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Sortir de l'ombre - Fè yo konnen w!

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Doom Doom la (Tout timoun, se timoun)

Ici, c’est le nouveau numéro d’Emma-Vagabonde, “Doom Doom la (Tout ti moun, se timoun)”. Emma y parle de son experience dans son stage, de la hiérarchie dans ce milieu et des conflits qui y sont nés. Suivez Emma-Vagabonde sur nos réseaux sociaux, Twitter, Facebook et Instagram ou directement sur notre site internet. Photos, vidéos, témoignages, textes, beaucoup de choses sont à venir. Tenez-vous prêt pour cette Emma toujours excitée de vagabonder.

Comme le dirait Marie Gaye (interviewé dans un journal, les métiers d’enseignement, d’éducation, d’instruction, ne nourrissent pas l’éducateur en soi, mais apporte une compensation morale ainsi que la satisfaction d’avoir participé à la formation des hommes et des femmes sur plusieurs générations.

L’éducation spécialisée désigne une branche en Travail social qui consiste à trouver des moyens, à faire des actions éducatives, dans le but d’accompagner une ou des personnes ayant des difficultés d’apprentissage. L’éducateur spécialisé se doit de participer dans l’intégration de toute personne ayant des besoins spéciaux.

Ses trois champs d’intervention sont :

D’abord, faire de la prévention, de la sensibilisation face au développement d’un problème imminent. Cela se fait par l’éducation des facteurs de risque associés et par la promotion de la santé par l’augmentation des facteurs de protection.

Ensuite, il y a de l’intervention par l’intégration et l’éducation de la clientèle qui est desservie. Atteindre le but se fera en développant des habiletés à favoriser l’intégration de la clientèle, selon ses capacités et ses limites.

Enfin, la réadaptation qui est plutôt une forme d’intervention, mais curative. Elle consiste à développer un ensemble de moyens médico-sociaux qui aideront la clientèle à trouver un quotidien fonctionnel dans le traitement de sa problématique. (Bissonette, 2009)

Mon métier

Pour simplifier tout ça, dans mon métier, j’accompagne les enfants, adolescents qui ont leur propre rythme de fonctionnement et d’apprentissage dans le but de parvenir à suivre le cours de la vie comme n’importe quel jeune. Ou d’être tout simplement fonctionnel en tant que personne.

C’est-à-dire avoir les bases pour vivre respectueusement en société. Comme savoir lire un avis important, savoir écrire son nom, être autonome à maintenir une bonne hygiène de vie, apprendre le respect de soi et des autres, utiliser sa créativité comme un emploi ou intégrer un milieu dans son intérêt dans le but de ne pas vivre du rejet et d’être indépendant comme être. Le but étant de donner de la place à tous dans un monde où nous sommes différents et uniques. Alors, je me suis laissée emportée par cette belle passion, pour aller offrir mon amour et disposer mon temps au service de beaux, petits anges de Dakar.

Lors de ma première semaine de stage, je me suis rendue dans mon milieu de stage. Au courant de cette journée, j’ai assisté à la première rencontre d’équipe.

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Le Milieu

Selon les renseignements du site de l’établissement, l’Association Sénégalaise pour la Protection des Enfants Déficients Mentaux (ASEDEME) est née à Dakar, le 16 décembre 1989, de la volonté d’une femme avocate, Aminata Mbaye, et d’un groupe de parents soucieux de l’avenir de leurs enfants.

Encouragée par des membres du corps médical (psychiatre, pédopsychiatre, orthophoniste, psychomotricien), cette équipe opiniâtre et volontaire a su insuffler autour d’elle le désir de faire cesser cet ostracisme à l’égard des enfants « différents », en offrant une structure capable de les accueillir et de les soigner. Grâce à l’obtention d’un terrain de 2 500 m2 à Grand-Yoff, mis à sa disposition par l’État, avec la bonne volonté des bénévoles, l’appui des amis et le soutien de généreux mécènes, l’Asedeme a pu mener à bien son projet et ouvrir à la rentrée scolaire 2003, le premier institut médico-éducatif appelé Centre Aminata Mbaye, en souvenir de la fondatrice disparue prématurément en 1998. Il accueille aujourd’hui 113 enfants déficients intellectuels.

