ce pas déjà le même exemple pour Dadou, Rigolo etc.? Il n’y aurait donc que des manipulatrices aigries de la réussite des hommes? Montrez un endroit dans le dit article où la rédactrice demande, ne serait ce qu’a demi mot la destitution de l’accuser ne serais ce qu’une seule fois? Quand bien même l’aurait elle fait, n’est ce pas la moindre des choses de demander qu’un présumé harceleur soit mis à l’écart d’un poste qu’il pourrait (qui sait?) utiliser comme arme de domination à des fins douteuses? Vous n’aviez pas eu autant de scrupule lorsqu’il s’agissait de demander à l’actuel président, présumé voleur, de démissionner de ces fonctions.
Après, demander qu’il perde son poste à RFI en premier lieu est une preuve de l’aliénation de ceux et celles qui sont derrière cette pétition, mais de là à dire que c’était le but de l’article de Ayibopost c’est être d’une mauvaise fois sans limite.

Un scandale médiatique pour salir la réputation d’un honnête homme: Je laisse le bénéfice du doute à ceux qui se réfèrent à cet argument. Peut être ne savent ils pas que s’avouer publiquement victime de harcèlement sexuel (ou de viol) n’est pas une étiquette facile à porte et encore moins dans ce pays. C’est s’entendre dire qu’on aurait du faire attention, prendre ses précautions. C’est se voir dénommer pour devenir la fille que untel a violé, la petite qui a accusé untel. Prenons l’exemple de Metoo, nous nous souvenons tous de la jeune femme qui a fait tomber Weinstein, mais qui se souvient de son prénom? Sans oublier que cet argument ne suppose à la présumer victime ni honnêteté, ni droit à la souffrance et encore moins à la justice.

Dragues lourdes : J’avais mentionné dans un précédent article que les sociétés développent des codes de séduction qui leur sont propres. La phrase, le non d’une femme veut dire oui n’est ni pas complètement faux, sans pour autant être vrai. Un non reste un non, quoique dans une situation de séduction x, quand les protagonistes sont sur le même canal de communication, un non puisse vouloir dire continue je t’écoute. Dans ce cas la communication passe bien et tous ceux impliquer dans le jeu savent à quoi s’en tenir. C’est pourquoi il faut savoir se mettre sur le même canal de communication avec la personne avec laquelle vous rentrez dans un jeu de séduction. Dans ce cas précis, l’appel à séduction a été rejeté par la jeune demoiselle. Disons que le premier appel était de la drague. Cependant la récidive malgré les différentes déclinaisons ne saurait être de la drague, quand bien même la technique du dragueur serait aussi lourde qu’un camion mack.

Pour conclure, les femmes ont longtemps gardé le silence sur leur inconfort face à des pratiques que beaucoup ont trop souvent tendance à catégoriser de: dragues lourdes, de technique d’ours. Ne pas reconnaitre le vécu des femmes et leur traumatisme pour ce qu’il est ne fera qu’empêcher la communication et une avancée vers une sexualité commune pleinement épanouie. Il ne faut pas non plus se jeter sur chaque accusation comme une charogne sur un cadavre en décomposition, cependant, ne serait-il pas plus humain de demander à l’accuser de prouver son innocence qu’à la victime de prouver les causes de sa souffrance? Nous avons laissé les esclaves, les noirs, les arables et les pauvres parler de leurs blessures, pourquoi est-ce si difficile d’en faire de même pour les femmes.

Melissa Béralus

« Des résidents qui pratiquent une césarienne dans une maternité publique »

ETAT DES LIEUX DU SYSTEME DE SANTE HAÏTIEN : ENJEUX ET PERSPECTIVES

Sticky post

Le monde connait aujourd’hui une pandémie inédite, appelée le covid-19 par l’OMS. Cette crise sanitaire est présente sur les 5 continents, dont la caraïbe. Au 20 mai 2020, environ 4,9 millions de personnes étaient contaminées à travers le monde. D’un pays à l’autre le nombre de personnes atteintes par le virus varie. Que révèle la pandémie sur les systèmes de santé des pays touchés ? Nous nous intéressons aujourd’hui à Haïti, un pays dont le système de santé est d’ores et déjà fragilisé par un certain nombre d’éléments endogènes, notamment par le séisme du 12 janvier 2010 qui nous servira de point de départ pour l’analyse. Nous aurions pu remonter l’histoire et détailler les causes profondes de la fragilité du système de santé haïtien, mais nous préférons garder un esprit de synthèse et commencer par une date ultime, le séisme de 2010.  Le 12 janvier 2010 Haïti a été frappée par un séisme que les sociologues qualifient de catastrophe socio-naturelle, étant donné qu’une catastrophe naturelle n’entrainent pas les mêmes dégâts en fonction de la capacité du pays à préparer l’urgence et répondre aux besoins pour limiter les dégâts.

Cette catastrophe naturelle qui a ravagé Haïti a causé des pertes en vie humaine et des dégâts matériels importants. Ce séisme dévastateur a fait ” entre 250 000 et 300 000 morts, plus de 300 000 blessés et plus d’un million de sans-abris “, a déclaré M. Mulet, Représentant spécial de l’ONU en Haïti, à l’occasion d’une conférence de presse consacrée aux 100 jours du séisme.[1]Donc ce tremblement de terre a ravagé le pays à tous les niveaux : économique social, sanitaire, etc. Aujourd’hui 10 ans après qu’en est-il du système de santé haïtien ? Comment est-il organisé ? Quels sont les enjeux entre les acteurs ? Quelles sont les perspectives ? Dans quelle mesure le système de santé haitien peut-il assumer la crise du covid-19, et comment permet-il une gestion optimale de cette crise ? Ces questionnements vont guider notre analyse, afin de rédiger une note de synthèse sur les problèmes auxquels est confronté le système de santé haïtien.

Statistiques

Pays : Haïti Capital :         Port-au-Prince                                

                    

Population (palmares :80e) en 2019)11 591 279 habitants
Revenu national brut par habitant ($ internationaux PPA, 2013)1,710
Espérance de vie à la naissance h/f (années, 2016)61/66
Quotient de mortalité infanto-juvénile (pour 1000 naissances vivantes, 2018)65
Quotient de mortalité 15-60 ans h/f (pour 1000, 2016)276/211
Dépenses totales consacrées à la santé par habitant ($ int., 2014)131
Dépenses totales consacrées à la santé en % du PIB (2014)7.6
Source : http://www.who.int/countries/hti/fr/

Structure organisationnelle du système de santé Haïtien

Le système de santé haïtien comprend : le secteur public, le secteur de privé à but lucratif, le secteur privé à but non lucratif et le secteur traditionnel géré par les tradipraticens.

De manière stratégique le MSPP (Ministère de la Santé Publique et de la Population) prend les décisions au niveau national. La déclinaison opérationnelle est assurée par différentes directions centrales et départementales, qui sont chargées de superviser les établissements hospitaliers, les centres de santé, etc. Le secteur privé à but lucratif regroupe les professionnels qui offrent leurs services dans des hôpitaux privés, les cliniques privées, les laboratoires d’analyses médicales,… L’offre apportée par ce secteur est basée sur la rentabilité et le profit. Ce qui fait que beaucoup de patients n’ont pas les moyens d’y accéder. Le secteur privé à but non lucratif, regroupe les organisations non gouvernementales, et /ou confessionnelle qui offrent des services médicaux à la catégorie de la population qui n’a pas les moyens de se faire soigner. Enfin, l’offre de soin traditionnelle, qui est assurée par les tradipraticens (appelés ougan et/ou médecin feuille en créole) qui sont souvent le premier recours des patients ou des malades en fonction de leurs croyances religieuses et leur appartenance sociale.

Gouvernance et financement du système de santé haïtien : enjeux et perspectives.

Le Ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP) est censé être le garant du système de santé haïtien. Pour ce faire, il est chargé d’assurer le suivi et l’évaluation de toutes les structures qui interviennent dans le système. Cette tâche est souvent compliquée à accomplir par manque de moyens financiers. En outre, le budget du ministère dépend en grande partie de l’aide internationale bilatérale et multilatérale liée (aide qu’un ou plusieurs Etats apportent à un autre moyennant certaines conditions que le pays bénéficiaire doit respecter). Le financement de la santé en Haïti dépend en grande partie de l’aide internationale. Dans le budget national, la partie allouée à la santé est minime (voir graphique ci-dessous), comparé aux autres pays qui ont un PIB qui se rapproche de celui d’Haïti.

Evolution de la part du budget national alloué au secteur social en Haïti

Source : direction du budget ministère des finances 2014

En effet, le ministère de la santé est confronté à ce qu’on appelle un problème de fonds propres, pour assurer pleinement sa mission. Après le tremblement de terre, le pays a connu l’arrivée de beaucoup d’ONG, qui interviennent en grande partie dans le domaine de la santé. Donc, cela a diminué le pouvoir de gestion du système par le ministère. Ces ONG qui bénéficient du financement des bailleurs, offrent des soins médicaux à la population. Elles interviennent particulièrement sur le traitement des maladies à transmissions verticales  (la transmission verticale est une expression  utilisée en médecine pour décrire le passage direct d’une maladie, d’un caractère génétique ou d’un état particulier, d’une génération à l’autre, soit par hérédité, soit par transmission de la mère à l’enfant).

Le ministère se confronte souvent à un déficit budgétaire. En 2014 le financement de la santé était assuré à 64% par l’aide internationale (voir graphique ci-dessous). En effet, le manque de ressources humaines qualifiées, est aussi un gros problème auquel est confronté le ministère. Le plus souvent les professionnels qualifiés préfèrent travailler avec les ONG et le secteur privé lucratif, car ils offrent plus d’avantage en matière de rémunération.

Après le tremblement de terre ce sont les ONG qui gèrent les fonds que les bailleurs internationaux allouent à Haïti. Ces derniers ont perdu confiance dans les autorités haïtiennes. Par manque de transparence et de crédibilité liées  en partie à l’histoire de la corruption au sein de l’administration publique haïtienne. D’où la difficulté pour le ministère de faire passer ses priorités. Il devient donc difficile de contrôler et d’évaluer le système sanitaire.

Source : Comptes Nationaux de la Santé, 2011-12, MSPP, Juin 2014

En effet, selon Dussault, « Le système de santé est l’ensemble des facteurs qui influencent l’état de santé et le bien être des individus et des populations et leurs interrelations, ces facteurs sont d’ordre biologiques, comportementaux, environnementaux et ceux liés au système de soins » [2] En effet, l’offre de soin doit être combinée à l’effort de tous les acteurs (le social, l’environnemental, l’économique, etc.) Les ONG aident la population dans le court terme, en cas d’urgence de santé publique et parfois sur le long terme. Leurs actions sur le terrain doivent être évaluées et capitalisées par le ministère de la santé en vue de pérenniser l’aide, pour le bien-être de la population. En rapport à toutes ces contraintes précitées, on comprend que le MSPP n’arrive pas à imposer son leadership aux différents acteurs qui interviennent dans le système de santé. Il n’y a pas vraiment de suivi-évaluation pour faire évoluer le système de santé. Les ONG  apportent une aide nécessaire, mais à la fin du programme elles plient bagages et s’en vont. La population se retrouve à la case départ, ils doivent payer pour se faire soigner.

Il faut noter qu’Haïti dispose d’un certain nombre d’hôpitaux publics et de centres de santé. Cependant, un problème demeure, le manque d’infrastructures routières. En effet, les populations éloignées des centres urbains n’ont pas vraiment accès à ces structures de santé. C’est pour cette raison que la politique de terrain des ONG est de s’installer dans les zones reculées, ce qui justifie souvent leur présence sur le terrain auprès des bailleurs de fonds. En outre, dans les structures publiques et privées, les patients doivent payer directement les consultations, les médicaments et analyses médicales au point des prestations. Donc, à cause de la montée du taux de chômage en Haïti, une grande partie de la population n’a pas accès aux soins de santé, car ils n’ont pas les moyens de se faire soigner. En outre, en Haïti, les modèles de mise en commun des fonds pour la santé ne couvrent qu’une infime partie de la population (voir tableau ci-dessous). Les politiques de protection sociale sont quasi-inexistantes et les individus ne sont pas informés sur les questions de protection sociale.

