Critique, passionnée et fougueuse, Lunie Joseph est l’une des quelques femmes haïtiennes haïtiennes à exercer et vivre du métier de journaliste. Parcours d’une femme qui s’inscrit dans le paysage médiatique politique, avec un parcours exemplaire quoique atypique, à bien des égards.

Le mardi 12 Mai 2020, la journaliste Lunie Joseph a reçu une nouvelle qui marque désormais sa carrière professionnelle. Elle vient d’être promue, coordonnatrice générale de la Radio Zénith, qui a repris les activités le jour même de sa promotion, après deux mois d’abscence sur la bande FM. Des commentaires élogieux ont tari sur les réseaux sociaux et dans l’entourage de celle qui est connu pour sa ténacité et sa fougue remarquable dans ses reportages. Au bout de cette consécration, Lunie Joseph n’en demeure pas moins déterminée et fière de continuer à servir la population haïtienne.

Ce n’est pas la première fois que la journaliste se distingue avec des mentions honorifiques et sûrement pas la dernière dans un pays où femme et journaliste ne vont pas nécessairement de pair. De reporter en 2013, l’animatrice de l’émission politique « Train matinal », qui offre une brochette d’informations, d’analyse et de débats qu’elles anime avec les journalistes Denel Sainton et Georges Fortuné était promue coordonnatrice de la salle des nouvelles avec un cachet de deux cent milles (200.000) gourdes de prime suite à la couverture exceptionnelle de la journée du 11 septembre 2019 au parlement.

Lunie Joseph recevant sa prime, source photo Juno7

Les remous politiques au parlement avaient attiré les yeux sur Lunie Joseph qui ne semble pas faire dans la demi-mesure. Elle y était restée en dépit de l’heure avancée et des incertitudes de la tenue de la séance, ce qui avait fait monter en flèche le nombre de personnes qui adoubent sa passion débordante et sa motivation incontournable pour le métier.

Née un 30 août à Delmas, Joseph, ayant appris les Sciences de l’Éducation à l’UNAP (Université Autonome de Port-au-Prince), a travaillé comme éducatrice. Son premier boulot comme enseignante au primaire l’avait permis d’avoir une certaine autonomie financière. Avec de l’argent gagné dans son métier d’enseignante, elle a ajouté le journalisme à son CV. Ce choix allait déboucher sur une carrière qui est à sa 7ème année.

Les premiers pas de Joseph dans la radio, à Espace FM, deux années après le tremblement de terre du 12 janvier, furent tout aussi remarquables. Elle témoigne que ses collègues, dont le PDG de cette station, l’encourageaient à poursuivre sur cette lancée, pour laquelle elle est visiblement douée.

Jeune élève, celle qui est devenue l’une des figures féminines majeures du journalisme en Haïti avoue avoir toujours été une adepte des émissions de nouvelles. Ces dernières donnent le ton à ses journées. Joseph chérit l’information locale autant que les pages internationales, car elle croit que l’information est une donnée essentielle dans la vie de la citoyenne et du citoyen.

Alliant motivation et exigences professionnelles , Joseph pointe du doigt les failles du métier qui parfois se déroule sans les protections nécessaires, sans compter un manque flagrant de figure féminine émergentes et une sous-estimation de la capacité des femmes dans le journalisme en Haïti.

Et, lorsque l’on monte dans la pyramide des âges, les femmes journalistes disparaissent peu à peu du paysage. Le cas de Joseph relèverait de l’exceptionnel où on valorise à juste titre son professionnalisme. Elle a été maintes fois menacée dans l’exercice de sa profession et reconnait combien l’exposition aux représailles de toutes sortes sont monnaie courante dans le milieu journalistique.

Mais ce n’est pas ce qui va décourager celle qui poursuit des études en Diplomatie et Relations Internationales :

« J’aime apprendre et écouter les autres. Cela me sera utile dans mon nouveau poste. Je suis en pleine construction et je ne m’arrêterai pas car j’ai encore de nouvelles étapes à franchir . C’est le moment plus que jamais de mettre tout mon potentiel au service d’un métier qui tient depuis toujours mon admiration »,

confie Lunie Joseph.

Fidèle à l’esprit critique de la radio Zénith FM, Joseph est toutefois loin de n’être que disciple. Première femme coordonnatrice de la station, disposant d’une bonne connaissance des ressorts médiatiques, elle figure parmi les personnalités médiatiques incontournables.

Lunie Joseph à la fois attaquée et infiniment respectée, elle est l’une des rares femmes journalistes d’Haïti à s’accrocher autant à son micro.

                                                                                                            Jeanne-Elsa Chéry