Le féminisme haïtien est caractérisé par une longue histoire de lutte sans pause pour la reconnaissance des droits des femmes. De la lutte pour le droit de vote, la reconnaissance du viol comme un crime à la loi sur la paternité responsable en passant par la dénonciation des violences conjugales et de la maltraitance des enfants, nous allons revenir dans cet article sur les grands moments de l’histoire du mouvement féministe haïtien.
Les prémices du féminisme haïtien
Même si les femmes ont toujours joué un rôle essentiel dans l’histoire d’Haïti, c’est au 20 ème siècle qu’elles se constitueront en assemblée organisée. Connue sous le nom de Ligue Féminine d’Action Sociale (LFAS), des intellectuelles et militantes comme Yvonne Hakim Rimpel et Alice Garoute commencent à plaider pour l’éducation des filles et l’accès aux professions libérales afin de militer pour une meilleure inclusion des femmes autant dans la vie publique que dans l’organisation de la société. La Ligue Féminine d’Action Sociale (LFAS) qui est la première association féministe du pays est créée à la fin de l’occupation militaire des États-Unis, en 1936. Cofondée par Madeleine Sylvain Bouchereau, Alice Garoute, Cléante Valcin et plusieurs autres femmes, la ligue milite pour diverses causes dont le droit de vote dont ne jouissaient jusque-là que les hommes. Grace au combat de la ligue, les Haïtiennes obtiendront le droit de vote en 1957 sous la présidence de Paul Magloire. Cependant cette victoire dont les avancées au niveau de l’accès à l’éducation et à l’alphabétisation pour les femmes entamée par le travail des membres de la ligue sera vite freinée par la dictature des Duvalier (1957-1986). En effet, la répression frappe durement les militantes, et des personnages comme Yvonne Hakim Rimpel subissent de plein fouet la violence du régime. La ligue se verra interdite et le travail des militantes empêchée par les militaires et la milice des macoutes. Toutes les femmes sans exception se verront menacées par la dictature. Les Vêpres Jérémiennes, du 5 août 1964, aussi appelées Le massacre de Jérémie au cours duquel plusieurs centaines de personnes dont femmes et enfants ont perdue la vie est un cas parmi plusieurs autres de la brutalité du régime des Duvalier et donnent un aperçu de ce qu’a été la vie des femmes, a fortiori de celles qui s’opposaient au régime.
Après 1986
Après la chute de Jean-Claude Duvalier en 1986, le féminisme haïtien retrouve un second souffle. Les années 1990 voient l’essor de nombreuses organisations de défense des droits des femmes, telles que SOFA (Solidarité des Femmes Haïtiennes) et Kay Fanm, qui luttent contre les violences basées sur le genre et plaident pour une meilleure représentation des femmes dans la politique. Si ces organisations entre 86 et les années 2010 doivent faire face à des défis réels, elles arrivent cependant à mener des batailles qui aboutissent à des victoires comme en atteste l’adoption de la loi sur la paternité responsable adoptée par la Chambre basse en 2008, puis par le Sénat en 2012, et finalement publiée en 2014 qui rend égaux devant la loi les enfants nés de parents marriés et ceux nés de parents non marriés. Grace aux féministes et à leur combat ces dernières années, un quota de représentation féminine est aujourd’hui appliqué en Haïti. Cette avancée accompagne la création d’un ministère spécialement dédiée à la condition féminine. Nous pouvons aussi saluer le combat des associations féministes pour le renforcement des droits des travailleuses domestiques, pour la reconnaissance du viol, en particulier du viol conjugal, pour les questions relatives aux droits sexuels et reproductifs ainsi que pour une meilleure prise en charge des femmes vivant avec un handicap.
Les luttes contemporaines
Aujourd’hui, le mouvement féministe haïtien continue de faire face à de nombreux défis, notamment la précarité économique, les violences faites aux femmes et l’exclusion politique. Les militantes actuelles s’inscrivent dans la lignée de leurs prédécesseures en utilisant les nouveaux outils de communication, comme les réseaux sociaux, pour sensibiliser l’opinion publique. Parmi les enjeux majeurs figurent la lutte contre les féminicides, la violence des gangs, l’égalité salariale et l’accès à l’éducation pour toutes les filles haïtiennes.
L’histoire du féminisme haïtien est celle d’une lutte constante pour la reconnaissance des droits des femmes. Si des progrès ont été réalisés, le chemin vers l’égalité reste encore long. Cependant, avec la mobilisation continue des associations et des militantes, le féminisme haïtien demeure une force incontournable du paysage social et politique du pays.
Melissa Béralus

