COUP D'OEIL

Que diront nos morts?

« La poésie sauvera le monde. »

Jean Pierre Siméon


Voilà ce qu’ils nous avaient dit. Voilà la vérité à laquelle nous nous sommes accrochés. Confiants. Alors, tel l’enfant qui, à chaque aurore renouvelle sa foi en un jour meilleur, nous avons fait de la poésie notre arme, notre salut. A grands coups de vers, nous avons, chacun, un peu sauvé le monde. Que de mondes n’avons nous sauvés par la force de nos mots, mais combien faut il de poèmes pour que meilleur soit demain? Le boureau ne parle pas le language de la versification. Parle-t-il au moins? Aurait il changé quelque chose s’il avait lu une ligne de toi? Un mot? S’il savait que des femmes, poétesses , il y en a moins qu’il y a de perles dans un asson?

Aussi beau qu’il soit, ce pays sait prendre tant de choses aux chrétiens vivants: la parole, la vie, la poesie. A toi, il aura pris tout à la fois.
Et bien sûr, que serait une mort sans un discours ministériel? Celui de la communication déjà se dit outré. Je le vois mal être autre chose.
Des adjectifs ont fusé: ignoble, barbare, puis la stupeur passée, nous nous sommes souvenu qu’ici les morts, les nôtres surtout, ceux que nous portons en nous comme cette terre porte ses malheurs, n’ont pas d’itinéraire.

Itinéraire zéro, pour beaucoup ils n’ont même pas d’histoire. Ici tout est bon pour laisser mourir quelqu’un. Une fièvre, un rhume, une grippe, une pandémie et puis soyons fous, une insecurité grandissante qui n’inquiète que les victimes. Faute à pas de chance, mauvais endroit mauvais moment, comme si être dans la sécurité d’un chez soi peu importe l’adresse était un crime. Pourtant on leur avait dit qu’à un moment la fin finirait par justifier les moyens.

Quelles idiotes ses balles, à cause d’elles toi et les tiens venez allonger la nécrologie du jour, de la semaine, de l’année. Nous ensevelissons des corps depuis tellement longtemps maintenant qu’il semble que nous sommes morts depuis les premiers instants de nous. Peut être que c’est à la fin de nous, vivants, que cette terre apprendra enfin à nous porter et à nous laisser vivre.

Repose en paix, Farah. Aujourd’hui même ce souhait paraît fragile. Repose tout court.

Melissa Béralus

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