COUP D'OEIL

Nègès Mawon, l’art au service de la cause des femmes

Fondée  en 2015, l’organisation féministe Nègès Mawon incarne la nouvelle vague de l’activisme féministe au sein de la jeunesse haïtienne.

Portée par Pascale Solages et Gaëlle Bien-Aimé, elle met en œuvre divers projets pour renforcer la capacité des femmes et des jeunes filles. Pour la troisième édition du Festival Féministe Nègès Mawon, lancé en 2016, elle avait  mis la focale sur les commerçantes du secteur informel.

C’est sur la terrasse du Yanvalou- un restaurant sis à l’avenue N, dont les murs portent avec élégance les graffitis incarnant les figures de Jean Price-Mars et de Viviane Gauthier- qu’on a rencontré Pascale Solages. Il fait frais cet après-midi.

Les arbres fruitiers jouxtant la terrasse absorbent les dernières lueurs du soleil. Les klaxons incessants des motocyclistes et la voix des marchandes colportant des guirlandes et des jouets pour enfants, confirment que décembre est proche. Port-au-Prince se love dans l’attente des festivités de fin d’année.

Nègès Mawon est née de la rencontre de jeunes socio-professionnel-le-s et artistes révolté-e-s par la condition des femmes en Haïti, affirme la coordinatrice générale, Pascale Solages. Depuis sa fondation, l’organisation œuvre dans les domaines de la culture et de l’éducation en faisant, entre autres, la prévention contre les violences faites aux femmes. En l’espace de trois ans, elle est devenue l’une des organisations représentatives de la nouvelle vague féministe haïtienne, tant par la pertinence de ses modes d’expressions que par l’innovation dont elle fait montre.

Affiche de la 3e edition du Festival Nègès Mawon

Nègès Mawon s’engage auprès des femmes du secteur informel

Depuis 2016, l’organisation réalise le festival féministe Nègès Mawon dont le but est, […] de créer des espaces culturels pouvant encourager des artistes femmes, hommes à s’exprimer à travers des créations artistiques et à prendre position sur la problématique de genre et de l’égalité, de la parité hommes et femmes, lit-on dans le Nouvelliste.

L’organisation semble tirer sa raison d’être dans la nécessité d’un renouvellement du discours et de la pédagogie féministes en Haïti. Dépassant la démarche de leurs devancières, ses membres ont décidé, dès leurs premières manifestations, d’investir l’espace public en utilisant les expressions artistiques pour promouvoir les droits des femmes et lutter contre les violences basées sur le genre.

Pour sa troisième édition, qui s’est tenue du 24 au 29 septembre 2018, le festival s’est fait le porte-étendard de la cause des femmes du secteur informel. Selon un rapport de l’UNFPA, 30% des femmes haïtiennes occupent des emplois tandis que 55,9% sont dans le secteur informel.

Pourtant, ces dernières sont invisibles aux yeux de l’État. N’ayant pas accès à un système de crédit, ni à une carte d’assurance, elles survivent en marge du système social. Et le comble, elles sont souvent victimes d’incendies dans les marchés. En 2018, en moins de sept mois, trois marchés ont été incendiés, emportant les gagne-pains de dizaine de milliers de familles.

Il est souvent reproché aux mouvements féministes haïtiens leur orientation élitiste et, par conséquent, leur mépris du sort des commerçantes. C’est pour casser cette vision et porter les revendications de ces femmes au devant de la scène que nous avons réalisé le festival autour du thème Rèv Boukannen (rêves bafoués ndlr), précise Pascales Solages.

Le festival veut attirer l’attention sur ces femmes précarisées, en soulignant que l’incendie des marchés n’est pas seulement un acte odieux, mais qu’il porte atteinte à l’un des droits les plus précieux, celui de rêver. Ce ne sont pas que des marchandises qui ont brûlé, mais aussi les rêves de toute une génération d’étudiant-e-s en médecine, agronomie, droit qui partent en fumée avec les commerces de leurs mères, déplore Wedne Colin, étudiant en sociologie.

L’itinéraire d’une féministe à plein temps

Pascale Solages

Pascales Solages a étudié la Finance à l’université Quisqueya avant d’entamer une formation en Genre et Développement à Bruxelles. L’ancienne Chargée de Projet à la fondation Toya se présente comme une féministe au sens le plus noble du terme. Elle avoue qu’elle lutte pour un monde dans lequel le genre, l’orientation sexuelle ou la couleur de peau ne seraient plus des critères permettant l’oppression d’une catégorie de gens.

Être féministe, pour elle, c’est se positionner contre cette société machiste qui relègue davantage de femmes et de filles dans sa marge. Elle estime que les femmes doivent être présentes dans les sphères du pouvoir. Voilà ce qui explique sa participation aux élections municipales de Port-au-Prince, en 2015.

Il faut que les hommes cessent de décider de notre vie et de notre avenir à notre place.

Pascale Solages

Notons que le pays a connu une baisse considérable de la représentation des femmes en politique, selon un rapport de l’UNFPA : de 9% en 2003, elle a chuté à 3% en 2017.

Le combat de Nègès Mawon

La violence sous toutes ces formes gangrène la société. La violence domestique est l’une des principales causes de mortalité chez les femmes dans le monde, avait déclaré Eunide Innocent, l’ex-ministre à la Condition Féminine et aux Droits des femmes, dans une interview accordée au journaliste Alix Laroche. La violence ne touche pas une catégorie spécifique de femmes.

Les commerçantes autant que les fonctionnaires peuvent en être victimes. Il est temps que cela cesse. Les femmes ne peuvent plus continuer à subir de telles brutalités, avait tempêté  l’ex-ministre à la Condition Féminine et aux Droits des femmes, Marie-Laurence Jocelyn Lassègue, suite à la publication des photos dévoilant le visage tuméfié de Nice Simon, la mairesse de Tabarre.

Alors que les féministes s’apprêtaient à commémorer, le 25 novembre, la journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, un enseignant a battu à mort sa conjointe, dans la nuit du samedi 10 novembre 2018, a informé la radio Vision 2000.

Pour lutter contre les violences faites aux femmes et apporter sa contribution à une société plus égalitaire, Nègès Mawon exploite les canaux artistiques que sont la musique et le théâtre dans ses interventions. Dans une société où ces expressions – la musique surtout- sont souvent utilisées pour véhiculer des propos machistes, l’organisation a eu l’intelligence de les réinvestir pour sensibiliser la population à la cause des femmes.

Stéphane SAINTIL

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