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Sortir de l'ombre - Fè yo konnen w!

Tag: Voyage

Je ne suis pas de votre classe moyenne…

Réflexion d’une journaliste haïtienne.

Nous sommes arrivés au point où nous arborons avec ostentation des termes philosophiques et sociologiques pour tourner en dérision quelques formes d’institutions religieuses dites populaires ou incultes et les personnes croyantes qui, en grande partie, estimons-nous, sont les causes du laisser-aller du peuple haïtien. Soit. Mais comment reprocher à ces gens qui vivent, pour la plupart, au bas de l’échelle sociale de s’inventer un Dieu et toute sa lignée pour s’assurer un mieux-être psychologique, si tel est le cas, dans les conditions pareilles que nous vivons ? À notre tour, comment pouvons-nous croire en quelque chose qui n’existe pas, comme une certaine classe moyenne en Haïti ? Quand est-ce que nous aurons à nous retourner la balle ? Evidemment, il y a des limites à cette tentative que nous propose le schéma de ces lignes dans un contexte pareil.
Mais puisqu’il est aussi de plus en plus difficile sociologiquement de parler de la notion de classe moyenne dans les sociétés humaines d’aujourd’hui, comment faisons-nous pour dresser une telle utopie en Haïti ?

« On m’a demandé d’aller l’école, j’y étais. On m’a demandé de faire des études supérieures, je les ai faites. Ou plutôt je les fais. » La formulation de ces phrases est peut-être de moi mais l’idée directrice concerne quasiment, pour ne pas dire totalement, toute une certaine classe moyenne en Haïti. À l’école nous avons appris que la classe moyenne est un concept des Trente Glorieuses en France qui représentait une sorte de transition ou une étape entre la classe aisée ou supérieure et la classe pauvre appelée la classe ouvrière ou la masse. L’émergence entre ces classes a donné naissance à une partie de la population qui n’est ni pauvre ni riche. Quand on tient compte, par exemple, de la réalité contemporaine de la ville et les espaces du vivre ensemble qui interrogent graduellement l’apparition des phénomènes sociaux permettant de saisir les raisons qui poussent les individus à se scinder dans les lieux individuels ou d’appartenance au même groupe social que les siens, cette notion de classe moyenne devient floue. Voilà pourquoi le concept de groupe est important dans cette même idée de classe moyenne.

Le concept de groupe fait appel à la solidarité et à ce qu’on pourrait nommer la théorie de l’identité sociale qui intervient au niveau de trois processus fondamentaux, d’après Henri Tajfel, un théoricien de l’identité sociale : la catégorisation sociale ; l’auto-évaluation à travers l’identité sociale ; la comparaison sociale inter-groupe. Devenue dominante dans l’approche des relations intergroupes, la théorie de l’identité sociale est utilisée comme cadre de référence pour comprendre et expliquer les phénomènes collectifs tels que les soulèvements, les émeutes ou la solidarité sociale. Nous autres en Haïti avec nos classes moyennes (si elles existent), nous élevons des remparts physiques et sociaux contre toutes formes de proximité et d’accointance, car ce que nous avons gagné ne tient qu’à un fil et peut s’écrouler du jour au lendemain. Elles (les classes moyennes) sont dans une dynamique de mobilité individuelle et n’entrevoient pas un pôle d’interaction intergroupe car les individus sont déterminés par leurs relations interpersonnelles et leurs caractéristiques personnelles[1].

Pour une universitaire et professionnelle salariée dont le père, assez connu dans sa ville, a eu une longue carrière dans l’enseignement et la mère qui avait bossé dans des ONGs, ayant partagé sa vie parfois entre le commerce et des activités d’archiviste, me paraît-il, il fallait clamer haut et fort : je suis dans de la classe moyenne. Comme l’a chanté Orelsan : « J’viens d’la classe moyenne, moyennement classe où tout le monde cherche une place (…)[2] En tout cas, je connais bien des gens qui disent et qui savent à quel point je me sens vexée quand ils me parlent en des termes : « une fille de province de la classe moyenne. » Peut-être que mes parents ne seront pas si déçus de m’entendre dire ça pour la simple et bonne raison je ne suis pas capable de suivre le troupeau sans m’interroger et interroger cette société. Parce qu’au moins je peux questionner ce qu’on m’a appris à l’école. Ce mode de fonctionnement discursif ne devrait-il être pas l’une des fonctions élémentaires de l’école ou de la formation supérieure ?