Le centre participe à la formation académique des jeunes, de 5 à 25 ans. D’abord, ils viennent pour apprendre les bases académiques telles que lire et écrire. Ils font parallèlement des ateliers de poterie, couture, jardinage, etc. Ces activités sont disposées non seulement pour favoriser un meilleur contexte d’apprentissage pour les jeunes, mais aussi afin de les outiller pour la vie. Certains d’entre eux vont en stage et se font embaucher par les milieux de stage. Dans le centre, on retrouve majoritairement des cas de trisomie 21, de déficience intellectuelle légère, moyenne ou grande, des difficultés de langages, des cas du spectre autistique, etc. Il y a beaucoup à faire et je ne me croise pas les bras.

” cette équipe opiniâtre et volontaire a su insuffler autour d’elle le désir de faire cesser cet ostracisme à l’égard des enfants « différents », en offrant une structure capable de les accueillir et de les soigner.”

Emma-Vagabonde

La hiérarchie dans le milieu

Lors de ma deuxième semaine de stage, je me rends vraiment compte que je fais face à un choc culturel dans mon milieu de stage. D’abord, il y a le fameux patron. Un homme qui entrera bientôt dans le troisième âge ou vieillit bien. Dès qu’il a pris la parole à la rencontre (je l’ai jugé en partant), il est condescendant et parle avec dédain. Il semble vouloir faire du sarcasme, mais son sarcasme est irrespectueux. Son sarcasme ne tient pas nécessairement à mon goût. Il traite les éducateurs et éducatrices (tous des Sénégalais) de paresseux.

Tout le monde la tête baissée, l’écoute sans être en mesure de placer un mot en commentaire ou de poser une question. Oughh, j’ai eu l’impression d’être dans un champ à récolter du coton en plein midi. Le dégoût que j’ai eu à l’écouter parler. J’étais quasiment la seule noire à le regarder droit dans les yeux dans ses discours dédaigneux. Cela ne doit pas faire de grandes différences pour lui que je sois noire, puisqu’il l’a si bien dit, je suis stagiaire canadien. Ça veut dire ce que ça veut dire.

“Lors de ma deuxième semaine de stage, je me rends vraiment compte que je fais face à un choc culturel dans mon milieu de stage.”

Emma-Vagabonde
Emma Roberte devant la porte du Centre Aminata Mbaye

Des professeurs totalement effacés devant leur patron

De ce que j’ai cru comprendre, il est parvenu à siéger à ce poste parce que les Français sont devenus des partenaires du centre au fil du temps. Les éducateurs et éducatrices n’interagissaient pas trop lors des discours du patron. Lorsqu’ils parvenaient à le faire, ils étaient moins confiants à s’exprimer. Certains parlaient avec la main devant la bouche et on n’entendait pas clairement leurs propos.

Les seuls qui avaient beaucoup de confiance et d’assurance dans leur prise de parole semblaient avoir étudié en Europe. Le non-verbal m’a aussi fait réfléchir. Je me suis quand même gardée une retenue dans mes jugements, parce que c’était un premier contact avec le milieu et l’équipe, mais les comportements observables m’ont sauté aux yeux.

 Une institution comme celle-là a besoin d’une bonne structure et un dirigeant très organisé pour susciter sa bonne marche. Toutefois, ce n’est pas en étant irrespectueux avec l’équipe, qui quotidiennement vie les crises avec les enfants qu’il faut être léger dans ses propos. Je trouve très simpliste et terre-à-terre le langage professionnel des responsables ou membre de la direction.

“Non, je n’aime pas mon milieu de stage. Selon moi, il est trop hiérarchisé, lorsque les membres de la direction sont incompétents pour toutes les pressions qu’ils nous mettent.”

