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Sortir de l'ombre - Fè yo konnen w!

Tag: Femme Page 1 of 3

We women en campagne contre les violences basées sur le genre

We Women, est une organisation à but non lucratif travaillant entre autres dans le domaine de la littérature produite par les femmes.

À travers les réseaux sociaux, We Women mène une campagne contre les violences faites aux femmes et aux filles, du 27 avril au 27 mai 2020. Mus’elles a interviewé Renée Vancie Manigat, présidente de l’association pour savoir davantage sur cette initiative.

Mus’Elles (M) : Parlez-nous de la mission de We Women et du travail que vous effectuez en Haïti.

Renée Vancie Manigat (RVM) : We Women a réalisé sa première activité, un séminaire sur l’écriture scénique, en août 2019 et nous nous sommes lancé officiellement, le 6 septembre 2019.

Renée Vancie Manigat, présidente de We Women.

Ce fut une période assez mouvementée, pénurie de carburant, troubles politiques, ce qui ne nous a pas empêché de désarçonner face à notre mission. Nous avons continué d’encadrer et de coordonner des activités autour de la littérature féminine, de créer un système de réseautage entre les femmes auteures un peu partout, d’encadrer des femmes en situation de vulnérabilité en les formant sur la question du genre et de l’inclusion financière.

D’où nos axes d’intervention sont : EDUCATION-CULTURE-GENRE-LITTERATURE, notamment dans l’aire métropolitaine, même si nous ne sommes pas limitées au département de l’Ouest.

Nous n’avons cependant pas la prétention de toucher tout le monde surtout que cette campagne se réalise via les réseaux sociaux.

Renée Vancie Manigat, présidente de We Women.

M : Vous avez lancé une campagne contre les Violences basées sur le genre (VBG). Par rapport à quel constat avez-vous décidé de mener cette campagne et dans quel objectif ?

RVM : Depuis le 27 Avril nous menons une campagne à travers les réseaux sociaux contre les violences faites aux femmes. Elle prendra fin le 27 Mai 2020.

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Les violences basés sur le genre et majoritairement enregistrées sur les femmes durant le confinement sont très fréquentes. À l’international, l’augmentation des cas de femmes maltraitées pendant le confinement a accusé d’une hausse considérable. En Haïti quoique partiellement confinées,nous nous sommes dit que c’est le moment d’amplifier nos voix pour aider d’une manière que ce soit les femmes confinées avec des partenaires bourreaux.

Nous visons à travers cette campagne de sensibiliser les gens à l’aide de messages. Nous voulons permettre aussi que des victimes silencieuses, à travers nos messages trouvent une motivation pour se défaire des chaines de leurs bourreaux, prendre conscience de leur situation. Hommes et femmes y participent car la violence basée sur le genre doit être l’affaire de tous et de toutes.

M : Comment  procédez-vous aux choix de vos messages et de leur publication ?

RVM : Chaque jour on poste 3 ou 4 messages disposés sur des affiches. On les partage pour qu’ils touchent le plus de monde possible.

Cette lutte est une lutte des droits de la femme en tant que personnes humaine, mais aussi contre le patriarcat aveugle et égoïste.

Renée Vancie Manigat, présidente de We Women.

M : Qu’est-ce que cela implique de faire une telle campagne en plein Coronavirus?

La crise du Coronavirus peut bien avoir capté toutes les attentions par sa vague meutrière. Cependant les autres pathologies, les inégalités, les abus sexuels existent et n’ont pas chômé. Au contraire, ils ont perdu de l’intérêt, car le focus est mis sur la gestion du Coronavirus, ce qui est compréhensible. On a lancé cette campagne justement à ce moment pour faire un travail de sensibilisation sur les violences sexistes. Nous n’avons cependant pas la prétention de toucher tout le monde surtout que cette campagne se réalise via sur les réseaux sociaux.

Mais selon nos moyens, on fait notre part en espérant que d’autres organisations plus autonomes financièrement se mettent de la partie et atteignent les couches qu’on a pas pu toucher pendant ce mois de campagne. Aussi, je dois préciser que ce ne sera pas notre dernière campagne ou activités en rapport aux violences basées sur le genre.

Beaucoup de personnes utilisent les réseaux sociaux, ce sont des canaux de retransmission à grande portée. Lorsque des personnes voient nos messages, elles peuvent être sensibilisées, un message peut leur rappeler une situation et les inciter à prendre une décision, elles peuvent le partager avec une victime pour lui montrer que rien ne l’oblige à accepter cette horrible situation.

M : Quelles sont les profils  et le nombre de personnes qui portent ce message?

RVM : Ils sont de toutes les professions. Médecins, ecrivains.es, etudiants.es, artistes, animateurs.trices, travailleurs sociaux, responsables d’organisation luttant contre la VBG. Ils devraient être 100 au départ. On a reçu tellement de demandes de personnes qui veulent contribuer à faire passer un message qu’on a eu plus de 100 au final. Le nombre exact sera communiqué à la fin de la campagne.

M : Nous avons remarqué qu’il y a aussi des hommes dans les affiches.  Pourquoi ce choix?

RVM : Les hommes ont choisi de participer. Les hommes sont le profil type de l’agresseur dans ces cas. Cette lutte est une lutte des droits de la femme en tant que personnes humaines, mais aussi contre le patriarcat aveugle et égoïste.

Le message des hommes est susceptible de démontrer une prise de conscience et peut encourager d’autres hommes à abandonner cette pratique barbare et sanguinaire dont ils se positionnent en auteurs. C’est aussi pour avoir des hommes pouvant servir d’exemples des bons codes comportementaux avec leurs partenaires ; bien que nous ne pouvions réduire la violence aux seules relations entre couples.

M : Quels sont vos partenaires dans cette campagne et de quel type?

RVM : Nous avons pour la plupart des partenaires habituels comme Sequ’Elles, initiée par Ludnear Diane Augustin. C’est une plateforme qui organise des causeries pour que des femmes puissent parler de ce qu’elles endurent, les luttes qu’elles mènent ou ont eu à mener. Ces causeries sont inspirantes et motivantes.

Il y a aussi Dofen News, lancée par Daniella Jacques, est un média en ligne dont l’actualité porte sur les réalisations des femmes. CJGBG (Collectif des jeunes de Gros Balancé pour l’avancement des Jeunes de Ganthier), une jeune organisation à Ganthier qui travaille dans la lutte contre les droits des femmes, dont la secrétaire est Jémina Petit-Homme participe avec nous. Enfin, il y a HTIC, une plateforme technologique regroupant des femmes, dont la présidente est Nadia Charles.

Ce serait mentir de penser que la violence sur les femmes n’existerait plus après cette campagne. C’est une lutte contre un système instauré, cela va prendre du temps.

Renée Vancie Manigat, présidente de We Women.

M : Quelles sont vos  attentes après cette campagne?

RVM : Ce serait mentir de penser que la violence sur les femmes n’existerait plus après cette campagne. C’est une lutte contre un système instauré, cela va prendre du temps. Cependant, au niveau de WE WOMEN, nous croyons que les messages que nous partageons feront mouche. Des victimes silencieuses les liront, méditeront sur leur cas et trouveront la force de chercher de l’aide et d’aller vers l’avant.

Des bourreaux déguisés en conjoints, petits amis, seront face à eux-mêmes à travers les messages et donc face à leurs attitudes horribles; nous espérons qu’ils seront susceptibles de prendre conscience enfin de leurs bêtises, de cette méchanceté qui affecte la situation des femmes, quelles qu’elles soient leurs classes sociales, leurs couleurs de peau, etc.

Nos attentes sont donc une graine germée au milieu d’autres de toutes ces organisations sœurs qui luttent contre les violences dont les femmes font l’objet. Si les fruits de l’abolition du patriarcat, égoïste, sanguinaire sont semées, c’est déjà un gain contre ce système qui aliènent ces hommes qui définissent trop souvent leur existence dans la martyrisation des femmes.

M : Avez-vous d’autres actions prévues dans le contexte de la pandémie de la Covid-19?

RVM : Pour le moment nous essayons de trouver du financement pour pouvoir en entreprendre. A défaut d’en trouver, nous réfléchissons à ce qui est possible par rapport à nos faibles moyens. Mais en attendant, nous partageons spécifiquement les informations alliant la pandémie et les Violences basées sur les genre, tout en nous fixant sur les messages de sensibilisation sur les violences sexuelles en général.

Propose receuillis par Jeanne-Elsa Chery

Nouvelle pépite d’honneur pour la journaliste Lunie Joseph

Critique, passionnée et fougueuse, Lunie Joseph est l’une des quelques femmes haïtiennes haïtiennes à exercer et vivre du métier de journaliste. Parcours d’une femme qui s’inscrit dans le paysage médiatique politique, avec un parcours exemplaire quoique atypique, à bien des égards.

Le mardi 12 Mai 2020, la journaliste Lunie Joseph a reçu une nouvelle qui marque désormais sa carrière professionnelle. Elle vient d’être promue, coordonnatrice générale de la Radio Zénith, qui a repris les activités le jour même de sa promotion, après deux mois d’abscence sur la bande FM. Des commentaires élogieux ont tari sur les réseaux sociaux et dans l’entourage de celle qui est connu pour sa ténacité et sa fougue remarquable dans ses reportages. Au bout de cette consécration, Lunie Joseph n’en demeure pas moins déterminée et fière de continuer à servir la population haïtienne.

Ce n’est pas la première fois que la journaliste se distingue avec des mentions honorifiques et sûrement pas la dernière dans un pays où femme et journaliste ne vont pas nécessairement de pair. De reporter en 2013, l’animatrice de l’émission politique « Train matinal », qui offre une brochette d’informations, d’analyse et de débats qu’elles anime avec les journalistes Denel Sainton et Georges Fortuné était promue coordonnatrice de la salle des nouvelles avec un cachet de deux cent milles (200.000) gourdes de prime suite à la couverture exceptionnelle de la journée du 11 septembre 2019 au parlement.

Lunie Joseph recevant sa prime, source photo Juno7

Les remous politiques au parlement avaient attiré les yeux sur Lunie Joseph qui ne semble pas faire dans la demi-mesure. Elle y était restée en dépit de l’heure avancée et des incertitudes de la tenue de la séance, ce qui avait fait monter en flèche le nombre de personnes qui adoubent sa passion débordante et sa motivation incontournable pour le métier.

Née un 30 août à Delmas, Joseph, ayant appris les Sciences de l’Éducation à l’UNAP (Université Autonome de Port-au-Prince), a travaillé comme éducatrice. Son premier boulot comme enseignante au primaire l’avait permis d’avoir une certaine autonomie financière. Avec de l’argent gagné dans son métier d’enseignante, elle a ajouté le journalisme à son CV. Ce choix allait déboucher sur une carrière qui est à sa 7ème année.