Ou peut-être que mes parents, je pense surtout à mon père, seront mécontents parce qu’ils se sont usés pour donner à leurs trois enfants une bonne éducation. Dans tous les cas, je ne m’excuse pas de ne pas avoir un sentiment d’appartenance à aucune classe sociale en Haïti. Ce n’est pas un déni. Je ne peux vraiment pas m’identifier à « une petite élite dont je n’ai cure, ni pour cette entité platonique adulée qu’on surnomme la Masse. Je ne crois pas à ces deux abstractions, chères au démagogue… »[3], comme l’a écrit Jorge Borges pour parler lui, de l’écriture.

Confinée à Marseille depuis plus d’un mois maintenant, mes inquiétudes me ramènent toujours à Haïti et me poussent à me replonger dans le fameux « pays lock » qu’à connu en septembre 2019, le pays. Situation qui a paralysé toutes les sphères et couches sociales du pays pendant trois (3) mois.

Il ne s’agissait pas d’un virus qui allait impacter à ce point le fonctionnement social, on le sait. Mais aujourd’hui, avec les deux cas recensés en Haïti, on s’interroge en se demandant doit-on s’attendre au pire puisque la plus fondamentale des mesures de prévention qu’il nous fallait était d’empêcher qu’on en arrive à ce point. Remarquons qu’ en France, les autorités peuvent soustraire l’ensemble de la population à leurs tâches sociales pour un bon temps ( Disons jusqu’en mai). Sans rester dans les détails, chez nous en Haïti où la situation est très complexe, les stratégies standard de prévention des autres pays seront-elles valables ? La question me semble plus pertinente que toute tentative de réponse dans ce texte ou ma préoccupation essentielle aborde la problématique des classes moyennes.

Plusieurs définitions par catégories socioprofessionnelles ou intervalles de revenus existent par ce concept de classe moyenne. L’une des façons fondamentales pour approcher la réalité de cette classe, c’est le salaire. Ce n’est pas l’unique puisqu’il existe d’autres variables qu’il faudrait penser à prendre en compte. Mais nous, qui cherchons à user cette notion, sommes de préférence ce qu’on appelle une certaine « élite intellectuelle ». Et voilà l’une des raisons primordiales qui me poussent à me soustraire de toute illusion de la classe moyenne. Evidemment vous me diriez peut-être que ce n’est pas un corps homogène et qu’il existe des classes moyennes. Soit. Cependant, en fonction de quoi estimez-vous que vous en fassiez partie ? Je me demande pourquoi on se précipite sur les concepts en faisant fi des bornes qui les définissent. Je laisse le soin à ceux et celles qui travaillent sur la langue et les rapports des humains en société cette tâche tout en sachant le risque que la classe moyenne encourt tous les jours pour ne pas se voir basculer dans la pauvreté alors qu’ils se fabriquent une vie incroyable…peut-être sur les réseaux sociaux.

Ce que je souhaitais exprimer ne tient qu’à un fil : mon ras-le-bol. Ras le bol de devoir côtoyer en Haïti des classes moyennes toujours sur le qui-vive. Ras le bol de devoir côtoyer une classe moyenne qui simule. Ras le bol de la situation actuelle causant la désolation de tout un peuple.

En Haïti nous avons une certaine classe moyenne qui se satisfait de trop peu et paradoxalement qui fait tout pour ressembler à des bourgeois ou des petits bourgeois, dans tout le sens du terme. L’expression petite bourgeoise me fascine pour mille raisons que je m’étalerai pas ici. Mais là, ma préoccupation me pousse à poser la question pendante : quand est-ce qu’on est petit.e bourgeois.e ?

