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Sortir de l'ombre - Fè yo konnen w!

Tag: Corps

Drôle de négativité

Je mange très tard. Combien de calories contiennent ces bonbons? Je voulais en prendre 2, mais voilà que je suis à 5! Je mange plus souvent et à chaque fois, je gobe ma peur. Rien de meilleur que le sucre pour apporter une petite douceur à l’amertume de mes jours.

Avec tout ce que j’ingurgite, j’ai probablement pris du poids depuis que je passe mes journées à la maison. Combien de livres ai-ajoutés à mon corps, 2, 5,…10? Combien de matières grasses que je stocke dans cette enveloppe à gloutonner toutes ces choses à longueur de journée? Mon ventre n’a plus de faim, il n’a plus d’horaire. C’est devenu un immense champ sur lequel j’entasse plein de nouriture.

Vivre pour manger ou manger pour vivre, j’ai toujours pensé que je vivais pour manger de bons petits plats. J’ai un fin palais, avide de nouvelles saveurs. La nourriture est ma zone de confort, mon canapé douillet, ma récompense après une journée merdique.

Je mange quand je suis contente. Je mange quand je suis triste. Je mange pour que la faim ne guette pas mes tripes. En passant, je me suis toujours dit que je ne voulais pas mourir le ventre vide. Imaginez que les fonctionnaires au ciel sont de si mauvaise foi que ceux sur la terre! Qu’ils me laissent en plan pendant qu’ils raportent le potin des anges. “X est parti retrouver sa tante, il s’ennuyait avec Dieu, Y veut créer un sandicat pour les anges mais Dieu le lui l’a formellement interdit dans ses lois! Et que Z a encore echoué de protéger son humain contre la folie de l’amour, et voilà qu’il est à son 4ème mariage. Ces humains sont incorrigibles!”

Moi, je serais là, debout, ne pouvant pas m’énerver parce que le ciel, c’est comme le consulat américain, tous les employés sont des consuls. Je ne voudrais pas contrarier aucun être en ses lieux pour attérir en enfer. J’ai déjà vécu en Haïti. Cela me suffirait… Entre nous, ce fait à lui seul devrait m’ouvrir la porte du paradis. En tant qu’Haïtienne, j’ai subi tellement de macaqueries, que cette partie de l’île devrait être considérée comme le purgatoire donc, ma prochaine destination devrait-être le paradis.

Bon revenons, à mes bonbons, je suis à 6, je ne vous mentirez pas c’est 6 1/2. Je veux être exacte dans les chiffres, sauf ceux de ma balance. Quand je vois des nombres me donner au près mon poids, je les méprise. Deux cents livres, c’est deux cent livres, je m’en fous du 02 onces, ou du 08 qui se pointe après. Quand vous lisez, comptez vous les livres que vous n’aviez pas achevés? Est-ce que vous pouviez debattre sur un livre sans en avoir pris en compte tout le contenu? Donc, je ne compte que ce qui est entier dans mon ventre, l’égalité entre les livres!

Je parlais à une amie de mon avide envie de manger, elle aussi s’en plaignait. Brusquement, elle s’est inquiétée de mon cas, nos differences l’ont interpellée. Subitement, elle a pris une toquette de phsychanaliste et sans l’enlever, elle est devenue nutritioniste. Elle m’a demandé si je suis montée sur la balance pour prendre mon poids récemment. Traitresse! Deux minutes de cela nous étions dans la même cellule pour les mêmes péchés, et à présent, elle veut me la jouer moraliste. On me la fait pas à moi. J’ai feint qu’un de mes enfants m’avaient appeller pour couper la conversation: une belle excuse. Je continue de manger les bonbons. Franchement, je ne veux pas ce genre de négativité dans ma vie, les cerceuils sont bien “one size fits all”?

Crédit photo : Gio Casimir

Fodlyne Lou André

Des seins qui tombent ! Et alors!!!

