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Dans le murmure des feuilles qui dansent, un roman « épistolaire » D’Agnès Ledig à lire dans une vie

Dans le murmure des feuilles qui dansent, roman de l’illustre Agnès Ledig publié en 2018 aux éditions Albin Michel, constitue « une rencontre entre des êtres sensibles que la vie n’a pas épargné mais qui se font la courte échelle pour remonter ensemble vers la lumière ».

Agnès Ledig, considérée comme l’une des romancières préférées des Français, est également Sage-Femme de formation. Ses ouvrages sont traduits dans dix-neuf langues, elle a déjà publié plus de six romans notables dont l’un a remporté le prix Maison de la Presse en 2013. Elle est l’auteure de deux livres rangés dans la catégorie littérature jeunesse. Dans le murmure des feuilles qui dansent, publié en 2018 aux éditions Albin Michel, constitue « une rencontre entre des êtres sensibles que la vie n’a pas épargné mais qui se font la courte échelle pour remonter ensemble vers la lumière ». Ce n’est pas un roman à l’eau de rose. La plume délicate et pleine de poésie de l’autrice se fait l’écho de ses âmes sensibles qui affrontent la vie courageusement sans se détourner de leur objectif. 

 

Dans le murmure des feuilles qui dansent dessine, en plus de quatre cent pages, le portrait de personnages attachants :une histoire d’amour (épistolaire), pour le moins insolite,constitue la toile de fond ou l’élément déclencheur du récit. « La surprise d’une lettre » : premier chapitre. Toute l’intrigue du roman va se tisser sans préalable à travers cette romance ambiguë, naissante entre Anaëlle Desmoulins, secrétaire médicale à la clinique de Sélestat, et son ancien professeure de droit à l’université Hervé Leclerc, également procureur de la république de la ville de Strasbourg, homme marié, bourgeois rangé et père de famille.

La vie n’a pas du tout été tendre envers Anaëlle, jeune étudiante prometteuse en pharmacologie qui a dû réviser ses projets et son plan de carrière suite à un terrible accident de voiture qui lui a laissé de graves séquelles psychologiques  et physiques. Anaëlle s’est réveillée de son lit d’hôpital avec une mauvaise sensation de manques : une jambe lui a été amputée. Aucune trace du conducteur de la voiture, son petit ami del’époque qui l’a lâchement abandonnée sur la route. Heureusement, ses parents étaient là pour elle, solidaires et protecteurs. Anaëlle est sortie de loin, elle a toujours lutté pour atteindre ses objectifs malgré tout. Elle a accompli un grand pas en publiant son premier roman, l’accueil a été un peu timide pour un début mais le public était quand même au rendez-vous. Elle veut se spécialiser dans les romans policiers. Voilà pourquoi elle a décidé de contacter sans prétention Hervé Leclerc pour lui demander des conseils techniques et juridiques aux fins de mieux écrire ses enquêtes policières.

 

Le procureur a fait plus que répondre à une simple lettre d’une inconnue, car après tout, bien qu’Anaëlle fut une ancienne étudiante d’Hervé Leclerc, ces deux-là ne se connaissent pasmutuellement. Une correspondance plaisante et complice, au fil des jours, puis des mois a donc fait place à un tendre flirt.

Pour Hervé Leclerc, c’est un peu du piment dans sa vie rectiligne de procureur de la république, Anaëlle est une fleur sauvage et tendre éclose au bon moment dans sa vie, au bord de la crise existentielle à quarante ans et plus.

Pour Anaëlle, c’est un peu de baume sur le cœur pour celle qui pensait ne plus avoir droit au bonheur et qui reprend gout au fait d’être à nouveau désirée par un homme, même si c’est juste à travers des lettres, car le jeu de séduction se passe uniquement au niveau des échanges épistolaires. Ce qui ne favorise guère Jocelyne, la greffière du Procureur, secrètement amoureuse de ce dernier et qui va mettre les bâtons dans les roues des amants… 

Alors, elle espionne secrètement Anaëlle et lui envoie des menaces par des lettres anonymes. Elle rend la vie du Procureur de la République infernale, en voulant lui tirer les verres du nez à chaque fois qu’une nouvelle lettre arrive. Car la greffière d’Hervé Leclerc était très jalouse d’Anaëlle, ellene voulait pas lâcher-prise dans l’affaire et lui mettait tout le temps en garde sous prétexte de penser au bien-être de sa famille. 

 

Cet intéressant triangle amoureux va alimenter l’œuvre et nous fait douter jusqu’à la fin du dénouement, les deux amants se sont rencontrés timidement une fois, mais c’était sans compter la repartie et bonne vigilance de Jocelyn qui complotait des plans et scénarios bidons en se mettant dans des situations complètement insolites. Alors, ange-gardien ou malheureuse rivale jalouse, un très mauvais rôle pour cette femme trop coincée dans la trentaine qui n’a pas réussi à faire sa vie ni fonder une famille.

L’autrice nous glisse graduellement – en filigrane – dans une histoire secondaire, en campant un autre protagoniste del’histoire : Thomas un jeune menuisier qui s’occupe de la nouvelle acquisition d’Anaëlle, une jolie petite maison dans les montagnes que ce dernier doit rénover avant l’emménagement de la nouvelle propriétaire. Il partage une relation fusionnelle et très complice avec son demi-frère Simon, un gamin très joyeux de 10 ans environ, atteint d’une leucémie en phase terminale qui doit passer ses journées cloitrées à l’hôpital, lui qui aime tant la nature et les arbres.

 

Agnès Ledig, en relançant la cadence effrénée des péripéties qu’elle décrit, nous pousse vers un autre dénouement. Le temps et les manigances de Jocelyne remettent bien les pendules à l’heure, le procureur a fini par mesurer l’étendue des risques et a fait un choix conséquent en mettant fin à l’élan amoureux et aux doux espoirs d’Anaëlle. Cette dernière s’est fait une raison, mais cette expérience lui a du moins fait sortir de sa coquille et voir la vie sous un autre angle. Le roman se termine sous cette belle ouverture. Un beau texte à lire avant la fin de l’été.

Sarita C. Pierre

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