Gaëlle Clarisse Séjour : pour l’amour de la photographie

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On assiste en Haïti à l’émergence de jeunes femmes qui s’approprient la photographie et qui en font leur outil d’expression privilégié. Certaines y sont plongées jusqu’au cou, atteignent comme un point obsessif. Peut-être cet élan vient-il de ce que ce métier, comme beaucoup d’autres, a pendant longtemps été inaccessible aux femmes. Gaëlle Clarisse Séjour, qui dit voir la photographie compenser son petit côté taciturne,  est de celles-là. À lui parler, on a l’impression qu’elle est partie pour dompter la caméra et l’avoir au poing aussi longtemps qu’elle vivra.

« Là où les étoiles me donnent ma limite » : voilà ce qu’elle a répondu d’ailleurs, en la taquinant avec la question : jusqu’où voulez-vous aller dans ce métier ? Cette réponse témoigne à elle seule de la taille de la passion qui l’anime pour cet art.

Gaëlle bosse dur, multiplie de bons clichés pour mériter son siège au plateau des photographes émergent-e-s autant talentueux-ses qu’inscrivant leur démarche artistique dans l’utile. Dans l’engagement. Engagement autant esthétique que social.

Même s’il faut tout de même avouer, que plus que certaines autres jeunes filles, Clarisse avait toutes les chances de son côté: elle a grandi dans un univers où la culture était conjuguée à quasi tous les temps, avec un père et une sœur passionnés, qui lui en révélaient la richesse et l’importance. Et qui lui ont transmis aussi, dit-elle, le sens de la confiance en soi et le goût du risque.

« Dès mon plus jeune âge, j’ai été introduite au monde artistique par mon père et ma sœur. Je dois également souligner que mon père était un amant de la musique, de l’art en général. La littérature, la peinture, le dessin, la photographie et tant d’autres mediums artistiques faisaient partie de notre quotidien. »

Façonnée par le moule de cette famille où étaient présents tant de médiums artistiques, l’artiste de 27 ans, diplômée de l’université de Moncton, nouveau Brunswick au Canada, jongle aujourd’hui avec un assez grand nombre de métiers des arts visuels : la photographie, la sculpture, le dessin, la peinture. Même si elle développe pour la photographie un élan particulier, que rien ne semble pouvoir faire flancher.

« Sans m’en rendre compte, je prenais plaisir à photographier les éléments de mon entourage pour ensuite m’amuser avec les outils de retouches que m’offrait mon premier téléphone portable, j’avais entre 15 à 17 ans. Et voilà qu’un jour, une amie proche de la famille, en m’observant retoucher l’une de mes images passionnément, m’a suggéré de poursuivre ma passion. C’est là que tout a commencé », nous dit Gaëlle Clarisse dont les travaux convient à l’exploration du corps et de la nature.

Gaëlle dit avoir choisi le corps et la nature, comme principaux éléments pour son travail photographique, parce que, de son point de vue, « ils traduisent mieux nos énergies et nos émotions », affirme-elle.

Rentrée en Haïti après ses études en 2018, la jeune femme y entreprend résolument sa carrière et a déjà honoré de nombreux contrats.

« je fus la photographe attitrée de Maro’s Beauty Lounge et j’ai décroché des contrats avec des artistes tels que : Gessica Geneus, David Andre, Gaëlle Bien-Aimé… », informe l’artiste dont les modèles et mentors, dit-elle, sont Hugues Robert Marsan et Vladjimir Legagneur, de regretté mémoire.

Vladjimir Legagneur qui, confie-t-elle, l’aidait beaucoup dans les techniques et lui prêtait même sa caméra quand elle n’en avait pas.

Gaëlle est parmi les lauréat-e-s du Fonds pour la Photographie Emergente Haïti 2022. Le projet qui lui a valu ce soutien s’intitule « Lavi ». Inspiré, dit-elle, par la mort de son père, ce projet illustre aussi bien la manière dont le peuple haïtien échappe à sa réalité brutale.

Le travail de Clarisse touche à la sensibilité humaine, invite à un monde d’amour, susceptible d’aider à amoindrir la pesanteur existentielle.

« Dans chacune de mes compositions visuelles, je partage avec vous les échanges d’énergies positives à travers nos accolades, nos sourires, nos rires nos gestes fraternels dont je me nourris également quand les jours me paraissent sombres. », raconte l’artiste, qui croit que les femmes ne doivent pas se laisser limiter.

Elles doivent travailler à « laisser une empreinte pour les futures jeunes artistes qui aspirent à se lancer sur le marché artistique ».

Adlyne Bonhomme


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