RENCONTRES

Emmanuela Douyon : Petrochallenger mais pas que

Avec la naissance du mouvement protestataire Petrochallenge, branche #Noupapdomi, Emmanuela Douyon, l’un des membres influents fait des sorties remarquables presque toutes les semaines dans la presse.

Sa régularité et sa combativité font d’Emmanuela Douyon une figure emblématique de cette jeune génération qui demande des comptes sur les fonds PetroCaribe. Elle est celle qui a une histoire teintée d’engagement et de rigueur académique, ce qui ne l’empêche pas de nourrir  des projets personnels très ambitieux et de  faire de la politique.

Dans un bar à Delmas à l’aspect cozzy et au calme olympien, nous rencontrons Emmanuela Douyon. C’est un espace de rencontres habituelles, pour celle qui jongle entre ses multiples engagements et ses moments de loisir. Elle y arrive 30 minutes à l’avance. La pluie s’annonçait timidement et c’est pour cela qu’elle était arrivée avant l’heure, par crainte de ne pas rater le rendez-vous. Entre un sourire narquois et des menus gestes, l’entretien commence tout de suite pendant qu’elle annonce d’emblée qu’elle n’aime pas parler d’elle. Loin de nous l’idée qu’elle est timide, vu sa présence régulière dans la presse. Cette jeune femme aux multiples occupations, affiche du haut de ses 29 ans un beau profil professionnel. Elle détient une licence en économie au National Tsing Hua University à Taiwan, deux maitrises, une en économie appliquée et une autre en économie du développement obtenue respectivement à l’Université Paris-Est Marne et l’Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, en France.

« Je suis convaincue que femmes et hommes sont égaux et je souhaite ardemment que la société haïtienne arrive à un point où les femmes puissent jouir les mêmes droits, aient accès aux mêmes opportunités, qu’on ait la même considération pour tout le monde »

Emmanuela Douyon est habituée à déconstruire bien des clichés depuis qu’elle noue d’autres habitudes de vie, gère sa vie en adulte. Mais c’est comme peine perdue puisqu’on lui colle des étiquettes au moment où elle n’était qu’une jeune élève fougueuse qui raflait des prix honorifiques, on ne la voit pas comme une femme politique. En classe de seconde, elle a été sacrée As des as du Millennium par le Rotary club des Cayes, sa ville natale, pour un concours de génie et c’est cette image qu’on veut retenir d’elle : une fille attachée aux livres oui, mais pas à la politique. Trop de risques ! Elle affirme, par ailleurs, qu’elle apprécie énormément ses camarades de lutte et que cela l’assure que la lutte pour la reddition des comptes sur les fonds PetroCaribe est un signe vivant que tout n’est pas perdu et que l’action la plus importante à mener est de maintenir le flambeau de la mobilisation très haut. De plus, qu’en dépit des attaques et tentatives d’intimidation, on continue même si les frustrations et la corruption ici sont très corsées, témoigne-t-elle.   

D’excellence scolaire à vie de professionnelle prometteuse, Emma a franchi le cap sans sourciller. Ses expériences professionnelles sont aussi nombreuses. Parmi les institutions où elle a travaillé on retrouve le Ministère des affaires étrangères (MAE), une firme de consultation canadienne et une firme américaine. Maintenant elle offre ses services comme responsable de suivi évaluation à une ONG. Féministe convaincue, elle s’attarde en faisant une grande précision sur sa vision des rapports sociaux de sexe. « Je suis convaincue que femmes et hommes sont égaux et je souhaite ardemment que la société haïtienne arrive à un point où les femmes puissent jouir les mêmes droits, aient accès aux mêmes opportunités, qu’on ait la même considération pour tout le monde ».

« mon plus grand besoin maintenant c’est que j’ai besoin de vacances  »

Attachement scolaire et moments de détente

L’activiste de #Noupapdomi est aussi une mordue de la lecture et de l’écriture. Elle avoue lire de tout, des romans aux bouquins d’économie. Elle consacre aussi son temps pour des initiatives personnelles ; elle a eu à un moment son blog personnel, Les mots d’Emma, qui était sur la plateforme monboblog de Radio France Internationale qu’elle a abandonnée au moment où elle a rejoint jointe l’équipe d’Ayibopost. Ce qui n’est point un frein aux activités personnelles qui la tiennent à cœur. Avec un large sourire, elle affiche être la fondatrice de Policité, un laboratoire d’idées et une firme de consultation qui offrira des services dans plusieurs domaines tels que la gestion de projets et la communication.

Fille d’une enseignante et d’un père directeur d’établissement scolaire, l’excellence scolaire était une valeur familiale qui ne la quitte pas : « Je suis très attachée à la performance scolaire, parce que quelque part, c’est une déformation ; mes parents y mettaient beaucoup d’emphases ». Avec raison, puisque que la jeune femme aux yeux couleur de terre brulée, confie qu’elle a été récompensée à Taiwan en décrochant le prix meilleur étudiant à deux reprises. Un prix attribué chaque semestre à l’étudiant ou l’étudiante ayant la plus forte moyenne. « Mais je suis plus qu’un nerd » elle tient à préciser. « J’aime voyager, expérimenter, tenter d’autres plats. Mes moments de loisir ne sont pas obligés d’être compliqués, cela peut être une simple ballade dans un nouvel endroit avec ma voiture ». L’entrevue continue, elle ne démord pas, elle a la flemme , conversation a pris chair mais quand pour terminer, elle détonne quand on lui demande son projet le plus pressant. « Mais mon plus grand besoin maintenant c’est que j’ai besoin de vacances », lâche-t-elle entre deux gorgées d’eau.

Jeanne-Elsa Chéry

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