Modèle de mise en commun des fonds pour la santé en Haïti

Source : MSPP 2015

Dans quelle mesure le système de santé haïtien peut-il assumer la crise du covid-19, et comment permet-il une gestion optimale de cette crise ? 

Les chiffres parlent d’eux-mêmes, le système de santé haïtien est défaillant dans son organisation et dans l’offre de soin. Si on se réfère aux gestes de prévention et les précautions adaptées pour empêcher la propagation du virus, les responsables peuvent arriver à mettre en place facilement des mesures préventives pour informer et protéger la population. Cependant, d’autres éléments viennent pertuber l’application de ces mesures préventives, car la majorité des ménages n’ont pas les ressources économiques nécessaires pour arrêter leurs activités économiques informelles et rester chez eux. Nous ne voulons pas entrer dans les détails concernant les freins économiques en lien à la gestion de la crise. Concentrons-nous sur le cas qui nous intéresse le plus, les situations complexes de personnes contaminées et qui sont en « insuffisance respiratoire ». En terme de soins intensifs (service d’un hôpital qui a pour rôle de traiter une défaillance vitale sur une durée limitée…) les hôpitaux haïtiens sont loin d’être des bons élèves, les soins intensifs sont quasi inexistants dans certains grands hôpitaux de villes. En général, il n’y a pas suffisamment de lits pour accueillir les éventuels patients contaminés par le virus.  On compte aujourd’hui en Haïti, 112 lits pour toute la population,  seulement 5 établissements répondent aux critères de soins intensifs de  niveau 1 établit  par la Fédération Mondiale des Sociétés de Médecine Intensive et de Soins Intensifs (plus d’information sur : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC6565360/).

La crise sanitaire actuelle qui nécessite des mesures urgentes et efficaces vient révéler encore une fois la grande fragilité du système de santé haïtien. Il faut mentionner que le ministère de la santé publique et de la population (MSPP) n’a jamais eu non plus la volonté de développer les soins intensifs en Haïti. Les raisons de ce manque de volonté peuvent être d’ordres économiques ou tout simplement un choix politique. Vu que le budget alloué à la santé en Haïti, n’a jamais été conséquent. Donc, développer les soins intensifs ne saurait être une priorité pour le ministère.

En définitive, en Haïti l’offre de soin est organisée d’une manière qui n’est pas très bénéfique pour la population. Le système de santé est fortement dépendant de l’assistance externe.  Ce qui ne permet pas au ministère de la santé d’avoir l’autonomie nécéssaire, pour réguler le système de santé et assurer correctement sa mission. Il est vrai que les acteurs travaillent parfois en partenariat pour le bien-être de la population, mais ce ne sont que des partenariats à court terme, qui se font surtout dans des situations d’urgences de santé publique. Plusieurs années après le séisme, il y avait des conférences-débats entre les acteurs (la commission santé du cadre de liaison inter-ONG (CLIO), le ministère de la santé, le secteur privé, etc.). Ainsi, il a été décidé d’entreprendre des démarches afin d’adopter un modèle de santé universel adapté à la réalité du pays et en  définir un budget en fonction des priorités. Tant que les autorités n’arrivent pas à chiffrer le cout réel de la santé en Haïti, cette décision restera une intention non concrétisée. Il faut aussi revoir la gouvernance du système afin que le ministère de la santé puisse appliquer un modèle de leadership plus orienté vers le bien-être de la population.

En effet, l’OMS (organisation mondiale de la santé) propose six éléments essentiels dans la constitution d’un système de santé : la prestation des services, la main d’œuvre, le système d’information, les produits médicaux, le système de financement et la gouvernance. Si le gouvernement haïtien parvient à déterminer les coûts de ces différentes dimensions, ils arriveront à chiffrer un coût total pour le système de santé. L’idéal serait de réorganiser le système par secteur d’activité (le médico-social, la protection sociale et les établissements sanitaires), laisser le MSPP jouer son rôle de haute autorité de santé et établir un budget en fonction des réalités et des couts, afin de  mieux répondre aux besoins  sanitaires de la population. Aujourd’hui, l’espérance de vie à la naissance homme/femme  en Haïti est de 61/66 ans,  à cause  de plusieurs éléments, dont la fragilité du système de santé. Si les haïtiens veulent vivre plus longtemps et en bonne santé, ils doivent opérer une réforme pour réorganiser leur système de santé. En attendant, nous invitons  la population haïtienne à respecter les gestes barrières dans la mesure du possible, car toute analyse faite, le système de santé haïtien est incapable d’assumer la crise du Covid-19.

Comme dit le vieil adage créole: Prekosyon pa kapon   !

Anachecar Destin (Spécialiste des crises et intervention d’urgence et experte en Santé/médico-social)

[1] Source : notre-planete.info, http://www.notre- planete.info/actualites/actu_2235_seisme_Haiti.php

[2] Dussault, G. (1996), Les besoins de santé : définition et mesure

Culture du viol et impunité en Haïti

Dans une société où le viol devait-être un acte révoltant et être une exception à la règle, c’est plutôt l’inverse qui se produit. En France, plus d’une femme sur dix (1/10) a été violé (Le Monde, « F. J. Jaures » 2018) et encore, c’est d’une minorité qui a décidé de ne plus avoir peur en tant que victime que vient cette statistique. Et le plus triste, c’est que plus de 70% de ces plaintes sont classées sans suite faute de « preuves ». En Haïti, c’est trois fois pire, selon une enquête de EMMUS-V en 2011 : « 29,80 % de femmes et de filles sont victimes de violences sexuelles, 59,79 % sont victimes de violences physiques et 86 % des agressions sexuelles sont perpétrées à l’encontre des célibataires, de mineures et de jeunes âgées de 15 à 25 ans » (Cayemites EMMUS-V, 2012). Certains vont jusqu’à dire : « elles l’ont bien cherché » ou « ce n’est pas la fin du monde ». Mais le fait est que quand c’est le tour de ces gens-là, elles deviennent vertes de peur. Qui aurait cru que ça remonterait jusqu’en l’air, dans la sphère des grands, des « élites » ? Eh ben, personne n’est à l’abri et quelles mesures pour coincer ces malfrats ? Où en sont les enquêtes ? Des pistes ? Nous aussi, on aimerait savoir, on veut savoir si les individus qui commettent de tels actes ont au moins peur de vaquer à leurs occupations habituelles comme si de rien n’était, qu’on sache qu’on prend en considération ces crimes commis envers les femmes, nous, nos sœurs, amies, familles, nos proches et qu’on a soif de justice.

Récemment, l’affaire Jean-Bart m’a interpellé non seulement par l’ampleur des accusations envers cet individu « digne de confiance » entre les mains duquel les parents n’ont pas eu peur de laisser leurs enfants. Et lui, abusant de cette confiance et surtout de sa position, a pu offrir monts et merveilles (possibilité de voyager, d’avoir un salaire etc.) a ses jeunes filles (adolescentes) en échange d’être gentille et de ne rien dire aux parents ou quiconque d’autre car si jamais ça arrive elles peuvent dire adieu à leur belle carrière – qui n’allait peut-être jamais éclore. Et, dans d’autre cas a-t-il seulement utilisé la force pour soumettre ces enfants et son autorité pour les contraindre au silence ? Mais aussi par le fait qu’il a utilisé encore sa position pour mobiliser en sa faveur des jeunes filles à peine adolescentes – ayant sans doute subi pour la plupart, les mêmes sévices que les autres – pour dire qu’il est innocent sous menace peut-être d’être expulsée de l’équipe ou alors de briser leur vie et celle de leur famille ou tout simplement en soudoyant des parents inconscients ou n’ayant tout simplement pas le choix, ne pouvant se battre contre cette personnalité de renom. C’est tout simplement révoltant. Et c’est justement un problème de justice et de droits humains que des gens comme ça peuvent poser des actes aussi odieux et arrivant quand même à inciter ces mêmes personnes à manifester pour lui.

Jamais de résultat. Rien. Mais comment en avoir quand il suffit à un chanteur, après avoir tabassé sa copine, de faire une musique et s’en sortir indemne et pardonné ? Quand un grand « chabrak » a tenté de tuer sa femme -mairesse en plus- et se pavoise en toute quiétude au vu et au su de tous ? Quand on ne fait rien contre et qu’au contraire on les couvre ? Alors si les malfrats, ceux reconnaissables entre tous peuvent s’en sortir en toute impunité, que dire de ceux habillés ayant un capital social et la justice à leurs bottes ? Ceux qui passent inaperçus et qui sévissent dans leur milieu étant à l’abri de tout, la société les couvre, les amis-es les couvrent, la famille et même les victimes sont obligées de les couvrir par peur : « Un gros comme ça ne tombera jamais, on ne me croira jamais ». Les victimes augmentent, il prend confiance, s’enhardit, se croit intouchable et il l’est puisque tout (capital économique, politique, social, culturel et surtout judiciaire…) est en sa faveur et tout le monde le protège.

Et ces gars-là, ils sont légion. Ne vous y trompez pas. Par des commentaires victimisant davantage les victimes et faisant sortir victorieux et fort les bourreaux, on pratique la culture du viol. On étouffe les preuves, on protège les personnes déjà haut placées usant de leur pouvoir pour faire encore plus de mal aux femmes et on se persuade que l’on agit bien. Puisque ce n’est pas nous, puisqu’il ne faut pas se fier aux paroles d’une femme, puisqu’un homme comme ça ne ferait jamais ça, puisque c’est la politique, puisqu’on veut le détruire, puisque c’est un complot … et tant d’autres excuses.

Il faut savoir au moins que « violeur » n’est écrit en lettres majuscules sur le visage de personne et que la place sociale que quelqu’un puisse occuper ne l’exempt pas des pires horreurs, au contraire, c’est leur bonne couverture. Et qu’en plus, la place confortable, la sécurité dont jouit ces malfrats vient de la société, c’est nous qui les protégeons et du moment où on n’acceptera plus de nous porter garant de ces individus sans scrupules, ils tomberont. Ce n’est pas sans raison que le nombre de personnes condamnées pour viol a chuté de 40% en dix ans en France, selon le service statistique de la chancellerie, publié dans un article dans le journal Le Monde.

On peut donc comprendre que même dans ce pays-là, seule une femme sur 10 porte plainte (Le Monde) et pour Haïti, qu’en est-il ? 27% de femmes déclarent avoir subi de violences physiques de la part de leur ou de quelqu’un d’autre depuis l’âge de 15 ans, 25% de femmes non-célibataires ont été confrontées à un moment de leur vie a des actes de violences conjugales, physiques, émotionnelles ou sexuelles. Vous saviez que le viol est un crime et doit être jugé en cours d’assise ? Peut-être pas, mais ce qui est encore plus étonnant c’est que le plus souvent on essaye de minimiser ou plutôt requalifier un viol en agression sexuelle, qui pourra alors être jugé dans un tribunal correctionnel (Tribunal de paix en Haïti), sans compter les dossiers de viols classés sans suite, faute de preuves. Dans certains pays, la victime doit même prouver qu’elle s’est débattue en plus d’autres preuves.

A savoir que tout viol entraine une commotion psychique, une crise existentielle en exerçant un évènement sur le vivre-ensemble et le vivre relié. Il est à l’origine de souffrance psychiques, psychologiques et physiques (Ferenczi, 1934, in Damus, 2019). Comment peut-on espérer qu’un individu qu’on accuse de violence sexuelle peut accepter le fait qu’on lui a enfin mis le grappin dessus et plaider coupable ? Surtout quand cet individu-là occupe une place importante dans notre vie et/ou dans la société. Certaines personnes jouent justement sur cette faiblesse, aucun homme n’est exempt d’emblée de commettre un crime, de violer une femme. Je le redis, ça ne s’écrit pas sur le visage et c’est exactement en le couvrant que l’on offre au violeur la possibilité de continuer en toute impunité et condamnant ainsi vos filles et vos fils.

