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Marie Isnise Romélus :Son travail auprès des femmes et des filles

Le 23 mai dernier, Marie Isnise Romélus était de passage à Port-au-Prince pour une énième séance de formation sur la violence faite aux filles et aux femmes. C’est son travail au sein d’une ONG à Jacmel qui la facilite surtout à faire la promotion des valeurs relatives à l’équité de genre et la participation inclusive des femmes à tous les échelons de la vie sociale. Madame Romélus lutte contre toutes formes de violence dont les femmes et filles sont victimes. Elle a pris plaisir à partager avec Mus’elles en 16 minutes d’entrevue, son investissement passionné pour son travail et son parcours de militante.

Une sensibilité féministe affirmée

Native des Cayes, elle a grandi et fait ses études primaires et secondaires dans sa ville natale avant de poursuivre une formation en Travail Social à la Faculté des Sciences Humaines (FASCH) de l’Université d’État d’Haïti (UEH), à Port-au-Prince. Actuellement, elle est étudiante en Droit à Jacmel, sa ville adoptive. Dans le cadre de ses activités professionnelles, elle voyage souvent afin de participer à des formations à l’étranger pour ensuite les dispenser en Afrique de l’Est et aussi dans des villes de province haïtiennes. Forte de sa capacité de communicatrice, elle s’en sert sur les réseaux sociaux pour prendre parfois le contre-pied de certaines pratiques jugées rétrogrades et/ou sexistes dans la société haïtienne, affirmer sa position sur des sujets divers comme la dilapidation des Fonds Petrocaribe ou simplement s’amuser. Elle est également éducatrice en droits humains, après avoir eu l’opportunité de participer à une formation avec Equitas en 2016, une organisation canadienne qui travaille pour l’avancement de l’égalité, la justice sociale et le respect de la dignité à Montréal, au Canada. Mais avant d’arriver à ce beau profil professionnel, c’est un long cheminement, bref un parcours difficile. Madame Romélus avoue avoir connu très tôt la violence domestique et vécu dans une atmosphère, en un rien harmonieuse : « Je suis moi-même une victime de la violence domestique et survivante d’agression sexuelle », confie-t-elle. Elle continue en affirmant que c’est cette expérience qui l’a poussée à l’université à chercher à comprendre les mécanismes de reproduction de la violence. Sans s’attarder sur cet épisode douloureux de sa vie ; elle nous raconte qu’elle était toujours appelée à jouer un rôle de responsabilité au sein de sa famille. Par ailleurs, c’est seulement quand elle a commencé à côtoyer des textes féministes à l’université, qu’elle a acquis les outils nécessaires lui permettant de comprendre sa réalité et celles d’autres femmes et filles.

Madame Romélus pour une culture en droits humains

Marie Isnise Romélus a trouvé chaussure à son pied quand dans son dernier travail, elle a eu l’opportunité de faire la prévention contre les violences faites aux femmes et aux filles. Elle tenait des séances de focus group et de sensibilisation sur la violence basée sur le genre. Satisfaite de ce travail qu’elle réalise notamment pour le bien des communautés de Jacmel, de Cap-Haïtien et de bien d’autres villes haïtiennes, elle détaille sa méthodologie de travail, axée sur une démarche communautaire : “Je travaille avec différentes organisations féministes qui manquent d’outils. Nous faisons de la mobilisation communautaire, des travaux de terrain et nous faisons une campagne d’affiches de porte à porte qui nous permet d’utiliser nos matériels de communication utilisés à notre bureau pour sensibiliser les gens sur la violence». Elle poursuit : « J’utilise deux méthodologies de travail. La première s’appelle Sasa. Née en Ouganda, elle permet aux couples d’équilibrer leur pouvoir afin d’avancer ensemble pour le bien-être de leur communauté. La seconde, Kore Tifi permet aux filles de reprendre leur pouvoir et c’est ce qui nous amène à former des clubs de filles dirigés par un mentor qui travaille avec des écoles et tous les secteurs de la communauté. »
Madame Romélus souhaite que le travail de titan que les féministes effectuent au sein de la société haïtienne porte ses fruits. Qu’il arrive à faire changer les mentalités et les pratiques sociales genrées. Pour cause, elle se rappelle la façon dont une partie de la presse parlée ironisait le viol collectif effectué sur une adolescente de Pétion-ville, en juin 2017. Du coup, elle argue :“ Il est urgent de développer une culture en droits humains, de promouvoir des valeurs d’équité qui permettent à tout un chacun d’être plus humain.e que possible”.

Celle qui s’investit dans la vie socio-culturelle et politique à Jacmel reconnait que les institutions travaillant pour l’égalité entre les genres effectuent un travail extraordinaire, qui a toutefois ses propres limites. Elle estime qu’elles devraient adopter des méthodes plus inclusives, plus participatives où leurs modules de formation par exemple ne seront pas destinés aux filles et aux femmes uniquement. Madame Romélus a terminé en déclarant: “ Le travail pour l’émancipation des femmes et des filles est celui de tout un chacun. C’est un travail pour la vie et le bien-être collectif. C’est un combat pour que les femmes et les filles ne vivent plus dans un monde qui se positionne en menace à leur plein épanouissement”.

Jeanne-Elsa Chéry

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