C’est connu que les photos de Sumfest font le buzz, attirent des commentaires, suscitent l’intérêt d’un grand public. En effet, on y retrouve souvent les photos de corps de jeunes femmes, en bikini ou en tenues décontractées. C’est l’occasion pour beaucoup, sexes et genres confondus, d’admirer ces corps au soleil. Pourtant, la section commentaire sous les photos sur les réseaux sociaux, est, cette année, riche en insultes et préjugés sur le corps de ces femmes.

Cette année, ce festival de musique a été organisé, le 28 juillet dernier, à Wahoo Bay, sur la Côte-des-Arcadins. Et les invectives ont été dirigées vers les seins qui tombent. Ticket a publié cette fois-ci, la photo d’une jeune femme arborant des lunettes de soleil et un maillot de bain blanc qui ouvre sur un long décolleté qui montre des seins flasques. Il n’y a pas qu’elle sur la photo. Il y a aussi une autre jeune femme, même tranche d’âge, qui se tient derrière elle, dépose une main sur l’épaule de l’autre, porte un bikini vert avec des seins menus qui se tiennent bien droits. Des internautes se sont donnés à cœur de joie en se défoulant sur les seins de la première jeune femme. Autant dire qu’elle a été totalement réduite à cette partie de son anatomie.

Des commentaires salaces

Ici, on a rassemblé en un petit corpus, certains commentaires des utilisateurs, selon le nombre de mentions « j’aime » qu’ils ont reçus et leurs orientations que nous allons analyser plus bas. Le sexe de la personne qui commente, les commentaires qui sont adressés à Ticket et les commentaires qui n’ont aucun rapport direct avec le sujet présent, ne sont pas considérés ici. Et le corpus se limite aux commentaires laissés depuis la publication de la photo par Ticket sur Facebook, jusqu’à la parution de cette article dans Mus’Elles.

« Pouki kòd tete l long konsa mezanmi ? Se li ki vin reprezante manman bèf yo petèt » ; « Kòmsi la a, si l antre nan dlo ak kòd tete sa a, li pa p koule » ; « Mezanmi makomè a pa t wè si yo t ap fè foto l, pou l te kouri ranje po pat yo » ; « Tete sa a pi long pase sòm 119 » ; « Bon jèn demwazèl sa a, pou tete l gentan paka kenbe kò l » ; « Tete yo sanble kowosòl yo bat ak bouda gode » ; « Elle nourrit les enfants du Bengladesh » ; « Konbyen pitit ti lezanj sa gen, ki fè tete l kraze konsa » ; « Tete grèp » ; « Langue de bœuf » ; « Vizaj la bèl se vre, men sa k blayi a m poko fin konprann li » ; « Vagabon pa vle jenès la rete doubout ankò » ; « Gade yon tete chosèt » ; « Kòd batiman » ; « Manfouben ki nan kò l, gen bikini ak bouraj » ; « Bikini an jis pa stil li se tou » ; « Li ta mete yon adhesive bra ».

Examinons ces quatre déclarations : « Vagabon pa vle jenès la rete dibout ankò », « Bon jèn demwazèl sa a, pou tete l gentan paka kenbe kò l » ; « konbyen pitit ti lezanj sa gen, ki fè tete l kraze konsa » ; « Elle nourrit les enfants du Bengladesh ». Ici, les auteurs de ces commentaires diffamants pensent que c’est à cause d’une intervention extérieure que les seins de la jeune femme sont devenus flasques. La première assertion suppose que la cause s’origine dans l’acte des partenaires sexuels qu’elle aurait eus. Dans l’ombre, on voit bien qu’ils font, aussi, allusion aux pratiques sexuelles de la jeune femme. La deuxième assertion, fait la relation entre jeunesse et les seins qui s’étalent, et de-là, insinue que ce sont des seins de femmes âgées. La troisième et la quatrième assertion, imputent la responsabilité à la maternité et à l’allaitement. Et détail important, ces personnes croisent les informations, nombre d’enfants que la femme a eus, ou qu’elle allaite qui doit correspondre à la taille et la forme des seins.

