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Sortir de l'ombre - Fè yo konnen w!

Tag: musique

Ewa, une ode à la vie, signée Donaldzie Théodore

Après le succès fulgurant de « Mwen renmen w», sorti en 2007,  Donaldzie Théodore chante «  Ewa », une chanson décomplexée et entraînante, qui  annonce la sortie officielle de son premier album.

« Ewa » est une composition qui date de 2014 et qui a été présentée dans différentes prestations, par l’ancienne chanteuse principale du groupe Vwalib. Dans cet opus, Donaldzie Théodore pose sa voix avec une maturité qui ne court pas les rues, comme à son habitude. « Ewa » est sorti officiellement le dimanche 21 juin, dans le cadre du concert diffusé en direct et réalisé par le Festival « Rencontres des Musiques du monde » à l’occasion de la fête de la musique. Il s’agit de l’avant première du clip qui sera bientôt disponible sur sa chaîne YouTube. « Ewa » aborde la vie sous son meilleur jour et invite à puiser la joie dans les petites choses. Bref, à célébrer la vie!

« Pour moi, c’est vraiment un hymne pour célébrer la vie, c’est une chanson dédiée à ce peuple qui résiste toujours et qui se bat comme il peut pour surmonter les pires obstacles. Malgré tout, on ne perd jamais notre sourire,  notre joie de vivre, notre humour et bien d’autres choses positives » confie la chanteuse.

Son album abordera plusieurs thèmes comme l’amour, la détermination, l’espoir, la beauté du patrimoine culturel immatériel haïtien, l’environnement, a fait savoir l’artiste. Il ne fait pas d’économie sur des  ténors et musiciens  bien connus. Dans l’enregistrement de « Ewa », comme dans d’autres morceaux de l’album en préparation, l’artiste a collaboré avec plusieurs grands noms de la musique haïtienne. On peut citer Johnson St-Cyr à la basse, Marc Harold Pierre aux percussions, Emmanuel Jean-Baptsite à la batterie, Therly Job Pierre, Valdory Valcin et Jean Caleb Perilus pour les chœurs.

Avec la crise sanitaire, tout est repensé, les prestations en direct se présentent comme la nouvelle formule et l’auteure de « Ewa » se prépare en conséquence au cas où elle doit performer live. Ce sera l’occasion de mieux faire connaître sa nouvelle musique qui est déjà disponible sur toutes les plateformes musicales en ligne.

La chanteuse est reconnaissante envers Gary Lubin, son agent, toute l’équipe de Tamise Production, Lokah, les instrumentistes, les choristes et tous les techniciens qui ont mis leur cœur dans ce projet. Elle remercie sa famille, ses ami(e)s et tous les gens qui lui témoignent continuellement leur appréciation pour son travail artistique.
Ewa à ses supporters et cette  équipe dynamique ! Surtout «  Ewa » à l’artiste pour ce morceau de choix!

Jeanne-Elsa Chéry

DJ Kémissa, la passion au bout des doigts

Dj Kémissa, de son vrai nom, Kémissa Trécile, est celle qui fait vibrer les sens et les tympans au rythme de ses mixages de son. La figure habituelle aux soirées ambiancées dans les bars et les salles de spectacles à Port-au-Prince, engage une carrière qu’embrassent peu de femmes. Si la DJ développe une rare complicité avec les beats, sa dextérité se met au pas d’une carrière à succès et de ses initiatives.

Les débuts de Kémissa en tant que DJ

Chez l’icône féminine du DJing en Haïti, la musique est une passion longtemps caressée. Cette adulation n’a pas laissé à la jeune femme de se contenter de ses cours de piano, quand elle était petite. Elle se souvient d’avoir consacré de longues heures à écouter de la musique, mais ce n’est pas tout. Elle imaginait les enchaînements harmonieux afin d’en tirer les meilleures rythmiques. Son passe-temps favori consistait à collecter des tubes, pour les mixer avec passion. DJ Kémissa n’osa pas partager ces sessions avec qui que ce soit, par peur de critiques peu bienveillantes. Mais, une fois, alors qu’elle commençait par aller dans des journées récréatives, elle partagea un de ses « mixtapes », devant un public attentionné. L’accueil reçu va susciter un premier déclic et de l’admiration. Tout compte fait, c’est une carrière de DJ qui l’attend. Ce, au grand dam de ses amies qui lui connaissent d’autres aptitudes et plusieurs centres d’intérêts que les platines dont le basketball et le Droit. Plus tard, elle fut invitée à performer à une soirée, elle a pris goût à l’aventure : « J’ai su que je voulais renouveler l’expérience. Même si mises à part mes aptitudes de mixage, je ne connaissais pas grand-chose du monde de l’entrainement », se remémore-t-elle.

