La gestion de la Covid- 19 pendant la rentrée à la maternelle vient avec son lot de défis et de réaménagements uniques qui méritent d’être pointés du doigt. Sans oublier les différentes difficultés de l’entrée scolaire et les inégalités criantes qui refont surface en contexte haïtien, Mus’Elles a eu l’avantage de réaliser une entrevue avec Valérie Lamy, directrice d’école et enseignante de carrière sur les enjeux de cette rentrée scolaire unique.

Mus’Elles : Aimeriez-vous vous présenter à nos lecteur.trice.s, et présenter votre parcours en tant que spécialiste de la petite enfance ?

Valérie Lamy : Ça va faire bientôt 10 ans depuis que je me suis dédiée à l’éducation de la jeunesse. L’importance pour les enfants d’avoir une bonne base explique dans une certaine mesure, mon attachement à l’éducation des plus petits parce que j’estime et je crois fermement que l’avenir académique ou l’avenir tout court se prépare à ce stade-là. J’ai fondé Frimousses Kindergarten depuis 7 années avec cette même vision de privilégier une éducation de qualité dès les premières années de la vie du jeune élève. A vrai dire, j’ai mis les compétences nécessaires de mon côté pour pouvoir m’ assurer d’offrir avec aisance ce que j’ai en tête : je suis certifiée en Mathématiques visible et tangible et sur les méthodes d’enseignement de Cares sur la petite enfance, aussi ai-je étudié « Autism, promoting the socia communication skills of children with Asds ». Je suis certifiée en Education sexuelle et je termine un diplôme pour devenir une professionnelle des traumatismes chez l’enfant et l’adolescent.

Mus’Elles : Vous dirigez une institution scolaire, Frimousses, comment vivez-vous cette nouvelle rentrée scolaire ?

Valérie Lamy : Cette nouvelle rentrée peu ordinaire éveille notre capacité d’adaptions pendant cette situation épidémiologique qui nous surprend tous.toutes. Pleine de défis, elle nous a forcé.e.s à repenser notre mode de fonctionnement comme les rapports pédagogiques. D’un côté, c’est avec beaucoup d’appréhension que nous débutons cette année scolaire quant aux différents changements qui s’imposent à nous. D’un autre côté, après tout ce temps passé séparé.e.s de nos enfants, c’est avec joie que nous les avons accueilli.e.s. Sans pour autant minimiser les alternances possibles en raison des contextes sanitaire et politique, nous avons pris toutes les dispositions nécessaires afin de garantir la réussite de notre année académique.

Mus’Elles : On sait combien la COVID-19 a mis à l’épreuve les rapports interpersonnels, si indispensables, en particulier pour les enfants et sûrement aura des répercussions sur les relations pédagogiques; avez-vous de ce fait adopté de nouvelles approches pour faciliter ces relations dans votre établissement ?

Valérie Lamy : Au préscolaire, les contacts physiques jouent un rôle important tant dans le développement social qu’intellectuel de l’enfant. Nous avons dû de ce fait penser à de nouvelles techniques d’apprentissage, avec contacts limités, afin d’atténuer , au possible, les impacts négatifs sur les enfants. Ce n’est pas gagné d’avance, par exemple, une astuce que nous utilisons pour éviter qu’il y ait trop de distance ou de froideur dans les relations profs-élèves, c’est que chaque membre du personnel porte sa photo avec un beau sourire chaleureux sur son uniforme. Cela réconforte les élèves de savoir que derrière le masque se cache beaucoup de tendresse, d’amour et d’affection.

Mus’Elles : Quels sont les nouveaux défis par rapport à la gestion des enfants dans ce contexte sanitaire?

Valérie Lamy : L’enjeu majeur auquel nous faisons face est le respect de la distanciation physique. Il est impossible de demander à des enfants en bas âge de comprendre cette consigne, si restrictive dans son essence. Ils ont besoin de bouger et de socialiser. Certains m’ont même demandé de leur garder leurs masques pour aller s’amuser avec leurs camarades. À noter que même si certains parents optent pour cette option, nous ne recommandons pas le port du masque pour cette tranche d’âge.

Mus’Elles : Que recommandez-vous alors pour une gestion des enfants en âge préscolaire pendant la pandémie ?

Valérie Lamy : Mes recommandations s’adressent d’abord aux parents qui ont un travail important à réaliser. L’apprentissage des gestes barrières doit se faire à la maison et leur pratique devrait commencer bien avant la rentrée scolaire. Nous devons aussi développer davantage la communication avec nos enfants ; c’est même un impératif de peaufiner nos rapports avec eux en offrant un meilleur support que l’habituel. Leur expliquer les enjeux de notre nouvelle réalité, prendre le soin de les écouter face à tous ces changements. Face aux visages cachés qu’ils doivent côtoyer chaque jour. Ensuite, la COVID-19 sera là pour encore quelque temps ; il faut apprendre à vivre avec et s’en protéger doit devenir un mode de vie.

Mus’Elles : Si vous deviez envoyer un message aux directeurs.trice.s d’écoles, qu’est-ce que vous leur diriez?

Valérie Lamy. Je souhaite beaucoup de courage à tous les directeurs et directrices d’écoles. Rien ne nous a préparé.e.s à cette nouvelle manière d’enseigner. Mais je sais que nous avons en nous la capacité de nous adapter. L’essentiel est de ne pas perdre de vue notre objectif premier qui est le bien -être des enfants. Le désir de les voir évoluer et de créer une nouvelle génération qui saura aimer son pays et évidemment le faire avancer.

Propos recueillis par Adlyne Bonhomme.