Gisèle Halimi avocate et défenseure de la cause des femmes s’est éteinte ce mardi 28 juillet 2020. Plusieurs sources concordantes ont salué le départ d’une militante féministe très connue pour ses positions publiques pour le droit à l’avortement. Regards sur son parcours qu’il convient d’honorer.

Issue d’une famille judéo-arabe, Giselle Halimi est née le 27 juillet 1927 à Tunis. La célèbre militante et écrivaine féministe est morte au lendemain de ses 93 ans, soit ce 28 juillet 2020. Cette combattante s’est engagée durant toute sa vie dans la lutte contre l’inégalité et la liberté des femmes. Dotée depuis son enfance d’un sentiment de révolte face à l’injustice et à la subordination, ainsi que pour revendiquer son droit à la lecture, elle a entamé une grève de la faim à 10 ans. Puis à l’âge de 13 ans elle continuait à adopter cette même mesure, cette fois ci pour ne plus continuer à faire le lit de son frère. C’est ainsi qu’après ce mouvement qu’elle a écrit dans son journal intime de l’époque : « J’ai gagné mon petit bout de liberté. » Après des études de Droit en 1949,elle s’installa à Paris en 1956 et épousa Paul Halimi duquel elle divorça tout en gardant ce premier nom par lequel elle s’est fait connaitre et épousa Claude Faux qui fut le secrétaire de Jean-Paul Sartre.

L’année 1960 a grandement marqué sa vie quand elle décida de défendre Djamila Boupacha, une jeune activiste torturée et tuée par des soldats français. Elle se mit aux côtés de Simone de Beauvoir et publient « Djamila Boupacha », un ouvrage qui résume toute l’affaire. Puis elle présida une commission d’enquête sur les crimes de guerre américains au Vietnam et sera sollicitée pour être observatrice judiciaire dans de nombreux procès politiques en Espagne, au Maroc et en Grèce.
Gisèle Halimi s’est engagée dans la politique à l’âge de 38 ans. Accompagnée d’autres femmes politiques, elle forma le mouvement démocratique féminin afin de soutenir la candidature de François Mitterrand à la présidence.
Une lutte acharnée pour le droit de l’avortement
Sa lutte pour le respect des droits, l’émancipation des femmes ainsi que la dépénalisation de l’avortement n’a jamais pris fin. C’est ainsi qu’en 1972 la militante a plaidé en faveur d’une jeune fille connue sous le nom de Marie-Claire parce qu’elle a avorté. Du coup elle en profite pour plaider en faveur la libéralisation et la dépénalisation de l’avortement. Ce plaidoyer est lié aux traumatismes qu’elle a vécus lorsqu’elle avait 19 ans. Elle a raconté au monde qu’elle a subi un curetage réalisé par un jeune médecin à vif en disant « comme ça tu ne recommenceras plus.» Toujours dans le but de lutter pour la libéralisation de l’avortement, un mouvement baptisé «choisir la cause des femmes » a été créé en 1972 par Gisèle Halimi, Simone de Beauvoir, Jean Rostand, Christiane Rochefort et Jacques Monod dont les objectifs sont de promouvoir l’éducation sexuelle et la contraception, l’annulation de la loi de 1920 relative à l’interdiction de la contraception et de l’avortement et la défense gratuite des femmes poursuivies pour avortement.
Une bataille aussi importante a été menée, celle de la reconnaissance du viol comme étant un crime. Giselle Halimi figure encore dans cette lutte en 1978. Elle fait du procès des trois violeurs un espace pour dénoncer la complicité des tribunaux et des appareils judiciaires sur ce crime. Ce procès concerne deux jeunes femmes qui ont porté plainte contre trois hommes qui les ont violées, alors que ces trois hommes plaidaient non coupables. Ce dit procès amène à la promulgation de la loi de 1980 reconnaissant le viol comme un crime.
L’avocate, militante Gisèle Halimi a aussi marqué le monde par ses écrits : ainsi elle a publié une quinzaine de livres entre 1988 et 2011. Dont le lait de l’oranger, le procès de Bobigny, Ne vous résignez jamais, Une farouche liberté, Histoire d’une passion, pour ne citer que ceux-là.
A l’instar d’autres féministes de renom ou peu connues, Gisèle Halimi a fait preuve d’une combattante qui a passé toute sa vie à militer pour l’émancipation et le respect des droits de la femme. Grace à ses travaux, de nombreux efforts ont été consentis afin de réveiller la conscience collective et permettre aux femmes de se faire entendre dans un monde qui menace de plus en plus leur liberté .

Clairvina Dossié