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RootSa : Une mode riche et plus proche des racines africaines

Après ses trois collections de vêtements inspirés de la culture africaine et haïtienne, Cottecheese Pierre, ex-Miss Vidéomax, a su laisser sa marque dans le milieu de la mode en Haïti. Depuis janvier 2018, elle a lancé sa propre ligne de collection de vêtements et accessoires, RootSa, pour reconnecter Haïti avec ses racines, africaine.

L’histoire de Rootsa débute avec le lancement de sa première collection Rosanne, en l’honneur de la défunte mère de la créatrice. Et comme par magie, l’univers n’a pas cessé de sourire à cette jeune styliste. Elle s’est rendue au Bénin, s’est plongée dans la culture et le monde colorés de ce pays et elle a donné naissance à Ouidah, une autre collection pour nous rappeler notre riche passé avec l’Afrique. Sa dernière collection, présentée en décembre dernier, nommée Kandjiema, en l’honneur de sa belle-sœur béninoise, est plus riche que les deux premières, avec du Carebella et des mélanges de près d’une trentaine de pièces. De plus, cette jeune femme qui n’est jamais en panne d’inspiration et une dure en besogne, travaille actuellement sur d’autres collections.

RootSa a officiellement débuté le 5 janvier 2018, mais l’idée lui est venue depuis octobre 2017. Sa compagnie a un an déjà, qu’elle a fêté en grande pompe, à l’habitation Turpin, en début d’année le 26 janvier 2019. Des personnalités comme, l’artiste Jocelyne Bijou, la gagnante du concours « Chantons avec Lionel Benjamin », Kenia Nemorin, le couple de journalistes Sheilla et Michel Joseph, la féministe Pascale Solages, l’humoriste JeanMau, Eddy Jackson Alexis, secrétaire d’Etat à la communication, Stéphanie Douyon de Catch Agency ou encore Bregard Anderson, directeur général de Radio Télévision Caraïbe, étaient tous présents.

Actuellement, elle travaille avec une belle équipe de cinq femmes et trois hommes depuis que les commandes ont explosé. Car elle reçoit de nombreuses commandes personnalisées où elle offre à chaque personne la possibilité d’ajouter sa petite touche à ses modèles. Et elle a une boutique en ligne, et sur les réseaux sociaux notamment sur Facebook, où ses clients peuvent venir découvrir ses dernières créations. Cependant, elle privilégie un rapport de proximité avec ses clients, les connaître  en personne, comprendre leurs désirs et RootSa assure la livraison partout en Haïti et dans certains pays.

« L’idée de me lancer dans une entreprise, de créer quelque chose qui m’appartient, dont ma fille pourrait hériter, partage-t-elle avec émotion. Et le fait d’avoir été mère a bousculé mes aptitudes, mon confort ; m’a ramené à ce que j’aime faire. »

Tout début est difficile, il a fallu qu’elle s’adapte, qu’elle fasse confiance à des partenaires. D’Octobre à décembre, en 2018, elle a dû prospecter, trouver un site internet, et autres activités dont elle avait avant peu la maîtrise. Et quatre à cinq mois plus tard, Roosta s’est vraiment lancé en proposant au public haïtien des modèles de vêtements artisanaux, sur mesure et contemporains en wax (tissu africain). Avec une large clientèle (Haïti, États-unis, France, Canada, et Angleterre), elle propose des décolletés, des robes pour toutes les occasions, des vêtements personnalisables pour toute une famille, des beaux bijoux pour enfants et des sacs à main.

Durant l’été de l’année 2006, couronnée Miss Vidéomax , elle a été baignée dans un monde de beaux vêtements, de défiler de mode et de créateurs. Et Cottecheese a pris goût à cette existence de star, surtout que durant un an, elle a été ambassadrice de la jeunesse pour une organisation non-gouvernementale, ce qui lui a permis de beaucoup voyagé et de faire des rencontres intéressantes.