Continuons notre analyse, avec ces deux autres remarques : « Vizaj la bèl se vre, men sa k blayi a m poko fin konprann li » ; « Mezanmi makomè a pa t wè si yo t ap fè foto l, pou l te kouri ranje po pat yo ». La première, déclare carrément ne pas « comprendre » les seins de la jeune femme. C’est une chose informe, laide, qui est incompréhensible et qu’il faut cacher. Et c’est ce que la deuxième assertion invite la jeune femme à faire, en lui demandant de les « arranger » convenablement pour se faire prendre en photo.

Prenons ce groupe d’allégations suivant : « Pouki kòd tete l long konsa mezanmi ? Se li ki vin reprezante manman bèf yo petèt » ; « Tete grèp » ; « Langue de bœuf » ; « Kòmsi la a, si l antre nan dlo ak kòd tete sa a, li pa p koule » ; « Tete sa a pi long pase sòm 119 » ; « Tete yo sanble kowosòl yo bat ak bouda gode » ; « Gade yon tete chosèt » ; « Kòd batiman ». Elles sont réunies, car leurs propriétaires avec des images les plus colorées que d’autres, condamnent une seule et unique chose : « la longueur » des seins de la jeune femme. Comme s’il y avait une « longueur » maximum que les seins doivent atteindre, qui est dictée par l’Etat, par le corps médical, par la religion ou n’importe qu’elle instance supérieure qui régît le corps social.

Quant aux dernières assertions : « Manfouben ki nan kò l, gen bikini ak bouraj » ; « Bikini an jis pa stil li, se tou » ; « li ta mete yon adhesive bra ». Elles font l’apologie des produits de l’industrie de la mode qui dictent les codes de beauté. Des soutiens de gorge conçus très souvent au détriment du confort des femmes, soi-disant pour dissimuler les imperfections des seins parce qu’ils ont des formes ou des tailles différentes de leurs normes établies. Des bikinis produits pour « ces catégories de seins », pour les rendre convenables, acceptables. Ces commentaires peuvent paraître moins injurieux que les autres, mais l’idée derrière reste la même, que les seins de cette jeune femme méritent un traitement particulier parce qu’ils ne plaisent pas à l’opinion publique.

À bas la diversité !

Nous avions scruté ces différents énoncés, dans l’acception Benveniste du discours, qui le comprend en tant que langage mis en action, un espace supérieur à la phrase qui fait référence à tout un réseau de signifiance (espace, sonorité, couleurs, gestualité et autres pratiques diverses). Des notions d’inter discours, de dialogisme, de polyphonie et de positionnement n’ont pas été prise en compte ici dans cette analyse, car il faudrait réaliser toute une étude.

En analysant les différents discours de type « commentaires » de ces utilisateurs, on se rend compte que les préjugés sont profonds, et les connaissances des gens sur cette question sont très limitées. Hommes et femmes haïtiens, ne savent pas que les seins grossissent, grandissent, se modifient autant que toutes les autres membres et parties du corps de la femme, avec l’âge. C’est absurde d’exiger qu’elle conserve la même forme, la même taille depuis ses 15 ans jusqu’à ses 20, 30, 40 ans, enfin toute sa vie. Nos corps, pas seulement celui des femmes, changent sous l’effet du temps, de la maladie, dont les seins qui en font partie, également.

Comme vous pouvez le constater dans le paragraphe ci-dessus, toute la beauté de la langue créole est utilisée ici pour déprécier, vilipender, rabaisser, et avilir le corps de cette femme. C’est le résultat d’une culture de l’uniformisation du corps des femmes, par les médias, le cinéma et la mode. Une logique qui enseigne que les seins n’existent que pour assouvir les fantasmes des hommes. Et quand la réalité ne correspond pas au rêve vendu, imposé, par les grosses industries et opinons préconçues, les injures pleuvent. Une poitrine se doit d’être ronde et droite. Les poitrines se doivent de n’être pas trop petites ou espacées, pas trop grosses, ni généreuses, non plus débordantes, ou amputées. C’est ce qu’on attend des poitrines des femmes. Le message est clair. À bas la diversité !