Saviez-vous que plus de 70% des viols commis ont été perpétré par des proches ? Un tonton, un cousin, un ami proche de la famille… dans le plus clair des cas, c’est une personne à qui vous offrez toute votre confiance, qui vous sourit, mange avec vous et abuse paisiblement de votre fille/fils. Et du coup, votre enfant ne peut pas vous en parler parce que cette personne-là représente une figure d’autorité pour lui et que peut-être vous n’allez pas la/le croire : vous cultivez des violeurs, vous les chérissez même. De telle sorte que quand une personne sort du lot pour vous faire voir le vrai visage de ces individus mal intentionnés, vous préférez la lapider car le confort de vos propres mensonges est bien plus facile à supporter que le poids de la culpabilité, de la vérité qui devait peut-être vous paraitre à clair si vous étiez plus attentifs, si vous n’accordiez pas votre confiance à tort.

Je ne dis pas qu’il ne devait pas y avoir de doute dans ces situations mais il y a un doute rationnel où vous pourrez examiner tous les éléments du fait et voir les deux déclarations sous tous les angles ; et un doute accusateur (ou sophisme) dont vous faites office à chaque fois qu’une femme a été victime de violence sexuelle – comme tout autre type de violence d’ailleurs – et en a témoigné. On avance toujours des faits que la victime en veut à la position sociale de la personne, à sa fortune ou c’est juste une affaire de politique ou qu’elle ment tout simplement.

Je ne dis pas que la méchanceté humaine n’existe pas, qu’on n’aurait pas pu utiliser de ces histoires pour faire tomber quelqu’un mais posez-vous cette unique question : Et si c’était vrai ? Si c’était vrai qu’il a réalisé ces choses horribles dont on lui reproche et que c’est vous qui le soutenez en lui donnant ce qu’il voulait le plus : le couvrir ? C’est bien connu qu’en étant confortable dans une position, on est appelé à recommencer et très souvent les violeurs sont des récidivistes. Ils prennent plaisir à faire leur sale besogne sans souci d’être dérangé parce qu’on les couvre parfaitement. L’impunité règne en maitre.

Maintenant imaginez toutes ces personnes à qui vous faites une confiance aveugle : ce prêtre, ce pasteur, cet oncle, ce directeur, ce président de club, cet ami… tous représentant des figures d’autorité et qui font peut-être semblant que votre enfant ne les intéresse pas et ceux qui ont grand mal à le cacher même en votre présence les appellent par des sobriquets (apparemment innocents et inoffensifs) et les prennent sur leurs cuisses, guettant le moment où vous ne serez pas là. Parce que vous ne serez pas tout le temps là. D’après l’étude de Damus (2019), les violeurs issus de classes supérieures ne sont pas emprisonnées parce que : ils peuvent soudoyer les juges et payer des avocats ; ils peuvent obtenir le silence d’une victime et de ses proches en lui offrant de l’argent ; si la victime porte plainte on la fera réduire au silence en la soudoyant ou en lui faisant abandonner les charges sous menace. La peur d’être doublement victime empêche les victimes à témoigner ; le capital politique, économique, social et culturel des criminels riches leur permet de bénéficier de la pratique de déjudiciarisation du viol. Les violeurs riches seraient encore plus protégés par les victimes riches par peur de scandale des victimes.

Sources :

Politique d’Egalite Femme Homme 2014-2034, (2014), Presses nationales d’Haïti p. 09-10

O. Damus, Les viols en Haïti : aspects psychologiques et sociologiques des crimes sexuelles (2019) pp. 1-5

Le Monde, (2018) article

Express, article

Le Recit, 25 mai 2020, article : Arrêtons de couver des criminels.

Brisons le silence.

Balance le porc qui t’a violé.

Rodeline DOLY, étudiante memorand en Sociologie, étudiante en Sciences juridiques

Présidente de l’Organisation pour l’Emancipation des Femmes à travers l’Education (OEFE)

Angela Davis, une vie de combat

Symbole de la lutte pour les droits civiques aux États-Unis, Angela Davis occupe une place primordiale dans l’histoire des luttes pour l’émancipation des peuples. Féministe, antiraciste, marxiste, elle marque de ses empreintes les révoltes des mouvements sociaux contre les discriminations et les injustices dans le monde. Un portrait d’Angela Davis pour ambitionner le combat contre la domination du capitalisme. Un portrait pour saluer le combat d’une militante admirable qui ne cesse de clamer qu’« Haïti est la racine de la liberté ».

Les années passent, les mouvements de protestation contre la ségrégation raciale se multiplient partout. Toutefois, les comportements racistes perdurent à travers le monde, notamment aux États-Unis. Essayer de recenser le nombre de victimes d’actes racistes seulement pendant la dernière décennie serait un exercice qui n’en finirait jamais. Par contre, on ne saurait ne pas saluer la mémoire de Georges Floyd, l’une des récentes victimes du racisme institutionnalisé aux États-Unis, tué le 25 mai 2020 par un policier xénophobe. La mort de Georges Floyd marque un tournant dans les colères populaires contre les violences policières en Europe et en Amérique du Nord. Ces événements ont donné un nouvel élan aux batailles contre le racisme dans le monde.

Dans ce contexte, l’engagement d’Angela Davis transmet l’optimisme de dénoncer les violences faites aux femmes et aux filles. Camper le portrait d’Angela Davis aujourd’hui permet de remémorer une figure emblématique contre la guerre dans le monde. Sa figure inspire l’espoir de promouvoir la paix. L’objectif est de tirer de son combat contre les inégalités sociales des enseignements utiles à la construction d’un monde égalitaire. Donc, il est possible d’apprendre de cette icône de l’insoumission contre l’arbitraire. Ceci concerne généralement sa fougue intellectuelle, ses écrits, sa « rébellion » ordinaire, ses luttes féministes, ses engagements politiques marxistes et civiques.

Une voix contre le racisme et le sexisme
Née le 26 janvier 1944 à Birmingham, en Alabama, dans une famille afro-américaine, Angela Davis a subi des humiliations et des actes racistes dès son enfance. Enfant sa grand-mère lui racontait déjà l’histoire de ses parents qui étaient eux-mêmes esclaves. Jeune femme intelligente, elle était obligée d’évoluer quotidiennement dans un climat de violence raciale dans le Sud des États-Unis en pleine ségrégation. Elle ne va pas à l’école avec les blancs, n’a pas accès aux parcs publics, mais découvre les livres. Très tôt elle fait face au sexisme des leaders masculins qui confondent selon elle « leurs activités politiques avec l’affirmation de leur virilité ». Très jeune Angela suit les traces de son père et de sa mère Franck et Sallye Davis, des activistes connus aux États-Unis. L’origine d’Angela Davis n’est pas sans conséquence dans ses combats contre le racisme. Sa curiosité inspirée l’amène à déceler et à questionner fréquemment les différentes formes de violences dans la société étatsunienne tout entière. Ce qui explique que des années plus tard elle a fait partie du mouvement Black Panther Party for Self-Defense (BPP), qui a repris la lutte pour les droits des Noirs entamée par Martin Luther King, Rosa Parks et tant d’autres. Elle est incarcérée et mise en cause, durant l’année 1970, pour son engagement comme l’un des membres les plus influents des Black Panthers. Une fois sortie de prison en 1972, Angela Davis a commencé avec la publication de ses essais et de ses discours qui font d’elle l’une des intellectuelles radicales les plus connues de l’époque.

L’héroïne du Black Power reste aux côtés de Malcolm X et de Martin Luther King, l’une des figures emblématiques du mouvement pour l’egalité aux États-Unis. Angela Davis devient une femme instruite et cultivée qui, en plus de son doctorat honoris causa, enseigne la philosophie à l’Université qui est un atout de taille pour transmettre ses connaissances et surtout son esprit critique. Elle a écrit une quantité de livres pour appuyer ses luttes dont le célèbre ouvrage titré « Femme, race et classe » (1981). Elle connait également le militantisme et le féminisme, ce qui lui permet de s’adapter aux situations de négociation avec une connaissance parfaite des enjeux politiques et sociaux. Ces derniers n’avaient aucun secret pour elle, et elle s’en servait pour résister face aux adversaires.

Le racisme, un cancer mondial à combattre
Attiana Jefferson tué le 12 octobre 2019, Philando Castile le 6 juillet 2016, Michael Brown, en 2014 à Ferguson, Trayvon Martin le 26 février 2012, Georges Floyd le 25 mai 2020, tous victimes du racisme aux États-Unis. Cependant, il s’agit là d’un problème qui concerne le monde et pour arriver à l’éradiquer, l’humaniste Angela Davis préconise une solidarité qui doit être mondiale. Les mouvements de protestations sont à encourager, cependant ces soulèvements ne doivent pas s’arrêter là. Le changement doit pouvoir être ressenti dans le comportement individuel de chacun-e des citoyen-e-s si non la bataille sera vaine. La militante soutient que le racisme est d’ordre structurel et systémique, donc il est ancré dans les attitudes individuelles et les représentations collectives, ce qu’il faut nécessairement éliminer.

Pour l’activiste féministe, « les mouvements de contestations occasionnés par la mort de Georges Floyd sont un plus à gagner dans le combat contre le racisme et une progression pour les acquis démocratiques ». Dans un entretien accordé à Radio Canada, Angela Davis déclare « qu’elle a vécu et connu le racisme sous ses formes les plus cruelles, cependant c’est la première fois qu’elle assiste à une réponse aussi immédiate, à un tel soulèvement contre un meurtre raciste presque partout dans le monde. Bien sûr les nouvelles technologies de l’information et de la communication en sont pour beaucoup, quand bien même il s’agit d’un pas vers l’avant dans la lutte pour le respect des noirs en tant que humains ».

Une figure emblématique du féminisme
Aujourd’hui, Angela Davis reste un repère culturel et une figure historique essentielle dans la compréhension des formes de domination patriarcale et machiste. En effet, elle a compris très vite que la lutte contre le racisme ne saurait exclure le combat pour le respect des droits des femmes. Pour celle qui a visité Haïti en 2016 lors du congrès du Caribbean Studies Association, la lutte pour les droits civiques des communautés subalternisées et le féminisme sont intimement liés. Tout comme la combattante pense que les questions de sexualité, de race, de classe et de genre sont intimement liées. Courageuse, fougueuse et déterminée, cette féministe de la première heure impose une vision évolutive de la place de la femme dans les sociétés contemporaines. Arborant la notion « d’intersectionnalité des luttes », elle s’interroge sur les luttes de libération et d’émancipation des femmes noires, et elle en conclut qu’elles ne peuvent réussir qu’en luttant en même temps, contre le racisme, le sexisme et les questions de classe.

Redoutable stratège et rebelle, sa praxis consiste à analyser les mouvements sociaux contre le racisme et l’injustice comme des actions au cœur de la lutte pour la démocratie sociale. La promesse que la vie de tous les êtres humains doit compter est sa principale monnaie d’échange. Il s’agit là d’une lutte fondamentale visant à déraciner le sexisme, l’homophobie, la transphobie, la discrimination économique et, pour beaucoup d’entre nous, un dissentiment contre le capitalisme. Grâce à son courage, à la force de ses idées et de sa persévérance elle a lutté, et lutte encore, pour faire de notre monde, un monde meilleur.

Durant ces moments d’incertitude, la mémoire d’Angela Davis doit être rappelée dans la société haïtienne, où les femmes sont relativement sous représentées dans les institutions. D’ailleurs, l’esprit de résistance et de liberté d’Angela Davis dépasse les frontières étatsuniennes en devenant un symbole mondial de la lutte contre l’iniquité. Enfin, elle incarne, aujourd’hui encore, une figure centrale de l’histoire des luttes pour la liberté. Enseignement, engagement révolutionnaire, combat politique, style iconique, coupe afro et poing levé, tant de styles et de domaines portés par une volonté commune : prôner l’égalité et l’émancipation.