Emma-Vagabonde

Le conflit…

 J’ai eu un bon rapport avec l’éducatrice avec qui je vais travailler toute la session. Elle est très gentille et ouverte. Cela fait déjà cinq ans qu’elle travaille avec des enfants à besoins spéciaux dans ce centre. Nous avons planifié notre façon de travailler durant les prochaines semaines et nous prévoyons de mieux rayonner notre salle de classe. Je compte participer activement dans l’élaboration des moyens d’apprentissage pour les jeunes.

Toutefois, il y a un souci. Je me retrouve au sein d’un conflit de groupe. Un conflit qui ne date pas d’hier entre ma collègue et les autres membres de la direction. De ce fait, je me retrouve quelquefois à être pressurée par ma collègue parce qu’elle vit comme pression de la direction sont énormes.

Non, je n’aime pas mon milieu de stage. Selon moi, il est trop hiérarchisé, lorsque les membres de la direction sont incompétents pour toutes les pressions qu’ils nous mettent. Je me retrouve à attendre vendredi chaque lundi et à veiller à chaque 13 heures dès 8 heures. Ce n’est pas dans ma façon de faire en tant que professionnel. Je ne vais pourtant pas abandonner mon stage. C’est dans l’adversité que j’apprends toujours les meilleures leçons.

En bonus 

J’ai fait la rencontre d’une petite fille adorable qui me ressemble tel mon reflet de fillette. La première fois qu’on s’est croisé, on s’est aimé. Elle me sourit, sa bouche souriante et sa dent cassée accueillante font place à un ruisseau de bave. Comment résister à autant d’amour. Ces enfants sont ma source d’énergies positives afin de continuer ce bon combat !

Doom Doom La !

Emma-Vagabonde

Emma-Vagabonde

Mus’Elles tient à s’excuser auprès de son public pour l’irrégularité dans la publication du carnet de voyage d’Emma-Vagabonde. Mus’Elles fait de son mieux pour continuer le travail depuis les récents troubles politiques qui font trembler les rues de Port-au-Prince et ses occupants, depuis environs cinq semaines maintenant.

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24 heures dans la vie d’une femme

« Scandale dans une pension de famille « comme il faut », sur la Côte d’Azur du début du siècle : Mme Henriette, la femme d’un des clients, s’est enfuie avec un jeune homme qui pourtant n’avait passé là qu’une journée… Seul le narrateur tente de comprendre cette « créature sans moralité », avec l’aide inattendue d’une vieille dame anglaise très distinguée, qui lui expliquera quels feux mal éteints cette aventure a ranimés chez elle. Ce récit d’une passion foudroyante, bref et aigu comme les affectionnait l’auteur d’Amok et du Joueur d’échecs, est une de ses plus incontestables réussites. » résumé du Livre de poche

Dans votre quotidien haïtien, n’avez vous jamais noté la critique qui résume une femme à une “vilaine” en ayant plusieurs amants? N’avez vous pas également noté celle qui résume un homme à un “Don Juan” ou à un “gentleman” en étant un “playboy” ou un coureur de jupons?

Quelle que soit votre réponse, il est clair que les individus sont majoritairement toujours prêts à juger les comportements de leurs semblables. Mais ceux des femmes sont largement critiqués en se basant sur des normes, parfois trop stricts, que la société elle-même a construit. Comme par exemple une femme qui couche dès le premier rendez-vous avec un homme, elle femme sera ouvertement jugée comme étant une femme facile. Et s’il faut illustrer d’autres exemples, prenez le cas d’une femme qui ne supporte pas le célibat ou qui s’amuse à éviter les relations stables.

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Évidemment, elles seront critiquées. Faciles? Faibles? Vous en jugerez vous-mêmes. Cependant Stefan Zweig, dans son roman intitulé “Les vingt-quatre heures d’une femme“, il n’a pas seulement décrit les heures et les minutes de la journée d’une femme car en admettant la vraisemblance du récit, nous pouvons affirmer que Stefan a voulu changer la donne, en accordant à la femme la liberté de vivre ses volontés, d’affirmer ses désirs, sa maturité et d’aimer… librement.