Grâce à ses études en sciences politiques, elle a pu trouver un poste au Parlement haïtien. Cette battante, a également eu un parcours dans la presse, avec la Télévision nationale d’Haïti (TNH), à la Radio Métropole, et à Télémax. Après un tel parcours sur le marché du travail en Haïti, Cottecheese a quitté le pays en direction pour la France, en septembre 2013, afin de réaliser un master en Administration d’entreprise. À la suite de ses études en administration, elle s’est installée et a commencé à travailler. Elle raconte :

« Je voulais parfaire mes compétences, et ce n’est qu’ensuite, je suis devenue entrepreneure avec RootSa. »

Cinq après ses études en France, soit en 2018, RootSa a pris vie. Le nom a été inspiré de sa fille Sarah qu’elle a eue avec son mari d’origine béninoise. Cette appellation signifie Les racines de Sarah. Très observatrice des styles vestimentaires des différentes personnalités, « la mode a toujours été ma passion secrète », avoue-t-elle. « Ce qui m’a inspirée à me lancer dans la mode, c’est le monde autour de moi, mais aussi l’impression qu’il y a encore de la place, mettre de nouvelles idées au service d’un nouveau style; pour de l’affirmation de soi. » Toujours intéressée par la mode, elle a été une fille « un petit peu précieuse » et « très élégante », donc elle a seulement laissé percer à jour cet autre trait de sa personnalité et proposer son propre style au monde entier.

Son premier client fut un membre de sa famille, qui lui a acheté une robe qu’elle portait lors d’une séance photo. Cette première vente spontanée, « m’a beaucoup donné confiance en moi » partage-t-elle avec un air nostalgique. Ses proches se sont toujours tenus près d’elle et l’ont soutenu dans son entreprise, malgré les nombreuses difficultés rencontrées sur sa route. Comme le fait de rendre RootSa rentable le plus rapidement possible. Mais elle a compris que ce n’était pas possible « de jouir aussi tôt du fruit de ses efforts ». La jeune entrepreneure a dû tenir bon, avec ses maigres ressources pour faire fonctionner son business et continuer de vivre.

Bien sûr, il y a eu des jours vraiment pénibles, surtout lorsqu’elle a eu à faire la part des choses entre son travail dans RootSa et sa famille. Parce qu’entre voyage, travail, études et entrepreneuriat, Cottecheese n’oublie pas qu’elle est mère d’une joyeuse petite fille. Il fallait qu’elle gère son temps de façon rentable, tout en satisfaisant les commandes personnalisé de ses clients qui sont nombreux, et les besoins de sa famille qu’elle aime tant.

« Il m’a fallu trouver du temps, beaucoup de temps, pour ma famille, pour mon travail, me reposer et dormir surtout. J’ai dû me fixer certaines priorités pour naviguer entre ses multiples tâches. »

La clé du succès de Cottecheese Pierre ? « Je suis quelqu’un qui ne lâche jamais », répond-t-elle avec fougue. « Ce projet, je ne le fais pas pour moi, ce projet dépasse ma personne », ajoute-elle sur le même ton. Elle se décrit comme une personne qui « cherche là où il y a de la lumière, qui ne laisse pas mourir, qui se bat de toutes ses forces ». Et cette année, Cottecheese a eu beaucoup de partenariats pour RootSa. Tenir cette marque de vêtements lui demande beaucoup de travail, c’est une « passion » pour la jeune femme, jamais elle ne pourra abandonner. C’est là que se trouve toute l’explication de son succès. Avec fierté, elle ajoute :

« Je crois en la créativité des femmes et leur sens du travail bien fait. »

Vive, réactive, elle saisit les opportunités au vol. Avec une confiance en elle, insufflée par sa famille, sa belle-famille, ses amis, elle ne laisse pas les bruits de l’extérieur la distraire de son objectif, de son travail. Elle va vers les autres pour construire son réseau, pour grandir, et chercher des opportunités « parce qu’il y a toujours de la place à se faire quelque part ». Et c’est le conseil qu’elle donne à toutes les femmes qui souhaitent entamer le même chemin qu’elle.

Aujourd’hui, elle veut faire plus encore avec RootSa, entre autres, ouvrir des boutiques physiques, habiller les artistes haïtiens, organiser des ventes privées, mettre sur pied un atelier en Haïti. Elle caresse jalousement, aussi, le rêve de réaliser un festival de mode qui rallierait la communauté haïtienne à ses racines, à ce qu’on a oublié de l’Afrique, la cuisine, les traditions. Ce n’est pas uniquement pour faire la connaissance ou apprendre un petit peu plus de ses racines. Ce serait surtout pour se comprendre, en tant qu’homme ou femme noire, en tant qu’Haïtien ou Haïtienne. « Réclamer en quelque sorte son héritage, car il y a beaucoup de méconnaissance » explique-t-elle. Et en matérialisant son idée dans son esprit, elle raconte :

« Il y aurait beaucoup de vêtements et des créateurs qui partagent leurs cultures. Partout où il y aurait des communautés afro descendantes, je les inviterai à venir prendre part. Je préparerai une collection du tonnerre. Une qui dirait voici la marque RootSa, il faut y adhérer. »

Hervia Dorsinville

dhervia04@gmail.com

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