A l’école on nous a appris que les individus de la classe moyenne qui font des études supérieures peuvent devenir l’élite intellectuelle. Et cette dernière en remettant en question des pratiques de sa société et en devenant un.e employé.e capable de faire des économies sur son gain après avoir comblé les besoins fondamentaux est appelé.e petit.e bourgeois.e. Sans tomber dans les courants et paradigmes, c’est l’une des explications simples que l’on peut tenter d’apporter.

Tout de même, quand on s’y réfère à l’histoire de l’Humanité présentée dans un texte d’Alan Woods[4], Marx et Engels expliquaient dans le Manifeste du Parti communiste le développement social comme facteur central à travers la lutte des classes. Avec l’arrivée du capitalisme, la société a été polarisée en deux grandes classes antagonistes : la bourgeoisie et la classe ouvrière (le salariat). L’expansion du capitalisme, comme le prédisait Marx, a mené à «la concentration du capital. »[5]

Pendant des décennies, les économistes et les sociologues bourgeois, qui affirmaient que la société devenait toujours plus égalitaire, que tout un chacun devenait membre de la classe moyenne ont rejeté l’idée d’un capitalisme qui se scinde, d’une part à une immense accumulation de richesses au sommet de la société et d’autre part à une accumulation de pauvreté, de misère et d’exploitation à sa base.[6]

Toutes ces illusions sont désormais balayées, écrit Alan Woods. « L’argument, tellement apprécié des sociologues bourgeois, selon lequel la classe ouvrière a cessé d’exister, a été complètement démoli. Dans la dernière période, d’importantes couches des travailleurs qui se considéraient comme appartenant à la classe moyenne ont été prolétarisées. Des enseignant.e.s, des fonctionnaires, des employé.e.s de banque, etc., ont été précipités dans les rangs de la classe ouvrière et du mouvement ouvrier, où ils constituent quelques-unes de ses sections les plus militantes. »[7]

Lorsque je pense au fameux roman d’Oscar Wilde « Le portrait de Dorian Gray », je me dis effectivement qu’il faut que je continue surtout à faire la plupart des choses qu’on me reproche. Comme lire des romans. La classe moyenne comme disait Lord Henry dans ce roman, n’a rien de moderne. Il faut voir dans cette modernité non seulement la notion du temps dans la lutte des classes – la classe moyenne n’est pas une réthorique récente -,mais aussi, pour approfondir, les sens technique et pratique de la modernité. C’est à dire dans le sens de non classe. Idéal désormais sans idéal, la classe moyenne avance, techniquement et pratiquement, vers sa propre destruction.

Voyez par vous-même, il y a très peu de cadre de référence de la sociologie et même du droit dans ce texte. Mais puisqu’on parle de droit, qu’en est-il pour le peuple haïtien qui fonctionne avec des lois qui tombent en désuétude ? Comment aborder les violences faites sur les droits fondamentaux des personnes les plus vulnérables tenant compte de la violence systémique et de la violence institutionnelle flagrante dans la société ? Quels sont par exemple, les lois en vigueur ou proposition de lois sur le coût des normes et de mixité dans les programmes immobiliers neufs ? Sans mettre la charrue avent les bœufs dans le contexte haïtien,, rappelons que dès le début de ce texte, nous avons fait mention des remparts physiques et sociaux que les classes moyennes dressent contre toutes formes de proximité et d’accointance, car ce qu’elles ont gagné ne tient qu’à un fil et peut s’écrouler du jour au lendemain.


Ce que nous feignons d’ignorer, c’est le pouvoir latent d’une certaine forme de discrimination qui ronge notre société. Cette classe moyenne s’étouffe sous le poids des discours et des idées biscornues qui ne servent qu’à rapetisser l’impasse dans laquelle elle se trouve. Et un jour si nous ne renversons pas l’ordre des choses, nous n’aurons plus de constitution ni de lois valables pour protéger même la liberté de penser, oui la liberté de penser, et de s’exprimer dans ce pays.

