« IEL » ET « CELLEUX » : PARLONS DE L’INCLUSION DANS LE LANGAGE ET DE LA FÉMINISATION DES NOMS

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Depuis octobre 2021, le nouveau pronom « iel » est entré dans le vocabulaire français, le dictionnaire Le Robert lui a officiellement donné une place. « Iel » ou « Ielle » se définit comme un pronom personnel sujet de la troisième personne du singulier et du pluriel, employé pour évoquer une personne ou un mot clé, quel que soit son genre. L’usage du pronom « iel » est un tournant dans la communication inclusive, spécialement l’écriture.

Ce nouveau pronom est pour écrire et parler non seulement pour des hommes et femmes mais aussi des personnes non-binaires et donc rester le plus neutre possible dans le langage. Les personnes non-binaires, étant les personnes qui ne s’identifient pas aux genres définis par la société, ce pronom permet de rester respectueux des communautés qui ont besoin d’une visibilisation et d’une affirmation de leur identité.

Au niveau démonstratif, on peut utiliser le pronom « celleux » qui permet aussi d’éviter l’usage du problématique masculin qui emporte sur le féminin. Au lieu de tout masculiniser, on peut tout « ielliser ». Ce nouveau pronom s’ajoute ainsi à la campagne de féminisation du langage en français.

La féminisation des noms

La langue française a  été décriée de ne pas offrir une représentation non stéréotypée des hommes et des femmes. La communication inclusive prend en compte toutes les attentions du langage graphique ou syntaxique  pour respecter la diversité du public auquel on s’adresse. L’écriture inclusive principalement qui tient à féminiser les noms comme les noms de métier. Cette lutte pour la féminisation des noms prônée par tant de féministes se base sur le principe établi par Sara Mills, linguiste étatsunienne, que le langage est un espace de lutte entre les sexistes et les militantes pour les droits des femmes, une lutte qui porte sur le droit d’occuper certaines positions, de parler d’une certaine manière et d’occuper certains postes de travail.[1]

La féminisation des noms de métiers qui n’a été légitimée par l’Académie Française qu’en 2019 permet aujourd’hui d’écrire dans une annonce de recherche d’emploi qu’une entreprise recherche « un.e statisticien.ne ». Cette écriture permet donc de respecter une égalité homme-femme, de représenter l’idée que ce poste soit ouvert aux hommes et aux femmes, que homme et femme sont potentiellement statisticien.ne. Cela permet d’éviter un clivage sexiste dans la communication tout en permettant aux entreprises de donner l’image d’une institution inclusive.

Une écriture neutre

Le langage inclusif passe non seulement par un pronom neutre et une féminisation des noms mais également par un langage épicène. Un mot épicène ne fait pas une distinction homme-femme et noms, comme adjectifs, peuvent être employés au masculin comme au féminin et ne jamais désigner un genre ou l’autre. Le mot personne est épicène par excellence, désignant ici homme ou femme, il est neutre, passe-partout. L’emploi d’un langage épicène permet de rester et d’éviter des expressions qui pourraient être fortement stéréotypées ou discriminantes. Toutefois, il faut souligner que certaines théoriciennes du langage comme Monique Wittig trouve ont des postures plus radicale sur le sujet et souhaite un espace linguistique sans distinction de genre, sans création de sexe. Le langage selon elle ne devrait pas relever l’oppression des femmes qui réside intrinsèquement dans la distinction homme-femme.[2]

On peut souligner la tendance à rendre des noms dits masculins génériques comme épicène. Au lieu de Madame le maire, on emploie volontairement la maire. Le mot n’est pas féminisé mais neutralisé et permet de référer à n’importe quelle identité de genre. De plus, nombre de noms de métiers appartenaient à cette catégorie de noms épicènes notamment les noms en –iste, logue ou graphe, iatre ou encore nome, on pense à agronome ou psychiatre ou géographe.

La communication inclusive en créole

La langue créole, contrairement au français ou à l’anglais, n’est pas basée sur une distinction de genre, les pronoms personnels « li » et « yo » ne renvoient à aucun genre par exemple. Dans un entretien. Yves- Marie Exumé  d’expérience traductrice et ayant travaillé dans les ressourcepour la production de politiques inclusives, a précisé que le créole a nettement moins de marqueur de genre que le français. La plupart des noms de métier dérivant du lexique français restent dans le genre duquel ils ont été translittérés, par exemple « machann » ou « enfimyè ». Ceci est également valable pour certains adjectifs comme « rizyèz » ou « mekreyan ».

La principale façon de genrer son discours est d’ajouter aux adjectifs  un nom masculin comme « gason rizyèz » ou  féminin « manman mekreyan ». Le créole haïtien a, par cette particularité, su échapper à beaucoup de débats sur la féminisation de la langue. Mme Exumé ajoute que, quoique dans son articulation les mots ne sont pas genrés, mais certains en gardent le caractère …

Le titre d’enfimyè, par exemple, fait souvent référence à une femme quoiqu’il n’y ait pas de masculin à ce mot. La langue peut avoir son apparence progressiste, mais la réalité ne l’est pas toujours.

Elle ajoute que le langage inclusif ne concerne pas uniquement la féminisation du langage mais aussi d’autres débats sur les mots discriminants en général. Nous pouvons considérer les débats sur le langage à utiliser pour les personnes en situation de handicap, par exemple le mot « kokobe » aujourd’hui prohibé dans la communication. Les personnes légitimement offensés ou choqués par ce type de langage ont le droit d’exprimer leurs consternations. Les mots ayant toutes leurs valeurs, ceux jugés discriminants seront toujours ciblés pour permettre l’inclusion de toutes les identités. La communication publique principalement devra prendre en compte les différentes formes de discriminations et veiller à une égale représentation des couches de la société.

Deborah Douyon


[1]  Mills, S. Language and sexism. New York: Cambridge University Press, 2008.

[2] Wittig, Monique, The mark of gender. Feminist Issues, June 1985


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