DJ Kémissa son talent et ses initiatives  

DJ Kémissa est bourrée d’initiatives ; elle ne manque pas de cordes à son arc non plus. Après des études en sciences juridiques, elle s’est spécialisée dans le domaine du droit commercial international. Elle a pu aussi lancer une plateforme de promotion des droits des femmes qu’elle utilise pour commercialiser sa marque et faire aussi du branding social comme avec la campagne: « Attention je connais mes doigts » qui promeut les droits socio-politiques des femmes et propose notamment des conférences gratuitement sur des sujets y relatifs . Elle a également lancé « Au top Kemissa », nom de la couverture légale de son entreprise, qui s’occupe du divertissement dans le monde musical. Depuis 2017, elle propose « Top Friday », une série de soirées dont la philosophie est de se donner au maximum pour l’atteinte du succès.

Les difficultés et les joies de la carrière de DJ Kémissa

Plusieurs difficultés se sont mises à travers son chemin parce que, son entourage et aussi le public ne l’avaient pas encore totalement acceptée : « J’ai dû travailler pour me tailler ma place dans ce monde majoritairement dominé par des hommes. Et c’est comme ça le côté entrepreneur s’est développé », confie-t-elle. Au commencement, il y a eu plus de difficultés que d’opportunités. Il a fallu du temps pour que le public accepte et comprenne ce qu’elle propose dans le monde de l’Entertainment. Toutefois, autant qu’elle reconnait ne pas être la seule à accomplir de tels exploits, autant elle est satisfaite de pouvoir se tailler une place parmi « les meilleurs Disc-Jockey tous genres confondus en Haïti ».

Confiante envers l’avenir, elle initie beaucoup de collaborations directes avec des femmes dans le domaine artistique. « Accepter de participer avec moi sur la plateforme W.E.M (Women Empowerment Movement) témoigne déjà de la volonté à collaborer. Et certaines des artistes invitées ont déjà posé leur voix sur les musiques que j’ai annoncées». Lancée officiellement le 23 mai 2020, WEM œuvre à la promotion et la visibilité des femmes dans l’industrie créative. Car, selon les dires de DJ Kémissa, trop souvent les femmes artistes encourent des difficultés à s’imposer sur la scène culturelle. Un EP (l’album de musique), un projet en cours va s’inscrire dans le cadre de ces collaborations. Même si la crise sanitaire a empêché la réalisation de sa grande première, elle propose entre temps au public une série de capsules vidéos diffusées en direct avec la collaboration d’autres femmes. Elle compte tout aussi bien continuer, malgré les hauts et les bas : « Entamer une vie de star c’est la partie superficielle mais persévérer et réussir une carrière d’artiste c’est ça le plus difficile, là où le défi est lancé », conclut Dj Kémissa.

 Jeanne-Elsa Chéry

Siromiel en concert live ce dimanche

À l’instar de plusieurs groupes musicaux du HMI, le groupe Siromiel s’apprête à offrir un concert live, en huis clos ce dimanche 17 mai 2020, à Vivano Restaurant, sis à Pétion-ville.

Ce dimanche, à 5h PM, Siromiel compte mettre du sirop aux tympans de leurs followers et fans sur différentes plateformes en ligne. Une performance de deux heures qui s’annonce endiablée, comme à leur habitude.

La bande composée de 6 musiciennes dont une chanteuse en lead, munie de leur voix et de leurs instruments se présentera au complet sur scène , sous les rênes de Samora Julmisse, leur maestria. Siromiel rejoint la longue liste des « live show» organisés pendant le confinement dû à l’épidémie du Coronavirus.

Vivano est un lieu culte qui a déjà accueilli bon nombre de prestations de ce groupe composé exclusivement d’artistes féminines et à l’avenir très prometteur. Demain, elles seront là-bas sans la présence physique de leurs fans, une expérience tout à fait nouvelle pour elles. Le bal sera toutefois diffusé en direct sur les plateformes stream de @Guy Wewe radio a, @Toutatis, @StartVHaiti et de @Ticket magazine. L’occasion pour les confiné.e.s de profiter gratuitement d’un nouveau show du groupe.

Ce dernier qui interprète plus de musiques du monde et caribéennes dont le compas direct piochera du répertoire musical du terroir pour gratifier leurs fans avec des morceaux choisis de Carole Démesmin, Jacquito, Zin, etc. Une partie de la programmation sera consacrée aux compositions de Ti Manno, icône de la musique compas en Haïti, dont le 13 mai ramena la commémoration de sa mort, à New York. Une façon d’honorer sa mémoire aux dires de la maestria.

La Covid- 19 impacte considérablement les programmations du groupe qui affirme vouloir vivre essentiellement de la musique. La bande a dû décliner deux invitations , une au Canada, au Festival MondoKarval et une autre en Guadeloupe, au festival Caribexpo. Celles-ci allaient sans doute leur permettre de multiplier leurs possibilités de promotion à l’extérieur. Un album de 5 à 6 tubes du groupe était aussi en studio, mais elles ont dû arrêter d’y travailler depuis l’état d’urgence décrété le 19 mars 2020, par les autorités locales, suite à l’enregistrement d’un unique cas de Coronavirus sur le territoire.