Je ne suis pas de votre classe moyenne. Et ceci pour deux raisons fondamentales : je ne suis pas dans la prétention ni dans une fausse modestie. Tout comme je ne suis pas dans les limites non plus. Parler de limites en ces termes est nettement différent du sens de la mesure. Il faut considérer ici la réalité qui n’arrête pas de violer des rêves. Partout, les inégalités se côtoient, « des richesses obscènes côtoient la misère, la souffrance humaine est omniprésente. » Comme le souligne le texte d’Alan Woods, « L’aspect le plus frappant de la situation actuelle est le chaos et l’agitation qui ont saisi la planète entière. Il y a instabilité à tous les niveaux : économique, social, politique, diplomatique et militaire. Le monde semble être devenu fou. »[8]

J’affirme que je n’appartiens à aucune classe en Haïti, c’est pour moi une façon de lutter contre le laxisme d’État et c’est une façon aussi de lutter contre les illusions d’une certaine classe moyenne existante. J’accuse la classe moyenne d’Haïti, hommes et femmes qui se laissent embobiner par une élite économique sans sentiment d’appartenance renforcé, consolidé, affermi et « développé »pour ce pays. Enfin, j’accuse les soit- disant classes moyennes de créer des conditions miroitières de réussite dans un pays en proie aux crises politiques et sociales.


Eunice T Eliazar

eunice18271@gmail.com


[1] Schéma récapitulatif des grandes théories de l’identité sociale, Henri Tajfel

[2] Musique : Orelsan et Stromae, La pluie

[3] J.L.Borges, Le Livre de sable (1978)

[4] Publié pour la première fois en anglais en juin 2013, ce texte a été publié par la suite sous forme de livre en vente : Les idées de Karl Marx.

[5] https://www.marxiste.org/theorie/philosophie/928-les-idees-de-karl-marx

[6] ibid

[7] ibid

[8] ibid

Emma-Vagabonde | fin de voyage

Doom Doom la (Tout timoun, se timoun)

Ici, c’est le nouveau numéro d’Emma-Vagabonde, “Doom Doom la (Tout ti moun, se timoun)”. Emma y parle de son experience dans son stage, de la hiérarchie dans ce milieu et des conflits qui y sont nés. Suivez Emma-Vagabonde sur nos réseaux sociaux, Twitter, Facebook et Instagram ou directement sur notre site internet. Photos, vidéos, témoignages, textes, beaucoup de choses sont à venir. Tenez-vous prêt pour cette Emma toujours excitée de vagabonder.

Comme le dirait Marie Gaye (interviewé dans un journal, les métiers d’enseignement, d’éducation, d’instruction, ne nourrissent pas l’éducateur en soi, mais apporte une compensation morale ainsi que la satisfaction d’avoir participé à la formation des hommes et des femmes sur plusieurs générations.

L’éducation spécialisée désigne une branche en Travail social qui consiste à trouver des moyens, à faire des actions éducatives, dans le but d’accompagner une ou des personnes ayant des difficultés d’apprentissage. L’éducateur spécialisé se doit de participer dans l’intégration de toute personne ayant des besoins spéciaux.

Ses trois champs d’intervention sont :

D’abord, faire de la prévention, de la sensibilisation face au développement d’un problème imminent. Cela se fait par l’éducation des facteurs de risque associés et par la promotion de la santé par l’augmentation des facteurs de protection.

Ensuite, il y a de l’intervention par l’intégration et l’éducation de la clientèle qui est desservie. Atteindre le but se fera en développant des habiletés à favoriser l’intégration de la clientèle, selon ses capacités et ses limites.

Enfin, la réadaptation qui est plutôt une forme d’intervention, mais curative. Elle consiste à développer un ensemble de moyens médico-sociaux qui aideront la clientèle à trouver un quotidien fonctionnel dans le traitement de sa problématique. (Bissonette, 2009)

Mon métier

Pour simplifier tout ça, dans mon métier, j’accompagne les enfants, adolescents qui ont leur propre rythme de fonctionnement et d’apprentissage dans le but de parvenir à suivre le cours de la vie comme n’importe quel jeune. Ou d’être tout simplement fonctionnel en tant que personne.