Les premiers pas de Joseph dans la radio, à Espace FM, deux années après le tremblement de terre du 12 janvier, furent tout aussi remarquables. Elle témoigne que ses collègues, dont le PDG de cette station, l’encourageaient à poursuivre sur cette lancée, pour laquelle elle est visiblement douée.

Jeune élève, celle qui est devenue l’une des figures féminines majeures du journalisme en Haïti avoue avoir toujours été une adepte des émissions de nouvelles. Ces dernières donnent le ton à ses journées. Joseph chérit l’information locale autant que les pages internationales, car elle croit que l’information est une donnée essentielle dans la vie de la citoyenne et du citoyen.

Alliant motivation et exigences professionnelles , Joseph pointe du doigt les failles du métier qui parfois se déroule sans les protections nécessaires, sans compter un manque flagrant de figure féminine émergentes et une sous-estimation de la capacité des femmes dans le journalisme en Haïti.

Et, lorsque l’on monte dans la pyramide des âges, les femmes journalistes disparaissent peu à peu du paysage. Le cas de Joseph relèverait de l’exceptionnel où on valorise à juste titre son professionnalisme. Elle a été maintes fois menacée dans l’exercice de sa profession et reconnait combien l’exposition aux représailles de toutes sortes sont monnaie courante dans le milieu journalistique.

Mais ce n’est pas ce qui va décourager celle qui poursuit des études en Diplomatie et Relations Internationales :

« J’aime apprendre et écouter les autres. Cela me sera utile dans mon nouveau poste. Je suis en pleine construction et je ne m’arrêterai pas car j’ai encore de nouvelles étapes à franchir . C’est le moment plus que jamais de mettre tout mon potentiel au service d’un métier qui tient depuis toujours mon admiration »,

confie Lunie Joseph.

Fidèle à l’esprit critique de la radio Zénith FM, Joseph est toutefois loin de n’être que disciple. Première femme coordonnatrice de la station, disposant d’une bonne connaissance des ressorts médiatiques, elle figure parmi les personnalités médiatiques incontournables.

Lunie Joseph à la fois attaquée et infiniment respectée, elle est l’une des rares femmes journalistes d’Haïti à s’accrocher autant à son micro.

                                                                                                            Jeanne-Elsa Chéry

Drôle de négativité

Je mange très tard. Combien de calories contiennent ces bonbons? Je voulais en prendre 2, mais voilà que je suis à 5! Je mange plus souvent et à chaque fois, je gobe ma peur. Rien de meilleur que le sucre pour apporter une petite douceur à l’amertume de mes jours.

Avec tout ce que j’ingurgite, j’ai probablement pris du poids depuis que je passe mes journées à la maison. Combien de livres ai-ajoutés à mon corps, 2, 5,…10? Combien de matières grasses que je stocke dans cette enveloppe à gloutonner toutes ces choses à longueur de journée? Mon ventre n’a plus de faim, il n’a plus d’horaire. C’est devenu un immense champ sur lequel j’entasse plein de nouriture.

Vivre pour manger ou manger pour vivre, j’ai toujours pensé que je vivais pour manger de bons petits plats. J’ai un fin palais, avide de nouvelles saveurs. La nourriture est ma zone de confort, mon canapé douillet, ma récompense après une journée merdique.

Je mange quand je suis contente. Je mange quand je suis triste. Je mange pour que la faim ne guette pas mes tripes. En passant, je me suis toujours dit que je ne voulais pas mourir le ventre vide. Imaginez que les fonctionnaires au ciel sont de si mauvaise foi que ceux sur la terre! Qu’ils me laissent en plan pendant qu’ils raportent le potin des anges. “X est parti retrouver sa tante, il s’ennuyait avec Dieu, Y veut créer un sandicat pour les anges mais Dieu le lui l’a formellement interdit dans ses lois! Et que Z a encore echoué de protéger son humain contre la folie de l’amour, et voilà qu’il est à son 4ème mariage. Ces humains sont incorrigibles!”

Moi, je serais là, debout, ne pouvant pas m’énerver parce que le ciel, c’est comme le consulat américain, tous les employés sont des consuls. Je ne voudrais pas contrarier aucun être en ses lieux pour attérir en enfer. J’ai déjà vécu en Haïti. Cela me suffirait… Entre nous, ce fait à lui seul devrait m’ouvrir la porte du paradis. En tant qu’Haïtienne, j’ai subi tellement de macaqueries, que cette partie de l’île devrait être considérée comme le purgatoire donc, ma prochaine destination devrait-être le paradis.

Bon revenons, à mes bonbons, je suis à 6, je ne vous mentirez pas c’est 6 1/2. Je veux être exacte dans les chiffres, sauf ceux de ma balance. Quand je vois des nombres me donner au près mon poids, je les méprise. Deux cents livres, c’est deux cent livres, je m’en fous du 02 onces, ou du 08 qui se pointe après. Quand vous lisez, comptez vous les livres que vous n’aviez pas achevés? Est-ce que vous pouviez debattre sur un livre sans en avoir pris en compte tout le contenu? Donc, je ne compte que ce qui est entier dans mon ventre, l’égalité entre les livres!

Je parlais à une amie de mon avide envie de manger, elle aussi s’en plaignait. Brusquement, elle s’est inquiétée de mon cas, nos differences l’ont interpellée. Subitement, elle a pris une toquette de phsychanaliste et sans l’enlever, elle est devenue nutritioniste. Elle m’a demandé si je suis montée sur la balance pour prendre mon poids récemment. Traitresse! Deux minutes de cela nous étions dans la même cellule pour les mêmes péchés, et à présent, elle veut me la jouer moraliste. On me la fait pas à moi. J’ai feint qu’un de mes enfants m’avaient appeller pour couper la conversation: une belle excuse. Je continue de manger les bonbons. Franchement, je ne veux pas ce genre de négativité dans ma vie, les cerceuils sont bien “one size fits all”?

Crédit photo : Gio Casimir

Fodlyne Lou André

Qui sait les voies du temps

Vidée de ma peau

De mes blessures

Je pars

Comme un silence

Cloué en diagonale

Quand on aime

On demeure cassé

Je m’en vais librement

Comme un poème debout

J’aime je pars

Les paupières pleines d’amour et de nous.

Marie-Ange Claude

Sur le qui-vive…

Dans ma prime jeunesse, ma mère ne jurait que par son frère Do et par le Pasteur de l’Église des élus de l’Agneau de Nan Boucan. Dans le Pasteur, elle trouva un jeune amant fougueux qui profitait des veillées de prières pour prendre d’assaut des fidèles désespérées.

Mon oncle Do avait accueilli ma mère veuve et ses trois filles. Il nous a logées, nourries, et a même payé notre scolarité. Reconnaissante, ma mère promettait souvent la mort à quiconque embêterait son frère. Elle osait même dire qu’elle nierait ses propres filles si elles se mettaient entre son frère et elle. Ainsi, quand Ton Do commença à me violer les nuits et que ma mère partait rejoindre son amant, je n’eus aucun recours. Trois fois par semaine, elle me laissa à la merci des mains tripotantes de mon oncle.

Soudainement, pour déjouer les rumeurs sur les activités louches du Pasteur de l’Église des élus de l’Agneau pendant les veillées de nuit, ma mère vint à emmener mes jeunes sœurs avec elle,me quittant seule avec mon bourreau, qui en profitait pour orchestrer et exécuter tous ses fantasmes.

Dès lors, j’ai commencé à porter un masque d’indifférence, accentuée par les regards méprisants qu’on nous jetait, dûs aux accusations de débauchée qui pesait sur ma mère. Quelque temps plus tard, ma mère décéda. Elle se laissa mourir de chagrin suite à l’arrestation de son pasteur-amant qui eut la malencontreuse idée de laisser les désespérées pour des plus jeunes filles mineures et ingambes de leur statut et de leur état.

Après ses obsèques j’ai pris la fuite avec mes sœurs. Déjà, je voyais Ton Do reluquer les fesses précocement arrogantes de Natacha, ma cadette. À quinze ans, je me retrouvai dans la grande ville, sans support, deux enfants sous ma garde, avec deux mille piastres que j’ai volées sous le matelas de Ton Do bien enfouies dans la poche du pantalon que je portais sous ma jupe.

Les premiers jours furent difficiles, nous dormîmes sous des tréteaux. Jacques, un marchand de mahoganies, nous rencontra là. Il me proposa un toit, J’ai accepté pour que mes sœurs soient en sécurité. Jacques avait l’âge de ma défunte mère, je m ‘en fichais pas mal, du reste, j’en n’étais guère à ces premières pratiques humiliantes. J’ai porté un masque pour supporter Jacques, ses caresses grossières et sa puanteur. Mes sœurs mangeaient à leur faim et fréquentaient une petite école du quartier.

Nous menâmes durant quelques années une vie plus ou moins paisible jusqu’au jour où Jacques s’intéressa aux charmes effrontés de Natacha qui, du haut de ses treize ans avait les formes aguichantes et bien définies, pouvant faire pâlir le plus timide des eunuques. Jacques, dans la foulée, me traita d’ingrate. J’ai quitté sa maison, son haleine de rat pourri sans un regard en arrière et sans regret.

Mes maigres économies nous assurèrent un loyer pour six mois. Je devais vite trouver du boulot pour ne pas retourner dans la rue avec mes sœurs, je me suis retrouvée sur les trottoirs. Les masques ont toujours fait partie de mon quotidien. A quarante ans, pourquoi m’en imposer un de plus ? J’ai porté celui de l’enfant incestueuse, abusée sexuellement et qui devait sourire constamment à son bourreau pour ne pas attirer sur elle les foudres de sa mère ; celui de l’adolescente de quinze ans concubine d’un vieillard ; celui de la prostituée anonyme qui devait changer de mine suivant le client allant du politicien véreux au lycéen imberbe en passant à la pute enragée assiégée par des clients barbares aux envies bacchanales. Et, ces masques valaient mieux que celui de la sœur trahie, les sœurettes trop honteuses du métier de leur aînée, se sont barrées une fois devenues des professionnelles réussies, diplômes en main. Pourquoi se souvenir de moi maintenant ?

Suis-je pour elles un être humain ou un nombre de plus sur un tableau de statistique ? A quarante ans bien sonnant, le corps encore ferme, je dois difficilement terminer mon deux-pièces. Je préfère le port de mes masques invisibles à ceux-là fabriqués sans état d’âme, sans aucun souci pour la personne qui les porterait. Crever anonyme sur le trottoir me ferait beaucoup plus de bien. Je n’aurais peut -être pas de sépulture mais mon épitaphe sera inscrite dans les annales : Ci-gît, Yvonne, prostituée ainsi connue.