“Ne trouvez-vous donc pas méprisable ou odieuse une femme qui abandonne son mari et ses enfants pour suivre un individu quelconque dont elle ne peut pas encore savoir s’il est digne de son amour ? Pouvez-vous réellement excuser une conduite si risquée et si inconsidérée, chez une femme qui, après tout, n’est pas des plus jeunes et qui devrait avoir appris à se respecter, ne fût-ce que par égard pour ses enfants ? “

Zweig, Stefan (1987). Les vingt-quatre heures d’une femme. Allemagne : Insel- Verlag, page 30, 31.


Bien sur, Stefan Zweig, par le biais de son récit n’a pas visiblement pris la défense des femmes, ni juger leurs comportement. Il a cependant encouragé la gente feminine à courageusement suivre librement leur volonté sans pour autant négliger toute conséquence de leurs actes ni leur responsabilité.

Stefan Zweig


“Les vingt-quatre heures d’une femme” est dédié à toutes les celles qui veulent écouter leur coeur pour rencontrer l’amour, la passion, la gratitude, l’émerveillement et bien évidemment l’inconnu et la souffrance puisqu’il est clair qu’on peut se blesser en tombant amoureuse, pleurer en versant des larmes de joie et mourir avec ou sans regrets. Le plus important, Stephan Zweig, nous l’a fait comprendre, on peut bien être blessé aujourd’hui mais on a tout notre temps pour guérir.


“Les vingt-quatre heures d’une femme” est également dédié à nous tous qui sommes si lents à comprendre les autres et prompts à les juger.


“À coup sûr, les tribunaux sont plus sévères que moi en ces matières ; ils ont pour mission de protéger implacablement les mœurs et les conventions générales : cela les oblige à condamner au lieu d’excuser. Mais moi, simple particulier, je ne vois pas pourquoi de mon propre mouvement j’assumerais le rôle du ministère public. Je préfère être défenseur de profession. J’ai personnellement plus de plaisir à comprendre les hommes qu’à les juger. “

Zweig, Stefan (1987). Les vingt-quatre heures d’une femme. Allemagne : Insel- Verlag, page 30.



Malgré nous, nous ne valons pas mieux que les autres. En étant loin de la perfection, nous voulons tous vivre de nos expériences, nous surpasser et nous satisfaire pleinement alors pourquoi ne pas tout simplement comprendre les autres et les accepter?

Ramphir Dorvil

Dis Jérémie

Donne-moi les nouvelles
Nombre d’actes de naissance saignent
Sur nos bandoulières

Digue coulant dans sa sauvagerie

Les rêves sont incendiés
de la braise
de Mathieu

Pour l’ascension
De quelques chapeaux dans la trace
De nos pieds effacés

Jérémie
Donne-moi les nouvelles
Dis
Sur quelles notes tristes
Dansent tes prunelles
Déjà mille fois ensauvagées

Les oiseaux trouvent t-ils de branches
A nouer un foulard de souffle
Sur les jours à naitre

Il est dit
Que dans les Nippes
Un hoquet bleu
S’empare de tout
Le nombril du Sud
Est un chemin d’eau boueuse

Dis Jérémie
Reste-t-il un seul souffle dans le poumon des murs ?
Par quelle adresse trouver les battements de tes corps ?

Dis-moi de quelques files de rêves malgré tout
Trainent encore sur tes pavés ?

Que Ti Amélie
Garde encore de vastes lignes de charme
Sous ses paupières

Encre et papier
Trouvent du sens
Dans tes doigts

Dis Jérémie
Quand tes sueurs se noient
Dans quelle assiette pousse la vie ?

Même si dans ton ventre
La peur élit domicile
La dignité
Est debout dans tes paumes.