Pourtant, il y a des millions de tailles, de formes, de couleurs et d’autres spécifiés. Les seins n’ont jamais été une question insensible ou neutre pour leur détentrice. Elles ne leur ont jamais vraiment appartenu. À la puberté, c’est le signe qu’elle est en train de devenir femme, l’objet de tant de désirs contenus, des fruits qui vont bientôt mûrir. À l’âge adulte il peut s’apparenter à un objet sexuel, érotique, destiné à attirer les regards, les commentaires, les mains, les lèvres de l’autre. C’est aussi, un outil d’alimentation des nouveau-nés, si elle devient mère par choix ou par un malheureux hasard. Et à la fin, c’est très souvent le gagne-pain de son médecin, qui va la gaver de prédictions néfastes sur toutes les façons que ses seins peuvent la tuer.

Croyez-le ou non, mais les femmes oublient souvent leurs seins, se désintéressent de leur existence. Avec de nombreuses préoccupations en tête, il y a peu de place à les accorder. Pour cela, recevoir des commentaires à longueur de journée sur sa poitrine, agace. Être obligée de reconsidérer sa tenue à chaque fois pour ne pas attirer l’attention sur ses mamelons, c’est fatiguant. Être en pleine conversation, et se rendre compte qu’on est qu’une paire de mamelles sur patte, est totalement dérangeant. Sans oublier la nature des commentaires, les effets que cela peut avoir sur l’estime de soi. Et on parle en connaissance de cause.

À cette jeune femme, si vous avez l’occasion de lire ce texte, sache que ta poitrine n’a rien à envier à d’autres en dépit de la clameur publique ! Nous ne sommes pas les seules à le dire, tapez #SaggyBoobsMatter et vous verrez des photos de milliers de femmes aux seins qui tombent, qui n’hésitent pas à les afficher, car elles se considèrent belles comme elles sont. Cet hashtag initié par la bloggeuse Chidera Eggerue (TheSlumFlower), dont la photo illustre l’article, a fait le tour du monde. Elle a renoncé à la chirurgie esthétique, elle vit pleinement ses seins qui tombent et invite toutes les femmes, dans la même situation à faire de même.

Hervia Dorsinville

dhervia04@gmail.com

Je ne t’ai pas choisi

Cette sensation de mal être n’est pas venue un beau matin sans qu’elle ne s’en aperçoive. Non! Ce trouble la traquait d’aussi loin que sa conscience pouvait lui donner accès. Diane vivait avec un corps qu’elle refusait d’être le sien. Elle se vivait comme une étrangère. Aujourd’hui, avec les avancements de la médecine, on arrive à modifier son corps pour pouvoir vivre plus aisément. Pourtant, dans un pays où plus de la moitié de sa population vit en dessous du seuil de pauvreté, beaucoup ne souhaitent que voir le soleil se pointer le matin, ressentir sa chaleur leur caresser la peau, et sa lumière éblouir instamment leur visage. Les possibilités d’aménagements pour rendre son corps plus agréable à vivre n’est pas une idée à laquelle on peut s’accrocher lorsqu’on vit dans des conditions proches de l’urgence de vivre.

Que feraient les haïtiens sans leur soleil ? Cet astre brillant qui leur écorche l’épiderme certains jours, et fait dégouliner toutes leurs réserves d’eau par les pores. Personne ne sait ! Certains arguent avec force que les microbes, bactéries, les virus ou autres agents pathogènes, ne peuvent nuire aux haïtiens. Pour la simple et bonne raison que le soleil, l’une de leurs plus grandes richesses, protège contre ces germes nuisibles. Le choléra avait présenté un démenti formel de cette croyance sans queue ni tête.

Paradoxalement, ce soleil dont nous sommes si fiers nous désapprouve lorsque, certains, mal dans leurs peaux, choisissent d’améliorer leur relation avec leur corps avec les pauvres moyens dont ils disposent, inventant des mélanges cancéreux de défrisants pour cheveux, de pots de crèmes éclaircissantes, et d’huiles nocives pour la peau. D’autres en font même un métier, se prennent pour des spécialistes, créent des pages web, font la promotion sur les réseaux sociaux, pour leurs recettes éclaircissantes miracle. Ils appellent cela des traitements, ou des remèdes pour la peau, pour la nettoyer, pour la rendre jolie et présentable. Car c’est une peau trop noire pour être aimée.

