Les nouvelles technologies : un outil à double tranchant dans la lutte contre les VBG

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Les violences basées sur le genre (VBG) représentent une réalité alarmante, exacerbée par des défis sociaux, économiques et politiques. Les nouvelles technologies offrent une opportunité cruciale pour lutter contre ce fléau, tout comme elles peuvent aussi être le tremplin pour de nouvelles formes de violences dirigées contre les femmes.

Cet article explore particulièrement comment les outils numériques peuvent être adaptés au contexte haïtien pour prévenir, signaler et sensibiliser aux VBG, tout en effleurant l’utilisation malsaine de ces derniers.

1- Les outils numériques dans la construction d’une large audience

Les outils numériques revêtent de nos jours d’une importance capitale dans la lutte contre les violences faites aux femmes, et le premier avantage dont les femmes, les associations et organisations féministes jouissent de l’utilisation des outils numériques est qu’ils permettent de toucher un éventail d’individus dans un temps record. Les différentes réactions à travers les réseaux sociaux en sont la preuve. On n’a pas toujours le contrôle sur notre public cible qu’on voit s’agrandir après une publication. “Les nouvelles technologies font qu’il n’existe aucune frontière; un message adressé à des femmes haïtiennes peut être entendu par les femmes de partout” affirme Cottecheese Pierre, féministe et mentore.



S’il est vrai qu’il est important de savoir qu’une publication, ou une sensibilisation à travers les réseaux sociaux a touché une audience considérable, mais il n’y a pas que les chiffres et les statistiques qui comptent. “Parfois certaines femmes pensent qu’elles sont les seules à vivre une situation, jusqu’à ce qu’elles tombent sur un témoignage, ou une campagne de sensibilisation, qui dénonce cette même situation” continue Cottecheese. Les outils numériques permettent non seulement cette solidarité virtuelle, mais aussi, aident les femmes à ne plus normaliser certains comportements, et certains discours.

“En tant que féministe, je suis convaincue que la technologie joue un rôle crucial dans la lutte contre les violences basées sur le genre (VBG). Elle permet non seulement de dénoncer ces violences, mais aussi de mieux faire connaître leurs différentes formes et de créer des espaces où les femmes peuvent se soutenir mutuellement”, confie Ludmille Lyvert, ancienne coordonnatrice de projet à la Fondation Toya, qui en a profité pour revenir sur un mouvement d’une grande envergure qui a pris forme il n’y a pas longtemps. “Bien que cela ne se soit pas produit spécifiquement en Haïti, l’exemple du mouvement Me Too, qui a pris une ampleur mondiale en 2017 grâce aux réseaux sociaux, illustre parfaitement la puissance de la technologie dans la sensibilisation contre les VBG. Grâce à l’usage du hashtag #MeToo, de nombreuses femmes ont trouvé le courage de partager leurs expériences et de dénoncer leurs agresseurs” a-t-elle pris le soin d’épiloguer.



2. Les nouvelles technologies : une main tendue vers les femmes et les filles des zones reculées

Les nouvelles technologies jouent un rôle crucial dans la lutte contre les violences basées sur le genre (VBG) en offrant aux femmes et aux filles des zones reculées des outils pour se protéger, s’informer et signaler les abus. Grâce aux applications mobiles, aux plateformes en ligne et aux lignes d’assistance virtuelles, elles peuvent accéder à des ressources essentielles sur leurs droits, les démarches à suivre en cas de violence et les structures de soutien disponibles. De plus, les réseaux sociaux et les forums en ligne leur permettent de briser le silence en partageant leurs expériences et en trouvant du soutien auprès de communautés solidaires, même à distance.

“De manière pratique, la technologie joue un rôle clé dans la collecte de données sur les VBG, ce qui aide à documenter l’ampleur du phénomène. Ces données pourraient être utilisées dans l’élaboration de stratégies adaptés aux réalités locales” explique Nadine Louis, directrice exécutive de la Fondation TOYA.

Toujours selon Nadine, la technologie favorise des initiatives et des solutions innovantes pour accompagner les survivantes par la création et/ou la mise en place de services sécurisés facilitant l’accès au soutien en toute confidentialité. L’application AloTOYA en est un exemple.

Développée par Fondation TOYA dans le contexte de la Covid-19 en 2021 et révisé en 2024 pour s’adapter aux besoins des filles et des femmes survivantes de la violence des gangs, AloTOYA offre une assistance psychologique immédiate à distance aux filles et femmes survivantes de VBG. Il s’agit d’une prise en charge holistique des VBG favorisant  l’accès direct aux psychologues et travailleuses sociales et l’orientation des survivantes vers des services d’accompagnement ( juridique, médical et social) en toute confidentialité.


Au-delà de l’information et du soutien, les technologies numériques renforcent également la prévention et la protection contre les VBG. Les dispositifs de géolocalisation, les alertes d’urgence et les applications de sécurité offrent aux femmes des moyens concrets pour se mettre à l’abri en cas de danger.

