Crée en 2008, la Solidarité des Femmes Haïtiennes Journalistes (SOFEHJ) est une initiative d’une quinzaine de femmes issues de différents médias de la capitale ainsi que des représentantes venant de quelques grandes villes de province. Cette structure organisationnelle de travailleuses de presse a pour objectif de favoriser une meilleure représentativité des femmes dans les médias.
Courtoise et très compréhensive, madame Martine Isaac Charles a manifesté un immense intérêt à répondre à toutes nos questions relatives à l’organisation dont elle est l’actuelle coordonatrice. Vu que les sujets liés aux femmes ne sont pas souvent abordés dans les éditions de nouvelles et les émissions à grande écoute, la SOFEHJ entend à tout prix présenter ces problèmes et les mettre au devant de la scène, nous dit madame Charles.
La Solidarité des Femmes Haïtiennes Journalistes se donne pour mission de faire le plaidoyer pour le respect des droits et de la dignité des femmes. Elle s’engage aussi dans la promotion des femmes journalistes haïtiennes, en les encadrant et en les assurant une formation continue : « Les femmes ne peuvent occuper de grandes positions et avoir un meilleur impact dans les médias haïtiens que par la formation » précise la coordonatrice de cette structure féminine.
Interrogée sur la représentativité des femmes par rapport aux hommes dans les medias, madame Charles s’accentue sur le patriarcat, le système social fondé sur l’autorité du père ou sur le genre masculin. Selon elle, le métier de journaliste était devenu un domaine fortement masculin où les hommes ont été les premiers à intégrer ce secteur en Haïti. Elle insiste aussi sur le fait que les femmes sont plus pragmatiques et matérialistes que les hommes, car souvent elles préfèrent s’orienter vers d’autres professions et occupent d’autres fonctions que le journalisme. Par conséquent, dans des salles de nouvelles, les patrons de médias accordent beaucoup plus d’importance aux hommes qu’aux femmes, pourvu qu’elles ne viennent pas nécessairement s’y intégrer pour en faire carrière, explique madame Charles.
Pourquoi les travailleuses de presse victimes de violence ou d’abus de confiance ont tendance à ne pas les dénoncer ?
​Malgré des multiples efforts consentis par les organisations féministes contre les violences faites aux femmes, les victimes de violence sexuelle sont toujours marginalisées en Haïti. La femme ayant été soumise aux actes de violences est contrainte de garder le silence parce qu’il est difficile pour son entourage de comprendre ce qu’elle ressent, et souvent elle est vue comme étant la principale responsable de ce qui lui est arrivé. D’autres facteurs comme l’inapplication du cadre légal, la pression sociale et religieuse dissuadent les femmes à porter plainte après avoir été victime des actes de violence. Toutefois, la SOFEHJ avoue n’avoir jamais reçu de plaintes ou de cas de dénonciations formels à ce sujet.
​La SOFEHJ vient de célébrer ses douze ans d’existence le vendredi 23 août 2020. Pour marquer cette occasion, les responsables ont organisé deux journées de conférences-débats dont la première a eu lieu le 22 Août 2020 autour du thème : « impact de la covid-19 sur les travailleuses de presse ». À travers cette conférence, les femmes journalistes de SOFEHJ ont pu discuter des principales influences de la pandémie tant sur le plan émotionnel, psychologique, social et économique. La deuxième journée d’échange était consacrée sur l’alternative de la numérique pour les travailleuses de presse. Ce samedi 29 août 2020 était l’occasion pour des intervenants comme Jean-Mary ALTEMA, Godson PIERRE et Laura LOUIS, une jeune femme journaliste d’Ayibo Post de partager leurs expériences sur ce domaine.
Les défis sont énormes, mais l’Association des Femmes Haïtiennes Journalistes a de grandes visions : la SOFEHJ souhaite continuer avec les séances de formations, élargir leurs réseaux et faire comprendre aux femmes journalistes la nécessité de se mettre ensemble pour pouvoir mieux exercer la pression sur les autorités afin que les droits des femmes en général et ceux des journalistes en particulier soient respectés.

Clairvina DOSSIÉ