Nakisha Jean
jeanakisha.nj@gmail.com

Mythe de la virginité, radiographie du film : Mariage d’Antan


La neutralité n’a pas sa place ou ne peut exister. Sauf dans le cas où la pièce est truquée, où les deux côtés sont pareils ; ceci dit, il y a toujours deux côtés : pile ou face, la médaille et son revers, d’après mon humble avis. Dans le cas d’un film, c’est pareil : il y a la position de l’acteur qui, en général, attire la sympathie et le bandit qui se fait très souvent détester. Normal, c’est fait pour. Tous les films cherchent d’une manière ou d’une autre à orienter notre point de vue, consciemment ou inconsciemment, ça nous modélise. Personne n’osera dire qu’en étant petit il ne s’était déjà vu dans la peau d’un acteur ou faisant ce qu’il faisait dans les moindres détails. C’est ainsi que passe la socialisation pour nous forcer à accepter certaines choses comme étant normales. Ce n’est pas sans raison que des jeunes hommes sont autant brutaux dans les rapports sexuels et que des jeunes filles se retrouvent dans des situations dans l’intimité qu’elles acceptent et trouvent normales. Il y a toujours une stratégie pour nous mettre dans la peau d’un personnage ; qu’on nous force en quelque sorte à accepter. Cela s’insinue, petit à petit, insidieusement jusqu’à l’acceptation finale. Encore une chose ce n’est pas évident d’accepter d’être du côté des perdants. C’est un fait.


Mariage d’Antan : critique
Mariage d’Antan, qui n’a pas vu ce film ? Je devais avoir 17 ou 18 ans quand je l’ai vu. D’emblée je l’ai trouvé écœurant, révoltant. C’est un film qui relate comme son nom l’indique une réalité criante de la société haïtienne en matière de virginité et de mariage, tous les tabous et tralala. Mais, moi j’avais du mal à accepter l’idée qu’on puisse d’abord forcer une jeune fille à se marier avec un homme plus âgé et non seulement la forcer mais l’échanger contre du bétails, comme une vulgaire marchandise. En plus de cela, il fallait regarder l’homme qui n’avait aucune tendresse et considérait la fille comme un bien durement acquis et dont il doit être récompensé au prix demandé. Il faut en plus regarder la réaction de l’homme quand il a finalement touché à ce qu’il croyait être le gros lot : « Lucienne kote san an ? » « si se pat tèt kabann nan m kenbe m manke ale wi », comme quoi pour cet individu et tant d’autres, une vierge doit obligatoirement saigner comme une vache écorchée le jour de l’acte sexuel et une fois qu’elle ne saigne pas ou alors qu’elle n’est tout bonnement pas vierge elle est considérée comme avoir un trou béant où pourrait se produire un tourbillon pour emporter quiconque qui s’approche de trop près. Ce film m’a mis et me met encore hors de moi. Certes, une représentation de la réalité haïtienne, de certaines coutumes en milieux ruraux, mais pas moins mauvaise, dramatique, exagérée et peut-être un peu mal représentée. Dis-je qu’on devrait prendre des gants avec ce sujet ? Dans la manière de l’aborder, oui car, comme je l’ai susmentionné, tout film influence la vie, l’avis et la mentalité de ceux et celles qui le regardent. Ce film ne serait-il pas une pointe de l’iceberg d’une société catégorisant et méprisant les femmes non-mariées ou non-vierges assumant leur sexualité ?

Le mythe de la virginité : fait d’une société machiste
Le cliché, le mythe qui se construit autour de la virginité n’est pas un problème haïtien, bien au contraire. Au Moyen-Orient, dans les pays musulmans, en Afrique subsaharienne plus précisément le mythe de la virginité est encore plus présent. Dans ces pays-là une fille qui n’est pas vierge ne pas espérer de se marier, peu importe les conditions de la perte de sa virginité, a affirmé l’auteure Leila Slimani dans son livre sur la condition des femmes marocaines. Il faut souligner que dans ces pays, le viol est très courant et n’est pas souvent puni puisque c’est souvent perpétré par un très proche de la famille. De plus, la victime parfois doit épouser son bourreau. La virginité n’est pas qu’une affaire de la fille en question, c’est l’affaire de la famille : « la virginité de la jeune fille n’est pas considérée comme une propriété ou un état personnel qui n’implique que celle-ci. Elle dépasse cette notion de personnalisation dans le sens de la continuité et du prolongement d’un système de valeurs où l’ensemble de la famille se considère impliqué, et revendique la propriété et la protection. La jeune fille dans ce cas est dépersonnifiée et ne peut s’affirmer comme un être responsable que « dans » et à travers la famille. Elle est ignorée, niée comme être individuel ; elle est seulement reconnue comme être familial » (Zemmour, 2002). C’est une pression exercée par la famille, la société, la religion et l’homme sur la jeune femme pour avoir un contrôle sur sa vie, son corps, sa sexualité en particulier. Elle permet à la famille de faire une bonne affaire, de trouver un gendre bien cadré et d’échanger la jeune fille contre une meilleure situation. Dans le cas où la famille se trompe sur la nature de la sexualité de cette fille, que ce soit de sa faute ou non, celle-ci sera avilie et sa famille aura perdu son honneur. Cependant en étant victime, cette femme est aussi la source et l’objet du pouvoir de l’homme qui refuse de la défendre en la livrant face à la société toute entière.
Zemmour (2002) considère la perte de la virginité, comme un sacrifice par le fait qu’une jeune fille doit être vierge la nuit de noce pour réparer ou assurer l’honneur de sa famille, de l’homme qui se sentira honoré d’avoir comme tondu un gazon neuf. L’auteure le dit : « le sacrifice est un rituel. En effet il y a bien un sacrifice rituel. La nuit de noce le sang coule (ou il doit couler). Il est impératif de le montrer ». C’est tellement vrai, le jour succédant la nuit de noce les parents (la mère très souvent) de l’homme (sacrificateur) en question, doit venir vérifier si le sang avait coulé. C’est ce qui amène de nombreuses ruses pour se refaire une virginité, en Orient. Il y a des opérations très couteuses (Slimani, 2017) pour cela ou des consultations pour confirmer la virginité de ces dernières avant les mariages. Dans notre pays, ce sont les « Beny » pour fermer le vagin, toutes sortes de thé ou je ne sais quel autre astuce dont ont recours les jeunes filles

Prostitution masquée ?
Sachant qu’on a une société très portée sur le sexe, la chair appelle la chair et quand c’est le cas comment peut-on espérer que nos jeunes filles restent vierges alors que nos garçons veulent avoir de la chair ? Avec qui ont-ils ces relations sexuelles étant jeunes ? Nos jeunes filles doivent réprimer leur désir pour s’offrir en pâture au mariage juste par devoir, parce qu’il faut que ce soit le mari. Si on trouve quelqu’un qu’on aime, vraiment ou juste quelqu’un avec qui on veut que ça soit fait, on doit faire une croix dessus et s’offrir au bourreau qui ne sait même pas comment s’y prendre ? Et se dire toute sa vie que ce serait mieux avec quelqu’un qu’on aurait choisi, voulu et non obligé par les normes sociales ? A votre avis, Lucienne a eu tort de choisir l’homme qu’elle aimait pour le faire pour la première fois avant d’aller passer une vie misérable et chiante au côté de l’homme qu’elle a été obligé d’épouser contre des bétails et des propriétés ? Et le plus révoltant dans tout ça, c’est que cet individu se fera rembourser toutes ses dépenses et se faire remettre terres et bétails juste parce que le sang n’a pas coulé. N’est-ce pas de la prostitution maquillée ? Tu paies, je te donne.
En plein XXIe siècle je crois que des clichés pareils ne persistent pas encore au sein de notre société et que les hommes ont compris que être non-vierge ne signifie pas trainée ou trou béant comme le film Mariage d’Antan a voulu le faire croire. J’espère qu’on a tous compris que la dignité d’une femme ni l’honneur de sa famille ne résident pas dans sa virginité (ou tout bonnement le sang) et qu’en 2020 aucun contrôle n’est souhaitable sur le corps ou la sexualité des femmes.

Rodeline DOLY, étudiante mémorant en Sociologie, étudiante en Sces juridiques
Présidente de l’Organisation pour l’Emancipation des Femmes à travers l’Education (OEFE)

Notes : Fait étonnant, en cliquant sur Google aujourd’hui pour avoir une idée scientifique des écrits sur la virginité en Haïti, j’ai été surprise de voir qu’il n’y en avait pas. Du tout. À dire que cette thématique qui soulève controverse dès qu’on en parle n’intéresse pas réellement grand monde.
Zine-Eddine Zemmour, Jeune fille, famille et virginité, 2002.
Leila Slimani, Sexe et Mensonges, 2017.

Maya Angelou, une icône de la lutte contre le racisme

La liste des femmes qui, toute leur vie ont combattu le racisme dans le monde est longue. À titre d’exemples, on peut citer Rosa Parks, Tony Morisson, Nina Simone et Maya Angelou dont ce papier met en lumière le parcours et le travail.

Beaucoup de femmes ont levé la voix contre l’inacceptable. Elles ont porté dans leurs plumes la certitude de la liberté pour tous. Elles se sont battues pour frayer un chemin dans la lutte contre le racisme dans le monde. Elles ont compris la fragilité dans chaque battement de cœur de la vie d’un noir. Aujourd’hui encore le racisme est d’actualité dans les villes américaines comme dans nombre de villes du monde. L’histoire de cette intolérance qui engendre la brutalité ne date pas d’hier. Cette situation ne pouvait ne pas ramener sur la toile l’une de ces icônes. Morte à l’âge de 86 ans, grande figure de la lutte pour l’égalité des genres aux États-Unis-Unis, Maya est née Marguerite Johnson le 4 avril 1928 dans le Missouri.

Une enfance difficile

« Pourquoi a-t-on grandi si c’est pour faire la différence entre les couleurs et les races ? » chante Jean Jean Roosevelt. Cette phrase dit beaucoup dans ce monde où le racisme est plus que jamais présent. C’est une phrase qui, d’hier à aujourd’hui, ne fait pas le bonheur des enfants dits noirs. Des enfants à la peau bronzée qui, d’une façon ou d’une autre, n’avaient pas besoin de grandir pour expérimenter cette violence parce que seulement ils sont considérés comme des noirs. Maya Angelou n’avait pas besoin de grandir pour comprendre cette sensation pour ressentir le poids qui, dans ses gestes, dans ses regards, trahissait son innocence. C’est comme écouter toute la misère du monde dans la voix d’Ali Farka Touré.
Très jeune, Maya a connu la brutalité du racisme en Arkansas. Lui et son frère, chez leurs grands-parents, vivaient dans cet état ou la ségrégation assassinait toute une race. Etant bonne élève, elle est la première noire à fréquenter une école d’art dramatique privée qui était réservée aux blancs en Californie.

Sa contribution dans la lutte contre le racisme

En pleine pandémie mondiale, la violence contre les noirs ne chôme pas. Les plus récents événements, comme vous le savez, sont arrivés aux États-Unis. Cette Canadienne qui appelait la police juste parce qu’un homme noir lui demandait de retenir son chien. Georges Floyd assassiné brutalement par un policier, pour ne citer que ces deux cas. La mort de Floyd est ce dernier crime qui a soulevé la colère populaire mondiale encore une fois contre la discrimination raciale. Cette situation entraîne des débats et des frustrations partout. La fureur est énorme., Maya Angelou est l’un des personnages illustres de ces combats menés en vue de faire respecter les noirs au pays de l’Oncle Sam. Elle s’est engagée pour cette liberté dans ses œuvres littéraires. Maya est ce modèle d’engagement qu’on doit suivre parce que cette question de racisme qui existait hier, qui existe aujourd’hui, risque de perdurer jusqu’à demain. Et on ne peut ne que s’inspirer de l’auteure de « Je sais pourquoi chante l’oiseau en cage » pour continuer cette lutte. Elle qui a marché aux côtés de Rosa Parks à la « Man March » en 1995. Militante des droits de l’homme, elle a inspiré des millions de personnes. Aujourd’hui plus que jamais, pour cette lutte, il faut se nourrir de la vie de cette personnalité, afin qu’un jour on arrive à éradiquer la discrimination contre les « noirs » dans le monde.