Le beau soleil d’Haïti se fit alors vilain en voyant toutes ces nouvelles peaux roses qui se baladent sur sa terre brûlée. Alors, il les chauffât encore plus fort que d’habitude, les rendant encore plus roses, jusqu’à ce que leurs peaux prennent une teinte de veille croûte de pain farci. Faut dire que l’union fait vraiment la force, parce que grâce à ce cela, leurs peaux ont pu se révolter contre ce traitement qui n’était pas digne des fils et filles du soleil. Les recoins de leur coudes, de leur genoux, de leur phalanges, partout où la peau pouvait se renforcer, se refusait à s’éclaircir. De toute façon le rose n’aboutit en rien de bon, en cinq années de présidence et nos années à nous faire bananer par ce soi-disant ingénieur, nous l’avons dûment appris. Espérons.

Diane, se tenait face à son miroir, elle venait à peine de rentrer. La journée a été rude et fatigante, néanmoins elle avait encore le sourire. La jeune femme s’était acheté un beau pantalon couleur bleu lavande, et elle se félicitait de l’avoir eu à un si bon prix. Discrètement, elle avait examiné le tissu de sa nouvelle acquisition dans le bus. Elle le trouva à son goût et remercia le ciel de lui avoir donné l’idée d’aller fouiller dans la pile de vêtement usagés de cette marchande du Carrefour de l’aéroport. Elle trouva ce pantalon en très bon état, presque neuf. Une aubaine ! La tête appuyée contre la vitre, elle réfléchissait avec quel chemisier elle allait le mettre lundi prochain pour aller au travail. L’image de sa penderie se profilait dans son esprit, et mentalement elle fouillait dedans pour faire son choix. Après quelques réflexions, elle opta pour un chemisier aux manches courtes, aux motifs floraux bleus et jaunes. Ce n’était pas un vêtement qu’elle avait l’habitude de porter, donc elle s’assurait ainsi d’avoir bien plus d’effet lorsqu’elle sera au bureau la semaine qui s’en vient. Fraîche, elle pourra débuter la prochaine semaine de travail dans la bonne humeur. Les nouveaux vêtements nous donnent souvent la sensation d’un regain d’énergie dans notre vie.

Excitée comme une adolescente, Diane rentra vite dans sa chambre, se déshabilla rapidement et enfila son pantalon. Elle prit le petit miroir qui n’arrivait qu’à son buste sur le dessus de la commode et le déposa sur le lit, en le penchant un tout petit peu, afin qu’elle puisse voir tout son corps dedans. Longuement, elle regarda, détailla, critiqua, l’image que son miroir lui projetait, ne comprenant pas pourquoi rien de ce qu’elle voyait ne lui plaisait. Soudain, elle se rebiffa et remis le miroir sur la commode d’un air rageur. Puis, elle fit l’idée d’essayer le pantalon avec le chemisier qu’elle avait choisi mentalement. Elle ouvrit sa penderie, le trouva exactement comme elle l’avait visualisé lorsqu’elle était dans le bus. Avec les cintres de qui n’en pouvait plus, tellement ils étaient remplis, et ceux qui paraissaient plutôt libres avec deux ou trois vêtements. Pendant qu’elle fouillait dedans, elle pensa avec amusement que même sa penderie n’était pas sur un pied d’égalité.

Triomphante, Diane trouva son chemisier et elle s’en revêtit. Celui-ci se calla un peu trop sur son tour de poitrine, et les boutons menaient une grande lutte pour rester attachés. Mais il se portait bien avec le pantalon, les couleurs se concordaient parfaitement. La jeune femme, se retourna vers le miroir, et encore, et encore. Elle n’était pas satisfaite de son image. Elle ne pouvait et ne voulait pas penser que c’était son pantalon qui ne lui allait pas, car elle l’aimait trop. C’était un modèle à la mode depuis quelque mois, les femmes étaient superbes dedans, et elle voulait le porter également. Non, le pantalon était parfait, c’est elle qui n’était pas bien dedans. Alors la jeune femme se pencha sous son lit, elle chercha les ballerines jaunes qu’elle aimait tant porter. Les trouva et se chaussa les pieds pour voir le résultat. Elles allaient bien avec le pantalon, mais la jeune femme n’était toujours pas satisfaite. Alors, elle prit un sac d’un même jaune que ses chaussures qui pendaient dans le mur en face de la commode. Après, se retourna vers le miroir pour l’enlever encore une fois de son nid entre les bouteilles de parfums, de déodorants, de pommade pour cheveux, gel et autres produits de beauté, pour le trôner sur son lit. Et cette fois, elle le calla sur deux oreillers afin de le pencher encore plus.

