À seulement vingt ans, Meïka Décime s’impose comme l’une des voix montantes de la scène culturelle haïtienne. Dans un pays où les défis économiques et sociaux fragilisent l’accès à la lecture, elle fait figure de passeuse de savoir et d’émotions, avec une mission claire : redonner aux livres une place vivante dans le quotidien des jeunes.
Créatrice de contenu littéraire suivie par des milliers d’abonnés, ambassadrice de C3 Éditions et coordonnatrice du projet Livres en balade, Meïka incarne cette jeunesse qui croit encore au pouvoir transformateur de la culture. « Les livres, c’est comme s’ils m’avaient toujours attendue », dit-elle, les yeux brillants.
Une passion née dans une bibliothèque des Cayes
Son histoire commence très tôt, dans la bibliothèque municipale de sa ville natale, Les Cayes. Petite fille curieuse, elle y découvre des rayons remplis d’ouvrages qui deviendront ses premiers compagnons de route. La lecture n’est pas alors pour elle une obligation scolaire, mais une respiration, un refuge et un espace d’évasion. De cette rencontre précoce naît une passion instinctive, qu’elle nourrit dans les clubs de lecture et les cercles littéraires. Rapidement, elle comprend que les livres ne sont pas seulement des objets de savoir, mais aussi des ponts vers soi et vers les autres.
Faire aimer la lecture autrement
Aujourd’hui, Meïka fait vivre cette passion à travers des formats modernes et accessibles. Sur TikTok, elle présente des ouvrages avec spontanéité, comme si elle s’adressait à une amie. Son objectif : désacraliser la lecture, l’arracher à son image élitiste et la rendre joyeuse, proche, familière.
Sa démarche s’ancre dans une tradition haïtienne : celle de l’oralité. « L’oralité casse la distance. Quand on raconte bien, on donne envie de lire », explique-t-elle. Dans ses vidéos, chaque résumé devient une petite performance, où l’humour et l’émotion se mélangent pour inviter à tourner les pages.
Redécouvrir la richesse littéraire haïtienne
Loin de se limiter aux best-sellers internationaux, Meïka choisit de mettre en avant les classiques haïtiens et les auteurs souvent oubliés. Parmi eux : Les dix hommes noirs d’Etzer Vilaire, Gouverneurs de la rosée de Jacques Roumain, ou encore La famille des Pitit Caille de Justin Lhérisson.
À travers ces choix, elle veut réhabiliter un patrimoine littéraire trop souvent éclipsé par les œuvres étrangères. « Si ce n’est pas nous qui prenons soin de notre culture, qui le fera ? » interroge-t-elle. Son engagement dépasse ainsi la simple passion : il devient un acte de militance culturelle.
La lecture dans les rues et les cœurs
Son rôle de coordonnatrice du projet Livres en balade illustre parfaitement cette vision. L’idée : sortir les livres des bibliothèques pour les amener dans l’espace public, dans les écoles, dans les quartiers où on ne les attend pas.
Ces initiatives permettent aux enfants et aux jeunes de manipuler des ouvrages, de découvrir des auteurs, et surtout de comprendre que la lecture peut être un plaisir partagé. Dans un contexte où beaucoup n’ont pas accès à des librairies ou à des bibliothèques bien fournies, ces projets créent des oasis de culture.
Un message d’estime et de confiance
Au-delà des livres, Meïka défend une vision : lire, c’est apprendre à s’aimer et à croire en soi. À travers son contenu, elle invite les jeunes à voir dans la lecture non pas un fardeau scolaire, mais une clé d’ouverture.
« Lire, c’est découvrir qu’on peut rêver, même quand on vient d’un petit coin du pays », dit-elle. Ses paroles résonnent particulièrement dans un contexte où beaucoup de jeunes haïtiens doutent de leur avenir.
Des rêves à écrire encore
Loin de s’arrêter à TikTok, Meïka nourrit de nouveaux projets : lancer un podcast littéraire, créer un espace culturel, développer encore plus de rencontres autour des livres. Chacune de ses initiatives suit la même ligne directrice : partager, transmettre, inspirer.
Elle rêve d’un podcast, d’un espace culturel, et continue de porter les livres là où on les attend le moins : dans les rues, les écoles, les cœurs.
Darline Honoré