Adlyne Bonhomme
b.adlyne@yahoo.com

Que diront nos morts?

« La poésie sauvera le monde. »

Jean Pierre Siméon


Voilà ce qu’ils nous avaient dit. Voilà la vérité à laquelle nous nous sommes accrochés. Confiants. Alors, tel l’enfant qui, à chaque aurore renouvelle sa foi en un jour meilleur, nous avons fait de la poésie notre arme, notre salut. A grands coups de vers, nous avons, chacun, un peu sauvé le monde. Que de mondes n’avons nous sauvés par la force de nos mots, mais combien faut il de poèmes pour que meilleur soit demain? Le boureau ne parle pas le language de la versification. Parle-t-il au moins? Aurait il changé quelque chose s’il avait lu une ligne de toi? Un mot? S’il savait que des femmes, poétesses , il y en a moins qu’il y a de perles dans un asson?

Aussi beau qu’il soit, ce pays sait prendre tant de choses aux chrétiens vivants: la parole, la vie, la poesie. A toi, il aura pris tout à la fois.
Et bien sûr, que serait une mort sans un discours ministériel? Celui de la communication déjà se dit outré. Je le vois mal être autre chose.
Des adjectifs ont fusé: ignoble, barbare, puis la stupeur passée, nous nous sommes souvenu qu’ici les morts, les nôtres surtout, ceux que nous portons en nous comme cette terre porte ses malheurs, n’ont pas d’itinéraire.

Itinéraire zéro, pour beaucoup ils n’ont même pas d’histoire. Ici tout est bon pour laisser mourir quelqu’un. Une fièvre, un rhume, une grippe, une pandémie et puis soyons fous, une insecurité grandissante qui n’inquiète que les victimes. Faute à pas de chance, mauvais endroit mauvais moment, comme si être dans la sécurité d’un chez soi peu importe l’adresse était un crime. Pourtant on leur avait dit qu’à un moment la fin finirait par justifier les moyens.

Quelles idiotes ses balles, à cause d’elles toi et les tiens venez allonger la nécrologie du jour, de la semaine, de l’année. Nous ensevelissons des corps depuis tellement longtemps maintenant qu’il semble que nous sommes morts depuis les premiers instants de nous. Peut être que c’est à la fin de nous, vivants, que cette terre apprendra enfin à nous porter et à nous laisser vivre.

Repose en paix, Farah. Aujourd’hui même ce souhait paraît fragile. Repose tout court.

Melissa Béralus

Opinyon | Aktivite seksyѐl ou pa dwe deranje lòt moun

Lotrejou, mwen te tanmen yon konvѐsasyon ak yon zanmi sou yon atik « The guardian » te pibliye 30 avril 2020 an. Kote jounalis yo pale de akizasyon vyὸl kont prezidan Federasyon ayisyen foutbὸl (FHF) lan, Yves Jean-Bart. San nou pa retire aspè sibjektif ki lye ak pozisyon ideyolijk nou, nou te eseye abòde koze sa a sou divѐs fasѐt.

Avan mwen kòmanse eksplike w, nou dakò : « Misye ka inosan ». Dayѐ, li gen ven (20) lane nan tѐt Federasyon ayisyèn foutbòl la, li ka yon kou mal taye. Anplis, videyo ki fѐ pale anpil la, kote Jean Bart ak yon foutbolѐz (m pa p site non l) t ap pase yon entѐvyou, pa gen okenn sѐn vyòl ladan l (Mѐsi lѐ sen, lѐ zanj). Se vre, misye afiche yon pakѐt konpòtman anti pwofesyonѐl ki mete foutbolѐz la malalѐz. Men, toutotan pa gen ankѐt, toutotan li pa pase devan jij, nou paka sètifye li koupab.

Ban m tounen nan koze a, petѐt Jean Bart inosan, men, se pa premye fwa nou tande akizasyon vyὸl sou minѐ kote se granmoun k ap pwofite inosans timoun. Kidonk, kit se misye, kit se yon lὸt, se yon pawòl ki ka pale. Dayѐ, pa lontan fenomѐn « madan papa, zokiki » te fѐ gwo pale anpil (yon lὸt dife pay ankὸ nan mitan van koripsyon an Ayiti an).

Lѐ zanmi m lan fin ale, m reprann lespri mwen, m tanmen reflechi, m te vle mete larezon nan kesyonnman m yo. 

  • Si se ta vre, kisa ki pouse yon moun avèk yon karyè, yon fòtin epi yon notoryete konsa mete tèt li an danje nan poze yon zak konsa ? 
  • Sa k t ap pase nan tèt yon granmoun swasant trèz lane, al fè fòs oswa bay presyon pou l kouche yon timoun (yon minè) ki ta ka pitit pitit li ?
  • Koman yon responsab fѐ gen nan tѐt li pou l abize yon moun ki sou kont li, yon timoun anplis ?
  • Kisa ki deyѐ tѐt yon granmoun pou se ti jenn li anvi sѐlman ? Kijan yon moun fѐ pran plezi nan fosѐ, nan redi fѐ bagay ak yon moun? Kot plezi a ye? 

Ant mwen menm ak ou, mwen te pѐdi lapawὸl pandan yon ti tan! Koze a mande refleksyon.

Rapò dominasyon gason sou fanm nan sosyete ayisyen an, fè gason panse yo ka dispoze kò fanm yo jan yo vle.

Lide sa anpil, men, m pa anvi mize sou li. Li sanble yon pati nan repons lan.

Èske Mesye Dadou gen dwa pou l fòse moun gen rapò ak li? Èske dominasyon an rive jis la ? Èske soumisyon an nan bout sa ?

Dominasyon sa a sanble ekonomik tou, pouvwa lajan se gwo koze. Mwen ta sipoze voye je m sou pati sa tou.

Eta mizѐ fanmi, rann timoun vilnerab

Lide sa anpil tou wi, men m pa vle mize sou li pi rѐd.

Rezilta se sa ki enpὸtan, Zenglen chante l. Dominasyon ekonomik sa makonnen ak mantal tou, piske gen kѐk moun ki reziste. Se pa pou di lide a pa gen sans, men, m pito chita sou lὸt pwen toujou.

Tout gou seksyèl yo nan lanati 

Epi m vin sonje yon imoris fransè mwen apresye anpil ki rele Roman Fraysinnet. Misye gen yon eskètch li fѐ pou l pale sou gou seksyѐl. Li di : « fѐ bagay se tankou jwe nan loto ». Ou pa chwazi sa k ka atire w seksyèlman. 

Koze sa ka charye anpil pawòl dèyè l. Wi, tout moun se moun men tout moun pa menm. Wi, se diferans nou ki bay lanati bèlte. Yon moun ka renmen pijon lòt la se chat li manje ase. Youn ka renmen bay baton, lòt la renmen pran baton.

Moun pa ta dwe dikte gou ak anvi lòt moun. Sa k atire w, gou seksyèl ou ta sipoze yon dwa. Imajinasyon pa oblije bride nan fѐ bagay. Kit ou se fanm, kit ou se gason, kit ou pa defini. Imoris la te mete aksan tou sou posibilite ki egziste – pa aza oswa lòt mwayen rechѐch – pou tonbe sou yon moun ki sanble ak ou a, k ap fè w jwi pi plis pase jan w te imajine l.

Mwen pa anvi kanpe reflechi sou tout kalite gou seksyѐl ki egziste nan lanati a, se vre yo varye, se vre chak jou pi plis ou tande gen yon nouvo kategori. Sa ki fѐ yon moun dous, sa ki eksite li, se paradi l, yon wout pѐsonѐl.

N ap viv anndan sosyete a

Sѐl sa, nou pa dwe janm bliye nou se moun, nou anwo tѐt echѐl dominasyon lanati a. Menmsi, nou arive donte bѐt, pyebwa, nou arive vole nan lespas, nou eseye domine youn lòt nan konpare koulѐ po, kalite ledikasyon, kantite lajan elatriye. Malerezman pou kѐk nan nou ki ta vle panse lekontrѐ, nou sosyab, nou paka viv san youn lòt, jis gade jan nou repwodui, sou anpil pwen nou samble zannimo sѐl LALWA ki diferansye.

Kidonk, nou pa dwe pѐdi pye ak reyalite lavi nou. N ap viv nan sosyete, kit nou vle, kit nou pa vle, gen je ! Libѐte w kanpe lѐ pa lὸt la kòmanse, pawὸl sa plis k on priyѐ ! Se limit ki fѐ nou moun, kapasite nou genyen pou n deside, pou n mete baryѐ nan chwa y ap enpoze n. Se sa ki fѐ gen yon seri kὸd konduit, pa bliye, ou ka pa anvi swiv yo se dwa w, men dwa w kanpe lѐ w ap monte sou dwa yon lot.

Fè bagay kont ou, se toujou dwa w. Sѐlman lѐ anvi ou a depase kad legal sosyete a etabli tankou ou sèlman anvi timoun anba dizuit lane, li vinn pa rele gou seksyѐl ankò pou moun k ap gade. Plis ankò lѐ ou melanje gou seksyѐl ou ak dominasyon, pouvwa ekonomik, ou kite kad plezi a nѐt. 

Ou tounen yon danje sosyal si w paka jere pilsyon seksyѐl ou. Sonje, se sѐvo ki komande kὸ. Pèsòn ki dwat nan tѐt yo pa pral jete kò yo nan mitan dife san rezon, ti vwa larezone nan tѐt ou a, anpeche w di moun betiz san bezwen oswa voye wòch sou tout sa k ap bouje.

Se menm jan an tou, yon moun ak tѐt li byen vise sou zepòl li, paka vole sou nenpòt moun pou vyole, maspinen, imilye kit se kò kit se lespri, okenn moun parèy li. E sa valab menmsi moun lan ta mouri, endispoze, gen problѐm mantal, oswa soufri nenpòt andikap la.

Bezwen fѐ bagay

Se vre, nou toujou ap di fѐ bagay se yon bezwen men nan okenn ka konparezon an dwe kanpe la. Si w pa fѐ bagay ou pa p mouri, alòske, apati twa jou san bwѐ dlo w ap koumanse santi sa.

Nan venteyinyѐm syѐk sa, moun pa dwe viv ni reflechi tankou zannimo. Nou pa konn an chalѐ. Nou ka tann pou nou fè bagay. Poutѐt sa nou dwe reflechi avan nou fè bagay.

Anyen pa p gate, anyen pa p pouri.  Sinon nou riske tonbe nan fè bagay ak ti kabrit, poul, pye bannann ( m konn wѐ kѐk videyo konsa wi lesyѐl). Nou riske fini ak mounite nou nan vare dѐyѐ moun pou bouboun ak koulout.

Toujou gen yon mwayen pou jwi, gen yon mwayen pou rete nan kad nὸmal, legal, sosyal pandan w ap viv seksyalite ou. Chèche l ! Viv li jiska lemowoyid ! Sonje, pa gen okenn plezi nan pѐdi libѐte, ni nan viv nan estrѐs.

M te gaye ! 

Se petѐt koze a sa, se petѐt repons lan sa.

Kiyѐs ki konn sa ki fѐ mesye Dadou bande ? Ki moun ki ka di sa ki fѐ l voye ? Li gendwa pran plezi sѐlman nan rapò ak silbatѐn. Mesye Dadou ka renmen yo rele l prezidan, li ka renmen redevans, adorasyon, rekonsesans a vi.

Gen pil move je, se inosan san defans yo renmen, moun ki pa gen vwa, moun ki nan bezwen, rapὸ domine-dominan. Si mesye Dadou pa bande ankò, li gendwa ta renmen konsѐve ògèy gason li, pou moun pa pale, pou fanm pa plenyen.

Pi bon mwayen yon moun genyen pou l tande gwo alsiyis, pou yo remande l fè bagay san randman, se jere an bòs : fè bagay yo malman, bay opὸtinite, bay lajan, bay kado. 