Pour la maestria du band, ce bal est offert pour rester connecté avec leurs fans et leur témoigner soutien et affection en ces moments difficiles. Il est realisé aussi pour lancer un message de positivité et d’espoir, « car la vie ne termine pas avec le coronavirus », déclare Samora Julmisse, confiante. 

Si face à cette crise sanitaire , Siromiel ne démord visiblement pas, offrir à leurs fans tant soit peu de divertissement avec ce show n’est pas ce qu’il y a de plus facile. Les démarches s’avéraient délicates, a fait savoir Samora Julmisse, en raison des restrictions de mouvement liées au confinement. Il fallut également trouver un lieu adapté pour respecter la distanciation physique, organiser le déplacement des artistes pour les séances de répétition , ajouté aux sponsors qui ne se sont pas pointés en nombre.

 Siromiel est composé de Samora Julmisse (Keybordiste, choriste et maestra), Ericka  Julie Jean Louis (choriste), Choute Sergina (choriste)  Fredgy Joseph (guitariste), Aurore Nicole (Batteuse), Myrlande Louis (Basiste) et existe depuis tantôt 2 ans.                  

                                     Jeanne-Elsa Chéry  

Le féminisme dans la musique aux Etats-Unis

La musique produit des images de genre, de désir, de plaisir et de corps. De là, naissent des métaphores basées sur le genre qui circulent dans le discours populaire…

Bref, tout ceci pour dire, ce qu’on appelle dédaigneusement la contre-culture en plus d’être toujours étrangement avant-gardiste et créative sur les formes d’expression porte aussi un discours sur les préoccupations de nos sociétés modernes.

Old pirates, yes, they rob I, Sold I to the merchant ships.
Minutes after they took I, From the bottomless pit.
But my hand was made strong, By the hand of the Almighty,
We forward in this generation triumphantly

Donc question de classe, prêche de l’égalité, dénonciation du racisme, procès de la colonisation, tout est abordé dans la culture pop, ce n’est donc pas étonnant de vouloir questionner le discours féministe de cette même culture. Ici, je ne me concentrerai que sur la musique, et encore celle que nous connaissons le mieux, faute d’avoir autant d’expositions aux autres : la musique américaine. Je ne remets pas en question ni l’engagement de ses personnes ni le bien-fondé de leur démarche. Mais tout discours politique a un poids et de par l’exposition de ce discours-ci particulièrement, il est important de s’y attarder.

Je remarque de plus en plus de féminolatres de nos jours. Ces chiens de garde de la femme qui savent mieux qu’elles quoi faire, comment faire et surtout qui inondent tous les milieux possibles et imaginables dans cette quête de sauvetage du « féminin ». Nous les retrouvons aussi dans la musique. Ceci ne nous empêche pas d’avoir de très bonnes chansons à vocation féministe ou pouvant servir la cause féministe. De même, ces artistes feminolatres peuvent être de bonne foi. Mais comme toujours, quand il faut faire bouger les choses et spécialement dans le domaine de l’égalité des genres, le discours de surface occupe étrangement le devant de la scène, toujours dans un esprit démonstratif. Je ne m’étonne donc pas aujourd’hui qu’il y ait des thèses de doctorat sur le féminisme de Beyoncé ou que n’importe quelle chanson disant les femmes, c’est bon ,soit récupérée en chant libérateur féministe. C’est dans l’air du temps?

Pour comprendre le discours féministe dans la musique des Etats-Unis, il faut remonter aux années 80. Beaucoup d’universitaires dans la tradition de l’ethnomusicologie, s’intéressent à la critique culturelle. Cette époque voit aussi une pléiade d’études sur la peinture et le théâtre. Mais le travail de ces jeunes intellectuelles prendra une forme concrète dans les années 90 avec notamment la parution de Feminin Endings de Susan McClary. Feminin Endings, dès sa première publication en 1991, a immédiatement suscité la controverse en raison de son mélange sans précédent de critique culturelle et d’études musicales, approche qui a été baptisée “la nouvelle musicologie”. À travers des études de cas sur des œuvres allant des opéras canoniques de Monteverdi à Bizet, en passant par les œuvres contemporaines, les performances de Diamanda Galás et des chansons populaires de Madonna.

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Susan McClary se concentre sur la manière dont la musique produit des images de genre, de désir, de plaisir et de corps, et explore les métaphores basées sur le genre qui circulent dans le discours sur la musique. L’ouvrage, désormais classique, comporte une nouvelle introduction qui traite de l’accueil critique reçu et des débats qu’il a inspiré.

Dans les années 80, l’essentialisme et le non-existentialisme sont au cœur du débat, alors qu’en 70 est posé pour la première fois un féminisme de la différence (des sexes) en face du féminisme de l’égalité . Cette digression est importante pour contrer des arguments comme celui de la nudité : oui, le corps de la femme occupe une place de choix dans les thématiques que choisissent d’aborder les artistes. Cela a toujours été et l’est encore. Il faut comprendre que même cette exposition et cette recherche de nudité n’exclut pas un discours féministe. Bien au contraire. Sinon le débat ne ferait pas rage.

