Darline Gilles fait partie des jeunes femmes de notre génération qui mettent un soin particulier à promouvoir et vulgariser les productions écrites des femmes. Rien qu’à citer le nom de Publicad’elles, on la voit en incontournable pilier de cette  revue féministe qu’elle a fondée en 2011. Celle qui  est aussi connue dans le milieu artistique pour ses diverses pièces de théâtre portant sur les conditions matérielles d’existence des femmes est d’une persévérance remarquable.

Darline  Gilles est née un 22 février. Alors qu’elle n’était qu’une jeune étudiante, elle a fait la remarque que la  littérature faite par les femmes n’est pas mise en valeur. Pourquoi ne pas créer une revue féministe? S’est -elle demandé.  Eurêka ! D’abord lui vint en tête un nom : Publicad’elles ! Ce dernier semble ramasser les préoccupations de la jeune femme qui partagea rapidement ses idées avec deux amies. Elles commencent peu après  avec une revue d’une dizaine de pages où  l’on peut trouver un peu d’histoire, des textes journalistiques et  des portraits de femmes.

Soutenue dès ses débuts  par la Fokal (Fondasyon Konesans ak libète), le papier ne fera pas long feu ; rien qu’en deux années d’existence surgit l’insuffisance de fonds pouvant leur permettre de continuer leur travail . Par crainte de  décourager ses lectrices et lecteurs et surtout armée d’une volonté intenable de poursuivre en dépit des vents et marées, Darline Gilles  lança un blog du même nom, en 2016. Elle est aujourd’hui  la directrice de publication de Publicad’elles qui compte 7 membres ; toutes des étudiantes bourrées de préoccupations, un autre problème qui les empêche de faire des publications régulières.

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Donner la parole aux femmes


Darline Gilles, que beaucoup surnomment Manzè Da continue à produire même si elle reconnait penser des fois que ses efforts sont vains, vacillant entre l’envie de continuer et celle de tout abandonner. Ce qui la laisse perplexe, au risque de remettre en question la mission de Publicad’elles, c’est cette mise à l’écart constante des femmes dans les espaces de décision qui s’apparentent tout bonnement à des bastions masculins

« Nous nous engageons depuis notre création à sensibiliser afin d’apporter des changements conséquents dans la société patriarcale où tous les micros sont tendus aux voix masculines. Nous voulons revendiquer la place pour les femmes de participer aux débats publics et porter cette revendication aussi loin que nous le puissions »

souligne celle qui poursuit des études en Histoire de l’art à l;Université d’Etat d’Haiti.


De D’Elles à Publicad’Elles


Publicad ‘elles vient de cette organisation féministe qui s’appelait d’Elles qui avait pour but de recueillir des informations et de diffuser les thématiques spécifiques qui concernent les organisations féministes, notamment celles de la zone métropolitaine de Port-au-Prince. Par exemple, certaines d’entre elles se spécifiant sur la prise en charge des femmes victimes de violence comme Sofa (Solidarite Fanm Ayisyen), d’autres ayant comme priorité la participation politique des femmes telles que Fanm Yo La. Elle voulait beaucoup plus travailler sur le volet éducatif, voir comment influencer les valeurs et normes de genre véhiculés dans la société, comment impacter les rapports sociaux de sexe et surtout  les médias  qui jouent un rôle prépondérant dans la transmission des valeurs dans la société. Elles avaient comme public cible les écolières de Carrefour ;

« Nous faisions des sensibilisations et puis avec la musique “Fè Wana mache”,  sortie en 2012,  qui nous a amené à faire la sensibilisation contre la vulgarisation des musiques sexistes et de tous les courroies de dénigration des femmes. A l’époque le rythme musical raboday était en vogue. Et c’est dommage que les instances décisionnelles ne mettent un frein aux dérives verbales qu’il entraîne. »

confie Darline Gilles.


Aujourd’hui, Publicad’elles se donne pour mission de faire connaitre les conditions matérielles d’existence d’autres femmes, comment elles vivent dans le milieu rural en dépit de ce problème récurrent de fonds de fonctionnement. Malgré les difficultés, Madame Gilles avoue vouloir entreprendre d’autres projets comme mettre sur pied un centre de documentation féministe qui doit mobiliser beaucoup de ressources tant humaines que matérielles. Ce projet collectif sera exécuté avec l’appui d’autres organisations féministes qui ont la même vision que Publicad’elles.

                                                                                                    Jeanne-Elsa Chéry