Adlyne Bonhomme

Je ne t’ai pas choisi

Cette sensation de mal être n’est pas venue un beau matin sans qu’elle ne s’en aperçoive. Non! Ce trouble la traquait d’aussi loin que sa conscience pouvait lui donner accès. Diane vivait avec un corps qu’elle refusait d’être le sien. Elle se vivait comme une étrangère. Aujourd’hui, avec les avancements de la médecine, on arrive à modifier son corps pour pouvoir vivre plus aisément. Pourtant, dans un pays où plus de la moitié de sa population vit en dessous du seuil de pauvreté, beaucoup ne souhaitent que voir le soleil se pointer le matin, ressentir sa chaleur leur caresser la peau, et sa lumière éblouir instamment leur visage. Les possibilités d’aménagements pour rendre son corps plus agréable à vivre n’est pas une idée à laquelle on peut s’accrocher lorsqu’on vit dans des conditions proches de l’urgence de vivre.

Que feraient les haïtiens sans leur soleil ? Cet astre brillant qui leur écorche l’épiderme certains jours, et fait dégouliner toutes leurs réserves d’eau par les pores. Personne ne sait ! Certains arguent avec force que les microbes, bactéries, les virus ou autres agents pathogènes, ne peuvent nuire aux haïtiens. Pour la simple et bonne raison que le soleil, l’une de leurs plus grandes richesses, protège contre ces germes nuisibles. Le choléra avait présenté un démenti formel de cette croyance sans queue ni tête.

Paradoxalement, ce soleil dont nous sommes si fiers nous désapprouve lorsque, certains, mal dans leurs peaux, choisissent d’améliorer leur relation avec leur corps avec les pauvres moyens dont ils disposent, inventant des mélanges cancéreux de défrisants pour cheveux, de pots de crèmes éclaircissantes, et d’huiles nocives pour la peau. D’autres en font même un métier, se prennent pour des spécialistes, créent des pages web, font la promotion sur les réseaux sociaux, pour leurs recettes éclaircissantes miracle. Ils appellent cela des traitements, ou des remèdes pour la peau, pour la nettoyer, pour la rendre jolie et présentable. Car c’est une peau trop noire pour être aimée.

Le beau soleil d’Haïti se fit alors vilain en voyant toutes ces nouvelles peaux roses qui se baladent sur sa terre brûlée. Alors, il les chauffât encore plus fort que d’habitude, les rendant encore plus roses, jusqu’à ce que leurs peaux prennent une teinte de veille croûte de pain farci. Faut dire que l’union fait vraiment la force, parce que grâce à ce cela, leurs peaux ont pu se révolter contre ce traitement qui n’était pas digne des fils et filles du soleil. Les recoins de leur coudes, de leur genoux, de leur phalanges, partout où la peau pouvait se renforcer, se refusait à s’éclaircir. De toute façon le rose n’aboutit en rien de bon, en cinq années de présidence et nos années à nous faire bananer par ce soi-disant ingénieur, nous l’avons dûment appris. Espérons.

Diane, se tenait face à son miroir, elle venait à peine de rentrer. La journée a été rude et fatigante, néanmoins elle avait encore le sourire. La jeune femme s’était acheté un beau pantalon couleur bleu lavande, et elle se félicitait de l’avoir eu à un si bon prix. Discrètement, elle avait examiné le tissu de sa nouvelle acquisition dans le bus. Elle le trouva à son goût et remercia le ciel de lui avoir donné l’idée d’aller fouiller dans la pile de vêtement usagés de cette marchande du Carrefour de l’aéroport. Elle trouva ce pantalon en très bon état, presque neuf. Une aubaine ! La tête appuyée contre la vitre, elle réfléchissait avec quel chemisier elle allait le mettre lundi prochain pour aller au travail. L’image de sa penderie se profilait dans son esprit, et mentalement elle fouillait dedans pour faire son choix. Après quelques réflexions, elle opta pour un chemisier aux manches courtes, aux motifs floraux bleus et jaunes. Ce n’était pas un vêtement qu’elle avait l’habitude de porter, donc elle s’assurait ainsi d’avoir bien plus d’effet lorsqu’elle sera au bureau la semaine qui s’en vient. Fraîche, elle pourra débuter la prochaine semaine de travail dans la bonne humeur. Les nouveaux vêtements nous donnent souvent la sensation d’un regain d’énergie dans notre vie.