Stéphane Lynouse Barthélemy

BSL 15 Avril 2020 , Delmas.

Nel-Ange St Cyr, deuxième lauréate de HER FUTURE SUMMIT

Nel-Ange St Cyr, étudiante en 4ème année en Agronomie (Protection et Aménagement de l’environnement) à l’université Quisqueya, vient de rafler la deuxième place du concours de pitch HER FUTURE SUMMIT organisé par Global Start up ecosystem (GSE). Ce, grâce au profil de son entreprise de recyclage et de transformation des déchets plastiques,VALPLAST.

Nel-Ange St Cyr développe une relation privilégiée avec l’entreprenariat depuis qu’elle a fondé son entreprise de Valorisation de déchets plastiques (VALPLAST), en juin 2019. Travaillant dans le recyclage et la transformation de plastiques en pavés et bric (adoquins), elle a récemment présenté son projet et la philosophie de son entreprise dans le concours de pitch HER FUTURE SUMMIT, qui s’est déroulé di 8 au 31 mars 2020. La deuxième place de ce prestigieux concours lui est attribuée sur 100 candidat.e.s pour son innovation dans le secteur du recyclage des plastiques en Haiti.

Le Global Startup Ecosystèm (GSE), plateforme d’écosystème qui soutient le développement mondial a lancé ce concours de pitch dans le monde entier à travers le sommet HER FUTURE SUMMIT, pour la deuxième fois. La mission de ce géant numérique consiste à éduquer , inspirer et préparer les communautés de jeunes entreprises à l’ère numérique via des programmes iconiques dans des pays cibles du monde entier.

GSE, dont le siège social est basé à New York, a reçu les inscriptions de 100 entrepreneur.e.s qui ont présenté leurs Start up dont 10 participant.e.s seulement franchiront le cap de la demie finale du concours. Un processus délicat et périlleux, dont les votes sur la plateforme en ligne de GSE importent grandement dans le parcours du/ de la gagnant.e. La compétition qui est à sa deuxième édition, a toutefois un Jury qui juge de la pertinence des projets, dont Forbes, partenaire du concours dont la mission est de fournir des opportunités et ressources aux intrapreneur.e.s et entrepreneur.e.s du monde.

Pendant les trois (3) premiers jours du processus de vote, Nel-Ange St Cyr attirait plus de votes que tous/toutes les autres concurrent.e.s. Ces dernières/derniers ont été présenté.es sur la plateforme de GSE pour recevoir des votes mondiaux, avec leurs projets soumis à l’appréciation du public.

Nel-Ange ST CYR a été la seule ressortissante d’Haïti parmi les 10 demi-finalistes avec son projet de recyclage de déchets plastiques. Elle a obtenu environ 614 votes après avoir mobilisé des votes partout, sur Whatsapp, Facebook, Instagram, Twitter, LinkedIn, et dans son voisinage. Mais il s’est trouvé que Richard Agbove, un graphiste ghanéen lui a devancé avec 634 votes, aux dernières minutes, grâce à son startup Ranstech qui fabrique un appareil pouvant détecter les incendies.

Nel-Ange ST CYR a été invitée à présenter son pitch devant l’équipe de Forbes lors de la plus grande conférence en ligne au monde pour les femmes dans les affaires et la technologie, le 31 mars 2020. Un moment émouvant qu’elle garde encore en mémoire: « Je tremblais de joie, j’ai tellement été heureuse de partager mon pitch avec des milliers de gens que je ne connais même pas et qui avaient voté pour VALPLAST. C’était à la fois agréable et stimulant pour moi en tant que jeune entrepreneure. »

Nel-Ange St Cyr, avoue que si elle avait toujours voulu proposer des produits qui transforment des déchets en Haïti, c’est parce qu’un jour, elle avait fait connaissance avec une nouvelle technologie de recyclage. De là lui est venue l’idée d’élaborer un projet qui allie et son envie de faire du commerce et sa volonté de créer des produits de récupération innovants et écologiques. VALPLAST, avec une équipe managériale de 6 autres étudiant.e.s de discipline différentes, mobilise depuis sa création des ressources disponibles pour créer des prototypes de leurs produits et planifie pour les rendre désormais disponibles d’ici cet été.

Grâce à ce concours, toute l’équipe de VALPLAST pourra bénéficier des avantages gratuits de la part de Google Cloud, Amazon web services et Digital Océan. Ces plateformes numériques aideront l’entreprise à se développer et à jouir de contrats internationaux.

https://valplasthaiti.com

Jeanne-Elsa Chéry


 

Dezabiye












Lari a san kilòt 
Yon gwo Rigòl San 
Ap koule nan Janm li 
Gen moun ki di se anemi 
Gen lòt ki di se emoraji 
Mwen m di 
Se Leta K ap feraye 









                                                            Aby, 14 avril 2020

Des dessins artistiques pour penser le confinement et ses mille et un visages

Reproduire les multiples visages que prennent le confinement dans le contexte de propagation du Covid-19, c’est la motivation de Nathania Périclès, qui a lancé le challenge #Donnezmoiunvisage, #lesmilleetunduconfinement. Depuis le jeudi 2 avril 2020, circulent principalement sur Facebook des desseins vibrant d’imagination, d’émotion, de créativité, d’un coin à l’autre, d’un artiste à l’autre, en ces moments particuliers, où le confinement est vécu tantôt comme un choc culturel, tantôt comme un luxe…

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« On a un nom pour la maladie, mais les vécus, les ressentis, hors des foyers de contamination ou des services de soin ne sont pas tant priorisés par les médias mainstream. C’est pourquoi, des artistes puisent de leur imagination pour produire des expressions du climat tumultueux du moment»,

confie la plasticienne Nathania Périclès.

Comme elle, plusieurs artistes en arts visuels réalisent chez eux, avec les matières qu’ils trouvent sous la main, des dessins pour traduire en images le confinement. Certains hésitent encore à partager leurs œuvres jugeant qu’elles ne sont pas à la hauteur de leurs ambitions, ou pas encore prêtes à être présentées au public, tandis que d’autres fleurissent les réseaux sociaux des derniers fruits de leur imagination. Autant de visages, autant de situations, autant de ressentis, de frustrations.

« Parce qu’on ne peut pas mettre un seul visage sur le confinement, on le vit en fonction de sa géographie, de son pays de résidence, du fait qu’on soit en couple ou pas, contaminé ou pas. Même une seule personne peut vivre différents moments»,

postule Nathania Périclès qui poursuit un master en scénographie à Strasbourg.

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Nicolas Verguin, un étudiant en scénographie à la Haute École des Arts du Rhin(HEAR) qui s’est lui aussi prêté au jeu du challenge, avoue que le confinement est un vrai cauchemar pour lui. Son envie de dessiner des séries de visages vient du fait qu’éloigné de ses proches et amis pendant une durée indéterminée, il voulait tout de même recréer des scènes ainsi que mettre en lumière et en ombre différents types de visages en confinement.

 « Je trouve que cela a du sens en cette période très concrète de confinement où personne ne sait vraiment comment les choses vont se poursuivre et quel sera l’après »,

clame-t-il.

L’artiste n’éprouve pas jusqu’à présent de difficultés particulières à réaliser un tel exercice en cette période inédite qui stimule les créateurs à réinventer leurs rythmes de production. Il a toutefois des questions qui lui taraudent l’esprit : « Où vais-je et qu’est-ce que cela veut dire pour moi ? Où tout cela nous mène, en tant qu’artistes ? »

Corinne Périclès, qui a dessiné un autoportrait( Dessin en couverture) pour prendre part au challenge, parle de ce qui l’a poussé à suivre le courant du challenge. Elle revient aussi sur ses retombées:

«Ce challenge a suscité des regards, des retours sur ce qui nous traverse comme humains d’abord, comme artistes ensuite, tentant de sculpter à notre manière ce que nous ressentons face à ce virus, invisible à l’œil nu mais qui fait planer l’incertitude au-dessus de nos têtes. Je voulais en profiter pour allier ma verve créatrice et mon envie de garder l’espoir que viendront des jours meilleurs. »

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Des artistes tels que Sylvie Laurent Pourcel, Pascale Faublas, Mirmonde blaise , Mackenley Darius, Walner O. REGISTRE dit Doc Wor, Kervens Prévaris, Marjolaine Mansot, James Pierre dit Kakarat, ont tous mis en branle leurs crayons pour concevoir différents visages de confinement.

En plus de projeter ces différents visages, ce challenge a pu inciter les participant.e.s à se ressourcer; il a facilité le réseautage entre des artistes vivant en Haïti, en France à Belgique et à Montréal. Des retrouvailles, des discussions sont provoquées, ont confié plusieurs autres participant.e.s.

« Ce qu’il y a d’intéressant et d’inattendu, c’est de ne pas pouvoir cerner l’aboutissement de ce mouvement de création. Même si produire un album contenant ce florilège de dessins considérés comme des définitions de situations de confinement, serait un acquis ou un témoignage des réponses surtout personnelles et interindividuelles au confinement lié au Covid-19. », soutient Nathania Périclès.

Jeanne-Elsa Chéry

Yon kesyon 2 vitès – Kettly Mars

Un dous
Un chaud
Demildis tranbleman
Frape nou sou bounda
Yon kousiprann
Ki kase ren nou…
Demilven
Viris la ap vanse dousman
San fè bwi
Tankou w chat nwa nan fènwa
Vlou anba pye l…
Lalin ak solèy
Kilès ou pi pito? …
Korona mize nan wout
Men li pa pot bon nouvèl
Nap viv sou 2 vitès
Un dous
Un chaud
Nou deja mouri
Men nou poko fin viv
Se kounyea nou ta viv
Tèlman gen solèy pou lanmè vale
Tèlman gen van pou bay fèy kokoye lanmou
Un dous
Un chaud
Nou ta vle l vini
Pou yon lè nou ka fini
Li deja la
N ap chache l nou pa wè l
Son w lamayòt
Yon madigra byen maske
Nou ta vle dòmi
Epi n leve
Epi tout dezagreman pati
Un dous
Un chaud
Yon zwazo chante li fenk midi
Rèl yon kaw travèse syèl la pakanpak
Pandan l prale l ap dekoupe limyè a
Un dous
Un chaud
Nou pè n pa pè
Sa k ap zenn ap zenn
Sa k ap frikat ap frikat
Genyen k ap pwofite fè mago
Onon di Pèp edifis edisentespri
Tout jan n ap viv
Nou toujou sou 2 vitès
Un dous
Un chaud
Un dous
Un chaud
Doudou se konsa l ye tou
Lè mwen avè w n ap byen fè l

Kettly Mars – 8 avril 2020

Journal d’un confinement

Ma femme n’est pas une peluche


Je me demande combien de verres je vais devoir ingurgiter, avant d’être complètement HS. 8 ? 10 ?

