Le mardi 26 février, le parlement écossais entrait dans l’histoire en votant un projet de loi inédit : la gratuité des protections périodiques. Cet exemple de prise de position politique est une première dans son genre et il est à espérer qu’elle fera des petits, en Europe ou ailleurs.

Car oui, la gestion de la santé menstruelle pose problème. Pas besoin de chercher bien loin pour réaliser que la précarité menstruelle est une réalité qui touche de nombreuses femmes. Sans abris, étudiantes, mères de famille monoparentale, élèves qui n’ont pas d’argent de poche… La pauvreté menstruelle n’a pas de visage ni de couleur de peau, elle touche les femmes sur toute la planète.

Dans la foulée des scandales récents, on peut penser à cette jeune fille en Inde en 2018,   tuée dans une tempête alors qu’elle ne pouvait dormir dans la même maison que sa famille, parce qu’elle avait ses règles. En 2019, une jeune Kenyane se donnait la mort parce que son professeur s’était moqué d’elle en classe, pour les mêmes raisons. En France, ce sont quelque 40 000 femmes sans abri touchées par la précarité menstruelle.

Précarité menstruelle

Par précarité menstruelle s’entend le choix qu’une femme doit poser entre un produit essentiel (nourriture, couche, loyer, eau, etc.) et des protections périodiques. Bien souvent, ce sont les serviettes hygiéniques qui passent à la trappe, entrainant un lot de conséquences qui vont au-delà de ce que nos décideurs politiques (hommes) peuvent s’imaginer.

Outre l’inconfort et le désarroi dans lesquelles la précarité menstruelle plonge les femmes, il faut ajouter les dangers pour la santé que celle-ci comporte. Un morceau de tissu mal lavé et qui n’a pas été séché au soleil est un environnement idéal pour la propagation de micro-organismes, et à terme, d’irritations cutanées, d’infections vaginales et dans les cas plus graves, pelviennes.

La précarité économique peut également représenter un sérieux obstacle à l’éducation ou à l’accès au marché du travail. Une femme qui saigne sans protection périodique aura bien du mal à se concentrer en classe, cela va sans dire. Et dans les pays où le port de l’uniforme est obligatoire – les pays d’Afrique subsaharienne notamment, la peur de tâcher un vêtement qui a coûté cher peut être un argument suffisant pour légitimer l’absentéisme scolaire.

Taxe rose

Comme si la pauvreté des unes ne suffisait pas, on s’assure d’ajuster l’injustice à toutes les femmes, en taxant les protections périodiques. C’est bien cette fameuse taxe rose : ce que les femmes paient en plus, pour des produits qui leur sont exclusivement adressés. Quelques pays ont eu le courage (ou la décence) d’enlever ou d’au moins diminuer cette taxe, tels que l’Irlande ou le Canada, mais ils demeurent des exceptions. En France, les produits de première nécessité ont une taxe réduite à 5.5%. On y a inclus les produits alimentaires, l’électricité, les préservatifs… Vous vous en douterez, les protections périodiques n’y figurent pas.

D’aucuns devront alors convaincre les décideurs politiques qu’une serviette hygiénique est absolument de première nécessité, un peu plus qu’un saucisson, si je puis me permettre. A ce propos, la féministe et journaliste américaine, Gloria Steinem a justement remarqué que si les hommes avaient des règles, celles-ci seraient probablement valorisées, voire même glorifiées. Les tampons seraient financés par un fonds national, il y aurait des études sur les performances accrues lors des menstruations et on verrait sûrement des athlètes nous vendre des paquets de serviette dans les publicités.

La fin du tabou

Pour pouvoir discuter des menstruations dans l’espace public, pour pouvoir donner une visibilité à toutes les femmes pour qui avoir leurs règles représente un poids dans leur quotidien, pour s’assurer qu’aucune femme ne sera exclue et ostracisée de sa communauté parce qu’elle est dans cette « fameuse période du mois », il faudrait d’abord lever le tabou sur les règles.

Arrêter de leur donner des surnoms infantilisants et douteux : les ragnagnas, tante Louise, les Anglais… Et ensuite éduquer hommes et femmes sur les règles, et sur tout ce qui s’y rapporte : l’accès aux protections périodiques, l’endométriose, la ménopause, la dysménorrhée. La santé des femmes ne devrait pas figurer comme un chapitre à part de la médecine générale, mais devrait être un sujet de société, entendu et pris au sérieux. A près tout, on parle bien de la condition physique d’un adulte sur deux.

Le privé est politique

Et donc, quid des droits des femmes ? Si vous m’avez bien suivi jusqu’ici, vous devriez voir se dresser un lien entre les menstruations et la lutte pour l’égalité.

Vous m’avez bien compris, les femmes ne seront les égales des hommes que lorsqu’ elles auront les mêmes salaires, les mêmes considérations, les mêmes droits… Et cela va jusque dans nos petites culottes : lorsque les protections périodiques seront accessibles à toutes, gratuites.

Elisabeth Marais

L’auteure du texte est une étudiante de master en sciences de la population et du développement à l’Université Libre de Bruxelles. Son domaine de recherche se concentre sur la santé menstruelle et ses implications sociales,et plus largement aux droits des femmes, avec une approche résolument féministe.