Si se ta vre, si se ta sa

Mesye Dadou t ap pѐdi kad legal gou seksyѐl li a, li t ap tounen yon manipilatѐ, dominatѐ, yon sosyopat, yon sanzave, yon granmoun dejwe, yon lougawou k ap vòlò rѐv jenn timoun, yon san fwa ni lwa ki santi l sou tѐt lalwa ak lajistis an Ayiti.

Toujou gen yon mwayen legal, sosyal ak moral m di w. Chѐche ou pa chѐche ki fѐ w pa jwenn. Lѐ w jwenn mwayen an, tout fantas seksyѐl ou reyalizab, sѐlman, rete nan senk mѐt senkant ou, pou lapѐ lespri w, si w pa pѐ lajistis klopi klopan nan peyi a.

M pa p janm mande w pou mete baboukѐt nan imajinasyon w, nan pouvwa fѐ bagay ou, nan dwa chwazi w. M pa p janm pemѐt mwen jije chwa lavi yon moun sitou si li gen pou wѐ ak ti bout anba l piske m pa p janm ba w dwa gade anba pa m. 

Aaaaa twòp refleksyon sou Yves Jean-Bart ! Ban m reflechi ak ekri yon ti pawòl espesyal pou mesye Dadou pou paj fesbouk mwen:

« Mesye Dadou, si eskandal sa ta manti, eskize tout egzanp m pran sou do w yo ; si ou ta gen kѐk gou seksyѐl patikilye, m vle di w gen mwayen legal, sosyal, politikman kòrèk pou viv seksyalite ou san tabou. E si ou ta fѐ sa yo vre, tout koze yo, ou se yon danje sosyal ki merite prizon. »

O! Fòk mwen gen yon ti koze ant mwen ak ou kounya ki t ap li m depi tout tan sa a : « Libere anvi fѐ bagay ou, men libere l byen. Fѐ tout sa ki nan lide w. Men veye pou pa pѐdi tѐt ou ak lavi ou sou wout libѐte a. »

Anpil lanmou pou ou.

Sous foto ilistrasyon atik la : The Guardian

La Mousse

We women en campagne contre les violences basées sur le genre

We Women, est une organisation à but non lucratif travaillant entre autres dans le domaine de la littérature produite par les femmes.

À travers les réseaux sociaux, We Women mène une campagne contre les violences faites aux femmes et aux filles, du 27 avril au 27 mai 2020. Mus’elles a interviewé Renée Vancie Manigat, présidente de l’association pour savoir davantage sur cette initiative.

Mus’Elles (M) : Parlez-nous de la mission de We Women et du travail que vous effectuez en Haïti.

Renée Vancie Manigat (RVM) : We Women a réalisé sa première activité, un séminaire sur l’écriture scénique, en août 2019 et nous nous sommes lancé officiellement, le 6 septembre 2019.

Renée Vancie Manigat, présidente de We Women.

Ce fut une période assez mouvementée, pénurie de carburant, troubles politiques, ce qui ne nous a pas empêché de désarçonner face à notre mission. Nous avons continué d’encadrer et de coordonner des activités autour de la littérature féminine, de créer un système de réseautage entre les femmes auteures un peu partout, d’encadrer des femmes en situation de vulnérabilité en les formant sur la question du genre et de l’inclusion financière.

D’où nos axes d’intervention sont : EDUCATION-CULTURE-GENRE-LITTERATURE, notamment dans l’aire métropolitaine, même si nous ne sommes pas limitées au département de l’Ouest.

Nous n’avons cependant pas la prétention de toucher tout le monde surtout que cette campagne se réalise via les réseaux sociaux.

Renée Vancie Manigat, présidente de We Women.

M : Vous avez lancé une campagne contre les Violences basées sur le genre (VBG). Par rapport à quel constat avez-vous décidé de mener cette campagne et dans quel objectif ?

RVM : Depuis le 27 Avril nous menons une campagne à travers les réseaux sociaux contre les violences faites aux femmes. Elle prendra fin le 27 Mai 2020.

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Les violences basés sur le genre et majoritairement enregistrées sur les femmes durant le confinement sont très fréquentes. À l’international, l’augmentation des cas de femmes maltraitées pendant le confinement a accusé d’une hausse considérable. En Haïti quoique partiellement confinées,nous nous sommes dit que c’est le moment d’amplifier nos voix pour aider d’une manière que ce soit les femmes confinées avec des partenaires bourreaux.

Nous visons à travers cette campagne de sensibiliser les gens à l’aide de messages. Nous voulons permettre aussi que des victimes silencieuses, à travers nos messages trouvent une motivation pour se défaire des chaines de leurs bourreaux, prendre conscience de leur situation. Hommes et femmes y participent car la violence basée sur le genre doit être l’affaire de tous et de toutes.

M : Comment  procédez-vous aux choix de vos messages et de leur publication ?

RVM : Chaque jour on poste 3 ou 4 messages disposés sur des affiches. On les partage pour qu’ils touchent le plus de monde possible.

Cette lutte est une lutte des droits de la femme en tant que personnes humaine, mais aussi contre le patriarcat aveugle et égoïste.

Renée Vancie Manigat, présidente de We Women.

M : Qu’est-ce que cela implique de faire une telle campagne en plein Coronavirus?

La crise du Coronavirus peut bien avoir capté toutes les attentions par sa vague meutrière. Cependant les autres pathologies, les inégalités, les abus sexuels existent et n’ont pas chômé. Au contraire, ils ont perdu de l’intérêt, car le focus est mis sur la gestion du Coronavirus, ce qui est compréhensible. On a lancé cette campagne justement à ce moment pour faire un travail de sensibilisation sur les violences sexistes. Nous n’avons cependant pas la prétention de toucher tout le monde surtout que cette campagne se réalise via sur les réseaux sociaux.

Mais selon nos moyens, on fait notre part en espérant que d’autres organisations plus autonomes financièrement se mettent de la partie et atteignent les couches qu’on a pas pu toucher pendant ce mois de campagne. Aussi, je dois préciser que ce ne sera pas notre dernière campagne ou activités en rapport aux violences basées sur le genre.

Beaucoup de personnes utilisent les réseaux sociaux, ce sont des canaux de retransmission à grande portée. Lorsque des personnes voient nos messages, elles peuvent être sensibilisées, un message peut leur rappeler une situation et les inciter à prendre une décision, elles peuvent le partager avec une victime pour lui montrer que rien ne l’oblige à accepter cette horrible situation.

M : Quelles sont les profils  et le nombre de personnes qui portent ce message?

RVM : Ils sont de toutes les professions. Médecins, ecrivains.es, etudiants.es, artistes, animateurs.trices, travailleurs sociaux, responsables d’organisation luttant contre la VBG. Ils devraient être 100 au départ. On a reçu tellement de demandes de personnes qui veulent contribuer à faire passer un message qu’on a eu plus de 100 au final. Le nombre exact sera communiqué à la fin de la campagne.

M : Nous avons remarqué qu’il y a aussi des hommes dans les affiches.  Pourquoi ce choix?

RVM : Les hommes ont choisi de participer. Les hommes sont le profil type de l’agresseur dans ces cas. Cette lutte est une lutte des droits de la femme en tant que personnes humaines, mais aussi contre le patriarcat aveugle et égoïste.

Le message des hommes est susceptible de démontrer une prise de conscience et peut encourager d’autres hommes à abandonner cette pratique barbare et sanguinaire dont ils se positionnent en auteurs. C’est aussi pour avoir des hommes pouvant servir d’exemples des bons codes comportementaux avec leurs partenaires ; bien que nous ne pouvions réduire la violence aux seules relations entre couples.

M : Quels sont vos partenaires dans cette campagne et de quel type?

RVM : Nous avons pour la plupart des partenaires habituels comme Sequ’Elles, initiée par Ludnear Diane Augustin. C’est une plateforme qui organise des causeries pour que des femmes puissent parler de ce qu’elles endurent, les luttes qu’elles mènent ou ont eu à mener. Ces causeries sont inspirantes et motivantes.

Il y a aussi Dofen News, lancée par Daniella Jacques, est un média en ligne dont l’actualité porte sur les réalisations des femmes. CJGBG (Collectif des jeunes de Gros Balancé pour l’avancement des Jeunes de Ganthier), une jeune organisation à Ganthier qui travaille dans la lutte contre les droits des femmes, dont la secrétaire est Jémina Petit-Homme participe avec nous. Enfin, il y a HTIC, une plateforme technologique regroupant des femmes, dont la présidente est Nadia Charles.

Ce serait mentir de penser que la violence sur les femmes n’existerait plus après cette campagne. C’est une lutte contre un système instauré, cela va prendre du temps.

Renée Vancie Manigat, présidente de We Women.

M : Quelles sont vos  attentes après cette campagne?

RVM : Ce serait mentir de penser que la violence sur les femmes n’existerait plus après cette campagne. C’est une lutte contre un système instauré, cela va prendre du temps. Cependant, au niveau de WE WOMEN, nous croyons que les messages que nous partageons feront mouche. Des victimes silencieuses les liront, méditeront sur leur cas et trouveront la force de chercher de l’aide et d’aller vers l’avant.

Des bourreaux déguisés en conjoints, petits amis, seront face à eux-mêmes à travers les messages et donc face à leurs attitudes horribles; nous espérons qu’ils seront susceptibles de prendre conscience enfin de leurs bêtises, de cette méchanceté qui affecte la situation des femmes, quelles qu’elles soient leurs classes sociales, leurs couleurs de peau, etc.

Nos attentes sont donc une graine germée au milieu d’autres de toutes ces organisations sœurs qui luttent contre les violences dont les femmes font l’objet. Si les fruits de l’abolition du patriarcat, égoïste, sanguinaire sont semées, c’est déjà un gain contre ce système qui aliènent ces hommes qui définissent trop souvent leur existence dans la martyrisation des femmes.

M : Avez-vous d’autres actions prévues dans le contexte de la pandémie de la Covid-19?

RVM : Pour le moment nous essayons de trouver du financement pour pouvoir en entreprendre. A défaut d’en trouver, nous réfléchissons à ce qui est possible par rapport à nos faibles moyens. Mais en attendant, nous partageons spécifiquement les informations alliant la pandémie et les Violences basées sur les genre, tout en nous fixant sur les messages de sensibilisation sur les violences sexuelles en général.

Propose receuillis par Jeanne-Elsa Chery

Siromiel en concert live ce dimanche

À l’instar de plusieurs groupes musicaux du HMI, le groupe Siromiel s’apprête à offrir un concert live, en huis clos ce dimanche 17 mai 2020, à Vivano Restaurant, sis à Pétion-ville.

Ce dimanche, à 5h PM, Siromiel compte mettre du sirop aux tympans de leurs followers et fans sur différentes plateformes en ligne. Une performance de deux heures qui s’annonce endiablée, comme à leur habitude.

La bande composée de 6 musiciennes dont une chanteuse en lead, munie de leur voix et de leurs instruments se présentera au complet sur scène , sous les rênes de Samora Julmisse, leur maestria. Siromiel rejoint la longue liste des « live show» organisés pendant le confinement dû à l’épidémie du Coronavirus.

Vivano est un lieu culte qui a déjà accueilli bon nombre de prestations de ce groupe composé exclusivement d’artistes féminines et à l’avenir très prometteur. Demain, elles seront là-bas sans la présence physique de leurs fans, une expérience tout à fait nouvelle pour elles. Le bal sera toutefois diffusé en direct sur les plateformes stream de @Guy Wewe radio a, @Toutatis, @StartVHaiti et de @Ticket magazine. L’occasion pour les confiné.e.s de profiter gratuitement d’un nouveau show du groupe.

Ce dernier qui interprète plus de musiques du monde et caribéennes dont le compas direct piochera du répertoire musical du terroir pour gratifier leurs fans avec des morceaux choisis de Carole Démesmin, Jacquito, Zin, etc. Une partie de la programmation sera consacrée aux compositions de Ti Manno, icône de la musique compas en Haïti, dont le 13 mai ramena la commémoration de sa mort, à New York. Une façon d’honorer sa mémoire aux dires de la maestria.