La première mi-temps vient de s’achever. Deux buts à Un. Le Real de Madrid s’est bien fait enculer. En finale de Ligua. Et c’est tant pis pour lui. J’ai envie d’enfoncer mes poings dans cette télévision qui a l’air de bien se foutre de ma gueule avec ces rediffusions à la con. C’est sur, je n’aurais pas dû accepter ce pari. Je m’allonge à moitié sur ce bar où je passe toutes mes journées. Je me sens comme une merde. Encore. Et c’est tant pis pour moi. Je bois mon verre cul-sec, me redressant lorsque le tohu-bohu recommence. Je pourrais sortir fumer. Les esquiver. Ces hommes bedonnants en quête d’attention. Je pourrais mais je ne le fais pas. Je sors mon paquet et vérifie l’heure sur mon téléphone. 17h04. J’allume ma cigarette. Une cigarette de la marque comme il faut.Une taffe, deux taffes. Je devrais songer à rentrer maintenant. Je les ai laissés tous seuls. Mes 4 enfants, cet après-midi comme tous les autres après-midi.

Je les ai laissés tous seuls dans cette maison qu’on a galérés à construire, ma femme et moi, parce que je suis une merde. Ça remonte à loin aujourd’hui. Cette époque où j’avais l’habitude d’être un bon père. Un bon mari. Trois ans, pour être précis. Et aujourd’hui, regardez-moi. Regardez-moi et jugez-moi. Je ne suis qu’un pauvre saoulard de 47 ans. Une putain d’alcoolique de merde. Un picoleur qui a trop peur d’affronter la vie, selon mes enfants. Et ils ont raison. Surtout Estéban le plus vieux, de mes trois fils. Ils ont raison parce que depuis que j’ai perdu mon travail ce 18 septembre, j’ai peur de ne pas être assez doué pour faire autre chose. Alors je bois jusqu’à l’évanouissement pour oublier que je ne suis qu’une grosse merde…

Je regarde Raoul s’installer sur le tabouret à ma droite en repensant à ma vie qui est en train de partir en couilles. Et j’ai envie de chialer.

-Mec, ca va ?

-Tranquille.

Avant qu’il n’ouvre à nouveau la bouche pour me demander de rentrer auprès de ma famille, je m’enfuis aux toilettes. Je sais déjà que ma place est à la maison.

Deux minutes de temps additionnel. Je vais perdre mon pari contre Sam. C’est maintenant évident. Et l’enfer s’achève enfin. 3 buts à 1. Le Barcelone remporte la victoire haut la main et la foule est en délire, dans ce bar sportif qui pue la transpiration. Je me commande un énième verre dans le but de calmer cette colère qui ne me quitte jamais vraiment. Les discussions de match s’enchainent. Je ne contrôle plus le temps. Flottant hors de mon corps, je sens que je vais tomber. Je vais donc m’assoir à côté de ces deux quinquagénaires qui parlent tout le temps de femmes. Paul et Harold. Des foutus machos.

Et la foule commence à se dissiper.

Raoul nous rejoint quelques minutes plus tard. Ou peut-être était-ce des heures. Je ne sais pas trop. Tête en l’air et yeux globuleux. Il se rapproche le plus d’un meilleur ami. Il a continué ses études en ingénierie alors que j’ai dû les arrêter pour bosser à la naissance d’Estéban. Aujourd’hui il vit mon rêve et j’essaie de ne pas lui en tenir rigueur.

-Mec, ca va ? Me redemande-t-il

-Eh bien mon cher Raoul, articulai-je exagérément, je vis ma vie, je bois mon gwog et j’attends ma mort.

-Et ta femme dans tout ça ? Tes enfants ?

Silence. J’allume ma dernière cigarette de la journée les yeux fixés sur la télévision maintenant éteinte. Et le mot ‘femme’ agit comme un élément déclencheur. Je savais que ces deux cons allaient tôt ou tard se mettre à parler.

C’est ainsi que Paul avec son gros ventre, commence à se plaindre de sa femme. Les mots faibles et superficiels fendent l’air et j’ai bizarrement envie de rigoler.

-Bonnes à rien moi je te le dis.

-Béatrice n’arrête pas de se plaindre alors qu’elle ne fout rien. Toutes les femmes sont bonnes à rien. Elle m’énerve cette chienne.

-Je croyais que ta femme à toi avait un travail, Harold ?

Raoul intervient doucement pour ne plus le foutre en rogne. Harold avait la réputation d’être un vrai trou du cul. Raoul, lui, d’habitude faisait attention de ne pas se retrouver sur son chemin dans ces moments-là. Il faisait attention a ne pas ouvrir la bouche lorsqu’il dénigrait sa femme ou la femme de n’importe qui d’autre. Et moi aussi. 

-Si passer ses journées derrière un bureau à remplir des stupides formulaires à la con, c’est travailler alors je ne connais plus la définition de ce mot.

Il boit une gorgée de sa bière et je prie pour que Raoul n’intervienne plus.

-Je me demande comment elle ferait si elle était à ma place. Devoir se lever aux aurores pour donner des ordres à des crétins qui ne savaient pas être ponctuels. Etre capable de se faire respecter par un groupe d’hommes qui se croient au dessus des lois. Faut être un homme pour faire ça. Diriger n’est pas le boulot d’une femme. Et Beatrice en est la preuve vivante. Aucune autorité. Aucun caractère. Elle chiale dès que son patron la réprimande et personne à son bureau ne la respecte.

-Mon frère, tu as tellement raison, enchaine Paul en sirotant son whisky. J’en ai une comme ça à mon travail. Personne ne la respecte tellement elle chiale pour un rien. On lui a donné l’ordre de mener un groupe de stagiaires le mois dernier, elle n’en a même pas été capable. Trop tolérante, trop douce. Les stagiaires lui ont fait voir de toutes couleurs et elle, elle chialait. Tout le temps, se laissant marcher sur les pieds par les collègues, notre patron. Moi je te le dis, il n’y a pas de place pour les femmes dans le monde des affaires. Il est scientifiquement prouvé que l’homme est plus intelligent que la femme. Plus costaud. Donc plus apte à gouverner. L’homme voit les faits et cherche des solutions, lorsque la femme se perd dans le sentimentalisme. On est des meneurs nés. Une femme, ca n’a aucun leadership. Faut être un homme pour diriger.

-Ouais moi je te le dis, les femmes ce sont des peluches parce qu’elles n’ont rien dans le ventre.

Harold est fier de sa blague lorsque Paul rigole. ‘ Bien trouvé’ il dit.

Je repense à la promesse que je m’étais faite. Ne pas leur répondre. Ne pas m’abaisser à les contredire parce qu’ils ne comprendraient pas. Mais je repense aussi à toutes ces femmes, la mienne y compris. Celles qui se sont battues pour se faire valoir. Celles qui ont lutté pour réussir et être reconnues pour leur travail acharné. Celles qui ont bossé plus dur que n’importe quel homme. Et je sens mon cœur battre dans mes oreilles.

-Toutes les femmes ne sont pas des peluches.

Je vois qu’ils avaient totalement oubliés ma présence. Il faut dire que je suis assez réservé comme gars. Je lis dans leurs yeux l’étonnement que mon intervention suscite. 

-Tu rigoles j’espère.

Tout à coup, ils me dégoutent. Tous les deux.

-Ma femme n’est pas une peluche. Elle a plus de couilles que vous deux réunis.

Je parle d’une voix calme alors que je boue à l’intérieur. Le sourire de Paul disparait. Il comprend enfin que je ne rigole pas. Harold est touché dans sa virilité. Ils attendent la suite. Alors je bois mon verre cul-sec et j’enchaine :

-Elle est ingénieure bande de fils de pute. Vice PDG de sa boite depuis 3 ans maintenant et elle a plus d’autorité que vous deux réunis.

Raoul me regarde et sourit. J’ai son feu-vert. Il connait le parcours de ma femme et je vais leur clouer le bec à ces connards.

-Vous allez me sortir que ce métier est réservé aux hommes ? Mais laissez-moi d’abord vous informer que ma femme, Raphaëlle, est reconnue comme étant la meilleure dans son travail. Elle a réalisé le projet qui lui a valu le poste qu’elle occupe aujourd’hui. Un fabuleux projet qui consistait à rénover des maisons en plus de les construire. Depuis 25 ans, l’agence à laquelle on faisait appel, que si on voulait construire, maintenant, peut aussi rénover n’importe quelle maison en ruine. Et c’est grâce à cette femme que ce projet a vu le jour. Elle a fait tripler leurs chiffres d’affaires et elle a obtenu le poste de vice PDG face à 4 de ces collègues. Quatres hommes. Machos. Comme vous. Mais depuis cet exploit, ils la respectent parce qu’en plus d’être leur patronne, elle fait très bien son boulot.

Je prends une pause et en profite pour commander un dernier verre.

-Elle a tellement confiance en elle ce petit bout de femme. Forte comme un roc. Elle n’a pas peur d’enfreindre les règles pour réaliser un projet. Elle est à la fois compatissante et battante. Plus que n’importe quel homme, elle sait être ferme, persuasive tout en étant douce. Elle inspire son entourage de par son attitude orientée vers le résultat. Ses idées sont innovantes et elle encourage les gens. Surtout les femmes comme vos épouses, qui n’arrêtent pas de se faire humilier et décourager par leur mari. Raphaëlle est un modèle. Elle a l’esprit d’équipe. C’est un leader né. Et si vous me demandez pourquoi je vante autant ses exploits, c’est parce que je suis fier d’elle. De ce qu’elle a accompli. Et je maudis les hommes comme vous. Ces hommes à leur bureau qui voulaient l’empêcher de briller en la traitant comme de la merde. Bandes de trous du cul, méchants et sans cœurs. Vous les empêchez de briller, vos femmes et toutes les femmes que vous dénigrez. Beatrice pourrait elle aussi réaliser de grandes choses si tu arrêtais de lui faire se sentir inutile. Avec tes mots, Harold. Ton mépris. Ton rejet. Vous ignorez peut-être le poids de vos mots sur quelqu’un mais pour moi vous êtes des putains de sociopathes.

J’essaie de me calmer en attrapant le verre que le serveur me sert.

-A cause des hommes comme vous, Raphaëlle rentrait tous les soirs en pleurant. Et moi je n’arrêtais pas de l’encourager. Encore et encore. Je lui disais qu’elle était l’égale des hommes. Qu’elle avait elle aussi fait des études et qu’elle méritait de marcher sur la lune et de toucher les étoiles. J’ai eu raison parce qu’elle a eu le courage d’essayer et qu’elle a réussi.