C’est-à-dire avoir les bases pour vivre respectueusement en société. Comme savoir lire un avis important, savoir écrire son nom, être autonome à maintenir une bonne hygiène de vie, apprendre le respect de soi et des autres, utiliser sa créativité comme un emploi ou intégrer un milieu dans son intérêt dans le but de ne pas vivre du rejet et d’être indépendant comme être. Le but étant de donner de la place à tous dans un monde où nous sommes différents et uniques. Alors, je me suis laissée emportée par cette belle passion, pour aller offrir mon amour et disposer mon temps au service de beaux, petits anges de Dakar.

Lors de ma première semaine de stage, je me suis rendue dans mon milieu de stage. Au courant de cette journée, j’ai assisté à la première rencontre d’équipe.

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Le Milieu

Selon les renseignements du site de l’établissement, l’Association Sénégalaise pour la Protection des Enfants Déficients Mentaux (ASEDEME) est née à Dakar, le 16 décembre 1989, de la volonté d’une femme avocate, Aminata Mbaye, et d’un groupe de parents soucieux de l’avenir de leurs enfants.

Encouragée par des membres du corps médical (psychiatre, pédopsychiatre, orthophoniste, psychomotricien), cette équipe opiniâtre et volontaire a su insuffler autour d’elle le désir de faire cesser cet ostracisme à l’égard des enfants « différents », en offrant une structure capable de les accueillir et de les soigner. Grâce à l’obtention d’un terrain de 2 500 m2 à Grand-Yoff, mis à sa disposition par l’État, avec la bonne volonté des bénévoles, l’appui des amis et le soutien de généreux mécènes, l’Asedeme a pu mener à bien son projet et ouvrir à la rentrée scolaire 2003, le premier institut médico-éducatif appelé Centre Aminata Mbaye, en souvenir de la fondatrice disparue prématurément en 1998. Il accueille aujourd’hui 113 enfants déficients intellectuels.

Le centre participe à la formation académique des jeunes, de 5 à 25 ans. D’abord, ils viennent pour apprendre les bases académiques telles que lire et écrire. Ils font parallèlement des ateliers de poterie, couture, jardinage, etc. Ces activités sont disposées non seulement pour favoriser un meilleur contexte d’apprentissage pour les jeunes, mais aussi afin de les outiller pour la vie. Certains d’entre eux vont en stage et se font embaucher par les milieux de stage. Dans le centre, on retrouve majoritairement des cas de trisomie 21, de déficience intellectuelle légère, moyenne ou grande, des difficultés de langages, des cas du spectre autistique, etc. Il y a beaucoup à faire et je ne me croise pas les bras.

” cette équipe opiniâtre et volontaire a su insuffler autour d’elle le désir de faire cesser cet ostracisme à l’égard des enfants « différents », en offrant une structure capable de les accueillir et de les soigner.”

Emma-Vagabonde

La hiérarchie dans le milieu

Lors de ma deuxième semaine de stage, je me rends vraiment compte que je fais face à un choc culturel dans mon milieu de stage. D’abord, il y a le fameux patron. Un homme qui entrera bientôt dans le troisième âge ou vieillit bien. Dès qu’il a pris la parole à la rencontre (je l’ai jugé en partant), il est condescendant et parle avec dédain. Il semble vouloir faire du sarcasme, mais son sarcasme est irrespectueux. Son sarcasme ne tient pas nécessairement à mon goût. Il traite les éducateurs et éducatrices (tous des Sénégalais) de paresseux.

Tout le monde la tête baissée, l’écoute sans être en mesure de placer un mot en commentaire ou de poser une question. Oughh, j’ai eu l’impression d’être dans un champ à récolter du coton en plein midi. Le dégoût que j’ai eu à l’écouter parler. J’étais quasiment la seule noire à le regarder droit dans les yeux dans ses discours dédaigneux. Cela ne doit pas faire de grandes différences pour lui que je sois noire, puisqu’il l’a si bien dit, je suis stagiaire canadien. Ça veut dire ce que ça veut dire.

“Lors de ma deuxième semaine de stage, je me rends vraiment compte que je fais face à un choc culturel dans mon milieu de stage.”

