COUP D'OEIL

Des dessins artistiques pour penser le confinement et ses mille et un visages

Reproduire les multiples visages que prennent le confinement dans le contexte de propagation du Covid-19, c’est la motivation de Nathania Périclès, qui a lancé le challenge #Donnezmoiunvisage, #lesmilleetunduconfinement. Depuis le jeudi 2 avril 2020, circulent principalement sur Facebook des desseins vibrant d’imagination, d’émotion, de créativité, d’un coin à l’autre, d’un artiste à l’autre, en ces moments particuliers, où le confinement est vécu tantôt comme un choc culturel, tantôt comme un luxe…

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« On a un nom pour la maladie, mais les vécus, les ressentis, hors des foyers de contamination ou des services de soin ne sont pas tant priorisés par les médias mainstream. C’est pourquoi, des artistes puisent de leur imagination pour produire des expressions du climat tumultueux du moment»,

confie la plasticienne Nathania Périclès.

Comme elle, plusieurs artistes en arts visuels réalisent chez eux, avec les matières qu’ils trouvent sous la main, des dessins pour traduire en images le confinement. Certains hésitent encore à partager leurs œuvres jugeant qu’elles ne sont pas à la hauteur de leurs ambitions, ou pas encore prêtes à être présentées au public, tandis que d’autres fleurissent les réseaux sociaux des derniers fruits de leur imagination. Autant de visages, autant de situations, autant de ressentis, de frustrations.

« Parce qu’on ne peut pas mettre un seul visage sur le confinement, on le vit en fonction de sa géographie, de son pays de résidence, du fait qu’on soit en couple ou pas, contaminé ou pas. Même une seule personne peut vivre différents moments»,

postule Nathania Périclès qui poursuit un master en scénographie à Strasbourg.

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Nicolas Verguin, un étudiant en scénographie à la Haute École des Arts du Rhin(HEAR) qui s’est lui aussi prêté au jeu du challenge, avoue que le confinement est un vrai cauchemar pour lui. Son envie de dessiner des séries de visages vient du fait qu’éloigné de ses proches et amis pendant une durée indéterminée, il voulait tout de même recréer des scènes ainsi que mettre en lumière et en ombre différents types de visages en confinement.

 « Je trouve que cela a du sens en cette période très concrète de confinement où personne ne sait vraiment comment les choses vont se poursuivre et quel sera l’après »,

clame-t-il.

L’artiste n’éprouve pas jusqu’à présent de difficultés particulières à réaliser un tel exercice en cette période inédite qui stimule les créateurs à réinventer leurs rythmes de production. Il a toutefois des questions qui lui taraudent l’esprit : « Où vais-je et qu’est-ce que cela veut dire pour moi ? Où tout cela nous mène, en tant qu’artistes ? »

Corinne Périclès, qui a dessiné un autoportrait( Dessin en couverture) pour prendre part au challenge, parle de ce qui l’a poussé à suivre le courant du challenge. Elle revient aussi sur ses retombées:

«Ce challenge a suscité des regards, des retours sur ce qui nous traverse comme humains d’abord, comme artistes ensuite, tentant de sculpter à notre manière ce que nous ressentons face à ce virus, invisible à l’œil nu mais qui fait planer l’incertitude au-dessus de nos têtes. Je voulais en profiter pour allier ma verve créatrice et mon envie de garder l’espoir que viendront des jours meilleurs. »

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Des artistes tels que Sylvie Laurent Pourcel, Pascale Faublas, Mirmonde blaise , Mackenley Darius, Walner O. REGISTRE dit Doc Wor, Kervens Prévaris, Marjolaine Mansot, James Pierre dit Kakarat, ont tous mis en branle leurs crayons pour concevoir différents visages de confinement.

En plus de projeter ces différents visages, ce challenge a pu inciter les participant.e.s à se ressourcer; il a facilité le réseautage entre des artistes vivant en Haïti, en France à Belgique et à Montréal. Des retrouvailles, des discussions sont provoquées, ont confié plusieurs autres participant.e.s.

« Ce qu’il y a d’intéressant et d’inattendu, c’est de ne pas pouvoir cerner l’aboutissement de ce mouvement de création. Même si produire un album contenant ce florilège de dessins considérés comme des définitions de situations de confinement, serait un acquis ou un témoignage des réponses surtout personnelles et interindividuelles au confinement lié au Covid-19. », soutient Nathania Périclès.

Jeanne-Elsa Chéry

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