RENCONTRES

Lovely Borgard: danser fièrement

 

Amputée suite au passage du séisme du 12 janvier 2010, la danseuse Lovely Borgard, ne croyait guère qu’elle pouvait recommencer à danser. Mais fort de sa passion pour cet art qui lui tient tant à cœur, elle y est malgré tout parvenue.

Ce jeudi 29 avril ramènait la journée mondiale de la danse. Nombreux sont nos danseurs haïtiens qui font de cet art une passion, mais aussi un gagne-pain. Qui d’ailleurs parmi les danseurs n’est pas un passionné ? Quelle danseuse n’est pas fascinée par l’élasticité d’un corps qui frétille? Cependant cet élan de passion est plus prégnant chez les uns que les autres. C’est le cas par exemple de Lovely Borgard, unijambiste suite au séisme du 12 janvier 2010, mais qui tient coûte que coûte à continuer à pratiquer ce qui est aussi bien une passion qu’une profession. Alors que certaines familles pleurent encore le départ de leurs proches, quelques-uns en ont survécu, et d’autres reprennent du mieux qu’ils le peuvent leurs activités habituelles, au-delà de certaines limites que leur a imposées cette hécatombe qui a ravi plus de deux cents mille âmes.

Celle qui qui a du s’adapter avec cette nouvelle stature suite au tremblement de terre, raconte la manière dont elle a poursuivi avec ses activités de danse qui requièrent ordinairement l’usage des deux jambes. Entre le désespoir des premiers jours et la force de continuer, Lovely Borgard dit s’accrocher à la danse pour vivre pleinement et fièrement.

Âgée de 27 ans, Lovely prenait des cours en comptabilité quand elle a perdu sa jambe gauche. Enlevée sous les décombres, elle a vite été soignée pour ensuite perdre sa jambe quelques jours plus tard. Une expérience qu’elle a sans conteste mal vécue. La jeune femme a dû apprendre à vivre avec cette déficience qu’elle a pris du temps à accepter, et qu’elle n’a pas voulu accepter au départ.

En effet, Madame Borgard a eu parfois envie de tourner le dos à la vie. « Li pa t fasil pou m gade m ki te gen de pye m, ki te konn fè tout deplasman m byen pwòp, epi kounya pou m gen difikilte sa », raconte la jeune femme. Cette limite dans sa mobilité l’avait empêché de reprendre goût à ses activités, particulièrement la danse.

Pour parvenir à bout de sa déficience et apprendre à marcher en n’ayant qu’une jambe, Lovely a dû avoir recours à des séances de thérapie au cours desquelles elle a fait la rencontre d’autres personnes souffrant de déficiences : des non-voyants, amputés, manchots… Ces rencontres ont participé à redonner un regain d’espoir à la jeune femme qui allait peu de temps après mettre un terme à ses cours de comptabilité.

« Lè m ap gade moun sa yo ki te toujou ap ri alòske yo te gen rezon pou yo ta kriye, m te di tèt mwen pa t gen rezon pou m pa t kontinye viv », continue Lovely.

Contre toute attente, elle s’est remise sur pied, et a décidé de recommencer à danser. Réintégrant l’école de danse “Syla Danse Académie”, munie de ses béquilles, elle exécute avec toute la dextérité que lui permet sa jambe et ses supports, les pas de danse du folklore haïtien.

Lovely Borgad parcourt à présent tous les lieux. Avec un motard à son service, quand elle veut se déplacer, elle n’a qu’à prendre avec elle ses deux béquilles et vaquer à ses activités quotidiennes.

Aujourd’hui, Lovely Borgard s’adresse à tous ceux et celles qui souffrent d’une déficience due au passage du séisme, ou autre, pour leur insuffler ce même souffle de vie et d’espoir afin d’aller au-delà de leur limite. La jeune femme compte reprendre sous peu ses études et souhaiterait que ses pairs reprennent eux aussi le train-train de leur vie quotidienne.

Darline Honoré

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