Emma-Vagabonde
Emma Roberte devant la porte du Centre Aminata Mbaye

Des professeurs totalement effacés devant leur patron

De ce que j’ai cru comprendre, il est parvenu à siéger à ce poste parce que les Français sont devenus des partenaires du centre au fil du temps. Les éducateurs et éducatrices n’interagissaient pas trop lors des discours du patron. Lorsqu’ils parvenaient à le faire, ils étaient moins confiants à s’exprimer. Certains parlaient avec la main devant la bouche et on n’entendait pas clairement leurs propos.

Les seuls qui avaient beaucoup de confiance et d’assurance dans leur prise de parole semblaient avoir étudié en Europe. Le non-verbal m’a aussi fait réfléchir. Je me suis quand même gardée une retenue dans mes jugements, parce que c’était un premier contact avec le milieu et l’équipe, mais les comportements observables m’ont sauté aux yeux.

 Une institution comme celle-là a besoin d’une bonne structure et un dirigeant très organisé pour susciter sa bonne marche. Toutefois, ce n’est pas en étant irrespectueux avec l’équipe, qui quotidiennement vie les crises avec les enfants qu’il faut être léger dans ses propos. Je trouve très simpliste et terre-à-terre le langage professionnel des responsables ou membre de la direction.

“Non, je n’aime pas mon milieu de stage. Selon moi, il est trop hiérarchisé, lorsque les membres de la direction sont incompétents pour toutes les pressions qu’ils nous mettent.”

Emma-Vagabonde

Le conflit…

 J’ai eu un bon rapport avec l’éducatrice avec qui je vais travailler toute la session. Elle est très gentille et ouverte. Cela fait déjà cinq ans qu’elle travaille avec des enfants à besoins spéciaux dans ce centre. Nous avons planifié notre façon de travailler durant les prochaines semaines et nous prévoyons de mieux rayonner notre salle de classe. Je compte participer activement dans l’élaboration des moyens d’apprentissage pour les jeunes.

Toutefois, il y a un souci. Je me retrouve au sein d’un conflit de groupe. Un conflit qui ne date pas d’hier entre ma collègue et les autres membres de la direction. De ce fait, je me retrouve quelquefois à être pressurée par ma collègue parce qu’elle vit comme pression de la direction sont énormes.

Non, je n’aime pas mon milieu de stage. Selon moi, il est trop hiérarchisé, lorsque les membres de la direction sont incompétents pour toutes les pressions qu’ils nous mettent. Je me retrouve à attendre vendredi chaque lundi et à veiller à chaque 13 heures dès 8 heures. Ce n’est pas dans ma façon de faire en tant que professionnel. Je ne vais pourtant pas abandonner mon stage. C’est dans l’adversité que j’apprends toujours les meilleures leçons.

En bonus 

J’ai fait la rencontre d’une petite fille adorable qui me ressemble tel mon reflet de fillette. La première fois qu’on s’est croisé, on s’est aimé. Elle me sourit, sa bouche souriante et sa dent cassée accueillante font place à un ruisseau de bave. Comment résister à autant d’amour. Ces enfants sont ma source d’énergies positives afin de continuer ce bon combat !

Doom Doom La !

Emma-Vagabonde

Emma-Vagabonde

Mus’Elles tient à s’excuser auprès de son public pour l’irrégularité dans la publication du carnet de voyage d’Emma-Vagabonde. Mus’Elles fait de son mieux pour continuer le travail depuis les récents troubles politiques qui font trembler les rues de Port-au-Prince et ses occupants, depuis environs cinq semaines maintenant.

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Emma-Vagabonde | Dieuredieuf

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Hello tout le monde! Voici le nouveau numéro d’Emma-Vagabonde, « Dieuredieuf».

Elle de son premier contact avec sa famille d’accueil, de sa Tata, de sa sœur, du village artistique de Thiès et de sa premiere experience de drague avec un sénégalais. Plus de numéros sont à venir, du lundi au vendredi à partir de 18 : 00. Suivez Emma-Vagabonde sur nos réseaux sociaux, Twitter, Facebook et Instagram ou directement sur notre site internet. Photos, vidéos, témoignages, textes, beaucoup de choses sont à venir. Tenez-vous prêt pour cette Emma toujours excitée de vagabonder.

