VOYAGE AU BOUT DU TEXTE

Si je contais ma ville : Une plume esquisse pleine d’humanité !

Au tout début du livre « Si je contais ma ville », l’autrice Chantal Kénol tenait à s’introduire et mettre les points sur les « i » pour bien faire comprendre sa démarche artistique. Dans le texte liminaire de quatre paragraphes, on va très vite comprendre qu’il s’agit en fait de la ville de Port-au-Prince, lieu de reférence et d’inspiration qui va guider la plume de l’écrivaine.

Chantal Kenol a déjà collaboré à un recueil de nouvelles collectif « La vie et ses couleurs » dirigé par Lyonel Trouillot et publié au sein des éditions Atelier Jeudi soir, club littéraire dont elle est membre depuis plus de dix ans. Ce n’est une plume nouvelle pour plus d’un.

« Si je contais ma ville » n’est pas un recueil de nouvelles mais plutôt de micro-fictions, deux genres très proches que l’on confond trop souvent vu leur frontière limitrophe. Il regroupe 12 histoires touchantes, poignantes et concises que possible. Il s’agit d’une fresque très réaliste du quotidien macabre de citoyens modestes rencontrés au bout de la rue, en Haïti. L’autrice a su se glisser sous leurs peaux, épouser leurs voix, leurs non-dits comme dans le titre magistral « Crime et châtiment » de la page 47 du livre. Ou encore, elle a su traduire les appréhensions et les déboires des personnages coincés dans l’étau de leurs destins hypothéqués. Des vies mues par des déboires comme dans le texte décrivant une misère suffocante vécue au jour le jour: « Le billet de cent gourdes » (page 17). L’auteure va aussi chercher à traduire la vision du monde et le mal-être dans « Notre pain quotidien » au niveau de la page 13, en parallèle à la vie privilégiée (une forme de tentative d’autofiction de l’écrivaine dans cette micro-fiction?) de certains.certaines au sein d’un pays où la majeure partie de la population vit dans la pauvreté la plus abjecte et précaire.

Nous saluons la démarche pleine de fraicheur et d’humanisme d’une plume franche et conséquente à sa mission, déclarée en l’occurrence dès l’avant-propos du livre par l’autrice : « Puissent mes textes réfléchir et disséminer cette humanité et que le lecteur à son tour s’y retrouve ou s’y reconnaisse. Qu’il puisse s’indigner, se réjouir, s’émouvoir de ce qui autour de moi m’a inspirée et qu’à travers mes mots et ses yeux, le cœur de l’humanité continue de battre».

« Si je contais ma ville », une lecture vivement recommandée qui convaincra les lecteurs les moins exigeants comme les plus exigeants.

Sarita Cynthia Pierre

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