Je réfléchis deux secondes en les regardant à tour de rôle.

-Ma femme travaille 72h par jour et elle élève toute seule quatre enfants. Elle est ingénieure et elle arrive a diriger des hommes qui se croient au dessus des lois. Ce n’est pas un tyran. Elle sait juste se faire entendre et grâce à ça, même son patron, un homme misogyne et imbu de lui-même, parvient à lui obéir. A écouter ses idées, les accepter et les faire appliquer. Alors ma femme n’est pas une peluche et je vous interdis à partir d’aujourd’hui, de traiter ses semblables comme si vous étiez au dessus d’elles. Comme si elles étaient inferieures parce qu’elles ne l’ont jamais été et ne le seront jamais.

Paul me regarde. 

Raoul sourit.

Harold baisse la tête. Le silence reprend et moi je finis mon verre. 

Pedjean Esther Constantin

Je suis passionnée de livres et d’écriture. Je suis étudiante en histoire de l’art, et j’ai 21ans.

Replik

Gen lontan
libète kanpe lwen nou
Vyolans Kwazele n
M aprann se pa tout rèv fanm ki sosyab

M aprann
Fanm pa vwa divinò
Laj pa ban n rezon sou swaf nou
Se bras gason ki bay lavni wotè

Gen lontan
Nou pa nan enterè sosyete 
Domaj
Libète pa atrapan
Dwadelòm kenbe n nan de pwent
An mòd pote m sekou

Granmesi fanm ki te janbe n
Maladrès listwa
Ki te ede n rele tribilasyon nou
Granmesi fanm ki te debride n ak vyeyès tradisyon

Depi mas pwente
Lavi ban n bon jan
Fanm tounen liy editoryal tout powèm
Tout sikatris sou do n pouse flè

Poutan diskriminasyon chèf kanbiz
fènwa kwè pou l selèb
Fòk limyè bay etensèl li do
Fòk silans nou bwè pwa
Alòske
Manti pa gen pasyans
Souvni nou jwe di

Kilè n ap konprann
Dwa moun fratènèl
Se menm risk yo ki dòlote n
Nou drive menm batman 

Kilè n ap konprann fanm ak gason 
Se elikibib patisyon ki akòde melodi tan an
Fwontyè ki separe n
Se lanmò ak lavi
Nou pyete jou yo ak menm rit feblès

Kilè n ap konprann
Chans yo franchi n menm jan
Tout powèm gen fòm flè

Jessica Nazaire

Petit ange rebelle : la défenseure incarnée des droits humains

“Si tu étais un homme, tu serais classée parmi les légendes”

La phrase qui hantait cette jolie petite fille depuis son enfance.  Elle n’arrivait pas à déchiffrer pourquoi ses parents ne la félicitaient pas tout simplement lors de ses fameux succès et qu’ils apprécient ses efforts à travers un fils. Mais elle se contente toujours de répondre en souriant comme elle seule peut le faire: “mais je suis une fille et vous devez vous faire avec”.

Elle n’arrêtait pas de parcourir les montagnes, les regards pleins d’espoir et un sourire semblable à celui d’une fée. Ses cheveux ne sont pas aussi longs que ceux des filles de son quartier, mais on pourrait ressentir de loin la fierté qui s’empare d’elle, qui caresse son doux visage rayonnant, à chaque fois qu’elle se coiffe. Toute petite, elle raffolait des petites tresses et sa maman se faisait le plaisir de la satisfaire, car sa gentillesse, la douceur de sa voix si tendre mais rassurante lui ouvraient presque toutes les portes. Son rêve a toujours été celui de voir les autres petites filles fières de qui elles sont et cela peu importe, la couleur de leur peau, la longueur de leur cheveux, l’école qu’elles fréquentent, leur rang social ou la famille d’où elles viennent. Sa vie est constituée de lutte parce que tout ce qui concerne l’injustice, la maltraitance, la discrimination et tout autre fait qui y ressemble la rendait hors d’elle. Malgré le fait qu’elle soit une fille adorable et respectueuse, elle remettait toujours les gens à leur place. Ses parents disaient toujours qu’elle savait exactement quoi répondre quand on la cherche tout en restant polie. Elle ne se laissait jamais intimider par qui que ce soit, mais donna toujours le meilleur d’elle. Toute petite, sa maman détectait en elle un leader né, elle prenait la défense de tous, peu importe leur sexe, leur âge et leur niveau. Cependant, elle se taisait et ne supportait ni aidait sa fille à marcher vers ce chemin-là. Pour la maman de cette étoile, c’est une honte de penser que sa seule fille puisse un jour se livrer aux combats que livrent les hommes. Les poids de son époque pesèrent encore sur cette mère dévouée à sa famille et surtout à son mari. Cette fille charmait par son sourire et son rire. Elle égayait la journée de quiconque la croisait. Elle adorait les fleurs, tout ce qui faisait le charme de la nature d’ailleurs. Sa symbiose avec la nature était magique et mystérieuse. Quand elle parcourait les champs, sa présence est tellement imposante, on dirait les queues des paons lors d’une belle parade de cirque. Tout ce qui s’y trouve lui est soumis, l’élégance des arbres, l’odeur de la terre qui embaume d’un parfum sensationnel, les bruits des oiseaux qui manifestent leur joie, le doux vent léger qui l’embrasse, l’eau qui coule dans les rocheuses avec précision, tous se sont mis d’accord pour former cette douce et enivrante symphonie quand elle passe, on croyait entendre en chœur : « Salut Majesté ».

Solange, c’est comme ça elle s’appelle. Son prénom fait toute une histoire et est composé de deux mots. Elle porte ce nom parce que sa maman l’a accouchée à même le sol d’où le “Sol” et “l’Ange” aussi a une histoire. Chaque samedi soir, on organisa chez Solange une soirée entre famille où on apprit aux enfants à vider leur sac et à toujours compter sur le support familial autour de la bonne chair bien rôtie. Jamais on ne se prenait le temps de douter du talent culinaire de la maman de Solange, car ses plats, ses recettes qu’elle inventait parfois, étaient délicieux, la petite en raffolait. Un samedi soir, comme à l’accoutumée, sa maman lui raconta pour la première fois, pendant qu’elle peut goutter consciemment aux délices de son histoire, comment elle a connu ce monde. La mère de Solange était toute seule sur la route qui lui permettait de regagner sa maison après avoir été au supermarché de la zone envoisinante. Toute joyeuse, elle souriait pendant que le vent courtisait sa longue chevelure. Sa joie s’est multipliée par mille quand son bébé lui tapait le bas ventre avec un coup. Elle rigolait en disant : « je sais que tu t’impatientes ma chérie, mais il faut attendre encore un peu, car tu y es presque ». Avant même que tu quittes ta cave pour venir nous rejoindre, tu dois savoir qu’ici-bas, l’amour et la patience doivent être tes meilleures vertus». Elle marchait, elle souriait encore et encore et se parlait tout en se caressant le ventre. On aurait dit que l’enfant lui répondait à chaque fois, car ses joues se rougissent avec éclats. Brusquement, elle s’arrêta de marcher, elle commençait à ressentir une drôle de sensation qui lui disait tout bas : « désolée maman, je ne peux pas attendre, je vais me rebeller, désolée ». En essayant de s’assoir, elle constata qu’elle perdit les eaux. Chaque seconde qui passa ses douleurs s’intensifièrent et comme elle fut à son deuxième accouchement, elle essaya de se ressaisir parce qu’elle ne fut pas totalement ignorante à la situation. Elle parla juste à son enfant en lui demandant de l’aider du mieux qu’elle put.

C’était un samedi comme celui d’aujourd’hui dit-elle en souriant, un samedi 08 novembre 1997, de loin on pouvait ressentir combien elle était heureuse de l’arrivée de cette adorable petite fille. Ses yeux sont devenus tous brillants, pétillants et je crois que même Sirius est devenu jaloux. Quelques minutes après, elle a mis au monde sa toute première petite fille à même le sol et gisait encore de douleurs avec l’enfant qui se liait encore à elle par son cordon ombilical. Elle essaya d’appeler à l’aide, mais il n’y eut personne aux alentours et sa faible voix ne l’aidait pas vraiment. Voulant perdre tout espoir et commença à baisser les bras, sûrement pour se remettre au Bon Dieu, soudain un monsieur, très beau, costaud, d’un visage inquiétant et dont la voix était indétectable, puisqu’à ce moment elle alla perdre connaissance, lui est accouru pour lui porter secours. L’enfant n’arrêtait pas de pleurer, c’est d’ailleurs ce cri d’appel à l’aide, un cri qui sonnait comme : « je vous en prie, sauvez ma maman et moi» qui a interpellé ce monsieur. Il faut dire qu’elle a bien aidé sa chère maman. Michel-Ange Limontas était le nom de ce monsieur qui parcourait la zone en voiture en quête d’un bon restaurant pour se nourrir, car il était déjà 3 heures de l’après-midi. Il conduisait lentement, cherchant par ci et là, seul, sinon son volant et son chien poil de carotte, qui s’est fait appeler ainsi en raison de la couleur de ses poils. Il alla décider de prendre la prochaine virée quand il entendit le cri du nouveau-né. Du coup, il commença à regarder partout et aperçut la dame à l’ombre d’un manguier semblable à une moribonde. Il s’empressa de garer pour apporter son aide. Émerveillé devant la petite fille aux yeux d’une blancheur de laine et d’une noirceur de cristal. La pureté de sa peau était admirable, quoiqu’elle soit fraichement née, sa peau, sa forme, son odeur, son être entier laissa le monsieur stupéfait. Il s’empressa de les transporter, car il n’avait personne pour l’aider malgré ses nombreux appels au secours. Étant un homme fort et costaud, il s’en est pas mal sorti. Il les conduisit à l’Hôpital et c’est là qu’on alla prendre soin des deux patientes qui s’en sont sorties sans aucune égratignure grâce à monsieur Limontas. Pour la dame, Michel-Ange, comme son nom l’indique, était un ange mis sur sa route par le Créateur pour lui sauver elle et son bébé. Après l’avoir examiné et l’informé qu’elles étaient hors de danger, elle leva les yeux comme pour regarder au ciel, elle remercie Dieu. Ensuite, elle prit l’enfant pour la nourrir et elle répétait cette phrase comme une sorte de berceuse: « Sol-Ange, Sol-Ange, née sur le sol et sauvé par un ange, Solange ». Voilà d’où lui vient l’autre composé de son nom « Ange ».