La Covid- 19 impacte considérablement les programmations du groupe qui affirme vouloir vivre essentiellement de la musique. La bande a dû décliner deux invitations , une au Canada, au Festival MondoKarval et une autre en Guadeloupe, au festival Caribexpo. Celles-ci allaient sans doute leur permettre de multiplier leurs possibilités de promotion à l’extérieur. Un album de 5 à 6 tubes du groupe était aussi en studio, mais elles ont dû arrêter d’y travailler depuis l’état d’urgence décrété le 19 mars 2020, par les autorités locales, suite à l’enregistrement d’un unique cas de Coronavirus sur le territoire.

Pour la maestria du band, ce bal est offert pour rester connecté avec leurs fans et leur témoigner soutien et affection en ces moments difficiles. Il est realisé aussi pour lancer un message de positivité et d’espoir, « car la vie ne termine pas avec le coronavirus », déclare Samora Julmisse, confiante. 

Si face à cette crise sanitaire , Siromiel ne démord visiblement pas, offrir à leurs fans tant soit peu de divertissement avec ce show n’est pas ce qu’il y a de plus facile. Les démarches s’avéraient délicates, a fait savoir Samora Julmisse, en raison des restrictions de mouvement liées au confinement. Il fallut également trouver un lieu adapté pour respecter la distanciation physique, organiser le déplacement des artistes pour les séances de répétition , ajouté aux sponsors qui ne se sont pas pointés en nombre.

 Siromiel est composé de Samora Julmisse (Keybordiste, choriste et maestra), Ericka  Julie Jean Louis (choriste), Choute Sergina (choriste)  Fredgy Joseph (guitariste), Aurore Nicole (Batteuse), Myrlande Louis (Basiste) et existe depuis tantôt 2 ans.                  

                                     Jeanne-Elsa Chéry  

Nouvelle pépite d’honneur pour la journaliste Lunie Joseph

Critique, passionnée et fougueuse, Lunie Joseph est l’une des quelques femmes haïtiennes haïtiennes à exercer et vivre du métier de journaliste. Parcours d’une femme qui s’inscrit dans le paysage médiatique politique, avec un parcours exemplaire quoique atypique, à bien des égards.

Le mardi 12 Mai 2020, la journaliste Lunie Joseph a reçu une nouvelle qui marque désormais sa carrière professionnelle. Elle vient d’être promue, coordonnatrice générale de la Radio Zénith, qui a repris les activités le jour même de sa promotion, après deux mois d’abscence sur la bande FM. Des commentaires élogieux ont tari sur les réseaux sociaux et dans l’entourage de celle qui est connu pour sa ténacité et sa fougue remarquable dans ses reportages. Au bout de cette consécration, Lunie Joseph n’en demeure pas moins déterminée et fière de continuer à servir la population haïtienne.

Ce n’est pas la première fois que la journaliste se distingue avec des mentions honorifiques et sûrement pas la dernière dans un pays où femme et journaliste ne vont pas nécessairement de pair. De reporter en 2013, l’animatrice de l’émission politique « Train matinal », qui offre une brochette d’informations, d’analyse et de débats qu’elles anime avec les journalistes Denel Sainton et Georges Fortuné était promue coordonnatrice de la salle des nouvelles avec un cachet de deux cent milles (200.000) gourdes de prime suite à la couverture exceptionnelle de la journée du 11 septembre 2019 au parlement.

Lunie Joseph recevant sa prime, source photo Juno7

Les remous politiques au parlement avaient attiré les yeux sur Lunie Joseph qui ne semble pas faire dans la demi-mesure. Elle y était restée en dépit de l’heure avancée et des incertitudes de la tenue de la séance, ce qui avait fait monter en flèche le nombre de personnes qui adoubent sa passion débordante et sa motivation incontournable pour le métier.

Née un 30 août à Delmas, Joseph, ayant appris les Sciences de l’Éducation à l’UNAP (Université Autonome de Port-au-Prince), a travaillé comme éducatrice. Son premier boulot comme enseignante au primaire l’avait permis d’avoir une certaine autonomie financière. Avec de l’argent gagné dans son métier d’enseignante, elle a ajouté le journalisme à son CV. Ce choix allait déboucher sur une carrière qui est à sa 7ème année.

Les premiers pas de Joseph dans la radio, à Espace FM, deux années après le tremblement de terre du 12 janvier, furent tout aussi remarquables. Elle témoigne que ses collègues, dont le PDG de cette station, l’encourageaient à poursuivre sur cette lancée, pour laquelle elle est visiblement douée.

Jeune élève, celle qui est devenue l’une des figures féminines majeures du journalisme en Haïti avoue avoir toujours été une adepte des émissions de nouvelles. Ces dernières donnent le ton à ses journées. Joseph chérit l’information locale autant que les pages internationales, car elle croit que l’information est une donnée essentielle dans la vie de la citoyenne et du citoyen.

Alliant motivation et exigences professionnelles , Joseph pointe du doigt les failles du métier qui parfois se déroule sans les protections nécessaires, sans compter un manque flagrant de figure féminine émergentes et une sous-estimation de la capacité des femmes dans le journalisme en Haïti.

Et, lorsque l’on monte dans la pyramide des âges, les femmes journalistes disparaissent peu à peu du paysage. Le cas de Joseph relèverait de l’exceptionnel où on valorise à juste titre son professionnalisme. Elle a été maintes fois menacée dans l’exercice de sa profession et reconnait combien l’exposition aux représailles de toutes sortes sont monnaie courante dans le milieu journalistique.

Mais ce n’est pas ce qui va décourager celle qui poursuit des études en Diplomatie et Relations Internationales :

« J’aime apprendre et écouter les autres. Cela me sera utile dans mon nouveau poste. Je suis en pleine construction et je ne m’arrêterai pas car j’ai encore de nouvelles étapes à franchir . C’est le moment plus que jamais de mettre tout mon potentiel au service d’un métier qui tient depuis toujours mon admiration »,

confie Lunie Joseph.

Fidèle à l’esprit critique de la radio Zénith FM, Joseph est toutefois loin de n’être que disciple. Première femme coordonnatrice de la station, disposant d’une bonne connaissance des ressorts médiatiques, elle figure parmi les personnalités médiatiques incontournables.

Lunie Joseph à la fois attaquée et infiniment respectée, elle est l’une des rares femmes journalistes d’Haïti à s’accrocher autant à son micro.

                                                                                                            Jeanne-Elsa Chéry

Des dessins artistiques pour penser le confinement et ses mille et un visages

Reproduire les multiples visages que prennent le confinement dans le contexte de propagation du Covid-19, c’est la motivation de Nathania Périclès, qui a lancé le challenge #Donnezmoiunvisage, #lesmilleetunduconfinement. Depuis le jeudi 2 avril 2020, circulent principalement sur Facebook des desseins vibrant d’imagination, d’émotion, de créativité, d’un coin à l’autre, d’un artiste à l’autre, en ces moments particuliers, où le confinement est vécu tantôt comme un choc culturel, tantôt comme un luxe…

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« On a un nom pour la maladie, mais les vécus, les ressentis, hors des foyers de contamination ou des services de soin ne sont pas tant priorisés par les médias mainstream. C’est pourquoi, des artistes puisent de leur imagination pour produire des expressions du climat tumultueux du moment»,

confie la plasticienne Nathania Périclès.

Comme elle, plusieurs artistes en arts visuels réalisent chez eux, avec les matières qu’ils trouvent sous la main, des dessins pour traduire en images le confinement. Certains hésitent encore à partager leurs œuvres jugeant qu’elles ne sont pas à la hauteur de leurs ambitions, ou pas encore prêtes à être présentées au public, tandis que d’autres fleurissent les réseaux sociaux des derniers fruits de leur imagination. Autant de visages, autant de situations, autant de ressentis, de frustrations.

« Parce qu’on ne peut pas mettre un seul visage sur le confinement, on le vit en fonction de sa géographie, de son pays de résidence, du fait qu’on soit en couple ou pas, contaminé ou pas. Même une seule personne peut vivre différents moments»,

postule Nathania Périclès qui poursuit un master en scénographie à Strasbourg.

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Nicolas Verguin, un étudiant en scénographie à la Haute École des Arts du Rhin(HEAR) qui s’est lui aussi prêté au jeu du challenge, avoue que le confinement est un vrai cauchemar pour lui. Son envie de dessiner des séries de visages vient du fait qu’éloigné de ses proches et amis pendant une durée indéterminée, il voulait tout de même recréer des scènes ainsi que mettre en lumière et en ombre différents types de visages en confinement.

 « Je trouve que cela a du sens en cette période très concrète de confinement où personne ne sait vraiment comment les choses vont se poursuivre et quel sera l’après »,

clame-t-il.

L’artiste n’éprouve pas jusqu’à présent de difficultés particulières à réaliser un tel exercice en cette période inédite qui stimule les créateurs à réinventer leurs rythmes de production. Il a toutefois des questions qui lui taraudent l’esprit : « Où vais-je et qu’est-ce que cela veut dire pour moi ? Où tout cela nous mène, en tant qu’artistes ? »

Corinne Périclès, qui a dessiné un autoportrait( Dessin en couverture) pour prendre part au challenge, parle de ce qui l’a poussé à suivre le courant du challenge. Elle revient aussi sur ses retombées:

«Ce challenge a suscité des regards, des retours sur ce qui nous traverse comme humains d’abord, comme artistes ensuite, tentant de sculpter à notre manière ce que nous ressentons face à ce virus, invisible à l’œil nu mais qui fait planer l’incertitude au-dessus de nos têtes. Je voulais en profiter pour allier ma verve créatrice et mon envie de garder l’espoir que viendront des jours meilleurs. »

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Des artistes tels que Sylvie Laurent Pourcel, Pascale Faublas, Mirmonde blaise , Mackenley Darius, Walner O. REGISTRE dit Doc Wor, Kervens Prévaris, Marjolaine Mansot, James Pierre dit Kakarat, ont tous mis en branle leurs crayons pour concevoir différents visages de confinement.

En plus de projeter ces différents visages, ce challenge a pu inciter les participant.e.s à se ressourcer; il a facilité le réseautage entre des artistes vivant en Haïti, en France à Belgique et à Montréal. Des retrouvailles, des discussions sont provoquées, ont confié plusieurs autres participant.e.s.

« Ce qu’il y a d’intéressant et d’inattendu, c’est de ne pas pouvoir cerner l’aboutissement de ce mouvement de création. Même si produire un album contenant ce florilège de dessins considérés comme des définitions de situations de confinement, serait un acquis ou un témoignage des réponses surtout personnelles et interindividuelles au confinement lié au Covid-19. », soutient Nathania Périclès.

Jeanne-Elsa Chéry

La Chicha, un danger ignoré

Cela fait déjà des années depuis que fumer de la chicha devient une pratique très prisée dans le pays. En effet, plusieurs bars de la capitale possèdent des tables disposant de chicha, attirant un public assez diversifié, dont en grande majorité, des jeunes. Cette pratique connait un essor pas seulement en Haïti; on estime que, dans le monde chaque jour, 100 millions de personnes en font usage.

Certains jeunes s’obstinent à croire que l’usage de la chicha ne représente aucun danger, du fait que la fumée soit dans une certaine mesure moins nocive que celle de la cigarette. Pourtant selon des études réalisées ont montré qu’elle contient 10 fois plus de monoxydes de carbone que le tabac.

Composition du tabac à Chicha

Le tabac à chicha, est placé dans une douille donnant sur une cheminée, qui alors conduit par aspiration la fumée au fond d’un vase rempli d’eau. Et comme toutes les fumées de substances organiques, celles de la chicha libèrent environ 4000 substances chimiques dont certaines sont toxiques, irritantes et cancérigènes, suivant l’avis des spécialistes.

Le tabac à chicha est composé généralement de tabac (30%), de mélasse (70%). Et le reste est constitué d’aromes, d’agent de texture et d’un récipient servant de conservateur.