Excitée comme une adolescente, Diane rentra vite dans sa chambre, se déshabilla rapidement et enfila son pantalon. Elle prit le petit miroir qui n’arrivait qu’à son buste sur le dessus de la commode et le déposa sur le lit, en le penchant un tout petit peu, afin qu’elle puisse voir tout son corps dedans. Longuement, elle regarda, détailla, critiqua, l’image que son miroir lui projetait, ne comprenant pas pourquoi rien de ce qu’elle voyait ne lui plaisait. Soudain, elle se rebiffa et remis le miroir sur la commode d’un air rageur. Puis, elle fit l’idée d’essayer le pantalon avec le chemisier qu’elle avait choisi mentalement. Elle ouvrit sa penderie, le trouva exactement comme elle l’avait visualisé lorsqu’elle était dans le bus. Avec les cintres de qui n’en pouvait plus, tellement ils étaient remplis, et ceux qui paraissaient plutôt libres avec deux ou trois vêtements. Pendant qu’elle fouillait dedans, elle pensa avec amusement que même sa penderie n’était pas sur un pied d’égalité.

Triomphante, Diane trouva son chemisier et elle s’en revêtit. Celui-ci se calla un peu trop sur son tour de poitrine, et les boutons menaient une grande lutte pour rester attachés. Mais il se portait bien avec le pantalon, les couleurs se concordaient parfaitement. La jeune femme, se retourna vers le miroir, et encore, et encore. Elle n’était pas satisfaite de son image. Elle ne pouvait et ne voulait pas penser que c’était son pantalon qui ne lui allait pas, car elle l’aimait trop. C’était un modèle à la mode depuis quelque mois, les femmes étaient superbes dedans, et elle voulait le porter également. Non, le pantalon était parfait, c’est elle qui n’était pas bien dedans. Alors la jeune femme se pencha sous son lit, elle chercha les ballerines jaunes qu’elle aimait tant porter. Les trouva et se chaussa les pieds pour voir le résultat. Elles allaient bien avec le pantalon, mais la jeune femme n’était toujours pas satisfaite. Alors, elle prit un sac d’un même jaune que ses chaussures qui pendaient dans le mur en face de la commode. Après, se retourna vers le miroir pour l’enlever encore une fois de son nid entre les bouteilles de parfums, de déodorants, de pommade pour cheveux, gel et autres produits de beauté, pour le trôner sur son lit. Et cette fois, elle le calla sur deux oreillers afin de le pencher encore plus.

Diane prit son sac, le tenant dans son avant-bras avec une pose élégante, elle se plaça devant son miroir pour voir comment elle se présentait. Et toujours, elle n’était pas satisfaite du résultat. Cependant, cette fois-ci fut une fois de trop, car elle éclata en sanglots.

– Je ne t’ai pas choisi, cria-t-elle face à son miroir. Je n’ai jamais voulu t’avoir.

Diane parlait à elle seule, aucune réponse ne lui parvenait de ce reflet qui est le sien. Lasse et désabusée, elle se déshabilla les larmes aux yeux. Nue, elle inspectait ce corps familier, cherchait des recoins qui ont dû l’échapper. Mais elle n’en trouvera rien. Dans tous les aspects, c’était son corps à elle, ce corps tant haï, qu’elle peinait à rendre supportable. Agacée de cet éternel silence, elle se mit à frapper la glace, au point qu’elle se fissura.

– Je ne t’ai pas choisi non plus, déclara une voix.

Étonnée et effrayée, Diane recula. Elle regarda autour d’elle, elle était seule dans sa chambre. Rassurée, elle rit aux éclats de sa torpeur, se disant que son esprit lui jouait des tours à présent.