3– Les outils numériques dans le renforcement des VBG

Les outils numériques favorisent les portails en ligne pour signaler les cas de VBG; donnent accès à des groupes de soutien virtuels pour briser l’isolement des victimes et aussi à des ressources juridiques et psychologiques; et aident à une meilleure mobilisation communautaire. Cependant, ils  présentent aussi plusieurs méfaits qui peuvent entraver cette cause. Voici quelques-uns des principaux risques associés à l’usage du numérique dans ce contexte :

. Cyberharcèlement et cyberviolences

Les réseaux sociaux et les plateformes de communication facilitent le harcèlement en ligne (insultes, menaces, revenge porn, doxxing, etc.).

Les victimes de VBG peuvent être davantage exposées à des agressions numériques, prolongeant leur traumatisme.


-. Diffusion non consentie de contenus intimes

La publication ou la menace de diffusion de photos/vidéos intimes sans consentement est une forme de violence qui touche particulièrement les femmes.

Cela peut conduire à du chantage, à de la honte sociale et même à des conséquences physiques (suicides, agressions).


-. Traçage et surveillance abusive

Certains outils numériques permettent aux agresseurs de traquer leurs victimes via le GPS des téléphones, les applications espionnes ou les réseaux sociaux.

Les partenaires violents utilisent parfois la technologie pour contrôler les communications et déplacements de leur victime.


-. Désinformation et banalisation des VBG

Sur internet, de nombreuses fausses informations minimisent ou justifient les VBG, retardant la prise de conscience et la protection des victimes.

Certains groupes propagent des discours misogynes qui normalisent la violence et découragent les victimes de parler.

4- Vers un usage sécurisé et efficace des technologies dans la lutte contre les VBG

Si les nouvelles technologies sont des outils puissants pour combattre les violences basées sur le genre, il est essentiel de mettre en place des mesures pour encadrer leur utilisation et limiter les risques. Plusieurs actions peuvent être envisagées :

-. Renforcer la législation contre les violences numériques

Il est crucial d’adopter et d’appliquer des lois spécifiques contre le cyberharcèlement, la diffusion non consentie de contenus intimes et la surveillance abusive. Des cadres juridiques solides permettraient aux victimes de disposer de recours et de voir leurs agresseurs poursuivis.


-. Éduquer et sensibiliser à l’usage des technologies

L’éducation numérique doit être intégrée dans les écoles et les campagnes de sensibilisation pour apprendre aux jeunes, et en particulier aux filles, à protéger leurs données personnelles, à repérer les cyberviolences et à réagir en cas d’abus en ligne.


-. Développer des outils numériques sécurisés

La mise en place d’applications et de plateformes conçues pour garantir la confidentialité et la sécurité des utilisatrices est essentielle. Les services comme AloTOYA doivent être soutenus et améliorés pour offrir un accès rapide et discret aux ressources d’aide.


-. Créer des campagnes de sensibilisation sur les réseaux sociaux

Il est nécessaire de contrer la désinformation et la banalisation des VBG en ligne en lançant des campagnes d’information, des hashtags engagés et des témoignages pour visibiliser les réalités des violences numériques et encourager une culture du respect.


-. Former les agents de maintien de l’ordre et les acteurs judiciaires

Une meilleure prise en charge des violences numériques passe par une formation adaptée des policiers, juges et avocats pour qu’ils puissent comprendre ces phénomènes et agir efficacement en faveur des victimes.


-. Encourager la solidarité et le soutien entre femmes

Les communautés en ligne doivent être encouragées pour permettre aux femmes victimes de violences de trouver un espace de parole et d’entraide, en toute sécurité.

En intégrant ces solutions, les nouvelles technologies pourraient être utilisées de manière plus sûre et efficace dans la lutte contre les VBG, transformant ainsi les défis numériques en véritables leviers de protection et d’émancipation pour les femmes et les filles.

Un équilibre en vue d’un impact positif

Les nouvelles technologies offrent un potentiel considérable dans la lutte contre les violences basées sur le genre (VBG), notamment en facilitant la sensibilisation, l’entraide et l’accès aux ressources essentielles pour les survivantes. Elles permettent d’amplifier les voix, de briser l’isolement et de proposer des solutions innovantes adaptées aux réalités locales, comme le montre l’exemple de l’application AloTOYA.

Cependant, ces mêmes outils peuvent également être détournés pour perpétuer ou aggraver les violences, par le biais du cyberharcèlement, de la surveillance abusive ou de la diffusion non consentie de contenus intimes. Il devient donc impératif d’accompagner l’essor des technologies par des mesures de protection et d’éducation numérique, afin de minimiser les risques et maximiser les bénéfices pour les femmes et les filles. L’enjeu est de taille : faire des outils numériques de véritables alliés dans la lutte contre les VBG, et non des armes à double tranchant.

Darline Honoré










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