Mwen rekonèt li trè nosif epi mwen kòmanse santi konsekans yo paske mwen gen pwoblèm respirasyon, sa te vin fè mwen pa fimen l ankò”,

Des jeunes addictés

À Jwi Lavi, un bar situé dans la commune de Carrefour à Côte-Plage 18, on rencontre pas mal de jeunes qui viennent là-bas pour fumer la chicha. Selon ces jeunes, ils viennent presque chaque week-end pour se divertir.

“Fumer la chicha est devenue une habitude. Dès qu’on s’amuse, elle doit- être présente parmi nous. C’est comme une addiction. On ignore si elle représente un danger ou pas, mais on en jouit pleinement.”

Wendy Elisée, un jeune étudiant en électromécanique, nous parle de ses expériences avec la chicha. D’après lui, la première fois était juste pour essayer et du coup il a aimé l’ambiance:

“Mwen fimen chicha lakay mwen ak nan pwogram, se pa yon bagay mwen fimen souvan. Mwen santi mwen high lè mwen ap fimen li men sansasyon an pa dire tou depan de konpozan mwen mete a. Mwen rekonèt li trè nosif epi mwen komanse santi konsekans yo paske mwen gen pwoblèm respirasyon, sa te vinn fè mwen pa fimen l ankò”, nous confie-t-il.

Le Dr. Alerte Gahétan travaille aux Gonaïves, une ville assez agitée en terme de loisirs. Il y existe plusieurs bars, des discos pullulent; les divertissements simples y sont accessibles. Il raconte que des personnes viennent à l’hôpital pour des problèmes respiratoires ou cardiovasculaires, suite à la consommation excessive de chicha.

Quand vous leur posez ce genre de question ils ont tendance à nier le lien entre cette pratique et leurs malaises, mais j’ai déjà reçu ce genre de cas là-bas“, nous raconte le médecin.

Une habitude nocive

L’utilisation de la chicha peut entrainer la bronchite chronique, des maladies cardiovasculaires, le cancer des poumons et aussi le cancer des voies aéro-digestives. À noter que c’est aussi dangereux pour la personne exposée à la fumée passive. Ce qui veut dire, la personne qui respire la fumée sans que ce soit elle qui l’utilise. “En réalité, la chicha est plus dangereuse que la cigarette”, nous explique Docteur Alerte Gahétan.

Selon ce jeune médecin généraliste, “l’État devrait mettre en garde les jeunes des méfaits de l’utilisation de la chicha, mais, on sait que notre santé n’est pas leur priorité”.

Le Dr. Alerte Gahétan fait savoir également que l’eau emmagasinée dans le bol, par laquelle passe la fumée, a pour effet de réduire la grosseur des particules. Ce qui permet une meilleure pénétration de celles-ci au niveau des poumons.

On fume une cigarette dans dix minutes au maximum tandis que le tabac à chicha peut durer une heure de temps.

En plus, après la nicotine contenue dans le tabac, on y trouve également des métaux lourds et on sait à quel point ceux-ci constituent un danger pour notre organisme. Utiliser la chicha pendant une journée équivaut à fumer 52 cigarettes environ.

On fume une cigarette dans dix minutes au maximum tandis que le tabac à chicha peut durer une heure de temps. Donc, ce qui expose l’organisme de plus en plus aux effets toxiques.

Je souhaite que les jeunes qui en font l’usage arrêtent de fumer dès maintenant avant qu’il ne soit trop tard. De plus, une campagne de sensibilisation à grande échelle doit-être organisée par les autorités”, propose le docteur Gahétan.

Nelza Méus

Informations photo :

Cp : Loop Haïti

Quatre semaines d’activisme pour sensibiliser sur les droits des femmes et le développement équitable en Haïti

L’Initiative pour un développement équitable en Haïti (IDEH), une association à vocation féministe organise : Quatre semaines d’activisme sur les Droits des femmes et le développement équitable en faveur de l’équité et l’égalité des droits en Haïti », du 8 mars au 3 avril 2020. Le coup d’envoi a eu lieu le dimanche 8 mars avec une marche pour sensibiliser sur les violences faites aux femmes et aux filles dans la communauté de Christ-roi, à l’occasion de la journée internationale des droits des femmes.

La marche a fait suite à une conférence de presse, donnée le lundi 9 mars à 10 heures AM à leur local sis à la rue Waag. Ce fut l’occasion de dévoiler quelques activités qui composent la programmation. Fidèle à sa tradition, l’IDEH commémore encore cette année des dates importantes tant pour le mouvement féministe en Haïti qu’à l’international. C’est ainsi que, le 8 mars et le 3 avril, journée nationale de Mouvement des femmes haïtiennes, sont toujours l’occasion pour l’institution d’attirer l’attention sur les rapports sociaux de sexe dans la société.

Une kyrielle d’activités telles que des clubs de débat, conférences de presse, ateliers de formation, projection de films est prévue dans un contexte difficile ; puisque la directrice exécutive de l’institution, feue Claudine Saintal, est morte subitement alors qu’elle était en plein dans les préparatifs de ce mois d’activisme et de plaidoyer qu’elle avait voulu qu’il s’étale sur huit semaines. Esther Randiche, présidente de IDEH et directrice exécutive a.i déclare à ce propos : « Ces quatre semaines d’activisme et de plaidoyer se déroulent dans un climat peu serein au sein de IDEH où nous faisons face à la perte d’un de nos membres fondateurs et personnes ressources de l’association qui a combattu corps et âme les rapports inégalitaires entre hommes et femmes. Mais déterminé.e.s à pérenniser sa mémoire et continuer le combat pour l’égalité des genres, qui est tout le temps remis en cause par l’opinion publique, nous allons poursuivre nos actions en dépit des difficultés. »

Travaillant depuis 2012 dans le secteur du genre,l’IDEH a quatre champs d’intervention : la santé, les violences basées sur le genre, l’éducation à l’égalité, le genre et le handicap. Elle est l’une des rares organisations féministes qui plaide pour la prise en compte des besoins sexospécifiques des femmes en situation de handicap dans les politiques publiques.

« Nous espérons, par ces activités de sensibilisation, à caractère éducatif et récréatif attirer l’attention du public sur la problématique de genre et jeter les bases d’un futur équitable en Haïti. ».

Esther Randiche

Des espaces comme Jaden samba et leur local se prêteront à cet évènement qui consacre un thème à chaque semaine. La première semaine se déroule sur le thème : Droits des femmes en situation de handicap avec pour ; la deuxième semaine : « Droits socio-économiques des femmes » ; la troisièmesemaine : « Leadership et participation des femmes dans la sphère publique « ; la troisième semaine semaine : « Femmes, medias et culture » et la quatrième semaine sur le « Féminisme et la religion ». Tout dans l’objectif de : « Sensibiliser sur les enjeux des droits des femmes et d’encourager à soutenir diverses actions visant à empêcher leur constante violation ».

La clôture des quatre semaines d’activisme se fera par un hommage à Claudine Saintal, le 3 avril prochain. Les informations à ce sujet seront partagées ultérieurement par les responsables de IDEH sur les différentes plateformes de l’institution.

La rédaction

Précarité menstruelle et droits des femmes

Le mardi 26 février, le parlement écossais entrait dans l’histoire en votant un projet de loi inédit : la gratuité des protections périodiques. Cet exemple de prise de position politique est une première dans son genre et il est à espérer qu’elle fera des petits, en Europe ou ailleurs.

Car oui, la gestion de la santé menstruelle pose problème. Pas besoin de chercher bien loin pour réaliser que la précarité menstruelle est une réalité qui touche de nombreuses femmes. Sans abris, étudiantes, mères de famille monoparentale, élèves qui n’ont pas d’argent de poche… La pauvreté menstruelle n’a pas de visage ni de couleur de peau, elle touche les femmes sur toute la planète.

Dans la foulée des scandales récents, on peut penser à cette jeune fille en Inde en 2018,   tuée dans une tempête alors qu’elle ne pouvait dormir dans la même maison que sa famille, parce qu’elle avait ses règles. En 2019, une jeune Kenyane se donnait la mort parce que son professeur s’était moqué d’elle en classe, pour les mêmes raisons. En France, ce sont quelque 40 000 femmes sans abri touchées par la précarité menstruelle.

Précarité menstruelle

Par précarité menstruelle s’entend le choix qu’une femme doit poser entre un produit essentiel (nourriture, couche, loyer, eau, etc.) et des protections périodiques. Bien souvent, ce sont les serviettes hygiéniques qui passent à la trappe, entrainant un lot de conséquences qui vont au-delà de ce que nos décideurs politiques (hommes) peuvent s’imaginer.

Outre l’inconfort et le désarroi dans lesquelles la précarité menstruelle plonge les femmes, il faut ajouter les dangers pour la santé que celle-ci comporte. Un morceau de tissu mal lavé et qui n’a pas été séché au soleil est un environnement idéal pour la propagation de micro-organismes, et à terme, d’irritations cutanées, d’infections vaginales et dans les cas plus graves, pelviennes.

La précarité économique peut également représenter un sérieux obstacle à l’éducation ou à l’accès au marché du travail. Une femme qui saigne sans protection périodique aura bien du mal à se concentrer en classe, cela va sans dire. Et dans les pays où le port de l’uniforme est obligatoire – les pays d’Afrique subsaharienne notamment, la peur de tâcher un vêtement qui a coûté cher peut être un argument suffisant pour légitimer l’absentéisme scolaire.

Taxe rose

Comme si la pauvreté des unes ne suffisait pas, on s’assure d’ajuster l’injustice à toutes les femmes, en taxant les protections périodiques. C’est bien cette fameuse taxe rose : ce que les femmes paient en plus, pour des produits qui leur sont exclusivement adressés. Quelques pays ont eu le courage (ou la décence) d’enlever ou d’au moins diminuer cette taxe, tels que l’Irlande ou le Canada, mais ils demeurent des exceptions. En France, les produits de première nécessité ont une taxe réduite à 5.5%. On y a inclus les produits alimentaires, l’électricité, les préservatifs… Vous vous en douterez, les protections périodiques n’y figurent pas.

D’aucuns devront alors convaincre les décideurs politiques qu’une serviette hygiénique est absolument de première nécessité, un peu plus qu’un saucisson, si je puis me permettre. A ce propos, la féministe et journaliste américaine, Gloria Steinem a justement remarqué que si les hommes avaient des règles, celles-ci seraient probablement valorisées, voire même glorifiées. Les tampons seraient financés par un fonds national, il y aurait des études sur les performances accrues lors des menstruations et on verrait sûrement des athlètes nous vendre des paquets de serviette dans les publicités.

La fin du tabou

Pour pouvoir discuter des menstruations dans l’espace public, pour pouvoir donner une visibilité à toutes les femmes pour qui avoir leurs règles représente un poids dans leur quotidien, pour s’assurer qu’aucune femme ne sera exclue et ostracisée de sa communauté parce qu’elle est dans cette « fameuse période du mois », il faudrait d’abord lever le tabou sur les règles.

Arrêter de leur donner des surnoms infantilisants et douteux : les ragnagnas, tante Louise, les Anglais… Et ensuite éduquer hommes et femmes sur les règles, et sur tout ce qui s’y rapporte : l’accès aux protections périodiques, l’endométriose, la ménopause, la dysménorrhée. La santé des femmes ne devrait pas figurer comme un chapitre à part de la médecine générale, mais devrait être un sujet de société, entendu et pris au sérieux. A près tout, on parle bien de la condition physique d’un adulte sur deux.

Le privé est politique

Et donc, quid des droits des femmes ? Si vous m’avez bien suivi jusqu’ici, vous devriez voir se dresser un lien entre les menstruations et la lutte pour l’égalité.

Vous m’avez bien compris, les femmes ne seront les égales des hommes que lorsqu’ elles auront les mêmes salaires, les mêmes considérations, les mêmes droits… Et cela va jusque dans nos petites culottes : lorsque les protections périodiques seront accessibles à toutes, gratuites.

Elisabeth Marais

L’auteure du texte est une étudiante de master en sciences de la population et du développement à l’Université Libre de Bruxelles. Son domaine de recherche se concentre sur la santé menstruelle et ses implications sociales,et plus largement aux droits des femmes, avec une approche résolument féministe.

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