En 70, le corps de la femme est sur la table de la discussion. Le corps de l’homme aussi, mais simplement à titre de comparaison. Et dans les années 70, aux États-Unis, c’est le tube de Elton John :

Jesus freaks out in the street, handing tickets out for God,
Turning back she just laughs, the boulevard is not that bad.

Les inconditionnels de Jésus, dans la rue, distribuent des tickets pour Dieu,
En se retournant, elle rit simplement, le boulevard n’est pas si terrible.

Elton John – Tiny dancer

En parlant de Jésus, en 1984, Madona sort Like a virgin. Vidéo très controversée (la controverse reviendra en tout temps dans la carrière de la chanteuse). Dans le clip en plus de faire des références érotiques à peine voilés, elle embrasse librement un Jésus noir et brûle une croix. Mais Madona, c’est avant tout une image, une image alliant l’identité et le corps de cette dernière. D’autres initiatives comme celle-ci seront reprises et petit à petit un certain discours féministe va voir le jour. Fin des années 80 et 90, plus de personnes et notamment de femme vont avoir droit au travail. Les femmes ont désormais accès à la liberté économique et une chanson qui fut un grand hit de l’époque en témoigne, il s’agit de bils bils du groupe Destiny child. Si tu ne peux pas payer les factures, c’est mort. Il est vrai qu’à coté, on a Jennifer Lopez qui clame que love don’t cost a thing. Ben,bon!

Mais la chanson qui va vraiment jouer sur le féminisme et la liberté autant économique que social des femmes est un titre écrit et produit pour la bande originale du reboot d’une série américaine (qui se prône aussi féministe) du nom de Charlie’s Angel. Le titre même de la chanson annonce les couleurs : Independent woman.

I buy my own diamonds and I buy my own rings,
only ring your cell when I’m feeling lonely,
when it’s all over please get up and leave,
always 50/50 in a relationships.

J’achete mes propres diamants et je paye mes bagues,
je t’appelle uniquement quand je me sens seule
et quand c’est fini va-t’en,
c’est toujours 50/50 dans mes relations.

Destiny’s Child – Independent Woman

Le féminisme va aussi être posé dans le couple avec des tubes comme If i where a boy de Beyoncé ou Like a boy de Ciara. Encore une fois, la musique suit les idées de l’époque ou un féminisme de l’égalité dont on a parlé plus haut qui est remis au goût du jour. Si les hommes peuvent le faire, les femmes aussi peuvent le faire. Argument, qui certes bancal, pris au pied de la lettre a toute son importance dans les constructions de bases plus saines pour les relations entre hommes et femmes.

Pour ceux d’entre vous qui sont choqués, sachez que la question de la liberté économique est extrêmement importante pour comprendre la dynamique entre les genres.

En assistant au mouvement me too beaucoup n’ont pas compris que depuis début 2010 il y a un mouvement en gestation. Internet a rendu possible ce que les médias traditionnels n’ont pas réussi à faire : donner la parole aux femmes. Ce mouvement ne pouvait prendre une autre forme que celle qu’elle a pris, car au tournant des années 2010, la configuration sociale et mondiale a changé. Des corps de métiers en lien avec internet se sont créés, et de fait, des groupes de paroles de femmes se sont créés, un peu dans la suite de ce que la cuisine représentait. Quoique dans le cas de la cuisine, il y a toujours eu le regard paternel et la limite au niveau de ce qui se parlait et de comment il était parlé.

Et comme l’espace féministe avait changé et que plus de femmes avaient la parole et que cette parole était écoutée sans les censures traditionnelles, la musique a là encore suivi la vague. Rappelons-nous du titre de Beyonce :Run the world…

Je réponds brièvement à la question de ceux qui se demandent pourquoi je prends autant d’exemple de Beyoncé. C’est une star internationale dont les chansons sont très commentées. Autant, je trouve qu’il n’y a pas plus féministe que la chanson 4 women de Nina Simone, autant, je ne suis pas certaine que cette chanson est autant connue que celles de Beyoncé…

Et pour équilibrer, on aura aussi à côté des Meghan Trainor pour nous pondre des perles du genre: cher future mari je ne ferai pas la cuisine mais si tu es gentil je veux bien acheter le livre. Ou Jennifer Lopez (encore elle) pour nous rappeler qu’il n’y a que les mères pour perdre du temps à faire la cuisine et le linge. Cette chanson d’ailleurs a été écrite par Meghan Trainor…

Meghan Trainor

Le discours de chacune des chansons sur cette petite liste est exactement le discours en surface des feminolatres pour qui être femme n’a jamais été une aussi merveilleuse qualité. C’est une industrie, comme toute entreprise capitaliste minée par la quête du profit, mais qui laisse retranscrire la bonne pensée paternaliste vis à vis du féminisme.

