Les sages femmes aux premiers rangs de la crise en Haïti

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Haïti traverse aujourd’hui l’une des crises humanitaires les plus graves de son histoire récente. Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), plus d’un million de personnes étaient déplacées à l’intérieur du pays en janvier 2025. Dans ce chaos où l’État s’efface, des actrices locales tentent de sauver des vies : les sage-femmes haïtiennes, assurent des soins vitaux dans les camps et accueillent les victimes de la violence des gangs.

Port au Prince, Le centre, l’Artibonite… les zones habitables en Haïti se font de plus en plus rares, dans un pays marqué par des disparités urbaines historiques. En un an, les déplacements y ont bondi de 87 %, peut-on lire dans un rapport de l’OIM datant de janvier 2025.

Face à cette situation, Les camps de fortune se multiplient. Ils sont passé de 73 à 108 entre 2021 et 2024 et 2025. Souvent installés dans des écoles ou des bâtiments désaffectés, ils sont malheureusement surpeuplés, privés d’eau potable, de nourriture et d’assainissement, aggravant ainsi les risques de maladies et la propagation du choléra. Derrière ces chiffres se cachent des réalités tout aussi alarmantes que l’accélération de la violence des gangs. En effet, d’après les derniers rapports du Fonds des Nations unies pour l’enfance UNICEF, les agressions sexuelles sur les enfants, ont augmenté de 1000 % entre 2023 et 2024. Un chiffre qui laisse pantois dans un pays ou les droits de l’enfant sont déjà fragiles et ou l’état a un champ d’action très faible pour protéger ces derniers.

Dans cette situation, il faut aussi noter les limites de la prise en charge des femmes victimes. Dans un reportage photo disponible sur le site du media Ayibopost en date de juillet 2025, nous pouvons voir et constater les marques réelles de la violence des gangs sur les victimes. Derrière les chiffres des différents rapports qui pleuvent depuis 2018 se trouvent des personnes réelles qui ne peuvent compter que sur une aide morcelée et toujours insuffisante.

Force est de reconnaitre malgré tout et de saluer le travail des actrices locales qui redoublent d’effort pour apporter aide, soutien et support. En première ligne les sages femmes. Regroupées notamment au sein de l’Association des Sage-Femmes d’Haïti (ASFH). Elles travaillent dans des conditions précaires, parfois dans une simple chapelle transformée en salle de soins. Elles assurent des consultations prénatales et gynécologiques, distribuent des contraceptifs, dépistent et soignent du mieux qu’elles le peuvent les IST. Elles apportent aussi un soutien psychosocial aux victimes de traumatismes.

Pourtant, elles ne sont qu’une poignée – Selon la Fondation FAHM (Foundation for Advancement of Haitian Midwives), il y a moins de 500 sage‑femmes professionnelles en Haïti, un nombre jugé “loin d’être suffisant” pour couvrir les besoins du pays. En 2017 déjà dans un article du Nouvelliste disponible sur le site du media, les professionnels de la santé alertaient sur le manque de ressource dans cette branche et la migration massive des personnes formées. Sur 425 sages‑femmes formées, seulement environ 207 exerçaient en Haïti, le reste ayant quitté le pays (Journal le nouvelliste)

En plus de cette initiative, il faut saluer celle de l’association Nègès Mawon qui a inauguré en décembre 2023, la Maison Claire-Heureuse, un centre d’accueil et d’hébergement pour les femmes victimes de la violence des gangs. Située à Delmas 75, le centre offre hébergement, accompagnement médical, juridique et psychosocial aux personnes qu’il accueille. Face à l’absence de structures publiques suffisantes, ce centre constitue une réponse concrète aux besoins urgents des survivantes en situation de crise.

Aujourd’hui ces initiatives déjà suffocantes à cause d’un manque de financement et l’absence d’un accompagnement continu de l’Etat se retrouvent menacées. En effet, ces alternatives ne sont pas des solutions au problème. Ce sont des propositions immédiates qui devraient venir compléter des politiques de prises en charge et restructuration complète à l’échelle nationale. Le nombre insuffisant de sages femmes pour la demande de plus en plus grande de prise en charge et les moyens de moins en moins disponibles pour pérenniser le travail de la Maison Claire-Heureuse devrait nous alerter sur la situation actuelle.

L’heure aujourd’hui n’est plus aux appels et aux constats de réalités sur lesquels les associations féministes et les organisations des droits humains nous alertaient, il y a déjà plusieurs années. Aujourd’hui il faut agir et agir vite.

Melissa Béralus


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