Devenu ami de la famille pour son acte charitable, monsieur Limontas est devenu le parrain de la petite Solange. Solange grandissait entourée de beaucoup d’amour. Elle était d’une beauté qui piquait la curiosité des passants, très aimable, accueillante, patiente, intelligente, serviable, humble et charitable. Sa peau n’a rien perdu de sa douce fraicheur. S’il suffisait d’un sourire pour éliminer tous les maux de ce monde, c’est sûr que Solange à elle seule les aurait tous éliminés . Sa mère lui racontait souvent son histoire, d’ailleurs c’était sa berceuse, qui par la suite allait recueillir de nouveaux mots axés sur la beauté et la valeur de l’enfant aux yeux des siens. Toute petite, elle n’arrêtait pas d’étonner les gens par ses questions, ses actions. On lui surnommait « Rebella » à la maison, car elle ne voulait pas accepter certains ordres que ses parents lui donnaient. C’était une famille modeste et religieuse, elle était soudée et partageait des valeurs exceptionnelles bien modelées suivant la forme de la société. Le modèle d’une famille parfaite pour plus d’un, cependant Solange n’accepta pas souvent de plier et se rebella souvent à chaque décision discriminatoire prise au nom de ces nombreuses valeurs partagées. Souvent à l’école, elle mettait les professeurs aux pieds du mur et son nom « la Rebella » n’arrêta pas de la suivre. Solange était de nature gentille et sage, son surnom la Rebella, qu’elle assumait d’ailleurs, étonnait plus d’un. Et oui, la sagesse, la gentillesse de ce petit ange se compromettaient sur un angle bien précis, que ce soit à la maison ou à l’école: la place que lui léguait la société à cause de son genre. Elle ne comprenait pas pourquoi on traitait mieux son frère qu’elle à la maison. Elle disait à sa maman que tenir une maison propre est le rôle de tout individu qui y vive et que son frère aussi a grand besoin d’apprendre cette formation qu’elle lui offrait gratuitement. Cela l’exaspérait de voir à l’école que les petits garçons avaient plus de droits que les petites filles. Solange Rébecca Charlotin, de son nom complet, était la benjamine de sa famille, son père, Jean-Mario Charlotin, fut employé à la Direction Général des Impôts (DGI) au Département des Ressources Humaines à Petit-Goâve et sa mère, Marie-Antoinette Gaspard Charlotin, fut Institutrice dans une École Publique de la même Commune. L’aîné de la famille s’appela Dave Junior Charlotin, il est âgé de dix ans de plus que Solange et représenta la base de la rébellion de Solange. Dave était un enfant brillant mais un peu machiste, les formations qu’il recevait renforçaient sa conception. Il ne détestait pas les femmes, par contre, il se sentait supérieur à elles, il prend souvent son air farouche pour parler d’elles et se cherchait souvent à les dominer. Solange lui était à portée de main, mais elle ne se laissa pas faire. Elle refusa de se plier aux normes dites sociale et religieuse mais qui rejettent ses droits. Elle disait toujours à son frère qu’il ne valut pas mieux qu’elle et qu’elle la lui prouvera.

Solange reprochait toujours sa maman du fait qu’elle prépare mieux les plats de son frère. Elle disait souvent à sa maman qu’elle méritait la même quantité de viande que son frère et même plus parce qu’elle a aidé et que son frère non. Elle respectait ses parents et aussi son grand frère, d’ailleurs c’était les valeurs inculquer à Solange,  cependant, elle refusa de baisser la tête quand elle a raison, elle exigea toujours que son grand frère lui présente des excuses, comme on l’exigeait à elle quand elle a tort. Solange disait toujours à sa mère: “Pourquoi papa se repose une fois rentrée de travail et que toi non? Papa dit qu’il est fatigué, tu n’es jamais fatiguée toi maman?” Elle n’avait rien perdu à sa qualité de fille respectueuse,  sage, belle, intelligente, douce… À mesure qu’elle grandissait, sa beauté se multipliait. Elle faisait la joie de ses parents, car elle était très studieuse, c’était un génie. Même si ses parents pensaient que ses efforts seraient mieux récompensés si elle était un homme, cela ne l’a plus secouée à présent. Solange fut la petite protégée de son parrain Michel-Ange qui l’aimait tant et la gâtait. Les désirs de Solange aux yeux de son parrain étaient des ordres. Cependant,  elle ne dépassait aucune limite. Toujours aussi respectable, généreuse et gentille, elle faisait la fierté de son parrain, d’ailleurs n’ayant aucun enfant. Son parrain par contre lui prêtait attention et l’apprenait toujours qu’elle vaut plus que dix fils. Elle était comme une majestueuse colonne bien sculptée, pour répéter le psalmiste David, dans le palais de son parrain. Il était son confident et l’appuyait toujours quand elle a raison et l’apprenait, à côté de ce que sa famille modèle l’apprenait, à ne jamais laisser bafouer ses droits, à être responsable et sincère. Déjà à 7ans, Solange disait à sa maman qu’elle n’aura pas un mari comme son papa,  parce que son papa ne fait que regarder la télé pendant qu’elle travaille ardemment. Solange disait toujours à son père quand il fait la télé ou les infos dans le journal qu’il doit aller aider maman, que sa maman ne peut pas tout gérer seule. À chaque coup de fouet lancé par Solange, on se contentait de rire et de traiter ses spectaculaires remarques de passe-temps infantile.

Solange avait cinq ans lorsqu’elle alla se graduer en section Jardin des Petits. Elle sortit la lauréate de sa Section, car elle était intelligente, brillante, avec une capacité d’appréhension et d’assimilation extraordinaire. Le deuxième lauréat fut un jeune enfant du nom de Wadeley Valencourt. La vie de la petite Solange commença à prendre de sérieux coup, à être chambardée lorsqu’elle était confrontée à une discrimination du Directeur de son école. Le discours monté de toute pièce que devait donner la petite à l’occasion a été donné au petit Wadeley, Solange n’arrêtait pas de dire que c’était à elle de le faire, car elle était la lauréate. Et la seule réponse qu’on trouvait à lui dire, c’est que c’est à lui de le faire, parce que c’est l’homme de la Section. En réalité, des trois lauréats,  Wadeley était le seul petit garçon. La troisième fut une fille dénommée Eva Maria Denis. L’homme de la section revient à dire que c’était le seul au top trois, c’était donc la norme, mais Solange refusait de traiter avec le Directeur. On lui traitait d’enfant gâté et de rebelle. Ce fut en juillet 2002, un dimanche que la  cérémonie allait se dérouler. Tout allait très bien, c’était une journée de fête, pleins de couleur, les pièces de théâtre étaient superbes et Solange, à travers ses pièces, laissait le public sous le charme et les tonnerres d’applaudissement se faisaient de plus en plus entendre après chaque prestation. Quand il fut arrivé le moment de prendre la parole, on a décidé, comme c’était prévu, que c’était Wadeley qui alla parler parce que c’était l’homme de la promotion. En pleine cérémonie, Solange a piqué une crise au moment où le petit allait prendre la parole, stupéfait, le public ne comprenait pas ce qui se passait, les parents de Solange manquait peu de monter la scène ou était assise toute la Section. La jardinière s’empressa de la calmer et elle cria beaucoup plus fort : « c’est injuste, injuste, injuste… ». On ne pouvait pas comprendre ce qui se passait. C’était la panique totale, surtout pour ses parents, car leur fille était très calme. Tout ce qu’on essayait de faire pour la calmer était veine. Elle se leva, tout en pleur et alla auprès de Wadeley debout devant le micro tout silencieux, elle prit le micro et lâcha tout doucement : «  il a volé ma place et mon discours parce qu’il est un garçon et le Directeur l’a voulu, il l’a aidé parce que c’est un garçon comme lui, ce discours me revient, je suis la lauréate, j’ai voulu le préparer et le dire je ne peux pas parce que je suis une fille». Tout en pleur,  elle retourna s’asseoir. Le scandale du siècle! Chacun essayait de trouver une explication à cette accusation lancée par Solange Rebecca Charlotin. Beaucoup pensaient même que cela faisait encore partie de la cérémonie, les personnes présentes admiraient l’audace de la petite et criaient: “tu nous as eu petite”. Elles n’arrêtaient pas d’applaudir. Le Directeur, les jardinières, les autres membres de la Direction, les parents de Solange et ceux de Wadeley savaient tous.tes de quoi il s’agissait, mais puisque le public ne comprenait rien et semblait aimer, ils.elles se sont tues. À la fin Wadeley à fait le discours. 

Plus tard, lors de la remise des prix,  chacun se regardait les uns les autres.  Les membres de l’École savaient pertinemment que le risque d’être démasqué par le public allait être plus qu’évident. Toutefois, ils n’allaient pas prendre le risque de provoquer la colère de la petite Rebecca,  dont le nom s’est déformé en Rebella, pire encore, ils.elles n’étaient pas prêts.es d’affronter celle des parents de la petite. C’était une chose de laisser parler l’homme de la Section parce que c’était la norme,  chose qui semblait pas déranger les parents de Solange, mais c’en était une autre de ne pas récompenser leur fille. Ce serait le comble! Dave Junior lui, était content que sa sœur fit des progrès, il était fier d’elle qu’elle soit la lauréate,  mais il voyait cela d’un mauvais œil que sa sœur ait dénoncé le Directeur comme ça et explique à son père que le Directeur a bien agi en laissant la place à Wadeley et qu’on devrait avoir une discussion sérieuse à Solange une fois rentrée pour s’être comportée comme une enfant mal élevée. Le dilemme rendait les membres perplexes. Entre la fierté du Directeur et l’opportunité d’éviter deux scandales,  celui de la petite et celui de ses parents, il a fini par mettre de côté son orgueil et remettre le prix de la lauréate de la Section à la belle et douce Solange. Il ne résidait sur le visage des invités.es aucun signe de déception, on l’applaudissait comme jamais et criait: « mérité, mérité, mérité ». Cependant, plus d’un s’inquiétaient de la petite scène avec cette révélation et faisaient très vite le lien. Dès lors, ils.elles commencèrent à crier que la petite à tout mérité,  le prix et le discours, qu’il fallait donner à César ce qui était à César. On n’y prêtait pas attention et dépêchait de clore la cérémonie. Le parrain de la petite était en voyage d’affaires, il n’a pas pu être présent. Une fois rentrée, Solange n’a pas perdu une seule seconde de l’informer. En colère, il reprocha aux parents d’avoir courbé à cette règle banale. Il n’a pas apprecié et accusa les parents ainsi que l’Établissement de nuire à la santé psychologique de sa filleule. Après cela,  il y eut une grande réunion, avant la prochaine rentrée des classes d’octobre 2002 avec tous les parents des élèves de l’École de la Kindergarten jusqu’à la Philo. Cette réunion s’est tenue en mois de septembre 2002 et Solange fut promue en 1ère année fondamentale. Le but de cette réunion était de calmer les nerfs des parents, après l’affrontement de monsieur Limontas à l’école, pour ce qui s’était passé, car ils menaçaient de ne plus laisser leurs enfants poursuivre leurs études classiques dans un établissement qui bafoue leurs droits. Ils exigèrent la modification de certains règlements internes dudit  établissement. C’est ainsi que Solange a mis fin à cette discrimination grotesque et stupide qui a duré plus d’un siècle au Collège Royal de Petit-Goâve. On portait une attention soutenue à la petite et ne râtait en rien de donner ce qui était à César à César. Le résultat était phénoménal. Plus jamais il y eut de discrimination faite aux filles à cet Établissement par rapport aux garçons, au contraire, on organisait chaque année une élection bien structurée pour trouver celui/celle qui allait être le président ou la présidente du Collège afin de promouvoir l’Egalité des droits et des chances entre les filles et les garçons. On a du assister à la fin de la dictature des garçons au Collège Royal de Petit-Goâve. Une victoire qui a marquée  Solange durant toute sa vie. 