À peine les femmes ont dit : laissez-nous travailler, car le système de reproduction des sociétés dans lesquelles nous évoluons nous oblige au travail, aussitôt les feminolatres ont fait du travail (acquis à force de combat et de protestations) une chose tellement acquise et libérateur que tout discours à côté sur des sujets comme le salaire ou les conditions de travail traîne à atterrir. Le discours femme vs homme est aussi un discours feminolatre. Un noir qui, une centaine d’années après la colonisation européenne continue de dénoncer le rapport opprimé oppresseur avec le blanc est dans une démarche juste, mais une femme qui dit : dans le rapport homme-femme s’il faut jouer le rôle de dominé, c’est la femme qui prend chair. Tout de suite, elle devient une hystérique qui met en place une chasse à l’homme.

Certes je suis très ouverte, et même partisane de la contre-culture. Quoique ce terme me répugne. Je ne dis pas non plus que ce discours-là est à balayer d’un revers de main, grand dieu non, je dis qu’il faut avoir en tête que la grandiloquence de ce discours n’est que la pointe parfois même erronée des rapports de genre. Car parler des femmes qui travaillent dans une société ou tout le monde ne travaille pas, parler de qui dirige le monde alors que même pour les métiers genrés comme la cuisine les principales figures mainstream sont des hommes, parler de la maternité comme une obligation aux travaux ménagers, c’est donner raison aux détracteurs de la contre-culture. Cette même contre-culture qui a été la première à nous amener ouvertement un Jésus noir.

Melissa Béralus

Back to black Santo

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Elle ne savait pas que l’enfer, c’est l’absence.” Paul Verlaine

Il était 20 heures, je comptais déjà les minutes sous ma couette pour dormir. Je voulais non seulement me réveiller tôt le lendemain pour aller travailler et fuir l’affreuse mélodie des moustiques.

À Santo 19, 20 heures, est une heure tardive. Car le plus souvent, sans électricité, les habitants de la zone évitent de plus en plus de veiller tard pour ne pas avoir à affronter les voleurs déguisés en chauffeurs de moto la nuit, n’hésitant pas à profiter de la noirceur pour agresser les passants et parfois même leur propre passagers.

Ayant moi-même été victime, j’ai été obligée de réduire la fréquence de mes activités en ville et, du coup raté de temps en temps quelques cours à la fac pour ne plus revivre cet événement fâcheux. C’est ainsi que je me suis trouvée, couchée à 20 heures, sur mon lit derrière l’écran de mon téléphone voulant m’évader de mes pensées anxieuses, de mes notes à la fac et la rédaction de mon avant-projet de mémoire..

Amy Winehouse

J’ai rencontré ainsi Amy Winehouse dans un documentaire racontant sa vie. Elle était une chanteuse londonienne au style punk, avec une choucroute sur la tête et des tatouages exotiques. Mais elle est surtout une belle femme avec une voix qui réveille en moi des sentiments les plus inconnus. C’est en feuilletant le Magazine ELLE à la bibliothèque que j’ai découvert le nom de cette chanteuse. J’ai dépassé mes 20 heures, l’heure maximale du coucher, pour continuer les recherches sur le parcours de cette femme.

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Les trémoussages de son corps anorexique sur une scène de Rio me renvoient à ma situation, la situation de ma zone, la situation du pays. Un pays pauvre qui à la manière d’Amy se trémousse sur une scène politique, sous le regard inquiet, mais silencieux des grandes puissances internationales, et sous la pression des dirigeants corrupteurs.

Au milieu du jeu nauséabond que jouent les vautours de la politique en Haïti, je me sentais dans un trou noir. Dévastée. Je ne savais pas si c’était sa musique, ou la conjoncture du pays, qui me poussait à regarder en face le destin funeste que veulent nous faire subir les politicards qui dirigent le pays. À l’instar de la Diva dans sa chanson Rehab, le pays, je pense veut bien se reprendre.

” Un pays pauvre qui à la manière d’Amy se trémousse sur une scène politique, sous le regard inquiet, mais silencieux des grandes puissances internationales, et sous la pression des dirigeants corrupteurs. “

En attendant, je me laisse bercer par les douces mélodies de Back to Black avant de me réveiller et de combattre la cherté de la vie quotidienne.

Naïza Fadianie Saint Germain

nazafadianie@yahoo.com

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Quand Ada séduit les jeunes féministes haïtiennes avec sa musique « Defile »

« Defile », c’est surement cette chanson qu’on voit dès qu’on parle de la chanteuse Ada Sénat. Si ce morceau cartonne et est écouté en boucle par la gente féministe haïtienne, pourtant la jeune vocaliste a une histoire bien ancrée dans cette composition. Outre l’intérêt manifeste de faire de la musique, ce qui a toujours été une passion chez elle, mais c’est aussi la peur de se lancer, de s’afficher, de se produire sur la scène qui ont failli la faire passer à côté de l’exploration de son immense talent qu’elle exprime dans « Defile ».

