RENCONTRES

Gessica Généus : Freda à Cannes, « historique pour le cinéma haïtien »

Avec ses casquettes de scénariste, de réalisatrice et de productrice, Freda va certainement rentrer dans les
annales du cinéma haïtien au sens où c’est la première fois qu’un « film écrit, réalisé et produit par une femme
ait été mis en avant et porté à Cannes par des femmes ».

Défiler sur le tapis rouge de Cannes, emmener ce film ainsi qu’à Haïti à ce grand rendez-vous
cinématographique jusqu’à y décrocher une Mention spéciale après standing ovation, tout cela était
vraiment inespéré, a avoué Gessica Généus, le cœur rempli de reconnaissance, jointe par téléphone ce
mercredi soir. Il lui a fallu des efforts titanesques et d’un courage exemplaire pour en arriver là : ses
débuts difficiles dans le cinéma, on ne les compte pas. Les incessantes demandes (pendant quatre ans)
d’une bourse d’études, la précarité familiale, les vents contraires, la sensation de vouloir toucher à
quelque chose d’inatteignable, « ma passion et mes convictions piétinées par les bottes qui me
prédestinaient médecin, avocate ou éducatrice », les explosions sociales et le chaos politique qui
démotivent les acteurs et les producteurs.
Les images de Freda ont été volées à différents endroits de Port-au-Prince pendant et après le pays-
lock. « L’anecdote la plus forte -il y en a tellement- est celle où, lors d’un tournage à la rue Aubin près de
l’Institut Français en Haïti, tous les gens du quartier s’étaient mis en branle pour nous aider. Les acteurs
ont eux aussi mis la main à la patte. Ils étaient époustouflants, ils ne jouaient pas mais ils existaient dans
le film. Ils nous ont servi de bouclier humain, on était tous solidaires et on s’était mis en famille pour
réaliser Freda. Au final, c’est tout Haïti qui était à Cannes. Ce souvenir de la rue Aubin, je le garde
précieusement dans mon for intérieur. »

Elle a sauté tout un mur d’obstacles et a mené, au fil de longues et dures années, un combat intérieur
pour donner à ce métier la place qu’il méritait dans sa vie.  « Le cinéma haïtien est un espace très
complexe. Sans salles, sans écoles, sans financement, sans aide de l’Etat, d’autant que les femmes
occupent la même place que le patriarcat leur a donné dans la société », a-t-elle indiqué. Dans les
productions cinématographiques haïtiennes, il y a une flopée d’hommes qui se sont faits un nom. Et
parallèlement à cela, il y a énormément de femmes qui s’y affirment, qui cassent les codes et qui
prennent du large, malgré les lacunes infrastructurelles inhérentes au domaine. « C’est la première fois
qu’un film haïtien écrit, réalisé, produit par une femme ait été mis en avant et porté à Cannes par des
femmes. Et en cela, la participation de Freda à ce festival d’envergure internationale fut historique pour le
cinéma haïtien, mangé par le patriarcat comme beaucoup d’autres domaines ou champs artistiques. »
Le rideau de Cannes est fermé sur Freda mais d’autres festivals ouvriront les leurs au film dans les
prochains mois, selon ce qu’a indiqué Gessica Généus, joint par téléphone mercredi soir. La réalisatrice
met le cap sur d’autres grands prix du cinéma dont les Césars et confie à la rédaction de Mus’Elles que
le long métrage sort dans les salles en France le 13 octobre et attend une série d’avant-premières.
Aucune date n’est encore retenue pour Haïti, plongé dans le chaos et une grave crise socio-politique dont
une issue n’est pas encore trouvée.

Malou

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