Emma-Vagabonde – Dakar – 2019
Conception graphique : Hervia Dorsinville
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Emma-Vagabonde – Dakar – 2019
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Mus’Elles

info@muselles.org

Récit de voyage

“À partir de maintenant, ce sera moi qui décrirai les villes, avait dit le Khan. Et toi dans tes voyages tu vérifieras si elles existent.”

Extrait de Les villes invisibles d’Italo Calvino

En traversant à nouveau l’océan Atlantique dans mon vol Air France 0792 pour regagner Haïti le 9 juin dernier, je me suis souvenue d’un ami à qui j’aimais raconter mes lectures.  Quelques années de cela, je lui parlais de quelques personnages littéraires comme si c’était des gens que j’avais côtoyés dans la vie réelle et lui décrivais des lieux comme si je m’y étais déjà rendue. 

À ma grande surprise il m’avait demandé un jour:”As-tu déjà voyagé ?” J’ai répondu avec mon plus grand plaisir, bien sûr à travers les livres. On a éclaté de rire. Ma réponse n’était pas une sorte de subterfuge, ni quelque chose que j’essayais de dire avec de l’élégance. 

Au cours de notre conversation, je me suis mise à l’interroger sur ses nombreux voyages à lui. Il était légèrement plus âgé que moi mais il connaissait plein de petits coins sur cette terre. J’étais émerveillée mais je m’étais dit que personne ne me dira à travers quel prisme que je devrais poser mon regard sur le monde le jour où je commencerai à voyager.
Quelques années après, cette conversation avec mon ami m’est revenue. J’étais à Marseille et comme on me le reproche souvent, je n’arrive pas à sortir des livres que j’ai lus. Je les porte en moi à tel point qu’on me rappelle souvent que la vie n’est pas un roman. 

Vue de dos: un étang dans le parc Borély.
Photo: Eunice T. Eliazar

Moi, je n’ai jamais décidé si ma vie allait être un roman ou pas. Depuis toute petite, j’aimais parler de voyage. L’école où j’étais avec mon frère, ma sœur et mes cousines avec son programme essentiellement français m’a permis de m’ouvrir à d’autres cultures sans pour autant les savoir. 

On avait le CNED qui est un Centre National d’Enseignement à distance. Pour les élèves de la maternelle jusqu’à la troisième au collège on avait des tuteurs et des correcteurs à Toulouse. Pour le lycée, c’est-à-dire à partir de la seconde c’était à Rouen. Sur place on avait des encadreurs ou professeurs qui nous aidaient dans notre apprentissage. 

Même si j’aimais beaucoup mes cours d’SVT et d’Histoire-Géographie et que je fus bonne élève, je n’étais pas appliquée. Voilà pourquoi j’ai beaucoup aimé également ce fameux poème de Prévert: Le cancre. 

Très jeune, je voulais juste m’aventurer dans mes lectures ainsi que dans la vie; me perdre, rebrousser mon chemin, rencontrer la diversité et l’altérité culturelle dont ma directrice, madame Francine B., nous parlait souvent en classe de troisième alors qu’on préparait notre brevet de collège. 

Ce n’est pas la destination qui m’intéresse dans le voyage, mais l’idée et poser mon regard d’enfant, c’est à dire sans prétention mais avec curiosité, sur les choses qu’on m’a décrites. Eh bien il faut dire que la vie est un grand livre qu’il ne faut pas classer. J’ai lu La gloire de mon père de Marcel Pagnol à l’école primaire. Je me souviens exactement du passage où il décrivait, je cite :

“des allées ombragées par d’antiques platanes, des bosquets sauvage, des pelouses qui vous invitaient à rouler dans l’herbe, des gardiens pour vous le défendre, et des étangs où naviguaient des flottilles de canards.”