Ada Sénat, née en France, a le vent en poupe. Elle y a vécu les dix premières années de sa vie. Dès son plus jeune âge, elle côtoie les rythmes musicaux du terroir lors de ses visites aux Cayes, en Haïti aux côtés de sa famille qui l’aident peu à peu à forger une identité et à agrandir son répertoire teinté d’afro beat, de musique racine, de reggae. Defile, sorti en 2015, a été un coup d’essai, un coup de maître : un titre inspirant qui séduit la génération féministe haïtienne et de la diaspora. Aux dires de la chanteuse, elle n’énumère plus combien de fois elle a chanté et dansé devant sa glace, toujours tiraillée par la peur de le faire devant un public. Tandis que la musique demeurait toujours sa passion :

« Faire de la musique, c’était mon rêve, je ne savais pas si je le réaliserais ; je passais de la chanson à la danse et mon groupe n’existait plus. Ce sont les gens de mon entourage qui m’ont motivée à aller plus loin. »

Raconte Ada.

De cette peur est née ce morceau dont les paroles sont de l’interprète et la musique de Dener Ceide, musicien et compositeur de talent. La chanson s’est taillé une place favorite sur la playlist des féministes haïtiennes. Le refrain de cette chanson dans laquelle on peut entendre les paroles: « Pare ko w pou yo wè w » parle d’abord des propres limites qu’elle s’était fixées, de la peur de s’afficher, de montrer au grand public son talent.

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C’est en chantant et en dansant à l’école dans des expositions qu’Ada alla compter ses premiers pas dans la musique. Elle a formé son propre groupe de reggae à l’université aux Etats-Unis, appelé Trinity qui a existé pendant 4 ans. Fin 2009, le succès du groupe a chuté, ce qui l’a portée à prendre sa carrière solo en main. C’est alors qu’elle sort Defile suivi de Yo pa moun. C’est un succès total que le tube rencontre auprès de la jeune génération féministe. Ada ne lésine pas sur les titres qui attirent plus d’un, comme Yo Pa Moun qui expose la situation de dévalorisation dont sont victimes certaines personnes à la peau foncée. Mais alliant pensée positive, chère pour les incitations à la confiance en soi, les féministes ont adopté la musique Defile pour ses propos valorisant la gente féminine mais aussi pour la vidéo composée exclusivement de femmes. On y voit des femmes qui jouent, dansent, chantent sur un rythme entraînant.

« Son effet sur les autres femmes est extraordinaire et surpasse mes attentes. Parce que la musique explique mon propre rapport avec le public, un rapport de timidité que s’il avait perduré, m’aurait fait rater bien des occasions profitables pour ma carrière »

Confie Ada.

La musique est sorti en novembre 2015, au moment où des femmes se demandaient quoi faire de leurs vies, se recherchaient et ressentaient l’intime besoin de se valoriser. La musique tombe d’aplomb. Comme l’a si bien dit l’interprète de : « Yo pa moun » : elle n’y voyait pas un « hymne féministe » comme on a tendance à le considérer, mais la chanson voulait exposer un rapport à soi. Une découverte et un succès s’ensuivent :

« Le projet Defile c’est un projet dont je suis vraiment fière et qui a fait son petit bonhomme de chemin en Haïti, aux Etats-Unis dont à New Jersey »

a-t-elle fait savoir.

Par son expérience et la couleur de ses textes, certains tentent même de lui coller l’appellation d’artiste engagée alors que ce n’est pas un registre qui l’attire trop car ses textes parlent prioritairement de ses expériences, de ses réflexions sur ses expériences et des histoires qu’on lui a racontées.

Interprète, compositrice, Ada Sénat a pris la musique très sérieux après que le momentum de son groupe avait baissé. Elle pensera à lancer une carrière solo, avec les tubes qu’on connait parce qu’elle comprend l’importance de la musique dans la vie des siens, a-t-elle déclaré. Elle accorde une grande importance à ses textes même si on peut constater que ses vidéos sont tout aussi bien travaillées. C’est ainsi que malgré le succès de la chanson videoclipée Defile, Ada affirme que c’est Viv qui invite à danser, qui est plus connu et dont le texte attire encore plus que Defile.

Celle qui collabore actuellement avec BelO sur ses prochaines chansons ne promet pas de se cantonner à un style musical propre mais ponctuera son univers de racine, de reggae et de jazz. Elle nous confie qu’elle n’aime pas parler d’amour mais d’autres types de relation, elle compte explorer d’autres thèmes. Aussi, promet-elle, beaucoup de couleurs dans ses prochaines compositions, même si aucune date pour la sortie de son premier album n’a encore été retenue. Autant croire que ses groupies pétillent d’impatience.

Jeanne-Elsa Chéry

J’ai trouvé l’amour en toi

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Ce texte a été écrit en s’inspirant de la chanson de Major – Why I love you.

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– Bonjour ! Je m’excuse pour mon retard. Il y a un embouteillage monstre sur la route du Canapé-vert ce matin. J’ai joué pieds et mains pour être-là. Et sachez que je suis conscient que mon retard ne joue pas en ma faveur, mais si vous prenez le temps de regarder mon dossier et de discuter avec moi, je suis sûre que vous…

– Il me semble que vous êtes sûre de trop de choses, mademoiselle.