– Depuis des années que tu me casses les oreilles, tu te plains de moi. J’en ai marre de tes gémissements ! s’exclama encore cette même voix.
– Qui parle ? demanda Diane avec crainte.
– Moi qui parle, toi qui parles. répondit la voix.
– Je ne comprends pas. dit Diane dans un murmure pour elle-même.
– Bien sûr que tu ne comprends pas, tu n’as jamais été à l’écoute et tu n’as jamais essayé de voir autre que ce que tes yeux te dictent, expliqua la voix.
– Qui êtes-vous ?
– Moi qui suis toi, toi qui est moi. répondit la voix.

Diane resta hébétée. Se pourrait-il qu’elle soit devenue folle ? Se questionnât-elle. Ne sachant pas jusqu’où cette rencontre allait la mener, elle se décida à prendre part à la conversation.

– Je suis Diane. Et vous, qui êtes-vous ?
– Je suis Diane également. Je te l’ai déjà dit, je suis toi, tu es moi, nous sommes supposés faire qu’un.
– Supposés ?
– Oui, tu ne veux pas de moi.
– Pourquoi tu dis cela ?
– Tu viens pour la millionième fois de me crier que tu ne m’as pas choisi. Je n’en pouvais plus, je devais te répondre qu’également je ne t’ai pas choisi.
– Je ne m’adressais pas à toi, mais à mon corps.
– Avec qui crois-tu discuter ?
– Je suis en train de parler à mon corps ! Littéralement ? Ce n’est pas possible…
– Non ! Ce qui n’est pas possible, c’est toi, refusant de m’accepter, après toutes ces années passées ensemble…
– Es-tu fâchée que je ne t’aime pas ?
– Oui, car tu l’es toi aussi. Tu aimerais m’aimer, comme les autres femmes qui se disent fières de leurs rondeurs ou de leurs cheveux crépus dans les photos sur Instagram, que tu n’arrêtes jamais de regarder. Mais, tu veux que je sois comme elles, en oubliant que je suis et ne serais à jamais que toi. Déclara la voix avec peine.

Diane reçut cette réponse comme un coup de massue. Son corps lui avait parlé, elle comprit soudain que la haine qu’elle lui vouait ne retombait que sur elle-même.

Hervia Dorsinville

17/7/2019

Katiana Milfort hypnotise son public avec Manbo Katy

D’après plusieurs médias français, Katiana Milfort a marqué les esprits dans le rôle de Manbo Katy du film « Zombi Child ». Du réalisateur français très connu dans son pays, Bertrand Bonello, il la révèle dans la peau d’une princesse vaudou au grand cœur qui épouse le tempo du film décrit comme mystérieux et envoûtant.

Katiana Milfort se passe aujourd’hui de présentation dans le milieu artistique haïtien grâce à une fructueuse carrière sur la scène et sur le plateau.  Elle a joué dans des films  tels que « Pluie d’espoir », « Le mythe de la caverne », « L’ange », « L’étudiante » et « Dimanche 4 janvier » de l’acteur et réalisateur français, François Marthouret. En outre, elle a produit « Zaho », un court-métrage réalisé sur la disparition du journaliste Vladjimir Legagneur remontant à   mars 2018.  Au cours des trois dernières années, elle a aussi été directrice artistique du Festival Marathon de lecture et directrice de la Production En-jeu; elle a également joué avec la Troupe Languichatte au Festival LolFest.   Et, puisque sa carrière a de beaux jours devant elle, c’est aujourd’hui, au tour de « Zombi Child » de bénéficier de ses talents d’actrice. Une expérience qui l’a visiblement imprégnée : « Le rôle de Manbo Katy est celui qui m’a le plus paniquée. Parce que c’est un personnage que je faisais exister loin de sa terre, et tous les codes du personnage n’étaient pas toujours explicites pour moi. »  

 Katiana Milfort ne figure pas sur l’affiche de “Zombi Child” qui représente pour elle une grande et fructueuse expérience. Pourtant, elle a retenu l’attention de photographes pour lesquels elle a pris plaisir à poser et de journalistes qui ont dressé des portraits de l’actrice et écrit en long et en large sur sa performance. Ce qui risque de propulser sa carrière davantage sur la scène internationale.

