Nègès Mawon ouvre une nouvelle réflexion sur les féminicides en Haïti

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L’organisation féministe Nègès Mawon a tenu, ce dimanche 2 mars 2025, une nouvelle discussion autour du fléau des féminicides en Haïti. L’événement, qui s’est déroulé à l’Hôtel Karibe, a été marqué par la projection du documentaire Des étoiles sur vos tombes, réalisé par Pascale Solages, coordonnatrice de l’organisation.

Le féminicide demeure un fléau persistant, une tragédie qui laisse derrière elle des femmes assassinées dans des conditions effroyables, dont les noms ne subsistent souvent que dans les manchettes des journaux relatant leur mort. Cette réalité douloureuse, la culpabilité ressentie par les proches des victimes, ainsi que l’inaction de la justice haïtienne face à ces crimes ont constitué le cœur des échanges de cette journée de réflexion.

Une mobilisation d’acteurs engagés

L’événement a réuni plusieurs figures influentes du combat féministe en Haïti, notamment des représentants d’organisations telles que la SOFA, Marijàn et AHF, ainsi que des membres de l’administration publique et des diplomates, dont M. André François Giroux, ambassadeur du Canada en Haïti. Ce dernier a ouvert la cérémonie en saluant l’initiative de Nègès Mawon, avant de céder la parole à Pascale Solages, qui s’est exprimée à distance via Zoom.

Malgré l’incertitude qui planait sur l’événement en raison du climat d’insécurité régnant dans le pays, la militante a tenu à souligner la nécessité de cette rencontre. Elle a mis en lumière un aspect souvent occulté du féminicide : l’effacement progressif des victimes dans la mémoire collective. C’est cette invisibilisation qui a motivé la réalisation de son documentaire Des étoiles sur vos tombes.

“L’objectif de ce documentaire n’est pas de relater simplement les cas de féminicides en Haïti, mais de les raconter autrement”, a expliqué Pascale Solages. Elle dénonce ainsi la banalisation et l’indifférence autour de ces crimes. “Des femmes meurent, et c’est comme si elles n’avaient jamais existé”, ajoute-t-elle.

Un documentaire au service de la mémoire et de la justice

Un extrait du documentaire a été présenté au public, offrant un aperçu poignant des témoignages recueillis auprès des proches de victimes telles que Ginou Mondésir, Marlène Colin et Evelyne Sincère. Ces familles, non seulement marquées par la douleur du deuil, doivent aussi affronter l’oubli progressif imposé par la société.

“Le féminicide ne se limite pas à la disparition d’une femme. C’est la destruction d’un tissu familial”, a rappelé Pascale Solages. Dans certains cas, l’absence de photos des victimes a conduit leurs proches à faire appel à des dessinateurs pour reconstruire leur image de mémoire. Une réalité bouleversante qui témoigne du manque de reconnaissance de ces femmes après leur mort.

Un panel pour approfondir la réflexion

La discussion s’est poursuivie avec un panel d’experts, animé par la psychologue Wendy Adrien, et composé de Catherine Théodore Désiré, proche de Marlène Colin, de Pascale Solages, ainsi que de la juriste Rosy Auguste Ducéna.

Les échanges ont mis en lumière plusieurs problématiques majeures :

La difficulté du travail de deuil pour les familles, marqué par un profond sentiment de culpabilité. “On ne surmonte jamais réellement une telle épreuve, on apprend simplement à vivre avec”, a témoigné Mme Désiré.

La défaillance du système judiciaire haïtien, qui ne prévoit toujours aucune disposition spécifique contre les féminicides. Me Rosy Auguste Ducéna a ainsi rappelé que le code pénal haïtien ne reconnaît pas encore ce crime, perpétuant ainsi une culture d’impunité.

L’impact de la violence des gangs armés, qui cible également les femmes en raison de leur genre, une problématique cruciale dans le contexte actuel du pays.

Me Ducéna a également souligné que si certaines lois discriminatoires ont été supprimées du code pénal, notamment celles permettant à un mari de tuer son épouse en cas d’adultère avec une peine réduite, les mentalités n’ont pas évolué au même rythme. “Les textes ont disparu, mais les pratiques demeurent profondément ancrées dans la société”, a-t-elle déclaré.

Une initiative qui se poursuit

La journée s’est achevée par une seconde projection du documentaire, suivie d’une session de réseautage et d’échanges entre les participants. Ce projet ne s’arrête pas là : d’autres discussions sont prévues aux États-Unis et au Canada, en attendant la diffusion officielle du documentaire.

À travers cette initiative, Nègès Mawon et Pascale Solages s’efforcent de redonner aux victimes leur humanité et leur dignité, tout en appelant à une mobilisation collective contre l’indifférence et l’impunité qui entourent les féminicides en Haïti.

Darline Honoré


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