Diane prit son sac, le tenant dans son avant-bras avec une pose élégante, elle se plaça devant son miroir pour voir comment elle se présentait. Et toujours, elle n’était pas satisfaite du résultat. Cependant, cette fois-ci fut une fois de trop, car elle éclata en sanglots.

– Je ne t’ai pas choisi, cria-t-elle face à son miroir. Je n’ai jamais voulu t’avoir.

Diane parlait à elle seule, aucune réponse ne lui parvenait de ce reflet qui est le sien. Lasse et désabusée, elle se déshabilla les larmes aux yeux. Nue, elle inspectait ce corps familier, cherchait des recoins qui ont dû l’échapper. Mais elle n’en trouvera rien. Dans tous les aspects, c’était son corps à elle, ce corps tant haï, qu’elle peinait à rendre supportable. Agacée de cet éternel silence, elle se mit à frapper la glace, au point qu’elle se fissura.

– Je ne t’ai pas choisi non plus, déclara une voix.

Étonnée et effrayée, Diane recula. Elle regarda autour d’elle, elle était seule dans sa chambre. Rassurée, elle rit aux éclats de sa torpeur, se disant que son esprit lui jouait des tours à présent.

– Depuis des années que tu me casses les oreilles, tu te plains de moi. J’en ai marre de tes gémissements ! s’exclama encore cette même voix.
– Qui parle ? demanda Diane avec crainte.
– Moi qui parle, toi qui parles. répondit la voix.
– Je ne comprends pas. dit Diane dans un murmure pour elle-même.
– Bien sûr que tu ne comprends pas, tu n’as jamais été à l’écoute et tu n’as jamais essayé de voir autre que ce que tes yeux te dictent, expliqua la voix.
– Qui êtes-vous ?
– Moi qui suis toi, toi qui est moi. répondit la voix.

Diane resta hébétée. Se pourrait-il qu’elle soit devenue folle ? Se questionnât-elle. Ne sachant pas jusqu’où cette rencontre allait la mener, elle se décida à prendre part à la conversation.

– Je suis Diane. Et vous, qui êtes-vous ?
– Je suis Diane également. Je te l’ai déjà dit, je suis toi, tu es moi, nous sommes supposés faire qu’un.
– Supposés ?
– Oui, tu ne veux pas de moi.
– Pourquoi tu dis cela ?
– Tu viens pour la millionième fois de me crier que tu ne m’as pas choisi. Je n’en pouvais plus, je devais te répondre qu’également je ne t’ai pas choisi.
– Je ne m’adressais pas à toi, mais à mon corps.
– Avec qui crois-tu discuter ?
– Je suis en train de parler à mon corps ! Littéralement ? Ce n’est pas possible…
– Non ! Ce qui n’est pas possible, c’est toi, refusant de m’accepter, après toutes ces années passées ensemble…
– Es-tu fâchée que je ne t’aime pas ?
– Oui, car tu l’es toi aussi. Tu aimerais m’aimer, comme les autres femmes qui se disent fières de leurs rondeurs ou de leurs cheveux crépus dans les photos sur Instagram, que tu n’arrêtes jamais de regarder. Mais, tu veux que je sois comme elles, en oubliant que je suis et ne serais à jamais que toi. Déclara la voix avec peine.

Diane reçut cette réponse comme un coup de massue. Son corps lui avait parlé, elle comprit soudain que la haine qu’elle lui vouait ne retombait que sur elle-même.

Hervia Dorsinville

17/7/2019

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