Projeté au Festival de Cannes, dans la sélection « Quinzaine des réalisateurs », en France, le 17 mai dernier, l’histoire de « Zombi Child » s’inspire du cas de Clairvius Narcisse, qui a été victime d’une zombification avant de revenir parmi les vivants, dix-huit ans après sa disparition. Elle débute en Haïti, plus précisément en 1960, où celui-ci s’est retrouvé, sans le vouloir, dans l’enfer des plantations de canne à sucre. Plus d’un demi-siècle plus tard, dans le prestigieux pensionnat de la Légion d’honneur à Paris, en France, une adolescente haïtienne partage avec ses nouvelles amies le secret qui hante sa famille. La pauvre enfant, est loin de se douter que ces mystères choqueront ses amies au point de persuader l’une d’entre elles, victime d’un chagrin d’amour trop dur à supporter, d’entamer une quête impensable.

« Zombi Child » est-il tiré d’une réflexion sur l’identité et l’héritage vaudou ?  Car, le réalisateur a mêlé éléments de fiction et faits documentés sur le phénomène de zombification typiquement haïtien.  

Même si la sortie officielle de « Zombi Child » est prévue pour aujourd’hui, 12 juin 2019, des dates pour sa visualisation en Haïti ne sont pas encore retenues mais sont en perspective nous a fait savoir Katiana Milfort. Entre formations et autres festivals prévus, elle nous a confié qu’elle travaille sur une réalisation qu’elle prévoit de soumettre à l’appréciation du public à la fin de l’année.  C’est un projet qui lui tient beaucoup à cœur et pour lequel elle cherche des fonds pour pouvoir le concrétiser. .

Hervia Dorsinville

12-06-2019

Quinzaine Handicap et Culture : Une 4ème édition s’annonce

Alors que le climat socio-politique et sécuritaire du pays inquiète, plusieurs évènements culturels se déroulent, d’autres s’annoncent timidement. C’est le cas de la Quinzaine Handicap et Culture, prévue pour le 1er au 15 juin à Port-au-Prince, Jacmel et aux Gonaïves. L’évènement qui est à sa quatrième édition, se déroulera sous le thème : « L’art au service de la déconstruction sociale ». Il entend permettre aux jeunes en situation d’handicap ou pas d’échanger et d’exprimer leurs talents.


La Quinzaine Handicap et Culture, mettra cette année, Maurice Sixto à l’honneur, à l’occasion du centenaire de naissance du lodyanseur haïtien. L’équipe de la quinzaine, sous la houlette de son initiateur et directeur artistique, Johny Zéphirin, avait informé la presse, de l’introduction d’une rubrique spéciale : « Sixto pour inclusion » ; cette année. Par conséquent, des lodyans de Maurice Sixto dont « Ti Sentaniz » et « J’ai vengé la race » seront mis en scène et joués par des artistes dont Cyndie Pierre-Louis et Julaine Noelus.

Par ailleurs, Johny Zéphirin, avait pris soin de mentionner :

« La quinzaine est un espace d’expression artistique qui va au-delà des sensibilisations sur la situation des personnes en situation d’handicap. C’est une fenêtre ouverte sur la non-stigmatisation de ces dernières. »


Des activités socioculturelles diversifiées, telles que des causeries sur la santé mentale, des spectacles de contes pour enfants, des ateliers de peinture, d’écriture de nouvelles au bénéfice de femmes en situation d’Handicap, des courses en fauteuils roulants, agrémenteront l’évènement. Pour couronner le tout, une soirée de contes et de chanson aura lieu au Yanvalou Restaurant, à Pacot, le samedi 15 juin, avec la comédienne Cyndie Pierre-Louis, Tifane et Kébert Bastien.


Mentionnons au passage, qu’on peut prendre connaissance de la programmation détaillée du festival sur les pages Facebook de la Quinzaine Handicap et Culture, Productions Théâtre Toupatou et de celle notre média, Mus’elles, partenaire de l’évènement.


La Rédaction

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