L’histoire de la petite Solange nous montre qu’on est jamais trop petite pour se faire une place dans la société et s’imposer ni trop petite pour défendre ses droits et de les faire respecter, et encore moins trop petite pour changer l’ordre des choses dans la mesure où il porte atteinte à sos droits et libertés fondamentaux. Toute la vie de Solange est composée d’histoires. Elle fait partie des jeunes très influentes de sa communauté, elle s’implique dans sa communauté et se procure le respect de chacun. Elle représente une Organisation qui évolue dans le domaine de la protection des droits de la femme et des filles et donne des fascinantes conférences lors des activités culturelles de sa ville natale et même ailleurs. Elle s’affiche quasiment tous les ans lors de la journée internationale des droits des femmes, en tant que juriste, elle partage ses acquis sur tout ce qui se rapporte à l’égalité des droits entre l’homme et la femme. Elle donne aussi des émissions télévisées afin de former les parents ainsi que les enfants sur le respect des droits de chaque individu. Comme c’était son cas dès sa plus tendre enfance, la capacité qu’elle possède à se faire respecter reste la même. Elle continue à faire la fierté de ses parents qui à présent la soutiennent et surtout celle de son parrain Michel-Ange qui se tient toujours à ses côtés. Le plus intéressant encore dans l’histoire, même son grand frère Dave se trouve à ses côtés, il est à présent le Délégué de ladite Organisation dont Solange est la Référente. Elle poursuit sa carrière pour une spécialisation en Droits Humains et elle fait la une de presque tous les magazines. Solange Rebecca Charlotin reste une femme très jeune certes, mais dévouée, déterminée, ferme, talentueuse, travailleuse, respectueuse, charitable et par-dessus tout, belle comme nulle autre pareille. Pour répéter Solange lors de la présentation de l’une de ses émissions :

«  Les hommes et les femmes sont tous égaux en droits. Les parents doivent commencer ce changement à la maison,  apprendre aux petites filles qu’elles ne sont ni fragiles ni inférieures aux hommes, mais qu’elles doivent travailler dur comme eux pour s’autonomiser, pour s’assumer, pour s’afficher afin d’avoir leur place aux côtés des hommes et non  derrière eux. Dites non aux discriminations faites aux fillettes,  aux filles et aux femmes! »

Miselène Jean

Je suis Miselène JEAN, je suis née un 19 juin et je suis originaire de la ville de Petit-Goâve où j’ai vécu toute mon adorable enfance avant de la laisser pour entamer mes études universitaires à Port-au- Prince. J’ai été à L’Université d’État d’Haïti où j’ai étudié le Droit à la Faculté de Droit et Sciences Économiques. Je suis une “écologiste engagée” et aussi je milite pour le respect des “droits humains” en particulier ceux de la femme et des enfants.

Photo de couverture : Getty Images/Jasmin Merdan

Je ne suis pas de votre classe moyenne…

Réflexion d’une journaliste haïtienne.

Nous sommes arrivés au point où nous arborons avec ostentation des termes philosophiques et sociologiques pour tourner en dérision quelques formes d’institutions religieuses dites populaires ou incultes et les personnes croyantes qui, en grande partie, estimons-nous, sont les causes du laisser-aller du peuple haïtien. Soit. Mais comment reprocher à ces gens qui vivent, pour la plupart, au bas de l’échelle sociale de s’inventer un Dieu et toute sa lignée pour s’assurer un mieux-être psychologique, si tel est le cas, dans les conditions pareilles que nous vivons ? À notre tour, comment pouvons-nous croire en quelque chose qui n’existe pas, comme une certaine classe moyenne en Haïti ? Quand est-ce que nous aurons à nous retourner la balle ? Evidemment, il y a des limites à cette tentative que nous propose le schéma de ces lignes dans un contexte pareil.
Mais puisqu’il est aussi de plus en plus difficile sociologiquement de parler de la notion de classe moyenne dans les sociétés humaines d’aujourd’hui, comment faisons-nous pour dresser une telle utopie en Haïti ?

« On m’a demandé d’aller l’école, j’y étais. On m’a demandé de faire des études supérieures, je les ai faites. Ou plutôt je les fais. » La formulation de ces phrases est peut-être de moi mais l’idée directrice concerne quasiment, pour ne pas dire totalement, toute une certaine classe moyenne en Haïti. À l’école nous avons appris que la classe moyenne est un concept des Trente Glorieuses en France qui représentait une sorte de transition ou une étape entre la classe aisée ou supérieure et la classe pauvre appelée la classe ouvrière ou la masse. L’émergence entre ces classes a donné naissance à une partie de la population qui n’est ni pauvre ni riche. Quand on tient compte, par exemple, de la réalité contemporaine de la ville et les espaces du vivre ensemble qui interrogent graduellement l’apparition des phénomènes sociaux permettant de saisir les raisons qui poussent les individus à se scinder dans les lieux individuels ou d’appartenance au même groupe social que les siens, cette notion de classe moyenne devient floue. Voilà pourquoi le concept de groupe est important dans cette même idée de classe moyenne.

Le concept de groupe fait appel à la solidarité et à ce qu’on pourrait nommer la théorie de l’identité sociale qui intervient au niveau de trois processus fondamentaux, d’après Henri Tajfel, un théoricien de l’identité sociale : la catégorisation sociale ; l’auto-évaluation à travers l’identité sociale ; la comparaison sociale inter-groupe. Devenue dominante dans l’approche des relations intergroupes, la théorie de l’identité sociale est utilisée comme cadre de référence pour comprendre et expliquer les phénomènes collectifs tels que les soulèvements, les émeutes ou la solidarité sociale. Nous autres en Haïti avec nos classes moyennes (si elles existent), nous élevons des remparts physiques et sociaux contre toutes formes de proximité et d’accointance, car ce que nous avons gagné ne tient qu’à un fil et peut s’écrouler du jour au lendemain. Elles (les classes moyennes) sont dans une dynamique de mobilité individuelle et n’entrevoient pas un pôle d’interaction intergroupe car les individus sont déterminés par leurs relations interpersonnelles et leurs caractéristiques personnelles[1].

Pour une universitaire et professionnelle salariée dont le père, assez connu dans sa ville, a eu une longue carrière dans l’enseignement et la mère qui avait bossé dans des ONGs, ayant partagé sa vie parfois entre le commerce et des activités d’archiviste, me paraît-il, il fallait clamer haut et fort : je suis dans de la classe moyenne. Comme l’a chanté Orelsan : « J’viens d’la classe moyenne, moyennement classe où tout le monde cherche une place (…)[2] En tout cas, je connais bien des gens qui disent et qui savent à quel point je me sens vexée quand ils me parlent en des termes : « une fille de province de la classe moyenne. » Peut-être que mes parents ne seront pas si déçus de m’entendre dire ça pour la simple et bonne raison je ne suis pas capable de suivre le troupeau sans m’interroger et interroger cette société. Parce qu’au moins je peux questionner ce qu’on m’a appris à l’école. Ce mode de fonctionnement discursif ne devrait-il être pas l’une des fonctions élémentaires de l’école ou de la formation supérieure ?


Ou peut-être que mes parents, je pense surtout à mon père, seront mécontents parce qu’ils se sont usés pour donner à leurs trois enfants une bonne éducation. Dans tous les cas, je ne m’excuse pas de ne pas avoir un sentiment d’appartenance à aucune classe sociale en Haïti. Ce n’est pas un déni. Je ne peux vraiment pas m’identifier à « une petite élite dont je n’ai cure, ni pour cette entité platonique adulée qu’on surnomme la Masse. Je ne crois pas à ces deux abstractions, chères au démagogue… »[3], comme l’a écrit Jorge Borges pour parler lui, de l’écriture.

Confinée à Marseille depuis plus d’un mois maintenant, mes inquiétudes me ramènent toujours à Haïti et me poussent à me replonger dans le fameux « pays lock » qu’à connu en septembre 2019, le pays. Situation qui a paralysé toutes les sphères et couches sociales du pays pendant trois (3) mois.

Il ne s’agissait pas d’un virus qui allait impacter à ce point le fonctionnement social, on le sait. Mais aujourd’hui, avec les deux cas recensés en Haïti, on s’interroge en se demandant doit-on s’attendre au pire puisque la plus fondamentale des mesures de prévention qu’il nous fallait était d’empêcher qu’on en arrive à ce point. Remarquons qu’ en France, les autorités peuvent soustraire l’ensemble de la population à leurs tâches sociales pour un bon temps ( Disons jusqu’en mai). Sans rester dans les détails, chez nous en Haïti où la situation est très complexe, les stratégies standard de prévention des autres pays seront-elles valables ? La question me semble plus pertinente que toute tentative de réponse dans ce texte ou ma préoccupation essentielle aborde la problématique des classes moyennes.

Plusieurs définitions par catégories socioprofessionnelles ou intervalles de revenus existent par ce concept de classe moyenne. L’une des façons fondamentales pour approcher la réalité de cette classe, c’est le salaire. Ce n’est pas l’unique puisqu’il existe d’autres variables qu’il faudrait penser à prendre en compte. Mais nous, qui cherchons à user cette notion, sommes de préférence ce qu’on appelle une certaine « élite intellectuelle ». Et voilà l’une des raisons primordiales qui me poussent à me soustraire de toute illusion de la classe moyenne. Evidemment vous me diriez peut-être que ce n’est pas un corps homogène et qu’il existe des classes moyennes. Soit. Cependant, en fonction de quoi estimez-vous que vous en fassiez partie ? Je me demande pourquoi on se précipite sur les concepts en faisant fi des bornes qui les définissent. Je laisse le soin à ceux et celles qui travaillent sur la langue et les rapports des humains en société cette tâche tout en sachant le risque que la classe moyenne encourt tous les jours pour ne pas se voir basculer dans la pauvreté alors qu’ils se fabriquent une vie incroyable…peut-être sur les réseaux sociaux.