– Hélène. Je m’appelle Hélène.

Et pour la première fois depuis que la jeune femme mit les pieds dans son bureau, il leva la tête vers elle pour lui accorder un regard. À la tête de cette nouvelle entreprise d’échange de services qui est très prisée dans la capitale et dans les grandes villes du pays. Charles, en tant que Directeur et membre fondateur de Twoke Lavi en avait cure de savoir que la personne assise devant lui avait un nom ou pas. Et s’il s’est arrêté dans la lecture du CV en face de lui, c’est parce qu’il était exaspéré et s’apprêtait à faire une de ses remarques désobligeantes qui le rendait célèbre pour son mauvais tempérament. Les mots se sont formés automatiquement dans son esprit, il aurait pu les débiter de sa voix posée, chaude et grave tout en gardant la même position. Cependant, avec une pointe de vanité, il aimait injurier les gens, sans vraiment le faire, en les regardant dans les yeux. Observant avec attention les traits de leur visage qui se crispèrent, essayer de deviner quand son interlocuteur va se rendre compte qu’il est en train de se foutre royalement de lui.

Mais cette fois-ci, Charles resta muet à la vue d’Hélène. Ses propos acerbes se perdirent au fond de sa gorge. C’était la seconde fois qu’il la voyait et pourtant la sensation était pareille à celui d’un être cher que l’on retrouvait après des années et des années de séparation. Enfin, elle était là devant lui. À cela, Charles n’était pas prêt. Hélène non plus, car sans dire un mot, elle attrapait déjà son sac pour prendre ses jambes à son cou. Voyant la jeune femme qui allait s’enfuir, Charles réduisit l’espace qui les séparait en deux enjambées. Il l’a pris dans ses bras, l’emprisonna dans son étreinte en l’enlaçant, l’entourant de sa personne toute entière.

Le corps d’Hélène épousait parfaitement celui de Charles, comme l’autre moitié d’un puzzle, leurs deux corps se complétaient. Le souffle court, il examinait, sa bouche, ses yeux, ses cheveux, son nez, son cou. Il la touchait, doucement, avec précaution et déférence. Comme une petite poupée de porcelaine que l’on gardait fermement dans les mains. Le cœur d’Hélène battait à tout rompre. Elle savait que c’était un espace de travail, et qu’un mot, qu’un tout petit cri aurait forcé le jeune homme à lâcher son étreinte. Mais en avait-elle envie ? Ou bien, se sentait-elle en danger ? Aucune de ces préoccupations ne lui vint en pensée. C’étaient les mains douces et chaudes de Charles qui lui caressaient le visage et monopolisaient ses sens et lui faisaient perdre la raison. Hier encore, elle pleurait sur son oreiller, en pensant à lui.

Et aujourd’hui une chaleur envahissait son cœur, tout son corps, lui redonnait soudain vie. Elle est morte depuis leur brusque séparation. Quoi faire quand nous sommes conscient.e que nous rêvons, voulons, souhaitons une chose que l’on croyait impossible et le recevoir sans l’avoir demandé, au creux de la main ? Souffrir de ce manque, oublier de respirer en se remémorant caresses et baisers. Hurler de douleur tellement notre corps est en feu du souvenir de la présence d’une personne. Et que c’est être, est devant vous au moment où vous vous y attendez le moins.

Peut-être est-ce pour cela, qu’elle ne fit aucune résistance lorsque Charles l’enlaçât, effleura de ses doigts son visage avec adoration. Il happa ses lèvres comme si elles lui ont toujours appartenu. Elle répondit même à son baiser. Il n’y avait pas de quoi se mentir, elle ne cherchait que ça. Retrouver ses gémissements, ses soupirs, son sourire, ses plaisirs de la chair qu’ils se sont mutuellement procurés. Mais l’arrière-goût de la dernière fois refaisait surface, alors elle le repoussa brusquement, et se dirigeait vers la porte.

– Non ! Non ! Pas cette fois-ci Hélène. Ordonna-t-il en l’attirant vers lui et en profita pour s’enfermer à clé dans la pièce.

– Arrête…arrête…euh….bredouillait-elle

– Charles. Mon nom est Charles.

– Je dois m’en aller, Charles. déclara-t-elle avec un air de défi.

– Je croyais que tu le voulais, ce travail ?

– Quoi ? Qu’est-ce que tu insinues ? s’écrit-elle la colère plein les yeux.

– Désolé. Je m’y prends mal. Attends, rassieds-toi s’il te plaît Hélène.

– Charles, je…

– Je t’en prie. Je sais bien que je ne peux pas te forcer à faire quelque chose que tu ne veux pas. Je l’ai appris à mes dépens la dernière fois, sur cette plage. Mais tu l’as dit toi-même, il y a une chance sur un million que nos chemins se recroisent, et je pense que c’est une occasion à ne pas rater.

– Non, non, ça suffit.

– J’ai trouvé l’amour en toi, Hélène.

– Quoi ? demanda-t-elle incrédule et totalement perdue.

