L’urgence d’une mise en place de politiques inclusives en Haïti

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La situation actuelle en Haïti affecte profondément les femmes, qui en sont les principales victimes et ce, sur plusieurs plans. En effet, si l’insécurité occupe l’avant de la scène des priorités dans le pays, il est lié à d’autres comportement tels qu’une impunité structurelle vis-à-vis des violences sexuelles et sexistes. De plus, les conséquences de cette insécurité n’affectent pas l’ensemble de la population de la même façon. Les enfants, les femmes enceintes et les personnes en situations de handicap qui représentent déjà une catégorie vulnérable en temps normal se retrouvent encore plus exposés à la situation actuelle.

Les violences basées sur le genre

Depuis l’intensification de l’insécurité en Haïti, les violences sexuelles se sont accrues de manière alarmante. Les femmes et les enfants sont spécifiquement visées par les gangs armés qui utilisent le viol et la torture comme tactiques de guerre. Entre janvier et octobre 2024 les Nations unies notaient que près de 4 000 filles et femmes ont signalé des violences sexuelles, y compris des viols collectifs, perpétrés par des membres de gangs. Alors que dans un rapport datant de 2024, Human Rights Watch apprenait qu’environ 30 % des membres de gangs dans le pays seraient des enfants, les autorités sont restées silencieuse sur la violence à laquelle ces derniers sont exposés et le danger réel que représente cet enrôlement massif. Le traumatisme que subissent autant ceux qui sont recrutés que ceux qui ne le sont pas est une entrave directe à leurs droits fondamentaux et à leur bien-être. Malgré le déploiement d’une force multinationale d’appui à la sécurité en 2024, les gangs continuent de contrôler une grande partie de la capitale, rendant les efforts de stabilisation difficiles.

Conditions de vie précaires

D’après UN woman Les femmes et les filles représentent 54 % des 580 000 personnes déplacées internes en Haïti, soit environ 313 200 individus. Même lorsque ces dernières trouvent refuge au sein des abris de fortune que compte le pays depuis 2018, elles restent exposées aux violences sexuelles et sexistes en plus de l’insécurité. Elles trouvent refuge dans des structures temporaires telles que des écoles, des églises ou des espaces ouverts non clôturés souvent surpeuplés, avec un accès limité à l’eau potable, à l’assainissement et aux installations d’hygiène. Cette promiscuité augmente le risque de propagation de maladies et expose particulièrement les femmes et les enfants. Les sinistrés font face à de graves pénuries alimentaires et à un accès restreint aux soins médicaux. En 2024, environ 5,5 millions de personnes en Haïti avaient besoin d’une aide humanitaire, dont une grande partie constituée de personnes délocalisées.

Accès limité aux services de santé et aux moyens financiers

Alors qu’elles sont surreprésentées dans la population en demande d’assistance médicale en particulier gynécologique et obstétrique, les femmes ont un accès de plus en plus restreint aux soins. En effet, les violences des gangs entravent l’accès aux services de santé reproductive. Par exemple, en novembre 2024, quatre femmes enceintes sont décédées faute de pouvoir accéder à des soins appropriés en raison des routes bloquées par les gangs. À cela s’ajoute la précarité économique. Dans un rapport datant de 2023 la banque mondiale alertait sur le fait que seulement 8 % des femmes en zones rurales possèdent des terres, contre 20 % des hommes. Les machann sara qui transportent des marchandises à travers le pays sont exposées à des problèmes de sécurité sur les routes et au sein même des marchés.

Participation politique restreinte

L’inégalité de genre est très visible dans le manque de voix et de pouvoir détenus par les femmes notamment dans le secteur politique ou elles sont particulièrement rares en plus d’être au contraire des hommes plus susceptibles d’être victimes de tout type de harcèlement et de diffamation. « En matière juridique et réglementaire, les femmes en Haïti sont confrontées à de nombreux défis et à la discrimination explicite dans certains domaines. Haïti a davantage de lois restrictives et moins de provisions juridiques relatives à la promotion de l’égalité de genre et de l’accès à l’emploi que ses comparateurs régionaux » peut-on lire dans le rapport de la banque mondiale. La situation est alarmante et appelle à une action rapide. Malgré le travail des associations féministes et de la société civile l’État a une part de responsabilité qu’il est aujourd’hui urgent de prendre pour garantir une société réellement égalitaire et inclusive.

Melissa Béralus


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