Ce que je souhaitais exprimer ne tient qu’à un fil : mon ras-le-bol. Ras le bol de devoir côtoyer en Haïti des classes moyennes toujours sur le qui-vive. Ras le bol de devoir côtoyer une classe moyenne qui simule. Ras le bol de la situation actuelle causant la désolation de tout un peuple.

En Haïti nous avons une certaine classe moyenne qui se satisfait de trop peu et paradoxalement qui fait tout pour ressembler à des bourgeois ou des petits bourgeois, dans tout le sens du terme. L’expression petite bourgeoise me fascine pour mille raisons que je m’étalerai pas ici. Mais là, ma préoccupation me pousse à poser la question pendante : quand est-ce qu’on est petit.e bourgeois.e ?

A l’école on nous a appris que les individus de la classe moyenne qui font des études supérieures peuvent devenir l’élite intellectuelle. Et cette dernière en remettant en question des pratiques de sa société et en devenant un.e employé.e capable de faire des économies sur son gain après avoir comblé les besoins fondamentaux est appelé.e petit.e bourgeois.e. Sans tomber dans les courants et paradigmes, c’est l’une des explications simples que l’on peut tenter d’apporter.

Tout de même, quand on s’y réfère à l’histoire de l’Humanité présentée dans un texte d’Alan Woods[4], Marx et Engels expliquaient dans le Manifeste du Parti communiste le développement social comme facteur central à travers la lutte des classes. Avec l’arrivée du capitalisme, la société a été polarisée en deux grandes classes antagonistes : la bourgeoisie et la classe ouvrière (le salariat). L’expansion du capitalisme, comme le prédisait Marx, a mené à «la concentration du capital. »[5]

Pendant des décennies, les économistes et les sociologues bourgeois, qui affirmaient que la société devenait toujours plus égalitaire, que tout un chacun devenait membre de la classe moyenne ont rejeté l’idée d’un capitalisme qui se scinde, d’une part à une immense accumulation de richesses au sommet de la société et d’autre part à une accumulation de pauvreté, de misère et d’exploitation à sa base.[6]

Toutes ces illusions sont désormais balayées, écrit Alan Woods. « L’argument, tellement apprécié des sociologues bourgeois, selon lequel la classe ouvrière a cessé d’exister, a été complètement démoli. Dans la dernière période, d’importantes couches des travailleurs qui se considéraient comme appartenant à la classe moyenne ont été prolétarisées. Des enseignant.e.s, des fonctionnaires, des employé.e.s de banque, etc., ont été précipités dans les rangs de la classe ouvrière et du mouvement ouvrier, où ils constituent quelques-unes de ses sections les plus militantes. »[7]

Lorsque je pense au fameux roman d’Oscar Wilde « Le portrait de Dorian Gray », je me dis effectivement qu’il faut que je continue surtout à faire la plupart des choses qu’on me reproche. Comme lire des romans. La classe moyenne comme disait Lord Henry dans ce roman, n’a rien de moderne. Il faut voir dans cette modernité non seulement la notion du temps dans la lutte des classes – la classe moyenne n’est pas une réthorique récente -,mais aussi, pour approfondir, les sens technique et pratique de la modernité. C’est à dire dans le sens de non classe. Idéal désormais sans idéal, la classe moyenne avance, techniquement et pratiquement, vers sa propre destruction.

Voyez par vous-même, il y a très peu de cadre de référence de la sociologie et même du droit dans ce texte. Mais puisqu’on parle de droit, qu’en est-il pour le peuple haïtien qui fonctionne avec des lois qui tombent en désuétude ? Comment aborder les violences faites sur les droits fondamentaux des personnes les plus vulnérables tenant compte de la violence systémique et de la violence institutionnelle flagrante dans la société ? Quels sont par exemple, les lois en vigueur ou proposition de lois sur le coût des normes et de mixité dans les programmes immobiliers neufs ? Sans mettre la charrue avent les bœufs dans le contexte haïtien,, rappelons que dès le début de ce texte, nous avons fait mention des remparts physiques et sociaux que les classes moyennes dressent contre toutes formes de proximité et d’accointance, car ce qu’elles ont gagné ne tient qu’à un fil et peut s’écrouler du jour au lendemain.


Ce que nous feignons d’ignorer, c’est le pouvoir latent d’une certaine forme de discrimination qui ronge notre société. Cette classe moyenne s’étouffe sous le poids des discours et des idées biscornues qui ne servent qu’à rapetisser l’impasse dans laquelle elle se trouve. Et un jour si nous ne renversons pas l’ordre des choses, nous n’aurons plus de constitution ni de lois valables pour protéger même la liberté de penser, oui la liberté de penser, et de s’exprimer dans ce pays.

Je ne suis pas de votre classe moyenne. Et ceci pour deux raisons fondamentales : je ne suis pas dans la prétention ni dans une fausse modestie. Tout comme je ne suis pas dans les limites non plus. Parler de limites en ces termes est nettement différent du sens de la mesure. Il faut considérer ici la réalité qui n’arrête pas de violer des rêves. Partout, les inégalités se côtoient, « des richesses obscènes côtoient la misère, la souffrance humaine est omniprésente. » Comme le souligne le texte d’Alan Woods, « L’aspect le plus frappant de la situation actuelle est le chaos et l’agitation qui ont saisi la planète entière. Il y a instabilité à tous les niveaux : économique, social, politique, diplomatique et militaire. Le monde semble être devenu fou. »[8]

J’affirme que je n’appartiens à aucune classe en Haïti, c’est pour moi une façon de lutter contre le laxisme d’État et c’est une façon aussi de lutter contre les illusions d’une certaine classe moyenne existante. J’accuse la classe moyenne d’Haïti, hommes et femmes qui se laissent embobiner par une élite économique sans sentiment d’appartenance renforcé, consolidé, affermi et « développé »pour ce pays. Enfin, j’accuse les soit- disant classes moyennes de créer des conditions miroitières de réussite dans un pays en proie aux crises politiques et sociales.


Eunice T Eliazar

eunice18271@gmail.com


[1] Schéma récapitulatif des grandes théories de l’identité sociale, Henri Tajfel

[2] Musique : Orelsan et Stromae, La pluie

[3] J.L.Borges, Le Livre de sable (1978)

[4] Publié pour la première fois en anglais en juin 2013, ce texte a été publié par la suite sous forme de livre en vente : Les idées de Karl Marx.

[5] https://www.marxiste.org/theorie/philosophie/928-les-idees-de-karl-marx

[6] ibid

[7] ibid

[8] ibid

Nan toufe yon laperèz

Nan toufe yon laperèz 

Nan mi kay


Trip mwen anfle tankou bonbonfle


Lapoula tout nouvèl


Gen gou fèy sèch nan bouch mwen
Mwen tou vaksinen kont kè pòpòz 

Lespri m sispann dodomeya

Tout branch cheve m se antèn

Yon move zè ki mare lemonn nan trip

Tèt mwen plen pase bèf plenn

Bonbonfle gen bon do

Pito m te otorite isit

Sou wout vaykevay

Anyen pa ta detounen m.

Jeanne-Elsa Chéry

Image de couverture : Munch, Le cri (1893) / Edvard Munch [Public domain]

Quatre semaines d’activisme pour sensibiliser sur les droits des femmes et le développement équitable en Haïti

L’Initiative pour un développement équitable en Haïti (IDEH), une association à vocation féministe organise : Quatre semaines d’activisme sur les Droits des femmes et le développement équitable en faveur de l’équité et l’égalité des droits en Haïti », du 8 mars au 3 avril 2020. Le coup d’envoi a eu lieu le dimanche 8 mars avec une marche pour sensibiliser sur les violences faites aux femmes et aux filles dans la communauté de Christ-roi, à l’occasion de la journée internationale des droits des femmes.

La marche a fait suite à une conférence de presse, donnée le lundi 9 mars à 10 heures AM à leur local sis à la rue Waag. Ce fut l’occasion de dévoiler quelques activités qui composent la programmation. Fidèle à sa tradition, l’IDEH commémore encore cette année des dates importantes tant pour le mouvement féministe en Haïti qu’à l’international. C’est ainsi que, le 8 mars et le 3 avril, journée nationale de Mouvement des femmes haïtiennes, sont toujours l’occasion pour l’institution d’attirer l’attention sur les rapports sociaux de sexe dans la société.

Une kyrielle d’activités telles que des clubs de débat, conférences de presse, ateliers de formation, projection de films est prévue dans un contexte difficile ; puisque la directrice exécutive de l’institution, feue Claudine Saintal, est morte subitement alors qu’elle était en plein dans les préparatifs de ce mois d’activisme et de plaidoyer qu’elle avait voulu qu’il s’étale sur huit semaines. Esther Randiche, présidente de IDEH et directrice exécutive a.i déclare à ce propos : « Ces quatre semaines d’activisme et de plaidoyer se déroulent dans un climat peu serein au sein de IDEH où nous faisons face à la perte d’un de nos membres fondateurs et personnes ressources de l’association qui a combattu corps et âme les rapports inégalitaires entre hommes et femmes. Mais déterminé.e.s à pérenniser sa mémoire et continuer le combat pour l’égalité des genres, qui est tout le temps remis en cause par l’opinion publique, nous allons poursuivre nos actions en dépit des difficultés. »

Travaillant depuis 2012 dans le secteur du genre,l’IDEH a quatre champs d’intervention : la santé, les violences basées sur le genre, l’éducation à l’égalité, le genre et le handicap. Elle est l’une des rares organisations féministes qui plaide pour la prise en compte des besoins sexospécifiques des femmes en situation de handicap dans les politiques publiques.

« Nous espérons, par ces activités de sensibilisation, à caractère éducatif et récréatif attirer l’attention du public sur la problématique de genre et jeter les bases d’un futur équitable en Haïti. ».

Esther Randiche

Des espaces comme Jaden samba et leur local se prêteront à cet évènement qui consacre un thème à chaque semaine. La première semaine se déroule sur le thème : Droits des femmes en situation de handicap avec pour ; la deuxième semaine : « Droits socio-économiques des femmes » ; la troisièmesemaine : « Leadership et participation des femmes dans la sphère publique « ; la troisième semaine semaine : « Femmes, medias et culture » et la quatrième semaine sur le « Féminisme et la religion ». Tout dans l’objectif de : « Sensibiliser sur les enjeux des droits des femmes et d’encourager à soutenir diverses actions visant à empêcher leur constante violation ».

La clôture des quatre semaines d’activisme se fera par un hommage à Claudine Saintal, le 3 avril prochain. Les informations à ce sujet seront partagées ultérieurement par les responsables de IDEH sur les différentes plateformes de l’institution.

La rédaction

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