« La gloire de mon père » de Marcel Pagnol


Eh imaginez-vous que j’ai été me promener dans ce parc sans même me rappeler si j’avais été déjà ici, dans ce parc près des étangs, à travers ma lecture. Oui, j’ai redécouvert le parc Borély, un des parcs et jardins publics de Marseille, du quartier de Bonneveine dans le 8e arrondissement de Marseille, sans me rappeler où est-ce que j’avais déjà vu ce nom: Borély.
Puis il y a cette phrase qui m’est revenue :

“À partir de maintenant, ce sera moi qui décrirai les villes, avait dit le Khan. Et toi dans tes voyages tu vérifieras si elles existent.”

« Les villes invisibles » d’Italo Calvino

Effectivement, ce parc existe. Tout comme le roman de Marcel Pagnol me semble être aujourd’hui plus qu’une véritable histoire et un pan de mes souvenirs. Ce parc et “Et la gloire de mon père” me ramènent à la petite fille que j’étais. C’est un écho de l’enfance qui me revient. Les soirs où je lisais contre l’insomnie, contre l’ennui ou l’oisiveté me sont réapparus. C’est à travers la lecture que j’ai pu sortir tard les soirs de chez moi sans me soucier du retour. C’est à travers la lecture que j’ai pu me découvrir et voyager. Pour tous les rêves que j’ai nourris au son de la voix de ma tendre maman, pour toutes les fois où ma sœur ou mon ami m’écoutait raconter les romans que je lisais parfois devant une lampe incandescente, pour mon père et mon frère qui m’achetaient et continuent de me rapporter des bouquins, voilà à quoi me sert la littérature. À revivre des moments euphoriques. Des moments de pur bonheur avec les miens. À rester cette enfant qui s’émerveille et s’emballe sur un coup de tête. Je n’en demande pas plus. À vivre tout simplement. 

Eunice T. Eliazar, journaliste

Emma-Vagabonde

Hello! Mus’Elles a quelque chose de nouveau pour vous !

Emma Roberte, l’une des membres fondatrices de Mus’Elles, part pour notre mère l’Afrique, plus précisément au Sénégal pour un stage international. À Dakar, elle va travailler en tant technicienne en éducation spécialisée. Emma sera accompagnatrice dans une école qui dessert une clientèle de jeunes ayant des difficultés d’apprentissage. Son mandat a été rédigé par les professionnels sénégalais qui souhaitent recevoir son support en tant que TES. Ce projet est financé par affaire mondiale Canada et elle part avec l’organisme Mer et Monde.

Durant son séjour, Emma va vivre en pleine immersion dans une nouvelle famille qu’elle ne connaît pas encore et qu’elle aura à adopter comme sienne durant six mois. Notre chère Emma, partage son émoi avec ses mots :

« Je vais vivre des émotions que je ne saurai jamais décrire lorsque je me retrouverai sur la terre de mes ancêtres. Je serai la première de ma famille à revoir le port où mes ancêtres avaient quitté des siècles écoulés. »

Emma Roberte

Pour cela, elle tenait à partager avec nous, ici en Haïti et ailleurs, un peu de son parcours, de son vécu, de ses ressenties, de ses couleurs, via un carnet de voyage en ligne qu’elle rédigera régulièrement à travers Mus’elles.

Conception graphique : Hervia Dorsinville 

Emma-Vagabonde 2019 - Dakar
Emma-Vagabonde – 2019 – Dakar
Conception graphique : Hervia Dorsinville

Elle ajoute :

« Ce départ sera aussi le voyage vers une partie de moi que j’ai longtemps cherché. Ce sera de me faire rejeter, parce que je ne serai pas autant africaine que je le crois, parce que mes façons de faire, ne seront certainement pas les mêmes. Ce sera d’apprendre à faire selon les coutumes des autres. J’aurai à changer quelques-unes de mes habitudes pour m’intégrer dans cette société. Personnellement tant que professionnellement, je serai nourris. »

Emma Roberte
Conception graphique : Hervia Dorsinville 

Emma-Vagabonde 2019 - Dakar
Emma-Vagabonde – 2019 – Dakar
Conception graphique : Hervia Dorsinville

Un super et bon voyage Emma !!!

Mus’Elles

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