RENCONTRES

Connaissez-vous Cléante Valcin Desgraves?

Quand nous parlons des noms ayant marqué la littérature haïtienne, les principaux noms qui nous viennent en tête sont des noms d’hommes. L’explication la plus plausible serait que les hommes produisent davantage que les femmes, mais non. Les hommes n’écrivent pas plus que les femmes. Ils sont cependant plus souvent publiés que les femmes. 
Mais pour en revenir à la littérature haïtienne, il existe un silence lourd et permanent sur le rôle et le travail des femmes dans les arts en général et dans la littérature en particulier. Il est difficile pour une femme, aujourd’hui encore de faire de la littérature son travail pour des raisons parfois aussi simples que le manque de temps (ce qui n’est pas exaustif, disons-le). En effet comme l’explique Ananda Devi dans son roman “Les hommes qui me parlent”, il est difficile pour une femme de s’enfermer dans son bureau et de dire: j’écris comme le fait le personnage principal du roman d’André Gides Paludes (très bon roman d’ailleurs).
Cependant des femmes écrivaines il en existe plusieurs dans l’histoire littéraire de ce pays. Pourquoi donc ce silence autour d’elles? Je vous propose de découvrir aujourd’hui Cléante Valcin Desgraves.
Cléante n’est rien de moins que l’autrice du premier roman publié par une femme en Haiti: Cruelle Destinée. Et oui, il fallait bien commencer quelque part.  Cléante etait aussi féministe, elle a d’aileurs contribué à la revue La semeuse qui etait composée uniquement de femmes. Une sorte de Mus’Elles avant son temps… 
Cependant le livre qu’il faudrait retenir de cette autrice, déjà peu connue, est le roman: La Blanche Négresse. Publié sous l’occupation américaine, il y a un entêtement à passer ce roman de l’occupation sous silence de la part des historiens et des critiques littéraires (Merci en passant au professeur Georges Eddy Lucien sans qui je n’aurais jamais connu ce livre). Il est vrai qu’on peut faire pâle figure face à des écrivains comme Alexis ou Roumain quand le talent n’y est pas, mais en l’occurrence ce n’est pas un manque de maîtrise des procédés littéraires qui a fait passer cette autrice et son legs sous silence… 
La blanche négresse est un roman capital non seulement dans le contexte de l’occupation, mais aussi dans un contexte plus général car il pose des questions essentielles aux féministes et autour des rapports de genre dans la société. Il compare le mariage à l’esclavage tout en arrivant à trouver un équillibre pour tenir un discours patriotique.
En plus d’avoir ouvert la porte pour une furture génération de romancière, Cléante a aussi participé à mettre les bases pour les feministes haïtiennes, elle a en effet  cofonder en 1935 du journal féministe Voix des femmes, l’organe de la Ligue féminine d’action sociale. 
La blanche négresse a été rééditée cette année par C3 édition et est disponible, notamment grâce à l’historien Michel Soukar. Reste maintenant aux professeur.e.s de littérature et d’histoire, sans oublier aux critiques littéraires de redonner à ce roman, mais surtout à son autrice la place qu’elle mérite dans le panthéon littéraire haitien.

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