– Et j’ai appris à m’aimer aussi. Toi, moi, deux inconnus sur cette plage, durant l’espace d’un week-end, nos cœurs se sont entrelacés dans une parfaite harmonie et….

– Non ! Non ! C’est quoi cette histoire à l’eau de rose, sérieusement. On s’est rencontrés, tu m’as plu, je t’ai plu, on a passé le week-end ensemble. C’est tout ! Pas d’attaches, pas de sentiments, rien. C’est ce que nous avions convenu.

– Oui, je sais. C’est pour cette raison que je t’ai laissée partir quand tu le voulais, malgré que ce fût la dernière chose que je souhaitais, te perdre.

– Charles…

– D’accord ! D’accord ! Si je mens, pourquoi tu m’as rendu mon baiser de tout à l’heure ?

– En honneur du bon vieux temps.

– Tu mens. déclara-t-il, pas du tout décontenancé par la réponse de la jeune femme.

Et en alliant le geste à la parole, il se leva de son propre siège, s’approcha d’elle, l’embrassa encore une fois. Et comme toutes les autres fois, Hélène ne peut s’empêcher d’apprécier le goût de ses lèvres, de se laisser aller et d’en demander plus. De même qu’une cuillère de votre nourriture préférée, vous refusez pour une raison ou pour une autre. Mais c’est peine perdue, il fallait empêcher qu’il tombe sous votre langue, qu’il entre dans votre bouche, envahisse vos papilles gustatives. Et de là, plus moyen de faire un retour en arrière, c’est humainement impossible. Il ne vous reste qu’à apprécier, qu’à aimer et à vouloir d’avantage. Avec regret, mais vous le ferez.

– Tu vois ? Tes lèvres sont faites pour les miennes. dit-il d’un air triomphant.

– Mais ce n’est pas de l’amour. Tu ne peux pas me dire que tu m’aimes. C’est…

– Je t’aime parce que tu as été la première à m’aimer Hélène.

– Tu délires. Laisse-moi partir. Nos journées à cet hôtel sur la plage au soleil, c’étaient de bons moments, mais tout s’est arrêté là-bas. Ici…

– Ici, c’est une autre histoire. Je sais. Mais aucun autre moment ne pourra être comparé, aucune autre femme ne pourra te remplacer et aucun autre amour ne se fera.

À cet instant, quelqu’un frappa doucement à la porte du bureau. Charles alla ouvrir d’une main tremblante, il avait peur qu’Hélène en profita pour partir. Il pourra rien faire, sans provoquer un scandale ou les mettre mal à l’aise tous les deux. Avec précaution, il entrebâilla la porte pour communiquer discrètement avec l’employé qui vient l’avertir de la venue du nouveau candidat. Il tenait à recruter lui-même son assistant de direction, et avait ordonné une première sélection à son responsable de ressources humaines. Trois d’entre eux ont été choisis, parmi eux, Hélène. La femme qu’il a connue pendant trois jours sur cette plage paradisiaque des côtes des Arcadins.

Ils se sont aimés sur le sable chaud, l’eau salée de la mer qui caressait ses orteils, sous un ciel étoilé. Et après avoir fait l’amour pour la dernière fois, cette nuit, il lui avait chuchoté à l’oreille qu’il l’aimait. Chaque instant dont elle a souri, douleurs, soucis, problèmes, et turpitudes avaient disparu de son cœur, de ses pensées. Subjugué par elle, Charles ne demandait que les jours durent plus longtemps que d’habitude et que les nuits s’allongent de même que ses étoiles qui s’alignaient, infinies et immuables.

– Comme tu me l’as déjà dit, le jour de notre départ de cette plage, que c’était absurde que je tombe amoureux de toi en si peu de temps. Je t’en prie de ne plus me le redire. Ça m’a fait mal, parce que je me suis senti compris, aimé et voulu de toi.

– Charles, je….

– Et c’est pour cela que je t’aime Hélène. Pour toujours et durant ce moment présent, tu es dans mon cœur et tu y resteras. Tu ne partiras pas, quoi que tu fasses. Je t’emprisonne ici. Je t’emprisonne ici, répétait-il en montrant sa poitrine.

– Je ne suis pas venue pour ça.

Charles eut un rire, face à l’incongruité de la situation et ajouta :

– Oui, tu es venu en retard à ton entretien d’embauche. Mais tu m’as trouvé. Dire que je m’imaginais arpentant les rues comme un fou, allant à ta recherche. Heureusement que je ne l’ai pas fait, je suis resté dans mon bureau, me noyant dans le travail, gardant mon esprit toujours occupé, pour ne pas penser à toi.

– Cela fait plus de six mois, je…

– Huit mois, vingt jours, plus exactement.

– J’ai cru que c’était de l’histoire ancienne.

– Pas pour moi. Je te l’ai déjà dit Hélène. Ici, c’est une autre histoire, et elle ne vient que de commencer.

Hervia Dorsinville

4 août 2019

Carrefour, Port-au-Prince, Haïti

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