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Schebna Bazile : son histoire d’amour avec le théâtre

Une scène de théâtre c’est un ensemble constitué de personnages, du décor, des costumes, du jeu des acteurs. Et ce n’est pas tout. Compte aussi une bonne orchestration devant mener à la satisfaction du public : la mise scène. Laissant souvent la planche aux acteurs, les metteurs en scène ne sont toujours connus qu’à la fin des spectacles.

Cependant, on leur doit le gros du travail. Si on retrouve beaucoup plus d’hommes dans le domaine, que de femmes qui jouent la partition. Schebna BAZILE, un brin timide après les représentations de ses pièces en est une.

Plus d’un la connait à partir de la troupe CapArt dont elle est membre fondatrice, mais son aventure avec le théâtre ne date pas d’hier. Metteuse en scène, bloggeuse, dramaturge, réalisatrice et scénariste, Schebna Bazile a commencé à s’exercer en mise en scène en 2009, au cours d’une formation à l’Institution Saint François Xavier. L’aventure prendra vraiment forme en 2013 après une période d’étude particulière avec son tuteur, M. Rosny FELIX. Toutefois, Schebna doit son parcours de réalisatrice à Kino, une plateforme internationale travaillant dans le domaine cinématographique (surtout les courts-métrages) en tournée au Cap-Haïtien en 2018. Elle avait pris part à la formation et l’année suivante, s’est penchée sur son propre projet. La jeune férue du théâtre a aussi suivi un Master class Jean-Claude BARNY en 2018 et une formation sur la réalisation de documentaires avec Sine Nouvèl en 2020.

Ceux qui ont déjà assisté à un spectacle de la troupe CapArt, peuvent témoigner du génie de Schebna en ce qui a trait aux mises en scène. Des personnages qui frisent la perfection dans leur rôle, des textes qui cadrent très souvent avec la réalité du pays, des décors bien plantés, des jeux d’acteurs fascinants, mais aussi des costumes qui sortent de l’ordinaire. Prenant rarement part à ses propres représentations, c’est souvent avec les larmes aux yeux que Schebna s’exprime après les spectacles. Des larmes qui en valent souvent la peine.

Si on la connait comme jeune femme de théâtre, Schebna n’a cependant pas dédié son premier projet au théâtre. Ce fut en 2019, et ce fut un court-métrage expérimental réalisé avec Kinokay, apprécié et redemandé par le public sur place. “Demen”, était-il intitulé. Ce projet a aussi été sélectionné pour la première édition de Okap Film Fest, une initiative de l’un des organisateurs du Kino. Cette initiative a permis à la jeune femme de se faire une idée de la qualité de son travail, dont elle a été amplement satisfaite.

Avant CapArt, Schenna pouvait compter mes initiatives de mise en scène à l’Institution Saint-François Xavier, au Collège Notre Dame, à l’Université Notre Dame d’Haïti (UDERS-Cap), pour ne citer que celles-là, mais c’est la troupe qui lui a vraiment donné l’envie de se lancer dans le domaine dramatique qui lui réussit plutôt bien.

De la scène elle est souvent absente lors de ses représentations ; elle squatte cependant les coulisses, ou encore se fait spectatrice de sa propre œuvre en prenant place parmi le public venu assister au spectacle. Ainsi, la metteuse en scène se fait une idée du feed-back du spectacle, bien avant que ce dernier prenne fin, et c’est cela sa principale motivation. Les ressentis du public face à ses acteurs sur scène. “J’aime être témoin de ce transfert d’émotions de ma scène vers mon public. Je crois qu’une grande part de ma motivation vient de là” témoigne-t-elle. Par ailleurs, à l’instar de tous ceux qui œuvrent dans le milieu du cinéma ou du théâtre, Schebna connaît une limite à ses projets, et pas des moindres. “Ma plus grande difficulté reste cependant autours des questions d’espace de présentation. Les adaptations se passent bien jusqu’ici mais sans me voiler la face je peux dire que nous n’avons pas de salle de spectacle de théâtre standard”.

Le manque, voire l’absence des salles de spectacle demeure un défi majeur pour ceux dont le domaine en requiert l’usage ; sans oublier les crises auxquelles on fait face chaque jour en Haïti, et toute l’énergie que cela prend pour survivre dans le pays. Cela va sans dire que Schebna a raison quand elle résume le théâtre en Haïti en un mot qui est “Défi”.

Pour l’heure, La jeune dame avoue avoir tout plein de projets. “Mais sur le tapis, j’ai une série-documentaire sur certaines pratiques de notre société qui sont considérées tabou, sinon tout simplement tues. Elle s’appelle VWA. Les premiers numéros sont autour des premières règles et j’ai publié récemment l’un des témoignages sur ma page Instagram” dévoile-t-elle. Quant à CapArt, la dernière représentation de la troupe a eu lieu au mois de mai dernier, et le public est déjà impatient d’assister à la prochaine, qui sera sans doute du cru de Schebna Bazile.

Darline Honoré

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